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par Bertrand Hugonnard-Roche

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    Ce 29 mai, à Paris, sera adjugé au plus offrant un document qui vaut autant par son intérêt historique que par la détresse qu’il révèle : il s’agit d’une lettre d’un des Mulhousiens les plus malheureusement célèbres, le capitaine Dreyfus, écrite depuis un cachot de l’île de Ré un mois seulement après sa condamnation.

    Ce sont des feuilles un peu jaunies, emplies d’une écriture parfaite, sur la forme comme sur le fond, empreintes de ce style appliqué qui était celui du XIXe siècle. Fine, soignée, sans une rature, la calligraphie paraît ressembler à toutes celles de l’époque ; elle fut pourtant considérée comme la preuve singulière de la haute trahison de son auteur. La feuille a un en-tête : « Dépôt de Saint-Martin-de-Ré ». Juste en dessous, et juste avant que ne débute la lettre proprement dite, sont notés une date (le 26 janvier 1895), un numéro d’écrou (8.154) et enfin le nom du prisonnier qui prend ici la plume : Alfred Dreyfus.

    Juif mulhousien en passe de devenir le symbole de l’injustice et de l’antisémitisme, Alfred Dreyfus a alors 35 ans. Il écrit ce courrier un mois après sa condamnation et trois semaines après sa dégradation. Il est arrivé dans l’île de Ré le 17 janvier 1895, menotté et les fers aux pieds. À sa descente du train, à La Rochelle, il a été insulté ; des personnes, dit-on, ont crié « À l’eau ! Mort aux traîtres ! Mort aux juifs ! »

    Dans sa cellule, à ce moment-là, il ne reçoit aucun courrier, n’a le droit de parler à personne, est fouillé chaque jour. On ne lui autorise qu’une feuille de papier deux fois par semaine, accompagnés d’une plume et un crayon à restituer aussitôt après usage.

    Cette lettre admirable est restée sans réponse.

    C’est dans ces conditions qu’il écrit au ministre de l’Intérieur. Il y proteste de son innocence, révèle qu’il a pensé se tuer et ne demande que deux choses : de la justice et « du travail » (lire ci-contre). Cette lettre admirable est restée sans réponse. Elle a sans doute une importance historique, mais elle est surtout remarquable par l’humanité qu’elle contient, cette souffrance retenue, mais éclatante. C’est le cri de désespoir d’un homme qui veut rester digne, envers et contre tout. Alfred Dreyfus lui accordait une certaine importance puisqu’il en reproduira le texte intégral dans son journal, Cinq années de ma vie , paru en mai 1901.

    « Il n’avait pas la possibilité de faire de brouillon : il a dû penser entièrement cette lettre avant de l’écrire , fait remarquer Anne Heilbronn, directrice du département Livres et manuscrits de Sotheby’s, à Paris. Or la langue est admirable ! Moi, j’ai été transportée… »

    Cette société de ventes aux enchères (la plus ancienne au monde) adjugera cette lettre au plus offrant ce mercredi 29 mai, au milieu de bien d’autres trésors (lire ci-dessous). Son propriétaire actuel reste anonyme ; il l’avait acquise en 1996 dans une librairie de Saint-Germain-des-Prés, à Paris. En 1940, le petit-fils du capitaine avait confié cette lettre à la Bibliothèque nationale de France, pour la mettre à l’abri ; elle avait été restituée à la famille après la guerre.

    « Il est quand même assez rare que l’on propose des documents d’une telle importance historique , commente Anne Heilbronn. La dernière fois, c’étaient les brouillons d’articles et de discours de Robespierre, en mai 2011. L’ensemble des manuscrits avaient été adjugés pour 900 000 €… » Là, l’estimation va de 100 000 à 150 000 €, ce qui est beaucoup évidemment, mais peu aussi si l’on compare avec les autres estimations des lots mis en vente le même jour. « On aurait pu mettre zéro, c’était pareil, je pense que ça partira dans ces prix-là, annonce la directrice. Des privés comme des administrations peuvent être agités… J’ai l’impression que ça s’adresse à tout le monde : c’est l’Histoire de France ! »

    Publié sur L'Alsace.fr le 19/05/2013 à 05:00 Textes : Hervé de Chalendar http://www.lalsace.fr/actualite/2013/05/19/le-cri-de-desespoir-du-capitaine-dreyfus-vendu-aux-encheres

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    Ex libris gravé à l'eau-forte (86 x 65 mm)
    avec la devise "BIEN OU PAS" Paris 1834 - 19..34 ?


    Qui saura nous dire à qui appartenait ce bel ex libris non signé mais néanmoins joliment gravé à l'eau-forte et pointe sèche. Un Chiffre, une Devise, Paris, 1834, un Bibliophile vraisemblablement né en 1834 qui pensait sans doute finir centenaire ..., le tout apposé dans un livre imprimé en 1892.

    Merci d'avance,

    Bonne journée,
    Bertrand


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  • 05/27/13--02:00: Ballade Aldine by Textor

  • Quitte à faire un pèlerinage pour se recueillir sur les lieux saints, j’ai choisi Venise, la Sérénissime, ses palais aux vastes portiques, ses canaux, ses marbres, et son temple de la typographie : l’imprimerie des Alde. Venise n’est pas si éloignée, c’est la destination d’un long week-end : une heure et demie d’avion suivie d’une heure de vaporetto. Evidemment, il serait préférable de prendre une caravelle au départ d’Aigues-Mortes mais c’est plus long : il faut attendre une crue centenaire et il y a seize jours de voyage.


    Fig 1 L’ancre aldine invite au voyage


    Le bateau arrive sur le quai des Slavons (Riva degli Schiavoni) ; le premier hôtel qui se présente est l’hôtel Danieli, jouxtant le Palais des Doges. C’est là qu’il faut descendre : d’une part il est bien situé au centre de la ville, et d’autre part, il a trouvé refuge dans le Palais Dandolo du XVème siècle qui permet de se plonger immédiatement dans l’ambiance et l’époque des incunables, façon Songe de Poliphile. Demandez une chambre avec vue sur la Lagune, elles sont plus grandes.



