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par Bertrand Hugonnard-Roche

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    Photographie Copyright Bruce Nauman


    Du (trop) fameux Qu’importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse de ce cher Baudelaire à L’important c’est ce qu’il y a dans la boite d’un industriel de la conserve, le rapport contenant-contenu est souvent perçu comme source d’ambiguïtés. Un contenant -la forme- de toute éternité sera nécessaire au contenu faute de quoi le contenu - le fond donc- n’existe pas... L’histoire des idées imprimées l’atteste, sa révolution perpétuelle liée intimement au style. Sans flacon, pas d’ivresse…

    Quand Marcel Duchamp il y a 100 ans expose des toiles sans cadre, le tollé est général, l’œil bourgeois -c’est toujours actuel- peine à se passer d’un cadre pour considérer une peinture...Une dégustation de vins à l’aveugle ruine la prétention d’expertise du plus grand nombre, le calibre de la bouteille mais surtout l’étiquette concourent à l’apprécier…L’hagiographie favorablement tronquée des monarques -des politiciens à présent- se joue jusqu’au tournis de l’image au détriment du contenu… Jusqu'à quel point la forme vampirise-t‘elle le fond, au risque de le vider de sens ? Quel est le rôle des apparences sur notre jugement ? En matière d’art, l’emballage aurait-il le pouvoir de transcender le contenu ? Vaste sujet... Le problème de la subjectivité de la forme est loin d’être réglé.

    Ces brèves digressions amènent au sujet qui nous intéresse : la reliure et sa fonction. L’amoureux transit de reliures que je suis ose à peine poser la question : à quoi au juste sert la reliure ?... A rien, à tout... N’a-t’elle pas toujours été argument à agrémenter, à plaire, à séduire, à faire vendre un texte plus ou moins rébarbatif, bref : à le tronquer par le biais d’un artifice ?...

    C’est la naissance de l’imprimerie et la propagation d’une littérature profane qui permettra l’avènement d’un art de la Reliure. Tant que l’écrit dans son immense majorité fut à caractère religieux, transmis sur parchemins par les copistes du clergé, la reliure demeura primitive ; les rares contre-exemples qualitatifs comme autant d’arbres cachant la forêt.

    Contrairement à un art de l’enluminure, précoce dans le temps mais initié par Byzance et ne concernant qu’un nombre minime d’ouvrages, l’usage de la reliure consistera longtemps à ranger des feuillets sous une couverte rustique et solide à des fins pratiques, nécessité d’ordonnancement… L’humidité des monastères et des places fortes où les grimoires sont conservés au moyen-âge impose un emballage inaltérable sans fioritures. En un mot comme en cent : l’aspect utilitaire prime sur toute autre considération. Peu d’inscription sur les plats grossiers, un Ex libris occasionnel ou une marque d’identification au dos. Cuir brut, écorce ou vélin muet à rabat sont la règle… Difficile dès lors de parler de reliure.

    C’est aussi que le texte saint tout-puissant doit se suffire à lui-même et cela tient du renoncement. Il reflète l’ordre décrété du monde selon le dogme chrétien : l’apparence du livre n’est rien car le texte est Tout, pourrait-on dire. Par cet absolu du contenu, qui interdit de fait un art de la Reliure, transparaît le dessein impérieux de contenir l’humanité vers l’essentiel ; viatique qui n’est pas sans rappeler le combat des iconoclastes et des iconodoules (cela mériterait un livre complet).

    Il faudra attendre la Renaissance et la redécouverte d’une pensée humaniste pour voir tempérée l’absolue primauté du fond sur la forme : l’homme n’est-il pas léger et inconséquent par essence ?... Nous sommes certes là encore bien loin du livre-objet, livre moderne conçu comme un tout, contenant répondant au contenu, livre où le plaisir de manipulation devient argument de lecture… Il n’empêche, les perfectionnements de l’artisanat apportent les outils d’un art en gestation. Mais à quoi tiendra l’éclosion de la Reliure d’Art ?

    La montée en puissance de la bourgeoisie des villes et des Parlements fut sans doute le déclencheur. L’amélioration de l’habitat favorise la possession d’ouvrages, l’avènement d’une sphère privée au sein des maisons sanctuarise bureau et bibliothèque, à la fois pièces et meubles. Mais c’est la mentalité urbaine et la conscience naissante de l’individu qui multiplie les centres d’intérêts. Histoire, voyages, fables, poésie, théâtre et chansons, l’écrit n’est plus seulement l’écho du culte mais celui de littératures variées. Le livre ne se veut plus exclusivement objet de réflexions souvent rébarbatives, mais plaisir et légèreté… Et à l’agrément du texte s’ajoute celui de son réceptacle. Qui, à une rude couenne de truie râpeuse ne préfère pas l’élégance d’un maroquin estampé ; voire ses armoiries frappées en dorure ?... Quel esprit distingué amoureux des facéties de Plaute n’aspirerait au bonheur d’une reliure en rapport ! Une classe éduquée se pique et rivalise désormais de posséder ces nouveautés. Adieu la reliure uniforme du presbytère ! Le champ des possibles est infini et les dés sont jetés.

    Certes, la bibliothèque ecclésiastique de l’âge classique ne sera pas en reste avec l’apparat, la magnificence que l’on sait...et l’adhésion à toutes les modes en vogue. Le catalogue d’inventaire des princes de l’Eglise, illustres amateurs commanditaires, est là pour témoigner. A ce titre, dans le sanctuaire même de la Réforme qui s’opposa tant aux dérives ostentatoires, la notion de Reliure d’Art avait déjà triomphé avec le standard de la reliure janséniste…

    Alors : la Reliure d’Art victoire du profane sur le sacré, en quelque sorte ?... En tous cas une chose est sûre : un parallèle historique parfait illustre le phénomène. La sécularisation des sociétés où priment les valeurs de plaisirs et d’émancipation, ne trouverait de meilleur instantané.

    Mais revenons à nos moutons, à quoi au juste sert la reliure... J’étais il y a peu à table avec ce qu’il convient d’appeler un grand libraire. Entre la poire et le fromage sans originalité nous nous mîmes à parler… livres, La Chartreuse de Parme précisément. Depuis l’édition de mars 1839 mon vis à vis connaissait toutes les versions parues, les illustrées comme les pirates, il savait qu’un folio somptueux relié par Bonet pour un amateur lyonnais venait de passer la veille aux mains d’un confrère pour un prix ahurissant, il n’ignorait aucune cote relative aux meilleures reliures adjugées en salle (EO bien sûr), bref, un puits sans fond… Me vint l’envie d’évoquer mon admiration sans borne -mon amour- pour la Sanseverina, et ma tendresse pour Fabrice. Un instant je l’observai à se dandiner sur sa chaise, mal à l’aise, visiblement tenté de faire durer jusqu’au café… et finir par avouer qu’il n’avait jamais lu La Chartreuse

    L’anecdote n’est pas anodine. Elle illustre le lent déclin de l’intérêt pour les classiques, peut-être parce que l’accès à la psychologie de pans entiers du patrimoine échappe à nos contemporains. Nous ne sommes plus en phase. Nul ne sait plus déclamer une strophe de Racine. Depuis la fin de la Belle Epoque qui comme chacun sait marque la fin du monde, le texte fait la manche et vit à crédit, il s’est cherché des relais d’audience comme n’importe quel famélique, il a successivement débauché la Reliure, l’illustration puis le cinéma... Admettons que bien des libraires ne sont plus aujourd’hui les agents de diffusion qu’ils furent, ni généralistes ni spécialistes, mais se sont rangés dans des niches spéculatives de haut vol -les cartonnages Jules Verne en sont la caricature- ce qui fait d’eux en vérité un genre de taxidermistes revisités... Pas de reproche non, juste un constat.

    La bibliophilie - dont la Reliure d’Art constitue une mamelle essentielle sans rapport pour autant avec celles de Tirésias - sert moins que jamais l’intérêt du texte, sans doute même en est-ce l’ennemie tant le poids des contraintes formelles du beau livre l’écrase, tous ces vers de mirlitons splendidement reliés en leur temps par une des stars du genre qui s’arrachent à prix d’or… L’inverse existe aussi. De grands textes bizarrement dédaignés sont affublés de cotes dérisoires, mais il y a là une morale au bénéfice de l’amateur avisé. Ce qu’il faut retenir de cet état paradoxal c’est l’émiettement complet du livre qui n’existe plus en tant que tel mais qui est devenu le faire-valoir de domaines annexes, l’écrit considéré comme sous-titre de l’image désormais, les acteurs du secteur n’ayant plus grand chose non plus à voir les uns avec les autres…

    En un peu plus de quatre siècles le rapport texte-reliure s’est radicalement inversé. Le texte qui était Tout s’est réduit comme peau de chagrin - gloire à Balzac -, le texte devenu tout petit mot en un sens mais gros mot presque, tandis que la Reliure qui incarnait le diable noir des inquisiteurs, forte de l’image reine de l’époque où tout se voit sans être regardé, reçoit les gerbes et les honneurs du tapis rouge.

    Norbert Vannereau

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    Le hasard des ventes aux enchères vient de m’instituer heureux conservateur d’une lettre autographe de l’éditeur Léon Curmer (1801-1870).


    Écrite en Italie au printemps 1861, cette missive fut envoyée au directeur de cabinet du ministre d’État (alors chargé de la Culture et des Beaux-arts) tandis que l’éditeur mettait fiévreusement la dernière main à sa publication des Heures d’Anne de Bretagne (le procès-verbal du tirage des 850 exemplaires sera signé par-devant notaire le 14 août suivant).


    Intéressante, cette lettre l’est à plus d’un titre.


    Elle confirme ce que nous savions déjà de Léon Curmer : un chercheur infatigable doublé d’un homme tenace jusqu’à l’opiniâtreté, qui poursuivait ses buts en cherchant courageusement - et avec intelligence - à vaincre les obstacles les plus imprévus.


    Elle pose aussi une question cruciale : quelle est l’intention réelle de Léon Curmer lorsqu’il s’adresse au ministère d’État ? Il insiste (nous reviendrons sur ce terme) pour obtenir une mission… qu’apparemment il a déjà obtenue. Bizarre ! Il a déjà été missionné par le ministre, en faisant jouer des relations personnelles (deux sénateurs, dont l’un a l’oreille de l’Empereur), et même en obtenant le concours du Prince Napoléon, cousin du souverain. Mais bien qu’il ait déjàeutout cela, il semble insatisfait… Alors, que veut-il vraiment ?


    Il sollicite une mission destinée à rendre compte de ses travaux. Il souligne les obstacles qu’il a dû vaincre pour faire aboutir ses recherches italiennes durant un voyage long difficile et un peu précipité(j’ai à travers mille peines fait photographier & colorier les plus belles miniatures & les plus précieux ornemens). Il croit même nécessaire de se justifier (vous voyez (…) que ce n’est pas un voyage de pure fantaisie et que je suis en mesure de tenir la promesse que je faisais dans ma demande). On peut s’interroger : n’avait-il pas arraché cette autorisation plus qu’elle ne lui avait été consentie ?


    Or quelque chose ne colle pas. De toute évidence, il n’est pas nécessaire de réclamer une mission pour envoyer un compte-rendu : l’une a logiquement précédé l’autre. Il faut donc relire la lette attentivement, et surtout considérer l’inscription apposée au crayon à papier par le chef de cabinet, après avoir recueilli l’avis de son ministre, en vue de répondre au requérant : on en arrive à la conclusion qu’en fait, sans le formuler très explicitement, Léon Curmer souhaite obtenir un appui officiel pour son imminente publication (je tiendrai à honneur (…) de faire cette publication à mes frais avec ce caractère semi officiel qui donnera un certain poids à mes paroles). Outre son honneur, il n’hésite pas à mettre en avant son désintéressement (je ne demande aucune retribution aucune rémuneration de quelque sorte qu’elle soit). Mais surtout, il précise la nécessité de cette accréditation : je n’ai pas la prétention d’être un savant... Malgré ses précautions oratoires (admirons l’astuce de l’expression semi officiel !) et son jeu habile sur l’ambiguïté du mot mission, il s’est trahi.