    Fig 2 Un Salon du Danieli



    Fig 3 Alde Manuce le vieux toujours omniprésent à Venise


    C’est là que les choses sérieuses commencent et qu’on regrette de ne pas avoir préparé suffisamment son voyage. Ne croyez pas qu’il suffit de sauter dans une gondole en lançant « Manuzio ! Manuzio ! », car c’est le plus sur moyen pour que le gondolier vous emmène dans un atelier de soufflage du verre, croyant avoir compris : « Murano Glass ! Murano Glass ! ».


    Il faut donc se documenter un peu : Avant d’avoir été Alde l’Ancien, Theobaldo, dit Aldo pour les copains, avait été un jeune étudiant en lettres classiques, apprenant le latin dans le Latium et le grec dans les restaurants à moussaka de Ferrare. Il se destinait à l’enseignement et voulait devenir riche et célèbre. Si une chose l’agaçait par-dessus tout, c’était bien la piètre qualité des manuscrits qui lui était donnés de lire. Les moinillons-copistes étaient aussi distraits qu’ignorants et les textes en circulation truffés de fautes. N’avait-il pas lu dans le De Bello Gallico un passage où César, triomphant au stade, lança au peuple : « Je vous ai compris ! » avant d’affranchir le rubicond ?

    L’imprimerie aurait pu pallier ces défauts mais les imprimeurs affairistes ne cherchaient que la rentabilité immédiate sans souci d’honnêteté intellectuelle. Le dominicain Filippo di Strata s’en plaint amèrement au Doge Niccolo Marcello : «  les imprimeurs ne sont que des fainéants, des domestiques chassés aussi ignorants qu’ambitieux, qui passent leurs journées dans les fumées de l’ivresse à rêver de profits fabuleux, des intrus venus d’Allemagne pour priver d’emploi les honnêtes copistes italiens. Ils donnent un mauvais ton à la vie intellectuelle. La ville est maintenant remplie de livres au point qu’on ne peut plus faire trois pas dans la rue sans s’en faire proposer des brassées entières, comme chats en poche, pour deux ou trois sous. Les textes imprimés sont désespérant d’inexactitudes car préparés par d’ignares imbéciles et jamais corrigés. L’existence de ces imprimeurs suffit à faire disparaître du marché les bons manuscrits et encourage les sots à se donner des airs de savants ». Heureusement que frère Filippo n’a pas connu Wikipédia !


    Alde n’était pas loin de partager cet avis radical. Il fit le projet de partir pour Venise, capitale mondiale de l’imprimerie, pour fonder sa propre officine. C’est alors que tomba à pic de la Mirandole qui finança son projet (Alde était le tuteur de ses neveux). Il débarqua à Venise en 1490 et jeta l’ancre (sic !) dans le quartier San Stae. La première édition sortie de ses presses date de 1494, le temps d’installation avait été long. Il faut dire que l’entreprise coutait cher et d’ailleurs Alde n’avait que 10% de l’affaire  et ses associés, Pierfrancesco Barbarigo (fils de Marco et neveux d’Agostino, tous deux successivement Doges de Venise) et Andrea Torresano di Asola, élève de Nicolas Jenson, le reste du capital.


    Si Alde Manuce n’était pas le propriétaire de l’imprimerie, son génie consistait à savoir bien s’entourer : un typographe coléreux, Francesco Griffo, le véritable inventeur des caractères aldins, des correcteurs et des érudits tels qu’ Alberto Pio ou Pietro Bembo, qui fut l'artisan des éditions de Pétrarque et de Dante, ou encore Giorgio Valla, le franciscain Urbano Valeriani, l'anglais Thomas Linacre qui participa à l'un des rares textes purement scientifiques imprimé en 1499,  et aussi des experts grecs employé à collecter et relire les textes classiques. Alde profita de l’importante communauté grecque exilée à Venise depuis la prise de Constantinople par les turcs. En 1500, tous ces érudits fondèrent l’Académie Aldine, qui se consacra à la publication de la littérature grecque.


    Sachant tout cela, il restait à retrouver l’atelier. Quand on connait tant soit peu le labyrinthe des rues de Venise, on se dit que la tache allait s’avérer difficile. C’est un peu par hasard au détour d’une ruelle étroite que je suis tombé sur le Rio Terà Secondo, juste au niveau de l’imprimerie recherchée. (En sortant de la Calle del Scaleter, bien prendre le Rio Terà Secondo sur votre gauche, car à droite le Rio Terà arrive en impasse sur le Rio San Boldo). Sur la plaque de la maison du N°2311, l'inscription: "MANUCIA GENS ERUDITOR NEM IGNOTA HOC LOCI ARTE TIPOGRAPHICA EXCELLUIT" vous confirme que vous touchez au but.



    Fig 4 La maison d’Alde Manuce




    Fig 5 Une première plaque en italien




    Fig 6 Les touristes ne manquent pas de photographier la maison



    Le palais est caractéristique des demeures patriciennes du XIVème siècle avec ses hautes fenêtres vénéto-gothiques. Il est émouvant de penser qu’Alde accueillit en ces lieux son ami Erasme, venu préparer une nouvelle édition des Adages, publiée en 1508. Par la suite, c’est Jehan Grolier qui franchit cette même porte pour visiter l’atelier, en 1512. Les éditions aldines représentent 119 titres en 134 volumes dans la collection de Grolier, dont plusieurs Songe de Poliphile. L’instant a été immortalisé par le peintre François Flameng (bien plus tard !).


    Aujourd’hui la porte est close et le palais ne se visite pas, mais il est sans doute préférable de ne pas entrer de peur de ne pas y retrouver les presses, les manuscrits et les reliures.


    Ceci dit, en collant l’oreille contre le battant de la porte-cochère en bois, j’ai entendu distinctement le grincement de la vis et les cliquetis de la frisquette sur le tympan, c’est le De Aetna qu’on imprime en ce moment, c’est sur…



    Fig 7 Les baies gothiques du premier étage



    Fig 8 Une autre plaque commémorative en latin

    Bonne Journée


    Textor


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    Nature morte bibliophilique ...


    Débibliophilisation n. f. Action de débibliophiliser, de rendre débibliophilique.

    Débibliophiliser (Se) v. pr. Action de se défaire de la passion bibliophilique.

    Débibliophilisatoire adj. Qui provoque la débibliophilisation.

    Débibliophilisant adj. Qui ôte toute envie bibliophilique.