    Ces précisions apportées, la demande apparaît moins incompréhensible qu’elle n’en a l’air de prime abord. En fait, sachant qu’il n’a pas l’autorité morale d’un homme de science, Léon Curmer cherche à y substituer un appui officiel (ou, plus exactement, à moitié officiel). Le commentaire inscrit au ministère affirme : rien ne s’oppose à ce que Monsieur Curmer rende compte de ses travauxà un ministre dont ils ressortent. C’est dans la logique des choses. Mais par contre, le j’insiste auprès de vous n’est absolument pas passé. Et je dois avouer que quand, loupe en mains, je déchiffrais les pattes de mouche du bon Léon et n’avais pas encore cerné ses motivations profondes, je me suis dit : il est bien audacieux d’utiliser un terme aussi impératif!


    La réaction du ministre est éclairante. Ayant su lire entre les lignes, il a immédiatement compris qu’on cherche à obtenir de lui un service qui, bien qu’entrant dans ses attributions, pourrait lui coûter cher. Homme politique rompu à la nécessité d’une constante prudence, peut-être redoute-t-il qu’une appréciation publique par trop laudative de l’art italien, encouragée par le pouvoir en place, ne déclenche une polémique dont ces chauvins de Français ont le secret et l’habitude. L’exaltation des valeurs nationales, si chère à l’Empereur, s’en trouverait à coup sûr compromise, ce qui ne pourrait qu’avoir de fâcheuses conséquences (y compris - et sans doute avant tout… - sur son poste ministériel). De ce fait, il n’a pas jugé àpropos de (…) devoir donner suite - ah ! qu’en termes galants ces choses-là sont mises ! - et ajoute, non sans sécheresse ni même une pointe de mépris perfide, qu’il y aurait peut-être des inconvenances à insister. Voilà, le mot est lâché ! L’insistance de Léon Curmer a paru inconvenante. Cet homme à la passion bouillonnante n’hésite pas à forcer le destin, tant il se sent (naïvement ?) persuadé de la légitimité de ses entreprises. S’il respecte le code de la politesse, en servant du Son Excellenceà chaque paragraphe ou presque, il n’en ose pasmoins insister. Or cela ne plaît pas du tout dans les cabinets et salons dorés ministériels de l’autoritaire Second Empire où les hommes de pouvoir, que leur fonction a gonflés d’infatuation, ne désirent qu’un respect scrupuleux des conventions sociales et n’apprécient rien tant que l’humilité, voire la soumission, mais sûrement pas l’audace. Flaubert puis le pauvre Baudelaire l’ont déjà appris à leurs dépens ! Un rappel aux convenances s’imposait…



    Les éléments me manquent pour savoir comment ce refus - qu’on devine poliment entortillé - fut ressenti par Léon Curmer. Non sans amertume, comme on peut s’en douter. Cela n’empêcha toutefois ni la publication des superbes Heures d’Anne de Bretagne, ni leur éclatant et durable succès. Cet ouvrage est même devenu le prototype de nos fac-similésmodernes de manuscrits enluminés. Il a fait date, et les collectionneurs d’aujourd’hui continuent de se le disputer. Le nom de Léon Curmer n’a pas sombré dans l’oubli ; tout du moins les bibliophiles honorent-ils et chérissent-ils toujours sa mémoire. Mais qui se souvient encore du ministre Walewski ?

    Thierry COUTURE
    10 août 2013


    PRÉCISIONS BIOGRAPHIQUES



    1)En 1852, Napoléon III avait institué un ministère d’État chargé de la politique de prestige de l'Empire, visant l'organisation de fêtes et de cérémonies. C’était un ministère à part entière, chargé des beaux-arts, des théâtres et des musées. Son titulaire avait pour nom ministre d’État. Du 23 novembre 1860 au 23 juin 1863, cette fonction fut assumée par Alexandre Florian Joseph, comte COLONNA WALEWSKI(1810-1868), fils naturel de Napoléon Ier et de la célèbre Marie Walewska.

    C’est à son directeur de cabinet que s’adresse Léon Curmer.



    2) Noël LEFEBVRE-DURUFLÉ (1792-1877) fut ministre de l’Agriculture en 1851, puis des Travaux publics en 1852. il quitta ce poste en juillet de la même année pour celui de sénateur, qu’il occupa activement jusqu’en 1870. Il était né à Pont-Audemer (Eure), où le grand-père paternel de Léon Curmer, Michel Curmer, avait vu le jour en mars 1743. N’y a-t-il là qu’une simple coïncidence ?



    3) Louis Félicien Joseph Caignart de Saulcy, dit Félicien (ou Félix) de Saulcy (1807-1880), fut archéologue et numismate. L’empereur Napoléon III, dont il avait su gagner la confiance, le nomma sénateur en 1859. Il présida la commission de la Carte des Gaules en 1862.




    4) Napoléon Jérôme BONAPARTE, dit le Prince Napoléon(1822-1891), était cousin germain paternel de l’empereur Napoléon III. On le surnommait familièrement Plon-Plon. Il incarnait les tendances les plus libérales du Second Empire. Il assuma plusieurs missions diplomatiques mais son cousin ne lui accorda jamais sa confiance. Il fut disgracié en 1865, à la suite d’un discours trop hardi prononcé en Corse. Après la mort prématurée du Prince impérial en 1879, il ne parvint pas à s’imposer comme chef de la Maison Bonaparte ; ce titre revint à son fils aîné, Victor (1862-1926).




    Transcription de la lettre :

    florence 26 avril 1861,



    Monsieur Le Directeur,


    Permettez moi cette courte lettre

    à travers un voyage long difficile et un

    peu précipité


    J’ai demandé à Son Excellence avec l’appui

    de Mrs Lefebvre Duruflé et de Saulcy, une

    mission ayant pour but de rechercher les

    manuscrits à miniatures qui sont en Italie,

    j’avais pour motif [écrit par-dessus b(ut) ] surtout d’adresser à mon

    retour à Son Excellence un rapport sur mes

    recherches, elles ont été fructueuses, j’ai trouvé

    à Turin le portrait authentique de l’auteur

    inconnu des peintures du livre (d’) Heures

    d’Anne de Bretagne, j’ai vu tous les manuscrits

    de Turin Milan Venise Parme Bologne

    florence Sienne et Rome j’ai à travers

    mille peines fait photographier & colorier

    …/…

    les plus belles miniatures & les

    plus précieux ornemens du Bréviaire

    de Grimani des livres choraux de la

    chartreuse de Pavie, de ceux de Sienne

    des manuscrits du Vatican & des

    Bibliothèques Barberini & Corsini

    sans parler de beaucoup d’autres

    renseignemens précieux pour l’histoire

    de l’art.


    Vous voyez Monsieur que ce n’est

    pas un voyage de pure fantaisie

    et que je suis en mesure de tenir la

    promesse que je faisais dans ma

    demande.


    Ajoutez à cela que je n’ai pas

    la prétention d’etre un savant que

    je ne demande aucune retribution

    aucune rémuneration de quelque

    sorte qu’elle soit.


    Je désire seulement être autorisé

    …/…

    par la mission que je sollicite

    à rendre compte à Son Excellence

    de mes recherches et de mes travaux.


    Vous avez eu la bonté de me proposer

    une recommandation de S. E le

    Ministre des affaires etrangères,

    j’ai eu tout cela et de plus une

    mission spéciale du Prince Napoléon

    Si j’insiste auprès de vous pour avoir

    cette mission c’est que c’est à Son

    Excellence que mon rapport va

    de droit et que je tiendrai à honneur

    si vous trouvez qu’il vaille la peine d’etre

    publié, de faire cette publication à

    mes frais avec ce caractère semi

    officiel qui donnera un certain

    poids à mes paroles


    Si Son Excellence daigne

    m’honorer d’une réponse favorable

    …/…

    je vous prie de la faire remettre

    Rue de Richelieu 47 ou je la

    trouverai à mon retour


    Veuillez agréer Monsieur

    Le Directeur l’hommage

    de mes sentimens respectueux



    L Curmer



    Écrit au crayon à papier, en travers de la première page, par le directeur de cabinet du Ministre d’État :


    Rien ne s’oppose à ce que

    M Curmer adresse un rapport

    sur ses travaux en Italie au Ministre

    d’Etat, qui par les attributions qui lui

    sont conférées est le plus en situation

    de recevoir des communications

    semblables – quant à la lettre que

    demande M Curmer le Ministre

    n’a pas jugé à propos de le devoir

    et il y aurait peut etre des inconvenances

    à insister auprès de lui.




    Nous rappelons les autres billets donnés ici même par M. Thierry Couture au sujet de Léon Curmer :ICI et ICI. Il y en a encore d'autres sur Léon Curmer, vous les trouverez en cliquant ICI.

    Bonne journée,
    Bertrand


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    Si vous avez une idée ? ...

    B.

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    Cliquez sur l'image ci-dessus pour vous rendre directement sur le blog
    Léon Bloy


    Bonsoir à toutes et à tous,

    Certains savent que j'apprécie beaucoup Léon Bloy, les autres le sauront donc maintenant. Depuis quelques temps déjà, j'avais pour projet de construire un blog autour de Bloy. Ce projet aura mijoté, avant l'élément déclencheur : le "ce serait bien" de Bertrand. Espérons donc lui donner raison !

    La prétention ne sera que bibliographique, car je ne suis qu'un amateur plus éclairé que d'autres et non un spécialiste.

    Les grandes lignes de ce blog seront ainsi :
    • Lister les ouvrages de Bloy en prenant comme point de départ (déjà très complet)  la Bibli-iconographie de Bollery (1935). Compléter les quelques rares détails manquants et ajouter les ouvrages parus après 1935 (principalement la correspondance).
    • Identifier les exemplaires remarquables (manuscrits, envois, reliures, exemplaires truffés)
    • Lister les ouvrages sur Bloy ou le mentionnant, travail commencé là aussi par Bollery (Ouvrages à consulter in Biblio-iconographie)
    • et, pourquoi pas ?, continuer avec les œuvres de toutes sortes le mentionnant.
    • Tenter une liste des correspondances reçues et envoyées
    • Définir ainsi un index des personnes liées à Bloy, en particulier trouver les liens avec Octave Uzanne ;-)

    Tout apport est bien évidemment le bienvenu : dédicaces, courriers reçus ou envoyés, courriers le mentionnant, précisions autres.

    Vous pourrez suivre le blog via facebook ou en vous inscrivant directement.
    L'adresse du blog est très simple : leon-bloy.blogspot.fr

    Benoît Galland


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    Il est certain que si tous les bibliophiles n'ont pas toujours un ex-libris à leur nom, grand nombre d'entre eux, et c'est humain, souhaitent laisser une trace de leur passage sur terre par le truchement d'une marque d'appartenance et, en l'occurrence l'ex-libris tombe à pic dans ce cas. Par contre les collectionneurs d'ex-libris ne sont pas toujours des bbibliopiles, bibliomanes et autres maniaques du livre. Actuellement les exlibricistes, telle une traînée de poudre, se sont multipliés dans le monde entier, tout pays confondu, et les chinois sont toujours aussi friands des ex-libris de Mark Severin, grand artiste belge à la mémoire duquel j'avais redigé, précédemment, un article élogieux agrémenté d'une solide et pimentée iconographie. Mon intention est de montrer maintenant la grande qualité graphique de la nouvelle relève des artistes slaves qui se sont particulièrement libérés et déchaînés depuis la chute du mur de Berlin ! Néanmoins, je ne puis résister, par le biais de quelques articles que j'avais publiés in illo tempore, à la tentation de rendre hommage aux nombreux artistes pionniers du sexe et de ses multiples représentations. Je commencerai donc d'une manière douce car je connais mes lecteurs délicats d'autant plus que la gent féminine, futures satyresses en puissance, parcourent aussi ce blog, aux dernières nouvelles !!

    Vicomte Kouyakov







    par Denise Willem


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    par Elfriede Weidenhaus


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    par Michel Jamar

    A suivre ...

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    SURENCHÈRES !



         Lorsque Saint-Louis en 1254 créa à Paris le corps des sergents à verge et à chevaldestiné à conduire les ventes forcées(la terminologie illustre tout un contexte...) laissant aux fripiers la mainmise sur les ventes volontaires, nul n’imaginait l’extension que la fonction prendrait... Il s’agissait alors de régler principalement le droit des faillites. Trois siècles plus tard Henri II institua un code imposant aux fripiers d’acquérir une charge, ce qui de facto fit d’eux des agents officiels. Louis XIV porta le nombre des huissier-priseursparisiens à 120, chiffre surprenant pour une ville de 700.000 habitants…

    Judiciaires ou habilités aux ventes volontaires, ils sont aujourd’hui un millier à exercer en France, beaucoup comme simples claqueurs de marteau salariés d’études. Et si l’achat d’une charge (comme sous l’Ancien Régime) demeure la règle prohibitive, la profession depuis la Réforme de juillet 2000, sous couvert d’harmonisation européenne, a vu croitre ses prérogatives, les SVV devenant des maisons de commerce comme les autres.