    Débibliophilisé part. p. Se dit d’une personne qui a perdu toute croyance en la bibliophilie ou qui est en train de la perdre.

    Débibliophilique adj. Se dit d'une personne ou d'une chose qui amène à la débibliophilie.

    Débibliophile n. m. ou f. Osera-t-on seulement le définir ?

    Evidemment toutes ces définitions restent valables en supprimant le préfixe à toutes ces locutions et en leur donnant alors un sens tout opposé. La vie n’étant faite que de contraires et de semblables, je vous laisse y retrouver vos petits !

    Bonne journée,

    Bertrand

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    Qui pourrait m'aider à identifier le possesseur de cet ex libris de la première moitié du XXe siècle ?

    Bonne soirée,
    Bertrand


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    Petite marque d'appartenance collée sur la page de garde d'un livre du milieu du XIXe relié par Capé. Elle reste mystérieuse.

    Si quelqu'un a une idée ?

    Bonne journée,
    Bertrand

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    La lecture est-elle un plaisir solitaire ?


    Bonne soirée,
    Bertrand

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    Photographie PIASA, Paris.


    Michel de MONTAIGNE. Essais de Messire Michel Seigneur de Montaigne... Bourdeaus, S. Millanges, 1580. 2 volumes petit in-8, maroquin rouge, triple filet sur les plats, dos à 5 nerfs finement ornés, doublure de maroquin rouge-gorge avec fine dentelle en encadrement, gardes de papier peigne, tranches dorées, étuis (Cuzin)

    TRÈS RARE ÉDITION ORIGINALE des deux premiers livres des Essais de Michel de Montaigne, l'un des plus importants chefs-d'œuvre de la littérature française. Le troisième livre ne paraîtra qu'en 1588, à Paris, chez L'Angelier.

    Superbe exemplaire de 155 mm de hauteur sur 95 de largeur, parfaitement conforme à la collation donnée par Tchemerzine, impeccablement établi dans une élégante reliure de Cuzin.

    Un feuillet du tome I (p.314), anciennement plié à l'impression, a été soigneusement déplié, laissant ainsi de petits blancs à 8 mots, témoins de cette ancienne pliure. Un autre feuillet (p. 316) porte une ancienne annotation manuscrite que le lavage n'a pas complètement effacée De la bibliothèque Radoulesco. (Fiche PIASA)

    Estimation : 35.000 / 40.000 euros.

    Résultat : 111.886 euros frais compris.

    Frais pour les livres : 24,265 % TTC sur les premiers 15 000 € (23 % HT + TVA 5,5 %) puis 21,10 % TTC de 15 001 € à 600 000 € (20 % HT + TVA 5,5 %) et 12,660 % TTC au-delà de 600 000 € (12 % HT + TVA 5,5 %)

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    Frederic Coxe in NRLA (Nouvelle Revue des Livres Anciens) n°2 p. 42 à propos de la librairie Chacornac :

    "Tout sembla tourner au ralenti durant la tourmente de la Première Guerre Mondiale, et nous ne connaissons pas de catalogue de cette période. Il y en eu sûrement, puisque le n°63 fut publié en 1919"
     
    Nous confirmons et en apportons la preuve !


    Le bibliophile a de quoi y trouver son bonheur.

    On y trouve au fil des pages :
     
    6. Andreas. Menippus sive Dialogorum Satyricorum centuria. 1669. 20 frs
    49. Collesson. L'idée parfaite de la Philosophie Hermétique. 1788. 10 frs
    52. Colonne. Les secrets les plus cachés de la philosophie des Anciens ..; Par M. Crosset de la Haumerie. 1722. 18 frs
    91. Fludd. Utriusque Cosmi. 1617. 65 fr.
    158. Manuscrit Alchimique de la fin du XVIIIème : 1.Explications des fourneaux de Vacher. 2. Explications des fourneaux  de Lemery. 3. Expliacation ... de Charas,4. Explications ... de Glaser. 5. Explications.. de Cordus et Renora. 132 pages avec 104 dessins alchimiques. 50 frs.
    160. Clavicules de Salomon traduites par Pierre Mora. ... 1810. Manuscrit de 156 pages en rouge et noir. 100 frs.
    167. Maier. Symbola aureae mensae. 1617. 40 frs.
    182. trimegiste. Le Pimandre de Mercure trimegiste. 1579. 80 frs
    256. Taisnier. Hannonius. Opus mathematicum... 1562. 50 frs.
    276. Thyreus. Doemonioci Locis Infests. 1607. Plein maroquin rouge aux armes. 20 frs.
    280. Basile Valentin. Les Douzes clefs de Philosophie, avec l'Azoth et le traité de la Nauture de l'Oeuf des Philosophes. 1659 35 frs. avec les planches
    307. Zacaire. Opuscule très excellent de la vraye philosophie naturelle des létaux. 1612. "rarissime". 30 frs.
     
    La pièce maîtresse étant sans nul doute le manuscrit (159) et dont voici la notice :
     
     

    Eric Zink

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    Commençons par un petit texte d'introduction :

    Les acheteurs au rendez-vous pour les livres et manuscrits anciens chez Sotheby’s

    Paris, le 20 juin 2013, Art Media Agency (AMA).

    La première partie de la vente de la bibliothèque Raoul Simonson & Monique et Albert Kies a permis à Sotheby’s de réaliser un chiffre d’affaires de 4 millions € contre une estimation de 1.4 à 2 millions €, soit 93% des lots vendus et 99.4% en valeur. Parmi les lots les plus importants, un manuscrit de deux poèmes de Charles Baudelaire, Les Deux Crépuscules. Le Matin / Le Soir, 1853-1854, publiés dans Les Fleurs du Mal en 1857, réalisait la plus haute enchère à 613.500 €, dépassant l’estimation située entre 150.000 et 250.000 €. Autre lot important, un ensemble de 56 poèmes autographes signés de Verlaine, intitulé Varia, le dernier recueil autographe laissé inachevé à sa mort, vendu 385.500 €, au-dessus de l’estimation haute de 300.000 €. Enfin, parmi les différents ouvrages de Victor Hugo proposés, Les Contemplations, 1856, enrichies d’un envoi de quatorze photographies originales en tirages d’époque de la famille Hugo et de 47 lettres autographes du poète à son ami Noël Parfait, a largement dépassé l’estimation établit entre 60.000 et 80.000 € pour atteindre 289.500 €. Selon Pascal de Sadeleer, expert de la vente : « Le succès remporté ce soir confirme la place primordiale de la France sur le marché international des livres. C’est un immense hommage au talent, à l’érudition et à la finesse bibliophilique de Raoul Simonson et de Monique et Albert Kies. » (source : http://www.artmediaagency.com/74094/les-acheteurs-au-rendez-vous-pour-les-livres-et-manuscrits-anciens-chez-sothebys/)