    Huit-cents mille morts chaque année dans l’hexagone !... Ça peut paraitre cru et évoquer la tranchée de Verdun... Mais à l’image des Pompes funèbres le marché captif de la succession est un business colossal. Seul, le commissaire priseur (CP) ne serait pas grand-chose dans cette affaire mais au fil des ans il s’est entouré d’auxiliaires, apporteurs d’affaires de tous poils qui drainent à lui une marchandise impossible à atteindre autrement, rabatteurs rémunérés de la façon la plus légale qui soit. Je le sais bien, j’en fus. Mais dans le paysage bocager que la France persiste à être, le CP entretient des liens opportuns avec des partenaires occupés à creuser pour lui le sillon, je veux parler du notaire et de l’huissier (encore des charges de l’Ancien Régime…) ainsi que le liquidateur pour ce qui concerne le judiciaire. C’est à eux que le CP doit ses plus belles (lucratives) successions.

    Question : à la mort du vieux collectionneur de Langres, pourquoi sa superbe bibliothèque par l’intermédiaire du notaire de famille a pris la direction de la salle des ventes, plutôt qu’échoir au libraire de Troyes ?... Quelle  influence, et dans l’intérêt de qui la décision d’attribuer à l’un ou l’autre ; qui décide de la dispersion post mortem ou de la faillite d’une officine ?...

    Les ententes tacites entre coreligionnaires - surtout en province où l’on a fait son Droit sur les mêmes bancs, sont naturelles et humaines. Qui n’agirait ainsi  ?... La guerre de Troyes n’aura pas lieu. Pour autant voyons les choses en face : l’adjudicateur ne sert pas toujours au mieux l’intérêt de l’héritier pour qui l’argument de la valorisation du patrimoine est l’essentiel. Cela en tous cas au détriment du libraire local qui voit lui échapper un achalandage qui ne manquera pas de lui faire défaut.

        L’achalandage est crucial pour le libraire. Comment drainer à soi la clientèle dès lors que l’offre, la fraîcheur du stock ne sont pas au rendez-vous ? Il s’agit là d’un insoluble problème de quadrature du cercle.

    Quand mon grand-père bibliophile après un demi-siècle d’heureuse moisson tira sa révérence, il ne serait venu à personne l’idée parmi les successeurs de convoquer un CP... Le renouvèlement des générations, toutes collections confondues, jouait à plein et il se trouvait plutôt trop d’amateurs que pas assez. Des bibliophiles inconnus se manifestaient, faisaient des offres… Et si la bibliothèque pour partie devait quitter le giron familial, la voie naturelle consistait à s’adresser au libraire et de conclure de gré à gré, avec la suite heureuse d’approvisionner le marché local. Et parfois comme le retour de l’enfant prodigue, la surprise de retrouver  en rayon l’exemplaire que le libraire jadis avait vendu au défunt !…

         Force est de constater que la mutation des goûts et des meurs amoindrit  la transmission verticale. Des pans entiers du patrimoine ne concernent plus que les têtes chenues. Nous connaissons tous pléthores de jeunotsqui à la féérie d’une bibliothèque préfèrent le mirage d’une  croisière aux Seychelles. Par un implacable coup de bilboquet, les successions familiales vont au plus offrant. Et sauf à disposer d’un capital d’investissement très conséquent elles échappent largement au libraire. Bon nombre d’entre eux faute de moyens et donc de marchandise se morfondent. La librairie est un sacerdoce. On y entre comme dans les ordres par amour et utopie… pour réaliser dès le premier assaut qu’il s’agit d’une occupation de capitaliste qui nécessite d’être lourdement armé. CQFD.

         Organisée en structure commerçante élaborée, opportunément favorisée par l’évolution contemporaine du commerce,  la salle des ventes agit sur les esprits comme les feux de la rampe, casino de tous les possibles jouant deux coups d’avance contre la librairie, l’incomparable visibilité de l’Internet pour complice. La quasi totalité des CP ont franchis le pas avec l’intention avouée -et l’effet imparable- d’évincer la chaîne des intermédiaires, et se substituer à eux en se posant comme l’interlocuteur exclusif du client final. Force est de constater qu’ils sont en passe d’y parvenir. Adjugé-vendu… Petits ou gros les courtiers le savent intimement, les maillons forgés depuis la nuit des temps vont être brisés au seul bénéfice du moloch au marteau qui concentre tout.

         Douze ans après la réforme, le CP devenu commerçant décomplexé s’est rué dans la brèche : journées d’expertises gratuites, séduisants catalogues en ligne, ventes thématiques, publication de résultats fracassants, prestations personnalisées, avances sur recettes, publicités flatteuses, vacations dématérialisées sur simple clic depuis les antipodes… Tout est mis en œuvre par la salle des ventes pour incarner l’image du commerce moderne. Il faut dire que parmi ses atouts elle dispose de  grain à moudre : en 20 ans la taxe perçue  sur l’enchérisseur acheteur est passée de 10 à 25 % ! Ajoutée aux 15 % prélevés sur le vendeur, 40% du montant adjugé tombent dans la poche de l’organisateur de la vente ! Un rapport incomparable d’autant qu’à l'inverse du libraire propriétaire de son stock, le CP se voit confier des lots à vendre dans lesquels il n’a rien investi…

         Hors de France où les impératifs légaux pour l’organisation d’enchères en salle n’existent pour ainsi dire pas, l’hémorragie dans les rangs de la librairie ancienne est déjà sans retour. Bien des métropoles se sont vidées de leurs librairies physiques au profit de ventes en salle et d’un commerce Internet polymorphe. Bruxelles capitale de l’Europe est aujourd’hui le désert de Gobi, la presque totalité des librairies n’en ayant plus que le nom, leurs locaux de simples entrepôts n’accueillant plus la clientèle, les animateurs historiques ayant succombé au chant des sirènes.

         Au final presque résigné on serait tenté de baisser les bras et de conclure que la salle des ventes, acteur économique parmi d’autres, s’est s’imposée par K.O techniqueà la régulière, parce que mieux adaptée au marché et aux réalités du  monde ; que le commerce des hommes éternellement est voué à périr et se recomposer, l’âge d’or de la Route de la soie révolu, l’univers des enchères correspondant à l’air du temps… ce qui n’est pas totalement faux. Mais les choses ne sont pas non plus si simples.

         Certes, la SVV à la faveur d’une réforme taillée sur mesure par des crypto-libéraux a su saisir l’opportunité et conquérir des parts de marché. En face, l’icone nostalgique de José Corti blotti derrière son poêle Godin son matou sur les genoux, peut sembler désuète…

         Il existe pourtant une belle part d’ombre dans l’irrésistible ascension car l’activité d’une salle de vente repose à plus d’un titre… sur du bluff. Aucun de ses familiers n’ignore qu’une partie très substantielle de ce qui y est dispersé provient de déstockages de professionnels en mal de trésorerie, les libraires ne faisant nullement exception… Un CP spécialisé en bibliophilie me confiait il y a peu que 8 ouvrages sur 10  adjugés dans sa dernière vacation provenaient des étagères de marchands, pour repartir sur celles de confrères ! Consanguin le libraire, acteur de sa propre disparition ?... Depuis des lustres c’est un secret de polichinelle : de nombreux CP grimés en collectionneurs enfreignent la loi en achetant en salle de quoi étoffer leur future vente trop maigrelette, pariant sur un prix supérieur en leurs murs… Consanguin, juge et partie le CP ?…

         Si à cela on ajoute le fait que beaucoup d’ouvrages acquis en salle coûtent plus chers qu’en librairie, au nom de l’émulation propre au combat de coq et aux savants effets de manches  du marteau… On finit par s’interroger sur le pourquoi d’un tel succès. La salle de ventes c’est indéniable procède de l’usine à rêves, barnum clinquant où le beau coup parait toujours possible mais où la règle du jeu en définitive est biaisée. A l’enchérisseur flambeur du premier rang levant la main avec ostentation, répond l’amateur discret qui pousse une porte à grelot... Les deux systèmes seraient incompatibles, l’un immanquablement voué à juguler l’autre ?...

          Trente ans après la loi Lang qui en son temps souhaita sanctuariser le livre neuf soumis à une dérèglementation sauvage au moyen du prix unique (le livre est-il un produit comme les autres ?...), il est indéniable que la librairie ancienne en boutique bat de l’aile à son tour. Tous les indicateurs sont au rouge. Adossée à la terrible force de frappe d’Internet, la puissance fantasmatique exercée par la salle des ventes, qui n’a d’égal que celle de la Française des Jeux, détourne pour partie la clientèle des lieux de commerce traditionnels. Mais les mêmes causes produisent les mêmes effets et le livre ancien n’est pas seul sur la sellette : boutiques d’antiquités, galeries d’art… C’est l’ensemble des activités relatives au commerce culturel qui se voit comprimé entre le marteau et l’enclume.

          S’il existe une réponse appropriée à l’offensive, elle ne réside sans doute pas dans une réglementation quelconque, mais dans une pédagogie auprès du collectionneur particulier quand à la véritable nature de la salle de ventes et son mode de fonctionnement.



    Arco Amirad


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    Qui saura reconnaître le lieu de cette prise de vue vers 1900 ?

    Et ces 22 messieurs ? Qui sont-ils ?




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    J’ai passé une partie de ce bel été à faire des recherches autour d’un livre d’heures entré dans ma bibliothèque un peu par hasard. J’avais toujours imaginé que ce genre d’ouvrage était inaccessible à mes finances et puis finalement, à l’occasion d’un trou d’air dans une vente (tous les participants pensaient sans doute comme moi !), et alors que je me grattais machinalement la tête, le manuscrit m’a été attribué.


    Dès lors j’ai connu des problèmes que ne se posent pas les collectionneurs de livres imprimés où la question de la date et du lieu d’impression est vite résolue, c’est marqué dessus, comme sur ces fromages à pâte molle vendus dans les années 60.  Avec les manuscrits, la tâche est moins aisée, croyez-moi.


    Présentation de l’objet : Il s’agit d’un livre d’heures manuscrit sur parchemin recouvert d’un vélin souple de réemploi (Reliure de l'époque ?) de 133 feuillets non chiffrés, portant de 16 à 18 lignes par page, réglure à la mine de plomb (La piqûre subsiste parfois). Dimension de 110 x 160 mm. Justification: 60 x 95 mm. Pas de signature, mais les réclames apparaissent sur 13 des 17 cahiers. Il est soigneusement calligraphié en majuscule et minuscule gothique. Des corrections au calendrier et sur certaines pages ont été apportées dans les marges d’une écriture gothique contemporaine, alors que sur les pages de garde, la couverture et dans les marges apparaissent quelques annotations un peu plus tardives, en écriture cursive gothique (fin XVe siècle).



    Fig 1 Le début des heures de la Vierge (Incipit Matutine Beate Marie)




    Fig 2 Le plat supérieur de la reliure




    Fig 3 Le tranchefile supérieur



    Un livre d'heures est un ouvrage de dévotion destiné aux laïcs. Il comprend usuellement un calendrier, le petit office de la Vierge divisée selon les temps de la journée (Laudes, prime, tierce, sexte, nones, vêpres, complies),  les psaumes pénitentiaux, les litanies, les suffrages  et l’office des morts. Ce recueil n’a pas été admis au rang des livres liturgiques. Il est dérivé du bréviaire que les particuliers ne pouvaient adopter en raison de sa longueur et de sa complexité. Dès le XIIe siècle certaines parties du bréviaire, courtes et faciles, furent ajoutés au psautier, lequel, dès l’époque carolingienne était un recueil de prières habituelles. Vers le milieu du XIIIe siècle ce qui sera le livre d’heures commença à se détacher du psautier. Au XVe siècle la séparation est consommée.