    Ceci étant dit, voici les livres adjugés à 100.000 euros et plus. Soit 7 ouvrages sur 343 (soit 2 % des livres proposés). Dans le monde dans lequel nous vivons cela donne une bonne idée des livres bancables je pense. Le n°289 vendu un peu plus de 900 euros se retrouve dans le palmarès suite à un bug de l'outil Sotheby's. A vous de vous faire votre propre idée.





    Les livres adjugés en dessous de 10.000 euros représentent la grande majorité. Je vous laisse aussi vous faire votre propre idée.

    Avec 4 millions d'euros de produits vendus, dont 1,6 millions pour les seuls 7 numéros les plus chers, cette bibliothèque fait partie des plus belles vendues ces dernières années. Attendons la suite en décembre !

    Un petit mot sur le possesseur de cette belle bibliothèque (source Sotheby's) :

    Raoul Simonson (1896-1965), éminente figure de la librairie belge du XXe siècle, sera à l’honneur le 19 juin lorsque sera vendue la première partie de sa bibliothèque personnelle. Éditeur et bibliographe (de Gide et de Valéry), il éleva le niveau de la bibliophilie à un degré d’exigence rarement atteint, que l’on appela dès lors l’« état belge ». Il fut l’ami et le libraire de Charles Hayoit, et leurs bibliothèques s’en ressentent. Toutes deux éminemment littéraires et d’une qualité esthétique irréprochable, semblent avoir conversé par le truchement de leurs joyaux : si Charles Hayoit est fier d’acquérir l’un des 5 exemplaires sur Japon de Du côté de chez Swann, Raoul Simonson possède le n° 1, sans doute celui de Lucien Daudet. Tous deux possédaient l’un des rares exemplaires sur Hollande des Fleurs du mal. Leurs exemplaires des œuvres de Victor Hugo rivalisaient par le nombre de pièces jointes et de dédicaces. Cependant, Raoul Simonson garde pour lui 11 poèmes de Cellulairement et conserve d'autres manuscrits de Verlaine montés dans ses exemplaires. Et pour Stendhal, préférait-il son exemplaire annoté de l'Histoire de la peinture en Italie à celui d’Hayoit enrichi d’un plan des lieux dessiné par l’auteur ? Mais davantage Baudelairien, Simonson garda son joyau le plus précieux : deux poèmes autographes, Les deux Crépuscules. Le matin/Le soir, qui paraîtront dans Les Fleurs du mal. Tous deux partageaient ce goût du XXe siècle pour les exemplaires uniques, avec envois, truffés, sur grands papiers, à belles provenances, dans un état parfait. Cette remarquable collection survécut à Raoul Simonson lorsqu’elle passa dans les mains de sa fille Monique et de son gendre Albert Kies, lequel, en fin lettré, philologue et professeur d'université l’élargit jusqu'au Moyen Age au travers des grands textes littéraires. La seconde partie de la vente aura lieu en décembre 2013 et réunira les éditions Fin de siècle et XXe siècle.

    Quid de Monique et Albert Kies ? Sotheby's ne dit mot.

    NDLR : On aimerait savoir si Raoul Simonson a côtoyé son homologue français, à savoir Pierre Berès ? L'avenir nous le dira peut-être ...

    Bonne soirée,
    Bertrand

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    Un intéressant catalogue intitulé « Presses privées. Imprimeries particulières et secrètes. », diffusé récemment par la librairie Paul Jammes à Paris, nous donne envie d’illustrer cet aspect de la bibliophilie par un petit ouvrage tiré de notre bibliothèque, dont le titre est : « Explication de quelques endroits des anciens statuts de l’ordre des Chartreux avec des éclaircissements donnez sur le sujet d’un libelle qui a été composé contre l’Ordre, & qui s’est divulgué secrettement.»




    Fig 1 Page de titre de l’Explication de quelques endroits des anciens statuts.



    Emmanuelle Toulet (1) nous propose une définition de ces ateliers furtifs qui  fonctionnaient  sans privilège ni autorisation du pouvoir royal et sans souci de rentabilité. Ils étaient établis par des personnalités qui n’appartenaient pas au milieu de l’imprimerie et n’avaient pas de compétence technique. Ces personnalités choisissaient les textes, assuraient le financement, réunissaient le matériel nécessaire, l’installaient dans un lieu privé, recrutaient les ouvriers qualifiés, organisaient les opérations et décidaient des tirages généralement peu élevés.


    Ces presses étaient tolérées mais n’avaient aucune existence légale. Un arrêt de 1630 repris en 1667 précisait que « sa Majesté fait défenses à toutes personnes de quelque qualité et condition qu’elles soient , à tous chefs et supérieurs des collèges, convens et communautés d’avoir à tenir dans aucune maison particulière … aucunes presses et imprimeries… ». Malgré l’interdiction, ces presses étaient assez nombreuses et Augustin-Martin Lottin, imprimeur ayant lui-même fait installer une petite imprimerie au château de Versailles pour l’éducation du futur Louis XVI, donne un premier inventaire de ces imprimeries particulières dans son Catalogue Chronologique des Libraires et des Libraires-imprimeurs de Paris, publié en 1789. 


    L’imprimerie de la Grande Chartreuse est généralement rattachée à cette catégorie des presses particulières bien qu’elle bénéficiait d’un privilège du Roi donné le 28 Avril 1680, lequel permettait aux chartreux d’imprimer dans leurs couvents leurs livres liturgiques.  L’imprimerie fut installée à La Correrie près de Grenoble, sous l’impulsion de Dom Innocent Le Masson. La Correrie, ou Courerie est une bâtisse de pierre, aujourd’hui transformée en musée, située à l’extérieur de l’abbaye de la Grande Chartreuse, et destinée à accueillir les frères convers, qui y avaient leurs ateliers et une infirmerie.



    Fig 2 Une page de l’Explication de quelques endroits des anciens statuts.



    Dom Innocent Le Masson, né à Noyon en 1627,  était entré dans l’ordre des chartreux à dix-neuf ans; il était devenu successivement prieur, vicaire et visiteur de la province de Picardie, puis il fut nommé, en 1675, Général des Chartreux. Il fit alors transporter à La Correrie une petite imprimerie qui appartenait déjà aux chartreux et qui était installée au lieu-dit Favrat, entre Chambéry et Montmélian. Un seul ouvrage a été identifié portant l’adresse de Favrat, un missel daté de 1679. Le Masson était vraiment l’âme de cette presse particulière, il se chargeait des choix éditoriaux et de  l’impression des textes dont il était pour l’essentiel, le principal auteur.


    Dès 1681, l’impression du premier ouvrage à l’adresse de la Correrie était achevée. Quarante-huit autres impressions de livres ou de brochures vont suivre, étalée sur une vingtaine d’années, de 1681 à 1700. Mais, pour seulement vingt-neuf d’entre eux, il y a des exemplaires connus et signalés dans des collections publiques. Les adresses y sont indiquées sous les formes suivantes : à La Correrie, Correriae, Correriae Cartusianane, La Correrie–Grenoble. Les travaux typographiques furent exécutés successivement par cinq imprimeurs de Grenoble : Laurent Gilibert de 1681 à 1685, Antoine Frémon de 1686 à 1689, André Gallé en 1689, Claude Faure de 1690 à 1695, André Faure de 1697 à 1700.


    L’entreprise éditoriale cessa vers 1700, trois années avant la mort de son protagoniste. Le matériel typographique resta longtemps à la Grande Chartreuse, puis fut vendu au début de la Révolution à deux imprimeurs grenoblois, F. Cadou et David Aîné, installés « place Egalité près de la grille du jardin ». Certains textes furent réédités après la mort de Le Masson, comme ce « Liber epistolarum totius anni, ad usum ordinis cartusiensis » de 1738, passé récemment en vente publique, ce qui permet à l’expert de la vente d’écrire dans son catalogue « les presses de La Correrie furent actives entre 1680 et 1760 », mais il resterait à démontrer que ces impressions postérieures sont véritablement issues de la Correrie.





     Fig 3 La Correrie aujourd’hui



    Presque tous les textes publiés à la Correrie étaient destinés directement aux chartreux, comme le prévoyait le privilège royal : statuts, règles, avec des compléments sur leur observance, ouvrages théologiques, liturgiques ou de piété. L’Explication de quelques endroits des anciens statuts ici présentée n’entre pas exactement dans cette catégorie, et à ce titre il s’agit bien d’un ouvrage clandestin, comme le confirme le Vicomte Collomb de Batines qui consacre un article à l’imprimerie particulière de la Grande Chartreuse dans la Revue du Bibliophile (2). Il nous dit que : « Cet ouvrage est devenu fort rare, ayant été supprimé avec soin….il passe pour avoir été imprimé en secret, et sans permission dans la Grande Chartreuse, et n’ayant point été vendue en public, il ne s’en est répandu que peu d’exemplaires, ce qui les a rendus rares, et difficiles à trouver. Vendu 80 fr. Chez Gaigat (Catalogue n°736) et 72 francs chez le Duc de la Vallière. (Catalog. Tome 1er, n°1, 118). J’en connais cependant quatre exemplaires, savoir : 3 à la Biblioth. Publ. de Grenoble et un 4ème chez M.C.Leber (Catalog. Tome 1er,  2793) qui vient de léguer sa bibliothèque à la ville de Rouen.».


    En effet, cet ouvrage est une des plus intéressantes impressions de La Correrie car il restitue une vive et longue controverse au sujet des devoirs monastiques entre Dom Le Masson et le célèbre abbé de Rancé, supérieur de la Trappe. En 1683, celui-ci, qui prônait une stricte austérité, avait dénoncé, dans son Traité de la Sainteté et des devoirs de la vie monastique, un certain relâchement chez les chartreux (Un effet de la Chartreuse verte, sans doute…). Dom Le Masson interdit la lecture de ce traité aux religieux de la Grande Chartreuse et imprima une justification de la règle de l’ordre. L’abbé de Rancé répliqua (Lettre à un évêque, 1689). C’est dans ce contexte que Dom Le Masson imprima l’Explication de quelques endroits des anciens statuts, à laquelle sont jointes les lettres de la polémique de 1683. Une partie de l’ouvrage (p. 64-119) présente dans la colonne de gauche la lettre de Rancé et à droite la réfutation du général des chartreux, article par article.





    Fig 4 L’envoi à Bruno des Escures, rédigé de la main d’Innocent Le Masson



    L’édition n’est pas datée et de Bure donne l’année 1683 par référence aux différentes lettres qu’elle comporte, signées par le Masson entre Mai et Juillet 1683, erreur reprise par plusieurs biographes, dont Barbier, mais cette datation ne  tient pas compte du fait que Dom le Masson répond à la « Lettre à un évêque » en date du 20 Juillet 1689. L’Explication des Statuts ne peut donc pas être antérieur au deuxième semestre 1689. Par ailleurs, les exemplaires complets doivent contenir après l’Explication de quelques endroits des anciens statuts, une critique du livre intitulé De la Sainteté de la vie Monastique, ouvrage  publié par l’Abbé de Rancé (Paris 1683-85 3 vol. in-4). Ce complément n’est pas dans tous les exemplaires, il occupe les pages 122 à 166 (cahiers R et s). Barbier ajoute que certains exemplaires sont complétés par une pièce de Le Masson intitulée Aux Vénérables Pères de la Province de N. qui n’a pas été insérée dans notre volume.





    Fig 5 Le cloître de la Chartreuse de Saint Hugon en Savoie, dont la bibliothèque avait abrité notre  exemplaire.





    Fig 6 La Chartreuse, l’été dernier, blottie dans un vallon désertique et sauvage.