    Ce manuscrit ne possède pas de peinture ni de décoration marginales. Seuls éléments du décor, des initiales en rouge ou bleu sur fond alternativement bleu, gris ou rouge et un jeu alternatif d'écritures majuscules et minuscules, permettant un commentaire à la fin des psaumes par une écriture plus fine que le texte principal. Le copiste a fait usage également de l'encre rouge pour l'introduction des psaumes, hymnes, oraisons et capitules. Un livre destiné probablement à un commanditaire peu fortuné qui a réduit les frais de décoration au minimum. 

    Bien que n’ayant appartenu ni au duc de Berry ni à la duchesse Anne de Bretagne, il est toujours intriguant de savoir pour qui un tel livre a pu être fabriqué, à quelle époque et dans quelle région. En France, assurément, puisque une partie des prières et le calendrier est en français. 


    Quand on cherche à déterminer une date, il parait naturel de regarder dans le calendrier ! Les jours et les quantièmes du mois étant marqués, il devrait permettre de déterminer l’année de rédaction du manuscrit.



    Fig 4 Calendrier : le mois de Novembre




    Fig 5 Calendrier : Septembre



    Le calendrier liturgique, construit sur le calendrier romain, commence toujours le 1 janvier, quel que soit le style chronologique en usage (style de l’Annonciation, de la Nativité, de Pâques…) alors que le début de l’année civile débutait avec Avril. Dès le milieu du IXe siècle, on trouve la lettre dominicale (ici dans la 2e colonne). Cette lettre, de A à G, correspondait  au premier dimanche de l’année, le 1 janvier étant toujours désigné par la lettre A (généralement rubriquée), et ainsi de suite. Une année A commencera donc un dimanche, une année B un samedi, C un vendredi, D un jeudi, E un mercredi, F un mardi, G un lundi. Les années bissextiles portent une lettre double, par exemple FE, F servant jusqu’au 24 février (locus bisextii), et E à partir du dimanche suivant. Mais, par la suite, ces lettres ne furent utilisées que pour désigner les quantièmes, et certains calendriers, surtout à partir du XIVe siècle, les utilisent comme seul mode d’énoncé des jours. C’est le cas pour le nôtre. On voit par exemple que la Toussaint est un jour D, mais ce ne sera pas un Jeudi pour autant.

    Par ailleurs, ce calendrier comporte en tête de chaque mois le nombre de jours solaires et lunaires du mois : Novembre a 30 jours et la lune 30.  Ce comput lunaire est détaillé dansla première colonne  du calendrier qui donne le nombre d’or (numerus aureus). Un chiffre, de 1 à 19, correspond aux 19 jours où l’on pensait que la nouvelle lune pouvait arriver,  mais il faut d’abord connaître le nombre d’or de l’année considérée qui s’obtient de la manière suivante : on ajoute 1 au millésime ; on divise ensuite par 19, le reste étant le nombre cherché. Si le reste est nul, le nombre d’or est 19. Facile !


    Ensuite, on cherche le jour de chaque mois auquel ce nombre correspond, et l’on obtient ainsi le jour où tombe la nouvelle lune.


    Le problème est que le nombre d’or ne peut être d’aucune utilité pour dater un ouvrage puisqu’il s’agit d’un système perpétuel et les mêmes séries de chiffres se retrouvent, sauf erreur du copiste, dans tous les calendriers qui les indiquent. (Voir par exemple, entre autres,  l’exemplaire de Jeanne de France numérisé sur Gallica dont les nombres d’or sont identiques à notre calendrier).


    Enfin, nous trouvons encore dans ce calendrier une indication des jours néfastes. Les jours néfastes, dies eger,sont deux jours chaque mois, pendant lesquels il était périlleux d’entreprendre une action. Ils passaient pour avoir été déterminés par les Égyptiens. Les jours égyptiaques ont joué un rôle important dans la médecine du haut Moyen Âge, et il existe un certain nombre de traités sur ce thème, De diebus aegyptiacis. Sur la photo retenue pour cet article, où figure  le mois de Novembre, le dies eger tombe  le 5 et le 28. Les spécialistes d’ésotérisme vont peut-être pouvoir me dire en quelle année il valait mieux ne pas sortir le 5 Novembre…


    Bref, pour nous résumer, aussi détaillé soit le décompte des jours, des quantièmes, des nombres d’or et des jours néfastes, il faut admettre qu’ils ne nous sont d’aucune utilité pour trouver la date de fabrication du manuscrit ! (1) 



    Fig 6 Prières à Sexte (Ad sextam)




    Fig 7 Début des heures de la Croix. (Incipiunt matutine sancte crucis)



    Ce constat n’a pas découragé pour autant le chanoine Leroquais. Cet amoureux des bréviaires et des livres d’heures  entreprit de décrire tous les exemplaires des bibliothèques auxquelles il a eu accès et il a rédigé quelques sommes inégalées jusqu’ici, dont celle consacrée aux livres d’heures de la Bibliothèque Nationale, complétée par ses élèves de l’Ecole des Hautes Etudes. Les tableaux dressés par Victor Leroquais sont très utiles pour procéder à des vérifications sur la provenance et la date des manuscrits. La méthode la plus sure est la localisation à l’aide du Sanctoral (La liste des Saints à honorer qui sont mentionnés au calendrier). Il va de soi que les fêtes du Christ ou des pères de l’Église universelle, ou ceux qui figurent dans les sacramentaires gélasien et grégorien, se retrouvent partout et n’aident pas à la localisation. En revanche, les saints locaux inscrits de première main sont susceptibles de fournir un terminus post quem, et ceux inscrits en addition fournissent un terminus ante quem.


    Dans notre manuscrit, le calendrier incorpore de nombreux saints typiquement parisiens et la commémoration d'événements de l'histoire de Paris comme la translation de saint Magloire le 24 Octobre, la célébration de saint Maclou le 15 Novembre, saint Victor, saint Leu-saint Gilles, saint Thomas d’Aquin, saint Fiacre le 30 août, la réception de la sainte Couronne d'épines célébrée à partir du 11 août 1239, le miracle de sainte Geneviève des Ardents, fêté le 26 Novembre 1130. Tous ces éléments laisseraient penser à une origine parisienne de ce livre d'heures puisque le calendrier donne aux bonnes dates tous les événements du tableau chronologique des fêtes parisiennes établi en 1933 par Mlle Alice Drouin (élève du bon chanoine Leroquais) jusqu'à la date du 25 novembre 1368 où il a été décidé à Paris d'honorer sainte Catherine d'une double fête.


    Par ailleurs on ne voit pas apparaître la célébration de la fête de la Présentation arrêtée le 21 novembre 1374, ni celle de la Visitation arrêtée le 2 juillet en 1389. Si nous considérons l'exactitude du tableau de Leroquais, nous pouvons en conclure que ce manuscrit est postérieur à 1368, mais antérieur à 1374.



    Fig 8 Double page




    Fig 9 Début de l’office des Morts (incipit vigilia mortuorum)



    Oui, mais voilà, un doute subsiste pour François Avril (3) qui a eu le manuscrit entre les mains, car les dates de commémoration de la Présentation et de la Visitation arrêtées après 1368 ont pu, comme dans certains psautiers et bréviaires de la fin du XIVe siècle, être oubliées ou ignorées. En se fondant sur l'écriture gothique utilisée, sur la décoration stylisée de certaines initiales, et sur la technique des tranchefiles, François Avril pense, malgré l'absence de ces fêtes, que ce manuscrit est de la première partie du XVe siècle et non de la seconde moitié du XIVe siècle … Pis, il ne serait pas d’origine parisienne mais plutôt du centre ou du sud de la France ! (Ah, les experts !)


    Difficile de contester une telle autorité. Il faudrait donc admettre que l’ouvrage a été copié sur un exemplaire parisien sans considération pour les saints de la région du commanditaire et sans mise à jour des fêtes locales, alors que, souvent, ce dernier demandait au contraire que soit ajouté certaines prières dédiées à certains saints qui lui tenaient à cœur. Se satisfaire d’un produit standard made in Paris est donc un peu curieux. D’autant que des corrections ont été apportées au calendrier, apparemment par le copiste d’origine, signe que l’on tenait à ce que le calendrier des saints soit exact. Ce n’est pas toujours le cas, Victor Leroquais avait remarqué que certains calendriers, en particulier ceux du XVème siècle rédigés en langue vulgaire, étaient  parfois « comblés » c'est-à-dire que le copiste mentionnait des noms pour remplir les jours sans commémoration, pour des raisons esthétiques sans doute. Victor Leroquais a noté que cet abus apparaissait dès le XIVe siècle, et qu’il avait principalement sévi en région parisienne, faisant souvent des calendriers ainsi traités des textes sans grand intérêt. Tantôt, le copiste avait reproduit plusieurs fois et à la  suite le nom d’un même saint, quand il n’avait pas simplement inventé des saints farfelus, comme sainte Vigille, saint Riflard , sainte Pantouffle, sainte Cotrouille !


    Fig 10 La litanie des Saints




    Fig  11 Une prière en français faisant allusion à Philippe le Bel.



    Tout ceci pour dire que la datation et la localisation proposées ne me satisfont pas !


    Une étude plus approfondie de la liturgie des heures et des prières spécialement ajoutées pour le commanditaire permettrait peut-être d’en savoir plus. Je m’emploie donc à déchiffrer chaque passage pour identifier les psaumes, les oraisons et les hymnes. Travail … de bénédictin ! Pour l’heure (si vous m’autorisez cette blagounette) j’ai achevé les Heures de la Vierge et toutes les séquences semblent conformes à mon modèle à l’usage de Paris jusqu’au feuillet 63 (sur 133 !) puis il y a des variantes que je n’ai pas encore pu rattacher à un autre usage. Il y a d’autres particularités, comme les extraits des évangiles, placés en début d’ouvrage, avant le calendrier, qui sont au nombre de trois, apparemment sans manque, alors qu’il est d’usage d’en donner quatre.


    Les prières en français pourraient constituer aussi une autre piste d’identification si elles sont dédiées à un saint particulier. Outre les sept requêtes en français, nous trouvons en fin d’ouvrage une longue supplique de deux feuillets que je n’ai pas encore identifié et le « pardon » que vous m’avez aidé à déchiffrer dans un post précédent :


    « Deux mille ans de pardon contient cette oraison à qui dévotement la dira entre l’élévation du corps (de) Jésus-Christ et (le) dernier Agnus (Dei). (Pardon) que donna et octroya le pape Boneface le VI(II)ème à la pétition du roy Philippe (le Bel) »


    On retrouve la prière «Deux mil ans de pardon» dans d’autres livres d’heures (Voir par exemple le f° 252v° des Heures Hachette, avec une variante : A tous ceulz qui diront ceste oroison precedente iim ans de pardon).Mais ici,la référence au pardon de Boniface VIII et à Philippe le Bel est pour le moins curieuse car, si ce Pape a bien octroyé une indulgence plénière en 1300, il est douteux qu’elle se soit étendue à Philippe le Bel avec lequel il était à couteau tiré et qui est indirectement à l’origine de sa mort ! Mauvaise interprétation historique ou message politique ?


    J’ignore encore si mes recherches permettront de percer les mystères de ce manuscrit. Quoiqu’il en soit, il demeure un témoignage modeste mais émouvant de la piété médiévale.

    « Tout ce qui est écrit continue de vivre dans l’absence » disait le poète. Le copiste qui, dans le scriptorium humide, passait de longues heures, entre deux prières, à transcrire avec soin les hymnes, les psaumes et les antiennes s’est autorisé une fantaisie dans une lettrine (son portrait ?) et le commanditaire, qui a choisi certains textes en français, a fait placer au dernier paragraphe du dernier feuillet de ce recueil la supplique suivante : « Seigneur Dieu Jésus-Christ je proteste devant votre saincte digne majesté quar per toustans je veux vivre et morir en votre aucte saingte digne majesté »


    Ils ont bien mérité tous deux l’éternité.  



    Fig 12 Le copiste



    Bonne journée

    Textor


    (1)  Dubois et JL Lemaitre, Sources et méthodes de l’hagiographie médiévale, Paris, 1993, chap. v : «Le calendrier », p. 135-160.
    (2) Victor Leroquais. Les livres d'Heures manuscrits de la Bibliothèque nationale.  Paris, l’auteur, 26 rue de Lubeck, 1927 2vol. in 4.
    (3) François Avril, spécialiste des manuscrit médiévaux, auteur notamment de  «Quand la peinture était dans les livres : les manuscrits enluminés en France : 1440-1520, Flammarion, 1993 (en collaboration avec Nicole Reynaud).