    L’exemplaire comporte une particularité intéressante. Il avait été laissé lors de l’impression de la dédicace des espaces vierges après les termes “Dom” et “la Chartreuse de”. Il était ainsi possible au Général des Chartreux de personnaliser chaque exemplaire en apposant dans ces espaces le nom de son destinataire. Notre  exemplaire porte le nom manuscrit de “Bruno des Escures” et celui de “S. Hugon” désignant la chartreuse de Saint Hugon en Savoie. Ce qui témoigne du fait que Dom Le Masson envoya un exemplaire de son livre dans chacun des établissements de l’ordre. Une mention sur le titre,  “carthusiae sancti hugonis”, d’une autre main, prouve que l’exemplaire est bien arrivé à destination…



    Bonne Journée

    Textor


    1) Voir la Notice d’ Emmanuelle Toulet sur  la presse de la Correrie et l’ouvrage « Explication de quelques endroits des anciens statuts» donnée à l’occasion de l’exposition « Imprimeries privées françaises (XVe – XIXe siècles) », choix d’ouvrages tirés de la collection du duc d’Aumale. Exposition présentée dans le Cabinet des livres du Château de Chantilly en 2002. 

    2) Colomb de Batines, “Sur deux ouvrages fort rares sortis des presses de La Correrie”, Bulletin du bibliophile, 1839, p. 794-796.

    3) Edmond Magnien, “Bibliographie des ouvrages des presses de La Correrie”, Bulletin du bibliophile, Paris, 1896, p. 5-7.

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    Cet été, pas de demi-mesure ! Le Bibliomane est en vacances non-stop jusqu'à la rentrée de septembre.

    Bonnes vacances à tous. Il ne vous reste plus qu'à lire ou relire depuis votre iPad sur la plage les centaines de billets en ligne !

    Bronzez bien !

    Bertrand


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    Note : quelques chaises dorées à l'or fin et gentiment rembourrées seront expressément réservées au premier rang pour les lecteurs du Bibliomane moderne qui se signaleront.

    Bertrand Hugonnard-Roche

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    Chers amis et clients,

    Nous avons décidé de mettre un terme à l'aventure des Dioscures débutée en 2002 pour nous consacrer à de nouveaux projets.

    Nous vous sommes reconnaissants de votre soutien accordé depuis la création de notre librairie, et pour vous remercier de votre confiance toujours renouvelée, nous vous offrons 50% de remise sur tous les titres de notre catalogue, tels que vous pouvez les voir sur les sites ICI et ICI

    Eric FRÖLICH et Vincent PANNEQUIN


    DIOSCURES (LES)
    11, rue Charlot
    75003 Paris

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    A quel livre appartient ce frontispice ?

    Un indice : vous êtes assez grands pour trouver tout seuls !


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    Le Bibliomane moderne s'interrompt pour une durée indéterminée.

    Bonne lecture des centaines d'articles déjà en ligne !


    Bertrand Hugonnard-Roche


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    Mon choix (Bibliomane moderne)

    Frontispice original par Manuel Orazi pour H. Willette, Le Livre d'Or de Renée Vivien,
    Le Livre d'Or, Paris, 1927


    Oui oh ! je sais ce que vous allez me dire : Il revient déjà ! Eh bien non, pas vraiment. Juste une idée qui germe comme ça dans mon esprit bouillonnant et puis hop ! Je publie. Je partage. Je suis comme ça.
    Donc, résumons, j'aime les frontispices. Pas vous ?
    Je publie LE frontispice qui me fait craquer (je pourrais en citer des dizaines et des dizaines d'autres de toutes époques), mais je choisis celui-là (ci-dessus). Et vous si vous ne deviez en choisir qu'un seul ? Lequel choisiriez-vous ? Je vous propose de m'envoyer sur mon mail librairie-alise@wanadoo.fr LE frontispice que vous aurez sélectionné et je me charge de l'ajouter à ce billet participatif.
    J'espère que vous serez nombreux à nous faire partager vos goûts. Il n'y aucune limite de date ou de thème, le choix est donc vaste !

    A vos claviers ! J'attends votre mail avec impatience !

    Bonne soirée,
    Bertrand Bibliomane moderne (pas encore tout à fait mort)

    PS : avec l'image que vous m'envoyez, indiquez le ou les artistes ainsi que le livre dans lequel se trouve le frontispice (auteur, titre, lieu d'édition, éditeur, date).


    Vos frontispices



    Gravé par Eugène Varin (1831-1911), d'après Alfred Delauney (1830-1894).

    Frontispice pour la Bibliographie iconographique des petits formats du XVIIIe siècle,
    par Eugène Deullin (1827-1897), jamais publiée.

    Publié pour la première fois, en frontispice, dans Cazin, l'éponyme galvaudé (Paris, L'Hexaèdre, 2012), par J.-P. Fontaine.





    Frontispice par J. Gradassi, dans "remorques" de Roger Vercel,
    collection "pastels", éditions du panthéon, 1950.



    Frontispice des Grâces, de Meusnier de Querlon, à Paris, chez Prault, 1769,
    dessiné par Boucher et gravé par Simonet.



    Frontispice et son explication, de Félicien Rops pour les épaves
    de Charles Baudelaire.
    Amsterdam , A l'enseigne du coq  1866.
    et Bruxelles, chez tous les libraires 1874.





    Frontispice de The Anatomy of MelancholyDemocritus Junior [Robert Burton], Oxford, Printed for Henry Cripps, 1628, gravé par Christian Le Blon pour cette troisième édition.
    L'E.O. date de 1621, sans frontispice.


    D'ailleurs, l'édition française, chez José Corti, utilisera le frontispice pour servir de couverture aux deux volumes de l'époustouflante traduction de Bernard Hœpffner.