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    Gargantua sous le soleil de Brayer


          
    L’illustration pour bien des peintres est le gagne-pain essentiel à la poursuite de leur art, pour d’autres un passage obligé vers le grand public. Lorsqu’en 1946 Maurice Robert sollicite Brayer pour enrichir l’édition de luxe d’un intégral Rabelais (Compagnons du Livre) on se demande ce qui le pousse à s’adresser à lui. Rien sur le papier ne s’y prête. Yves Brayer à 40 ans ne s’est pas encore approprié le réalisme figuratif qui sera sa marque. Artiste de paysages et de natures mortes, ses premières années grâce à des bourses et à l’obtention du Grand Prix de Rome lui permettent de voyager, de se faire un nom d’artiste classique. Pendant la guerre il travaille pour l’Opéra de Paris. Fils d’officier de haut rang Brayer appartient à un monde plutôt normé.








        
    On ne connaitra sans doute jamais la motivation profonde de Maurice Robert. En revanche du côté du peintre, le défi l’aida sans doute à tourner une page et à poser son style. L’année 46 est celle de sa découverte de la Provence qui l’a marqué au fer. Et puis l’histoire de l’illustration est parsemée d’artistes sérieux qui s’encanaillent et concrétisent sous le manteau ce que leur statut ne permet pas... Peut-être un Brayer officiel  envisagea-t-il ainsi cette expérience.



        
    Les gouaches qu’il livra n’appartiennent pas au registre du Curiosa, loin s’en faut !… La géniale truculence de maître François aurait pu l’y pousser mais ce n’était pas son registre. Brayer s’empara d’un texte plus vraiment à la mode. Comment travailla-t il, dans l’ordre de la narration ou au hasard en piochant ?... L’ouverture sur Gargantuadans la fameuse ripaille champêtre du chapitre V (buvez toujours, vous ne mourrez jamais !) est l’occasion à un exercice de style. Les Flandres Espagnoles (Brayer n’oublia jamais ni l’Espagne ni les Artistes du Prado) ne sont jamais loin. Passée la protubérante grossesse de sa mère au chapitre suivant, puis l’opération de torche-cul comparée au moyen d’oiseaux vivants –encore génial! Brayer toujours dans un style espagnol stigmatise l’église par un trait bien senti. Le dessin est simple et ample. Arrivent Pantagruel et Panurge mariant les vieilles et Brayer se libère un peu avec une première nudité (de dos pour l’homme de face pour la femme… dans les canons malgré tout) jusqu’à la scène de troussage : c’est qu’il vient de rencontrer celle qui deviendra sa femme et son égérie, et les Baux de Provence en arrière-plan d’évoquer l’impérieuse érection. Fin du premier volume. Dans le suivant Brayer offrira un dessin plus pénétrant. Sans doute la nature du récit l’y incite : Pourquoi les nouveaux mariés étaient exempts d’aller à la guerre suivi de Comment Panurge avait la puce à l’oreille et comment il renonça à porter sa magnifique braguette ?... Ce Tiers Livre évoque très largement le mariage et la conquête.

    Et soudain au détour du chapitre XXVIII dans La crainte du cocufiage, les couilles sous toutes leurs formes montent à l’assaut et prennent le pouvoir, l’occasion d’une belle inspiration : l’illustration la plus puissante de Brayer, une franche partouze où les corps se chevauchent, les gestes précis pour un plaisir plutôt débridé, et le diable à queue fourchue en personne, le sexe turgescent... Puis le volume trois curieusement retombe en eau de boudin sur de pâles dessins de médiévaleries sans inspiration, ce malgré une narration prodigieuse digne d’Homère.


        
    Jamais l’idée d’une association Rabelais/ Brayer ne me serait venue à l’esprit. Sans doute en 46 dans une France en recomposition l’influence des galeristes parisiens influença ce choix. Grand admirateur du père fondateur qu’est Rabelais, j’imagine ce qu’un Rops inspiré (pléonasme) aurait apporté à cette œuvre majeure. Ou Lobel Riche, ou encore  Roland Topor.




    Norbert Vannereau













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    Suite de l'article : L'ex-libris galant et érotique (ex-eroticis dans le jargon des collectionneurs) Première partie. Par le Vicomte Kouyakov.

    En conclusion, on remarque que l'ex-libris érotique a joué un rôle primordial chez de nombreux collectionneurs et titulaires bien qu'il n'est pas fréquent d'en trouver spécialisés dans l'ex-eroticis. Beaucoup préfèrent l'héraldique (surtout en France et aux U.S.A) ou constituent des collections autour de sujets divers, animaux variés, flore et paysages, artistes et hommes célèbres (scientifiques, écrivains, musiciens, etc.) et j'en passe. Personnellement, j'ai toujours préféré les sujets plus proches de la vie et de ses comportements amoureux et sexuels en tant qu'érotologue chevronné ! Nombreux sont les sujets propices à la psychanalyse et gorgés d'humour, parfois le plus débridant et particulièrement dans les thèmes phalliques, si chers à Fingesten, Félicien Rops, Erler, Helfenbein et Bayros parmi les plus connus ! Pour le reste, les thèmes des ex-eroticis sont similaires à ceux que l'on peut trouver dans l'Art érotique en général comme les représentations symboliques ou réalistes des parties sexuelles féminines et masculines, l'intégralité du corps humain, surtout féminin, de nombreuses scènes d'accouplements, un véritable kama sutra ainsi que des variantes dans les rapports sexuels (fellation, cunnilinctus, masturbation, rapports homosexuels, principalement entre femmes). Certains thèmes particuliers apparaissent également comme les rapports entre femmes et satyres, satyresses et jeunes adolescents, Adam et Ève, ceinture de chasteté, thème de la femme et de la mort, nombreux thèmes mythologiques, choix de Pâris et bien d'autres encore à découvrir lors de l'analyse de ces sulfureuses images.

    Bonne visite de cette galerie complémentaire !

    Vicomte Kouyakov


























































    Gardons-en quelques autres pour plus tard ...



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    Dessin par Laurie Lipton


    Le principe inhérent à la rédaction d’un manuscrit sauf à en faire exécuter ultérieurement des copies, est d’obtenir in fine un seul exemplaire voué à demeurer confidentiel. Et même si le caractère unique d’une œuvre contribue grandement à sa valeur, combien de fois avant Gutenberg dut-on déplorer cette limite ! La chronique hagiographique, acte politique majeur, fut décisive dans la massification du texte et de l’image, les puissants soucieux d’imposer leur image et les symboles de pouvoir aux sujets inféodés. Rois et seigneurs tirèrent vite parti de cette forme de communication naissante : à partir d’un modèle peint, les lieux publics et le bourgeois en leurs murs furent invités à placarder le portrait du maître autoritaire. Les grandes heures du Roi-soleil gravées à dessein d’après les tapisseries des Gobelins contribuèrent à sa gloire.

    De nos jours le portrait convenu du Président de la République en mairie ne procède pas autrement… L’image a absorbé le texte, restitué en déferlante totalitaire. S’il est un mode de littérature qui échappe aux exigences d’une diffusion de masse, c’est bien le Curiosa... C’est même tout le contraire. Là où l’édition classique aspire au plus grand tirage le Curiosa répond par un cahier des charges sélectif qui outre un texte, prescrit rigueur formelle, luxe et plaisir de manipulation, raffinement de l’illustration, bref : un cahier des charges coupé de l’impératif de rentabilité habituel. Ainsi le Curiosa ne saurait avoir partie liée avec l’industrie du livre : il relève de l’artisanat, impression aux dépens d’un petit nombre d’amateurs. Trié sur le volet, le public Curiosa se voit lui-même membre d’un cénacle éclairé, manière de société parallèle sinon secrète.

    Dans l’imaginaire de tout bibliophile se trouve la prétention (justifiée) d’appartenir à la fine fleur ; dans celui du bibliophile Curiosa ce sentiment doit être multiplié par dix. La nature même du texte érotique ou porno, où l’image rencontre ou ne rencontre pas d’écho, impose au lecteur le chuchotement plutôt que le cri. Dans le spectacle de la sexualité transgressive dévoilée, le théâtre mental est une mise en abîme incompatible avec le grand jour. Le Curiosa littérature des profondeurs et même contre-culture (peut-on aller jusque contre-littérature ?...) est alors privilégié en édition pirate, il change de main entre initiés comme jadis le grimoire alchimique ou bien se vend sous cape, par souscription, à l’occasion d’informations distillées au compte-gouttes… Offrir au Curiosa une tribune serait l’assécher, le Curiosa est une plante d’excavation que l’officialité tuerait. Existe-t’il une pathologie type, un transparent commun aux amateurs de Curiosa ?... Chacun y mettra son grain de sel, sûr de son échantillon... Les dizaines d’amateurs que j’ai rencontré (peu je l’avoue comparé à la plaque tournante qu’est BHR) étaient tous des hommes, sauf une demoiselle d’âge canonique qui me sembla avoir trouvé dans cette extension sulfureuse le continuum d’une enfance empoisonnée : fille du bourreau d’une monarchie du Golfe elle avait assisté aux décapitations publiques… Georges Bataille quand tu nous tiens… Toujours est-il que l’argent et le prix du ticket d’entrée dans ce domaine de collection évince bonne partie de nos semblables.

    Les curiosistes que j’ai connus étaient au bas mot des gens aisés, certains riches ou très fortunés (mais sans doute est-ce un trait commun à tous les pénitents, collectionner coûte cher avant de pouvoir peut-être rapporter) beaucoup étaient mariés et avaient des enfants, leur épouse à l’occasion partie prenante dans la passion fiévreuse… Rien de bien décisif pour les isoler de la masse. Le curiosiste ne circule pas à bord d’un véhicule sans roues ni ne se teint les cheveux platine… Le curiosiste est probablement monsieur tout le monde. - Et pourtant !... comme disait ma grand-mère qui jugeait qu’il n’y a jamais de fumée sans feu, elle qui n’aurait pas manqué de voir là-dedans un concentré de vilenies et de perversités. L’insignifiance quasi militante de l’édition de masse - 150 livres nouveaux publiés chaque jour en France ! est sans doute une rente sur l’avenir pour les procédés d’éditions minimalistes et intimes, à échelle humaine tel celui dont s’inspire le Curiosa. Sans doute même l’ineptie ambiante contribue-t’elle à sa pérennité, confortant l’amateur de VRAI à ne jamais lâcher les rennes, le non-succès presque devenu passage obligé pour l’obtention d’un label de qualité. De tous temps une frange d’amateurs intransigeants se sont préservés des miasmes au seul moyen de se couper du foyer d’infection, ayant constaté de longue date l’inefficacité de l’inoculation. 

    L’évolution en trompe-l’œil de la société sur la sexualité, ses implications, ses jeux, a permis l’explosion d’une industrie rose (sur le modèle du radis en vérité, rose à l’extérieur mais blanc à l’intérieur) sans rapport avec ce qui fonde le Curiosa. Lequel n’a d’autre choix que la culture du secret et du Samizdat, ce qui lui va comme un gant.

    Norbert Vannereau


    Dessin par Laurie Lipton


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    Ex Eroticis par Beker

    Avant d'aborder la seconde partie de mon exposé, je signalerai que les artistes japonais contemporains, dans ce domaine, sont restés plus classiques dans leurs compositions, sujets et formats, ansi que les russes David Beker et son meilleur élève Sergei Kirnitsky comme en témoignent les quelques pièces qui suivent et qui peuvent aisément s'insérer dans un livre. La demande importante d'ex-libris libres (si l'on peut encore les appeler comme cela !), de grande valeur artistique, a favorisé leur commercialisation : l'ex-libris actuel est de plus en plus fréquemment mis en vente par les artistes, les galeristes et les collectionneurs eux-même. A bon escient, il vaut mieux s'en tenir aux échanges entre collectionneurs particuliers afin d'éviter toutes sortes d'abus possibles. Ainsi, j'ai récemment remarqué, par exemple, que les ex-eroticis du graveur belge Mark Severin se vendent à plus de 250 euros la pièce (surtout ces fameuses "pisseuses" !) L'aperçu iconographique qui suivra a pour but de présenter aux collectionneurs un peu figés dans un traditionalisme ancestral, le nouvel "ex-libris libre" dont l'apogée se situe en Europe centrale et en Europe de l'Est. Albin Brunovski ( 1935-1997) est le père véritable de l'ex-libris slovaque contemporain. Avec sa production d'ex-libris (cent gravures environ), dont le prix de vente atteint des prix records). Il a inauguré le siècle d'or de la fantasmagie, de la fantasmagorie, créant des personnages errant dans des jardins imaginaires et oniriques ! Il va sans dire que de tels ex-libris ne seront approriés qu'à des ouvrages de grande valeur et qu'ils feront plutôt fonction d'illustrations supplémentaires et personnalisées dans les livres et pourquoi pas, tout simplement, dans des albums, à part ! La plupart des graveurs slovaques passés en revue sont issus de l'Institut de l'Académie des Beaux-Arts de Bratislava où ils ont subi l'influence bénéfique du maître. Le format de ces petits chefs d'oeuvre n'a plus de limites et des artistes comme Léonid Strogonov, Nikolay Batakov, Youri Nozdryn, Konstantin Antiouchkyn, Vasyl Fenchak, Léo Bednarik, n'hésitent pas à réaliser des plaques, dont les dimensions des surfaces gravées atteignent couramment 15 X 17 cm, 22 X 16 cm ou 28 x 16 cm ! Le nombre de ces artistes de grande valeur est très important et il suffit de se référer à l'ouvrage de Luc Van den Briele, Sommets de l'art contemporain des ex-libris en Europe, in 4° de 224 pp. Bruxelles , 1997, pour s'en faire une idée. Cet ouvrage, bien illustré (160 illustrations) comporte aussi une liste alphabétique des artistes avec leurs coordonnées et une bibliographie sélective. Un dernier mot pour féliciter aussi la nouvelle génération d'artistes bulgares : Julian Jordanov, Hristo Naidenov, Edward Penkov, , Desislav Degechev, Peter Velikov, gravant d'étonnantes plaques au format plus traditionnel. J'espère, avec la documentation qui va suivre avoir fait un choix assez représentatif de ces talents nouveaux, en tout cas d'avoir donner envie d'en posséder aussi !

    Bonne dégustation à tous (NDLR : et à toutes !)

    Le Vicomte


    Quelques Ex Eroticis par Beker (ci-dessous)







    Quelques Ex Eroticis par Ichibun Sugimoto (ci-dessous)








    Quelques Ex Eroticis par Inoue (ci-dessous)








    Quelques Ex Eroticis par Albin Brunovski (ci-dessous)













    Quelques Ex Eroticis par Marius Lugulalia (ci-dessous)















    Quelques Ex Eroticis par Vasyl Fenchak (ci-dessous)












    A suivre très bientôt le travail d'artistes russes, bulgares, tchèques, etc.

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    Pour ouvrir notre grande enquête sur l’édition de luxe, nous avons souhaité procéder dans l’ordre en commençant par définir les termes du sujet. Peut-on parler de luxe lorsqu’il s’agit d’édition ? Si oui, depuis quelle époque ? Est-ce une coquetterie actuelle ou un artisanat bibliophile qui a toujours existé ? Olivier Bessard Banquy, universitaire français spécialiste de l’édition a répondu à toutes nos questions.  


    MyBOOX : L’édition "de luxe", que l’on voit fleurir ces temps-ci avec le lancement de nouvelles maisons spécialisées, a-t-elle toujours existé ? 


    Olivier Bessard Banquy : Le livre a longtemps été, avant tout, un objet sacré, rare et précieux. Il n’a pas été pensé en soi comme un objet de luxe mais il l’a été par la rareté de ses matériaux et son prix élevé qui ont limité sa diffusion. Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que le livre a commencé à se démocratiser, à s’inscrire dans une logique de prix plus raisonnable en raison de la baisse des coûts de fabrication qui a pu correspondre à une période de poussée de l’instruction publique. Le livre a soudainement été disponible pour un public plus nombreux sous des formes que les bibliomanes comme Charles Nodier ont pu alors juger dégradées. Le développement du livre broché, l’abandon des in-quarto pour des volumes plus petits, plus maniables, le remplacement de la chiffe par le bois dans le papier, l’essor des illustrations racoleuses à la fin du siècle, la composition manuelle supplantée par la composition mécanique sont autant de points qui expliquent les récriminations d’un Gide ou d’un Claudel contre le débraillé de l’imprimerie et du livre français à l’ère industrielle. 
    C’est donc à la même époque qu’est apparue une édition de luxe pensée comme telle par ses promoteurs, destinée à des bibliophiles que la production courante fait grimacer. De grands bourgeois qui veulent se donner des airs, des hommes de lettres raffinés qui peuvent vivre de leurs rentes, des amateurs au goût sûr comme le père de Gaston Gallimard, des excentriques comme Octave Uzanne à la fin du siècle se disputent les très beaux volumes de chez Pelletan, Lemerre, Jouaust, Liseux ou Quantin et vouent un culte aux livres les plus rares ou les plus luxueux. Des Esseintes dans A rebours offre un très beau portrait d’amateur intransigeant pour qui n’existe que le très beau, le très fin, le plus irréprochable.  


    Qu’appelle-t-on "tirages de tête" ? 


    Les tirages de tête, parfois appelés éditions originales ou grands papiers, sont des exemplaires spéciaux, numérotés, limités, tirés sur beau papier. Ce sont les premiers exemplaires réalisés, avant le tirage de l’édition courante. Pour ainsi dire, jusqu’aux années 1960, tous les livres ont fait d’abord l’objet d’une édition originale, pour complaire aux bibliophiles et aux collectionneurs, sans oublier les auteurs eux-mêmes. Le nombre de ces exemplaires de luxe a pu être très variable, mais généralement, selon la cote de l’auteur et le marché de ses amateurs potentiels, ces tirages ont pu être de l’ordre de 10 à 50 voire 100 exemplaires. Au-delà de 200 ou 300 exemplaires les bibliophiles considèrent volontiers qu’il s’agit d’une opération de mass-market et font la grimace. Tout est évidemment plus soigné pour cette édition spéciale : le papier est un papier de grande qualité, pur fil, et les volumes sont réalisés à partir des plombs qui ne sont pas encore usés par l’impression. A partir des années 1880 la hiérarchie dans la qualité des papiers devient l’objet de mille controverses entre bibliophiles, les uns préférant à tout les papiers du Japon, les autres de Chine ; les exemplaires sur vergé de Hollande ou sur un papier dit de Madagascar sont également très prisés. Les éditeurs s’en donnent à cœur joie et inventent parfois toutes sortes d’appellations fantaisistes pour exciter la convoitise des amateurs. Ces papiers sont bien sûr non coupés, leurs formats très irréguliers, d’où leur nom de grands papiers, et leur barbe fait beaucoup pour donner au volume son charme et sa sensualité. La justification du tirage, en tête de chacun des livres, donne systématiquement le détail des exemplaires exacts de luxe ou de semi-luxe qui ont pu être réalisés. Cette mention, impérative, est très importante pour apprécier la cote potentielle de chaque exemplaire. Mais il n’est pas impossible que certains éditeurs un peu margoulins aient souvent été tentés de mettre en circulation dans le commerce quelques exemplaires en sus avec de faux numéros ou des numéros doubles pour gagner plus comme a pu le faire le Club français du livre dans les années 1950…

    Quel genre de public achetait ces tirages de tête à la fin du XIXe siècle ? 


    Les amateurs d’éditions originales ou grands papiers sont des amateurs fortunés, des lecteurs de grands textes qui sont aussi des spéculateurs à la tête de belles bibliothèques dont la valeur doit s’accroître avec le nombre des années. Leur obsession est par nature de posséder les œuvres les plus rares, les plus belles, les plus recherchées. Cette pratique a grosso modo perduré des années 1880 aux années 1960. La génération du baby-boom qui a fait la fête à Boris Vian, à la marijuana et l’amour libre a instauré un rapport au livre très différent, beaucoup plus informel, et s’est désintéressé de cette pratique vieillotte et austère de vieux toqués. C’est d’ailleurs à cette même époque qu’un pas supplémentaire a été franchi dans l’industrialisation du livre, la littérature est alors devenue un pur objet de consommation, trop abondante ou trop variée pour espérer s’imposer dans la durée et intégrer le panthéon des œuvres immortelles, le livre de poche est apparu et a imposé un rapport beaucoup plus décontracté au livre qui peut désormais être lu sans façon, prêté, corné, maltraité voire jeté à la poubelle. Des auteurs ont alors été lancés du jour au lendemain avec fracas comme l’adorable Minou Drouet dont les amateurs ont douté que le règne pût durer plus d’une saison. Ils se sont alors massivement détourné des tirages de tête, ne croyant plus en la permanence du règne des auteurs et en la valeur à long terme de leurs œuvres désormais périssables.

    Aujourd’hui, les tirages de tête existent-ils encore ? 


    Les auteurs ne cessent d’en réclamer car ces tirages de luxe flattent leur vanité, mais tout cela coûte cher voire très cher. Les vergés spéciaux ne sont pas loin des cinq euros le kilo. Aujourd’hui tout est compliqué parce que les volumes courants sont bien souvent réalisés sur des rotatives en offset ou en flexographie alors qu’il faudrait passer sur des machines feuilles pour tirer les exemplaires de tête. Et encore l’offset ne permet-il pas d’avoir d’aussi beaux noirs qu’en typographie classique… Dans tous les cas l’édition originale n’a plus vraiment de sens puisqu’il n’y a plus de risque que les plombs s’usent et donnent ensuite de mauvais tirages irrégulièrement encrés. Mais il reste néanmoins des éditeurs pour proposer des exemplaires numérotés, édités avec le plus grand soin. C’est le cas chez Minuit et Gallimard qui proposent des tirages de tête des œuvres signées de leurs plus grands auteurs. La maison Gallimard est très attentive à la cote potentielle de ses auteurs et ne donne sur vergé que les œuvres de ses écrivains les plus importants, ceux qui sont certains de passer à la postérité et qui bénéficient d’un petit cercle d’amateurs prêts à payer plus de cent euros leurs éditions originales qui en vaudront peut-être le double ou le triple dans quelques années : J.-M.-G. Le Clézio, Patrick Modiano, Milan Kundera… Chez Minuit, les livres ont longtemps eu l’honneur d’une édition originale systématique, ce qui a été la preuve de la foi-maison en la valeur de ses productions. La marque à l’étoile fait encore partie des rares labels à produire des tirages de tête. Des écrivains comme Jean Echenoz, Eric Chevillard ou Jean-Philippe Toussaint bénéficient de premiers tirages de 50 à 100 exemplaires sur vergé des papeteries de Vizille pour un prix qui peut aller de 70 à 100 euros voire un peu plus. La maison a intégré en quelque sorte les cotes dictées par les amateurs car un jeune auteur qui débute rue Bernard-Palissy vaut moitié moins qu’un Echenoz par exemple. Les 99 exemplaires du dernier livre de cet auteur, 14, ont été épuisés en très peu de temps, preuve qu’il reste quelques amateurs qui se trouvent prêts à acheter dès qu’ils ont la conviction que la cote d’un auteur ne peut que s’apprécier. 

    Et l’édition de luxe alors, comme le pratiquent Diane de Selliers ou Flammarion… Est-ce un retour à cette édition à l’ancienne ou est-ce une autre forme d’édition ?  