    Frontispice dessiné et gravé par Jakob van der Schley, pour le livre de Prosper Marchand« Histoire de l’origine et des premiers progrès de l’imprimerie » Éditeur: Pierre Paupie à La Haye, 1740.
     Il s’intitule : «  l’imprimerie descendant des cieux est accordée par Minerve et Mercure à l’Allemagne qui la présente à la Hollande, à l’Angleterre, l’Italie et la France, les quatre premières Nations chés les quelles ce bel Art fut adopté. »


    CLAUDEL : CONNAISSANCE  DE L'EST  - Editions GONIN -1930 
    Illustrations de Jean BERQUE


    Louis Guillaume de La Follie
    Le philosophe sans prétention, ou, L'homme rare : ouvrage physique, chymique, politique et moral, dédié aux savans
    Clousier, 1775, 349 pages
    Gravure : L.S. / C. Boissel



    CARTOUX (Maurice). L’Odyssée de Maître Louis. Les Baux : [Chez l’artiste], 1958 - In-folio (290 × 430) - [14], 76 p., [3]. Tirage à 10 exemplaires sur montgolfier. Couverture à large encadrement noir (monogramme LJ en tête, monogramme MC en pied), titre en rouge : L'odyssée de Maître Louis, monogramme LJ en noir. Sur le deuxième plat, vignette noire (80 × 110). Deux feuillets blancs. Une page : Exemplaire № (c'est un secret) surmonté d’un dessin ; verso blanc. – Faux titre avec autoportrait (100 × 135) - Page de titre : Entre un bandeau et un cul-de-lampe noirs, titre rouge ; verso blanc. — Une page : Épigraphe ; verso blanc. - Préface (1 p.) encadrée.


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  • 10/17/13--07:27: Identifier une gravure ...






  • La question est assez simple : Quel artistes a exécuté cette gravure ? (question d'un lecteur du Bibliomane moderne)


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    A qui appartient cet ex libris ?


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    Les libraires se passionnent souvent pour un sujet particulier et s’en font une spécialité : les polars, les curiosa, l’ésotérisme… Benoist Rigaud, éditeur lyonnais (15?? -1597)  choisit les romans de chevalerie. En voici deux exemples, tirés de ma bibliothèque, pour illustrer le sujet.


    Le premier s’intitule « Histoire, contenant les grandes prouesses, vaillances, et héroïques faicts d'armes de Lancelot du Lac, chevalier de la Table ronde ». Il a été publié en 1591.



    Fig 1 Lancelot du Lac


    Le second porte au titre : « Histoire merveilleuse et notable de trois excellens et très renommez fils de roys, a sçavoir de France, d'Angleterre & d'Ecosse, qui firent, estans jeunes, de grandes prouesses, & obtinrent victoires signalées, pour la manutention & défense de la Foy Chestienne, au secours du Roy de Sicile. ». Il date de 1579.



    Fig 2 Les Trois Fils de Roys

    Imprimeur prolixe, Benoist Rigaud n’a curieusement jamais fait l’objet, à ma connaissance, d’une étude approfondie. Baudrier nous dit qu’il débuta sa carrière vers 1555 en collaboration  avec son neveu Jean Saugrain, mais les opinions religieuses des deux associés provoquèrent bien vite la dissolution de leur société. Saugrain devint un fervent adepte des idées réformées.

    Rigaud fut pendant quelques années l’imprimeur du gouvernement du Lyonnais et créa ou plutôt développa, à Lyon, le commerce des livres low cost, ce que déplore Baudrier : « Malheureusement l’impression et le papier de ses publications se ressentent beaucoup trop des effets de cette innovation. Pourtant leur mérite intrinsèque a conservé une grande faveur à ses éditions fort appréciées par les bibliophiles ».


    Rigaud ne fut point, contrairement aux habitudes du temps, un libraire féru de l’antiquité grecque et latine. Il s’est appliqué surtout à publier les œuvres poétiques et historiques françaises et à vulgariser les recherches de ses contemporains sur le droit et la médecine. Il habitait rue Mercière, au coin de la rue Ferrandière, mais le grand essor pris par son commerce l’obligea à louer plusieurs entrepôts dans le voisinage. Rigaud remettait l’impression de ses publications à de nombreux imprimeurs généralement plus soucieux du bénéfice que de l’élégance, tels  Antoine et Ambroise du Rhône, Jacques Faure, François Durelle, Jean d’Ogerolles, Benoît Rondette, …


    Lorsqu’il mourut, le 23 mars 1597, Pierre Rigaud, l’aîné de ses enfants, administra et prit la direction de la maison de librairie sous la raison sociale : héritiers de Benoist Rigaud. La dynastie poursuivit son œuvre jusqu’au milieu du XVIIIème siècle.


    A la lecture des titres sortis de ses presses, on comprend que le roman de chevalerie avait une bonne place : Grisel et Mirabella(1568), Amadis des Gaule (1575-78), Fierabras le Géant (1575), Maugis d’Aigremont (1579), Meliadus Chevalier de la Croix (1581), Renaut de Montauban (1581), etc …


    Le plus célèbre de la série est, sans doute, son Lancelot du Lac de 1591. (Seul titre de Rigaud ayant eu les honneurs de l’Annual bibliography of the history of the printed book and libraries qui lui consacre deux notices !)



    Fig 3 Le début du récit de Lancelot


    Chacun connait la matière de Bretagne, sans avoir forcément lu Chrétien de Troyes, fondateur du genre. Un héros d’armes et d’amours part à l’aventure en quête de sa propre identité. Il se met perpétuellement en danger et conquiert dans les épreuves une réputation de courtoisie, de vaillance, de largesse et d’honneur.La grandeur d'Arthur et du royaume de Camelot a traversé les siècles et consacré la légende. On se souvient tous de sa réplique célèbre : « J’suis chef de guerre, moi. J’suis pas là pour secouer les drapeaux et jouer de la trompette ». Son pouvoir lui vient de son épée magique, Excalibur alias Chastiefol. (« J’veux pas qu’on touche à mon épée, c’est une épée magique, c’est personnel. ») [NDLR : j'aime quand Kaamelott s'invite sur le Bibliomane moderne !]

    L’univers chevaleresque mis en scène dans la légende arthurienne relève, comme le suggère Jean de Meung dans le Roman de la Rose, d’une « chevalerie de littérature ». La Bretagne y est une terre de fiction, lointaine et merveilleuse, où officient les mages (Merlin : « Invoquer une meute de loups ? Moi j’veux bien mais je vous préviens : s’ils se retournent contre nous pour nous bouffer les miches, vous viendrez pas pleurez ! »).  L’occupation principale du roi Arthur est d’écouter les récits que lui rapportent ses chevaliers. (Yvain : « moi, le Graal, j’peux pas y aller, j’ai une otite. »). Les aventures seront écrites, comme l’a demandé Merlin qui a instauré cette règle, afin que personne n’oublie, pendant les siècles à venir, combien les chevaliers d’Arthur étaient des hommes extraordinaires.


    Lancelot est le fils du roi Ban de Bénoïc et de la reine Élaine. Lors d'une campagne aux côtés du roi Arthur, le roi Ban de Bénoïc mourut en quittant son château incendié par Claudas de la Terre Déserte, laissant seule sa femme enceinte. Quelques mois après sa naissance, le jeune Lancelot est enlevé sous les yeux de sa mère par la Dame du Lac. Ce lac est le passage vers l'île enchantée d'Avalon, pays des mages et sorciers.


    Il existe plusieurs versions de Lancelot du Lac, celui du Chevalier à la charrette que Chrétien de Troyes met en scène vers 1180 - mais la création du personnage pourrait être antérieur au XIIème siècle - et le Lancelot en prose, rédigé au xiiie siècle en langue romane par un auteur anonyme, qui a considérablement développé le récit  en lui inventant  un royaume, ainsi qu'une descendance et de nombreuses péripéties.


    La notice qu’avait consacrée la BNF à l’’édition de Benoist Rigaud lors de l’exposition « La Légende du Roi  Arthur », en 2009, est très bien faite et je vous la livre telle quelle sans rien y ôter :


    « Cette modeste édition du Lancelot en prose est la dernière publiée en France et n'est en fait qu'un abrégé drastique de ce qui fut le plus vaste roman du Moyen Âge : il n'en reste qu'une succession de "briefs sommaires donnans au plus pres l'intelligence du tout", de phrases lapidaires retraçant uniquement l'action, fidèlement mais sans dialogues ni descriptions.


    L'imprimeur lyonnais Benoît Rigaud s'était fait une spécialité des romans de chevalerie, alors passés de mode dans les milieux aisés qui en avaient longtemps affectionné les grandes éditions in-folio ou in-quarto. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il n'insiste pas, dans le prologue, sur la valeur éducative du roman, mais le présente comme un simple délassement, "afin qu'au milieu de tant et tant de traverses, desquelles tu es agité journellement, la lecture d'icelle puisse apporter joye et consolation a ta tristesse, et allegement a tes adversitez".


    Il est possible que Rigaud ait considéré cet abrégé comme un "ballon d'essai", testant l'intérêt du public avant de se lancer dans la publication des milliers de pages du vrai Lancelot. L'année précédente, il avait déjà donné en apéritif une Devise des armes des chevaliers de la Table ronde. Et il n'avait pas procédé différemment en lançant, avant sa grande édition des Amadis (1575-1578), un Thresor des livres d'Amadis.


    Mais la matière de Bretagne était sans doute vraiment démodée - ou Rigaud changea-t-il de projet ? Quoi qu'il en soit, l'affaire en resta là.


    Cette édition préfigure en tout cas la formule éditoriale de la "Bibliothèque bleue", qui allait bientôt être systématisée par Nicolas Oudot, à Troyes. Bizarrement, si l'on excepte une édition d'Artus de Bretagne, les éditeurs troyens ignorèrent la matière arthurienne et ne publièrent que des versions abrégées des chansons de geste du cycle de Charlemagne, dans leurs mises en prose du XVe siècle. Certaines continuèrent d'ailleurs d'être éditées jusqu'au XIXe siècle. L'absence de la matière de Bretagne dans la littérature de colportage explique en grande partie l'oubli dans lequel Arthur tomba pendant plusieurs siècles. »



    Fig 4 Les Trois Fils de Roys, chapitre premier.


    Avec les Trois Fils de Roys nous quittons la Bretagne pour le Royaume de Naples et de Sicile. C’est l’une des rares proses épiques originales du XVème siècle  et un bel exemple de la richesse de la littérature bourguignonne [NDLR : cool !].


    A partir du roman arthurien qui adaptait des légendes celtes, le genre va s’élargir. Les récits ne se limitent plus au seul univers de la Bretagne et de la Cour du roi Arthur, ils portent sur les exploits de différents chevaliers évoluant dans différents pays d’Europe.


    Je vous fais grâce des détails de ce récit épique embrouillé qui décrit comment les princes Philippe de France, Humphrey d’Angleterre et David d’Écosse délivrent le royaume de Naples des Sarrasins et épousent trois belles princesses. Le ressort de l’histoire tient à ce que les trois Princes partent guerroyer incognito et il en résulte intrigues et quiproquos. On y retrouve tous les ingrédients habituels des romans de l’exil et du retour, avec une touche géopolitique particulière qui servait la propagande de Philippe le Bon, Duc de Bourgogne, puisque celui-ci avait le projet de lancer une croisade contre les turcs.


    Nous voilà plongés dans l’ambiance électrique qui animait les Cours d’Europe, hésitantes à envoyer des troupes contre les Turcs après la prise de Constantinople en 1453, alors que le Royaume de Sicile était à deux doigts de tomber aux mains des infidèles. Le Pape Nicolas V appelait à la Croisade. L’épisode du Vœu du Paon fait écho au récent Banquet du Faisan qui s’était déroulé à Lille en 1454. Le Duc, et tous ses chevaliers, au cours d’un grand banquet (sans doute bien arrosé !) avaient juré sur le faisan, à Dieu, à la Vierge et aux Dames, d’aller combattre les Turcs.  Les promesses n’engagent que ceux qui y croient !


    L’œuvre est faussement attribué à Daniel Aubert, qui était « escripvain » officiel du Duc Philippe le Bon. « Le copiste  gérait une espèce de maison d’édition qui selon les nécessités, exécutait, coordonnait ou surveillait toutes les phases de production du livre, allant de la rédaction du récit proprement dit jusqu’aux illustrations et à la reliure finale » ( Straub 1997, 148). Il dut contribuer pour une part au remaniement du texte. On y trouve aussi de nombreux liens avec la chanson de geste Fierabras.


    Voilà, ce n’était que deux exemples parmi les nombreux titres disponibles chez Benoist Rigaud en cette fin de XVIème siècle. Moins d’une vingtaine d’années plus tard, Miguel de Cervantès, tout en faisant rentrer le roman dans sa période moderne, allait porter une estocade finale aux récits de chevalerie avec le caricatural Don Quichotte.


    Bonne Journée

    Textor

    [NDLR : J'invite les lectrices et lecteurs de ce billet savamment tourné à se référer à cecipour plus de précisions sur le Royaume et son histoire ... compliquée ...]

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