    A côté des éditions de luxe et de semi-luxe se sont développés des éditeurs de livres rares voire uniques, livres d’art sublimes, livres d’artistes qui peuvent parfois atteindre des cotes proprement étourdissantes. Mais ce sont là des objets à caractère unique qui ont donc une valeur comparable à celle d’une œuvre d’art et où l’image l’emporte et de loin sur le texte. Au dernier colloque des Invalides, Olivier Salon a raconté les tribulations d’un exemplaire de luxe de la très fameuse Boîte verte de Duchamp qui a été volé à François le Lionnais durant la guerre de 1940 puis mystérieusement retrouvé dans le Grand Nord avant d’être revendu 130 000 euros chez Sothebys. Tous les grands peintres, tous les grands artistes du XXe siècle ont participé à ce genre d’activités et donné des livres qui sont des portfolios ou des merveilles pour les yeux mais où l’écrit est toujours très secondaire. Les amateurs de grands textes ne sont pas toujours de grands amateurs d’art et inversement, ces collectionneurs peuvent être parfois bien distincts les uns des autres. Il reste bien sûr de grands collectionneurs comme Pierre Bergé et ils peuvent encore acheter de très belles choses anciennes ou contemporaines. Mais globalement le nombre de bibliomanes tend plutôt à diminuer. Et de même la foi en l’art et la confiance en la permanence d’artistes parfois encensés avant d’être totalement oubliés tendent plutôt à diminuer et compromettent d’autant les désirs d’investissements éventuels de collectionneurs devenus très méfiants. 
    Les volumes de Diane de Selliers paraissent très chers parce que l’attachement à l’objet-livre a beaucoup perdu de sa force — la pénétration des outils cybernétiques n’a fait qu’aggraver les choses —, mais les œuvres que cette maison publie dépassent rarement les 200 euros. Tous ceux qui trouvent ces tarifs étourdissants ou aberrants — le livre est toujours trop cher aux yeux de ceux qui ne l’aiment pas — sont en fait aujourd’hui prêts à dépenser bien plus pour une paire de basket fabriquée au Pakistan ou des jeux-vidéo. Ces volumes sont pourtant généralement de très beaux livres qui relèvent plus de la catégorie des livres d’art que de purs objets pour bibliophiles, l’image est là encore bien souvent plus importante que le texte. Ce sont de très beaux volumes qui offrent des textes complets mais cela ne peut être qu’un commerce limité qui s’adresse à quelques happy few, alors que dans les années 1920, période glorieuse, l’édition de luxe et de semi-luxe a été très vivante, prospère, ambitieuse, et a donné des chefs-d’œuvre aujourd’hui très recherchés des amateurs. La foi en la grande valeur des belles lettres et de l’imprimerie d’art s’est révélée alors bien supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui dans notre société. D’ailleurs, La Pléiade n’est-elle pas déjà devenue pour ainsi dire anachronique ? Quels sont les jeunes de 20 ou 30 ans qui en demandent des exemplaires à Noël ? En dehors des professeurs de lettres, qui cherche encore à se bâtir une belle bibliothèque de textes classiques dans de belles éditions ? 
    De fait, les acheteurs des livres signés Diane de Selliers sont sans doute fort âgés. Son activité est une belle activité qui fonctionne bien puisqu’il n’y a aucun risque de décote – pour l’essentiel ce sont des textes classiques qui sont publiés accompagnés de très belles illustrations – mais qui se trouve destinée aux générations anciennes ayant le goût des belles choses et un portefeuille bien garni grâce aux Trente Glorieuses. Ces générations qui font vivre des éditeurs comme Diane de Selliers disparaîtront bientôt et les générations qui suivent attacheront probablement plus de valeur à la ligne pure d’un iPhone qu’à la douceur des vergés de Hollande. Il est probable qu’il n’y aura plus grand-monde pour accepter de payer plus de quelques euros des fichiers informatiques téléchargés par Amazon de sous-productions culturelles mal éditées mais portées par des buzz lancés par de petits génies du web. Ce sera alors, paradoxalement, le paradis pour les bibliophiles : de vrais trésors seront probablement en vente pour peu de choses puisque personne ne se battra plus pour les posséder…


    Note de la rédaction :


    Qu'en pense l'éditrice Diane de Selliers ? Ainsi que les autres éditeurs associés, à tort ou à raison, au domaine du luxe ? L'enquête se poursuit sur MyBOOX dans les jours qui viennent.


    Propos recueillis par Lauren Malka

    Source :  http://www.myboox.fr/actualite/les-livres-de-luxe-ont-ils-toujours-eu-la-cote--28425.html  

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    Qu’est-ce qu’un livre de luxe ? A voir les nombreuses maisons d’édition et collections littéraires qui affirment leur appartenance à ce champ éditorial depuis quelques années, il nous a semblé important de mieux connaître cette tendance qui, d’après notre enquête, ne connaît pas – du moins pour l’instant - la crise. 

    Qu’entendons-nous par luxe ? Faut-il s’en tenir à la définition du dictionnaire qui range dans la catégorie "luxe" ce qui a un prix au-dessus des autres produits appartenant à la même famille ? Au cours de cette enquête, la question a été soulevée plusieurs fois et a même irrité certains universitaires qui ont préféré protéger tant que possible la littérature de tout raccourci commercial ou journalistique en évitant de répondre à nos questions. Pour Olivier Bessard-Banquy, universitaire français spécialiste de l’histoire de l’édition qui a accepté de nous éclairer en retraçant l’histoire et l’évolution du livre de luxe, ce type de dénomination avait du sens à l’époque des tirages de tête du XIXe siècle mais ne risque plus de faire beaucoup d’adeptes ni aujourd’hui, ni dans les années à venir. Une estimation par l'expert qui pose bien le problème.

    [Image : Cartier, L’Odyssée d’un style / Editions Flammarion © Cartier]
     

    Le livre de luxe, bientôt réduit à peau de chagrin ? 


    Pourquoi un tel verdict ? Au moment de la démocratisation du livre, à partir du XIXe siècle, nous explique-t-il, "est apparue une édition de luxe pensée comme telle par ses promoteurs, destinée à des bibliophiles que la production courante fait grimacer. De grands bourgeois qui veulent se donner des airs, des hommes de lettres raffinés qui peuvent vivre de leurs rentes, des amateurs au goût sûr comme le père de Gaston Gallimard, des excentriques comme Octave Uzanne à la fin du siècle se disputent les très beaux volumes de chez Pelletan, Lemerre, Jouaust, Liseux ou Quantin et vouent un culte aux livres les plus rares ou les plus luxueux". De nos jours, les générations qui s’intéressent aux livres présentés comme "éditions de luxe" disparaîtront selon lui bientôt "et les générations qui suivent attacheront probablement plus de valeur à la ligne pure d’un iPhone qu’à la douceur des vergés de Hollande. Il est probable qu’il n’y aura plus grand-monde pour accepter de payer plus de quelques euros des fichiers informatiques téléchargés par Amazon de sous-productions culturelles mal éditées mais portées par des buzz lancés par de petits génies du web". 
    Comment expliquer alors que tant de maisons d’édition affirment se lancer dans cette chasse à l'or ? Et que ces démarches, ponctuelles – à l’occasion des fêtes de Noël ou des commémorations – ou permanentes, soient le plus couronnées de succès ?
     

    Editions anniversaire de luxe 


    Pour Jean-Yves Tadié, grand éditeur de la Pléiade chez Gallimard, la situation est claire comme du cristal : "On nous dit souvent que le luxe est l’un des secteurs qui marche le mieux en France. Nous avions envie de voir si cela se confirmait lorsqu’il s’agissait de livres". Une intuition que Jean-Yves Tadié a immédiatement pu mettre en pratique à l’occasion du centième anniversaire de Du côté de chez Swann de Marcel Proust en rééditant certaines parties de ce monument littéraire dans des versions dites "de luxe". "Nous avons eu trois idées principales, nous explique Jean-Yves Tadié : la première était de publier un fac-similé des premières épreuves corrigées de Combray". Tiré à 1200 exemplaires et vendu 186 euros les trois premiers mois, cet ouvrage singulier permettant de lire Proust dans sa version manuscrite et raturée a connu un tel succès qu’il a été épuisé avant même de paraître en librairie : "une situation [que Jean-Yves Tadié et les éditions Gallimard n’avaient] absolument pas prévu". "La deuxième idée, poursuit-il, était de renouer avec la tradition du beau livre illustré en présentant un tirage de luxe d’Un amour de Swann orné par Pierre Alechinsky, l’un des plus grands peintres vivants". Un ouvrage de haute facture qui s’est vendu lui aussi comme des petits pains en librairie pour la modeste somme de 39 euros et qui a fait l’objet d’un tirage de "99 exemplaires de grand luxe qui comportent trois épreuves d’artiste signées et numérotées par lui et qui représentent trois orchidées, le symbole de Madame Swann. Cet exemplaire de luxe vaut 1800 euros, ce qui correspond à la cote de l’artiste".
     

     

    Editions des Saints pères : spécialisées dans le document rare 


    Autre initiative qui répond à un vœu d’éditeur comparable, à savoir celui de publier des objets littéraires rares, de belle facture et reliés avec élégance : celle d’une toute jeune maison créée en 2012 à l’initiative de Jessica Nelson, les Editions des Saints Pères qu'elle nous a elle-même présentée lors d'une interview portrait

    [Image : "Le Manuscrit du Mépris" de Jean-Luc Godard aux éditions des Saints Pères]

    Dans cette maison, la rentrée littéraire et la productivité éditoriale importent peu. Les livres publiés sont des manuscrits d’auteurs ou de réalisateurs dont le tirage est limité à 1000 exemplaires tous numérotés. D’après la fondatrice, "Cela préserve le caractère exceptionnel du manuscrit original. Mais surtout, l'objet en lui-même est un objet de luxe, dans la mesure où chaque livre est fabriqué à la main, dans des matériaux nobles que nous sélectionnons avec attention. Nous les proposons dans des coffrets frappés au fer à dorer". Une initiative originale qui remporte un succès spectaculaire aussi bien du point de vue critique que public : "Quand nous avons publié le manuscrit de Boris Vian, par exemple, nous avons reçu de nombreux messages écrits par des lecteurs qui vénéraient Vian depuis l'adolescence et qui n'en revenaient pas de pouvoir, tranquillement dans leur salon, tourner les pages du manuscrit original".   
     

    Les tirages de tête, un plaisir désuet ? 


    Un plaisir de lecteur qui n’est pas si éloigné de celui qui consistait, jusqu’au siècle dernier, à posséder les tirages de tête d’un roman tout juste paru. D’après les explications d’Olivier Bessard-Banquy "Les tirages de tête, parfois appelés éditions originales ou grands papiers, sont des exemplaires spéciaux, numérotés, limités, tirés sur beau papier. Ce sont les premiers exemplaires réalisés, avant le tirage de l’édition courante. Pour ainsi dire, jusqu’aux années 1960, tous les livres ont fait d’abord l’objet d’une édition originale, pour complaire aux bibliophiles et aux collectionneurs, sans oublier les auteurs eux-mêmes. Le nombre de ces exemplaires de luxe a pu être très variable, mais généralement, selon la cote de l’auteur et le marché de ses amateurs potentiels, ces tirages ont pu être de l’ordre de 10 à 50 voire 100 exemplaires. Au-delà de 200 ou 300 exemplaires les bibliophiles considèrent volontiers qu’il s’agit d’une opération de mass-market et font la grimace"
     

    Qui lit encore les tirages de tête ?


    Ce n’est pas le cas du reste du public qui reste, aujourd’hui encore très attiré par ces pratiques éditoriales. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le succès des tirages de tête systématiquement mis en place par les éditions de Minuit, les seules avec Gallimard à avoir conservé cette tradition pour le genre littéraire. Les maisons comme Albin Michel, Grasset, Fayard, Robert Laffont font également quelques tirages originaux, mais rarement plus d’un par an, selon une enquête de Libération à ce sujet. Pour ce qui est des livres d’art, la pratique est plus fréquente et très appréciée par le public. D’après Raphaëlle Pinoncelly, directrice artistique des tirages de tête chez Actes sud, le lectorat de ce type d’ouvrage est fidèle et passionné : "Je ne sais pas tellement comment ils font mais les amateurs des tirages de tête sont généralement très bien renseignés. Ils nous appellent pour les commander avant même la parution des ouvrages". Il faut dire que le tirage de tête n’est pas une pratique systématique chez Actes Sud. "Il faut que l’ouvrage s’y prête, nous explique Raphaëlle Pinoncelly. En générale, je propose un titre et le directeur commercial du service beau-livre Jean-Paul Capitani décide". Depuis la première édition en édition de luxe de Prenez soin de vous de Sophie Calle en 107 exemplaires signés et numérotés à 3000 euros comprenant une photographie unique sous cadre et un coffret de l’ouvrage en 2007, à l’occasion de la Biennale de Venise, les éditions Actes sud n’ont publié que onze titres de ce type. Sur 107 exemplaires parus de ce premier ouvrage, ne restent plus aujourd’hui que dix disponibles. De même, sur 100 exemplaires parus en édition de luxe de Voir la mer de Sophie Calle (400 euros), en novembre dernier, ne restent plus que 37 exemplaires. D’autres artistes comme François Harlard ont fait l’objet de parutions en grand format avec des titres comme Visite Privée, tiré à 200 exemplaires (300 euros) et écoulé à plus de 100 exemplaires.

    [Image : Les tirages de tête de Sophie Calle chez Actes Sud]

    "Nous ne fondons pas de collection autour de ces tirages de tête, nous explique la directrice artistique. Mais pour certains livres, cela nous paraît important de le faire car cela permet de présenter le livre comme une œuvre à part entière"
     

    Flammarion, des goûts de luxe


    Pour les éditions Flammarion et Diane de Selliers, qui ont la particularité d’appartenir toutes deux au Comité Colbert regroupant toutes les institutions françaises de luxe, il est devenu courant de publier deux versions d’un même beau livre : "à savoir, commente Marie Boué, responsable de communication des beaux livres de Flammarion interrogée par MyBOOX au sujet du travail des éditeurs sur cette collectionune version brochée et une reliée. La différence de prix correspondant au coût de fabrication qui n'est pas le même. Pour lui permettre de trouver un public plus large. Ou plus exigent selon le point de vue adopté. En effet, plusieurs publics cohabitent pour un même livre, un même sujet. Avec des pouvoirs d'achat différents". Autre pratique qui prend de plus en plus d’ampleur chez Flammarion : la parution de beaux livres dans la collection Style & Design créée en 2001 par l’éditrice américaine Suzanne Tise-Isoré. Dans cette collection, les livres acquièrent immédiatement une dimension internationale en paraissant en français et en anglais sous la marque Flammarion.


    [Image : Traditions gourmandes, Salle à manger d'apparat de la résidence de l'ambassadeur de Grande-Bretagne à Paris © Francis Hammond]

    "Flammarion Style & Design, nous précise Marie Boué, a construit au fil du temps un catalogue impressionnant dans lequel figurent de nombreux ouvrages sur le patrimoine culturel, notamment architectural - lieux, hôtels particuliers, châteaux, architecture moderne, etc.  Comme sur des créateurs internationalement reconnus, et cela dans tous les domaines. Une ligne,  et une création éditoriale forte, construite en toute autonomie, une présence internationale, voilà ses caractéristiques"
     

    Diane de Selliers, naissance et fortune


    Pour ce qui concerne Diane de Selliers en revanche, dont nous avons réalisé une interview-portrait, la démarche est différente et bien moins ponctuelle puisque le luxe fait partie de l’identité originelle de la maison. D’après les explications que nous a fournies la fondatrice de cette maison lors de notre entretien,  la petite collection Diane de Selliers, permettant aux beaux livres de renaître dans une édition moins onéreuse est née après la première et non l’inverse. Fondée en 1992, la collection Diane de Selliers est partie de l’envie de cette éditrice de publier les Fables de La Fontaine mis en couleurs par Jean-Baptiste Oudry, vendues 100 000 euros chez un bouquiniste, à un prix abordable : "Le libraire m’a autorisée à photographier chaque image du livre pour les reproduire à l’identique. Nous l’avons vendu 200 euros et son succès a été immédiat. C’est de cette façon que cela a commencé". 


    [Image : Les fables de La Fontaine illustrées par Jean-Baptiste Oudry ©Diane de Selliers]

    Après trois best-sellers surprises, la jeune femme a décidé de publier un livre de luxe, vendu à un prix abordable pour le grand public, par an : "Je souhaite, précise-t-elle, me consacrer à chacune de mes parutions et les mettre vraiment en valeur (…). Cependant, je veux que mes livres restent démocratiques et ne soient pas faits pour intimider les lecteurs. Je n’ai jamais voulu faire de bibliophilie. Les enfants doivent pouvoir manipuler mes livres et y faire des tâches de chocolat sans que cela soit une catastrophe. Les pages peuvent être cornées et le livre doit vivre. Par ailleurs, il existe un public très jeune qui s’intéresse énormément à l’art. Qu’il s’agisse d’étudiants en histoire de l’art ou de jeunes gens qui souhaitent offrir de beaux ouvrages à leur famille, ils sont nombreux à entrer dans notre librairie rue d’Anjou, notamment pour les cadeaux de fin d’années avec lesquels ils sont sûrs de faire plaisir"

    Disparates dans leurs motivations comme dans leurs ouvrages, ces  différentes maisons d’édition rapprochées par notre enquête montrent bien la difficulté de définir le secteur du luxe à une époque où il tend, tout comme la littérature, à se démocratiser. Ces initiatives diverses et florissantes prouvent bien cependant l’attirance croissante des lecteurs pour des objets rares, soignés et limités à une époque où il est si difficile de se singulariser.    

    Lauren Malka


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    La couverture illustrée

    Que regardez-vous en premier lorsque vous entrez dans une librairie moderne? Les plats des livres, brochés pour la plupart, ou cartonnés. La couverture illustrée, ou première de couverture, est pourtant une invention récente. Issue d’une lente transformation des métiers de l’imprimerie et de l’édition, elle a su se transformer et s’adapter au fil des deux derniers siècles pour encore s’affirmer de nos jours. Son devenir reste attaché au destin pour le moins chaotique du livre papier moderne.

    Auteur : Hugonnard-Roche Bertrand

    Magazine : Art et Métiers du Livre n° 300

    Page : 12-23


    Copyright Art & Métiers du Livre / Bertrand Hugonnard-Roche. 2014.


    Ce numéro est disponible en kiosque ou par abonnement via le site internet.

    Bonne lecture !

    Bertrand Bibliomane moderne, qui vous propose le meilleur pour 2014 en laissant le moins bon derrière vous ! Bonne année 2015e ... (oui l'an 0 etc ...)

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    Souscription à tarif préférentiel pour le premier livre sur et de Octave Uzanne à paraître en février 2014 !

    Voici quelques éléments ... je conserve encore un peu de mystère ... je vous en dirai plus très bientôt.

    1 volume in-8 (format 148 × 210 mm.), broché, couverture couleur, environ 165 pages, quelques illustrations noir et blanc.

    Tirage à 216 exemplaires numérotés et paraphés par votre serviteur.

    200 exemplaires ordinaires
    15 exemplaires sur papier luxe avec un document original reproduit en fac similé
    1 exemplaire unique sur papier luxe avec un original autographe (souscrit).

    Prix en souscription valable jusqu'au 31 janvier 2014 :

    Exemplaire ordinaire (200) : 8 euros franco de port (10 euros franco ensuite)
    Exemplaire de luxe (15) : 30 euros franco de port (35 euros franco ensuite)

    Vous pouvez d'ores et déjà adresser votre souscription par chèque bancaire à :

    Bertrand Hugonnard-Roche
    14 rue du Miroir
    21150 ALISE SAINTE REINE

    (N'oubliez pas de mentionner LIVRE UZANNE FÉVRIER 2014)

    Important : les souscriptions sont enregistrées dans l'ordre d'arrivée. Vous pouvez également souscrire par mail à octaveuzanne@orange.fr

    En espérant que cet ouvrage remportera un vif succès !

    Ce message est diffusé en parallèle sur notre page Facebook et sur le www.octaveuzanne.com

    A bientôt,
    Bertrand Hugonnard-Roche


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    Les chèques de la souscription arrivent en masse ! pour :

    "QUATORZE SENSATIONS D'ART SIGNÉES OCTAVE UZANNE"

    rassemblées et présentées par Bertrand Hugonnard-Roche

    Encore merci de votre confiance ! Et désormais vous savez le titre ! ...

    Souscrivez à octaveuzanne@orange.fr pour 8 euros seulement l'exemplaire port compris (et vous avez le droit de souscrire pour plusieurs exemplaires !)

    Le prix passe à 10 euros après le 31 janvier 2014.

    Faites circuler cette information sur vos murs Facebook si cela vous dit.

    Amitiés et remerciements à toutes et à tous pour vos gentils mots d'accompagnement, B.


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    Ex libris Angelo Mariani (1838-1914) par Albert Robida

    Format du cuivre : 165 x 125 mm

    Format de la feuille de papier Japon :280 x 185 mm

    Tirage en bistre, probablement vers 1900-1910


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  • 02/10/14--08:30: Fellini Roma !

  • Fellini Roma ! C’est bien connu, tous les chemins mènent à Rome et, une fois sur place, il faut se procurer un bon guide. Qui mieux que Fellini a célébré Rome ? Non pas le Maestro auquel vous pensez, mais Pierre Martyr, son homonyme du XVI e siècle. (Dont le nom s’écrit avec un seul L ou bien deux, selon les sources). Le second réussit tant et si bien à occulter le premier qu’aucunes recherches sur internet avec les mots ‘Fellini’ et ‘Roma’ ne permet de trouver une quelconque information sur ce précurseur du guide Michelin. Immanquablement vous tombez sur une louve que n’aurait pas désavouée Octave Uzanne. Il convient de réparer cette injustice de l’histoire et faire rentrer, grâce à ce blog, Fellini au Panthéon des Oubliés.



    Fig 1 La Louve de Fellini



    Fig 2 La Louve de l’autre Fellini


    Pierre-Martyr portait un prénom prédestiné pour entrer dans les ordres et s’installer à Rome. Né à Crémone vers 1565, il se faisait appeler le Cremonensis en souvenir de son lieu de naissance, ce qui fait enrager ses biographes car un autre Pierre-Martyr de Crémone officiait au Latran vers la même époque. Comme il était tenté par la vie d’ermite, il intégra l’ermitage de Monte Senario, près de Florence, durant son noviciat. Mais la solitude lui pesait trop et au bout d’un mois, il se résolut à retourner au Monde. Ses supérieurs, ayant remarqué ses prédispositions pour les études et le chant, l’envoyèrent à Rome, où il devient professeur, spécialiste des rites et des cérémonies sacrées. On le retrouve prieur de Santa Maria in Via en 1606 et 1610, date à laquelle fut édité le livre que nous vous présentons aujourd’hui. Comme Pierre-Martyr Fellini savait plusieurs langues, dont l’allemand, il fut choisi et envoyé auprès du duc de Bavière, en 1611, pour lui présenter des reliques sacrées. Pendant le voyage de retour, il rencontra à Innsbruck Anne-Catherine de Gonzague, archiduchesse d'Autriche (Qui devint plus tard Sœur Anna-Juliana), et lui parla si bien de son ordre (Les Servites de Marie), qu’elle fut à l’origine du renouveau de l’ordre dans les pays de langue allemande. C’est aussi pour sa connaissance de l'allemand, mais aussi pour sa vaste érudition, que Fellini fut lié à Johann Gottfried von Aschhausen, évêque de Bamberg, Prince et ambassadeur de l'Empire allemand qui lui obtint le titre de Maitre en Théologie. Le Prince-évêque le fit venir à Ratisbonne pour qu’il devienne son confesseur, mais Pierre-Martyr Fellini mourut de la peste à son arrivée, le 11 Octobre 1613. Ce Felini-là ne nous intéresserait guère s’il s’était contenté de publier des travaux sur la liturgie, l’orthodoxie et les rites, mais il avait un hobby, l’art et les antiquités romaines, et il est l’auteur du « Nouveau Traité des Merveilles qui font l’âme de la ville de Rome où il est disserté de plus de 300 églises et de toutes les antiquités, augmentées depuis Prospero Parisio et maintenant diligemment corrigé». Gros succès de librairie !


    Fig 3



    Fig 4


    La première édition de ce guide destiné aux touristes fut imprimée en 1610, à Rome par Bartolomeo Zannetti pour Jean-Dominique Franzini et les héritiers de Jérôme Franzini. Il existe une impression en deux parties à pagination séparée et une autre de la même année à pagination continue. Le titre présente une gravure allégorique qui n’est pas la marque des Franzini avec la devise « Alma Roma ». L'œuvre est dédiée au gouverneur de Rome, Benoît Ala, et signé de Santa Maria in Via, ce 1er janvier 1610. L’ouvrage sera réimprimé en 1615 chez le même imprimeur (notre édition) puis encore en 1625 par Andrea Fei et de nouveau en 1650. On trouve aussi une traduction en espagnol, éditée par le dominicain Alonso Muñoz, réimprimée en 1619, et une autre en 1651, ainsi que des traductions françaises publiées à Liège (1631) et Douai (1639). Fellini annonce péremptoirement dans sa préface que son œuvre est novatrice. Certes, mais l’innovation ne provient pas de lui mais de son prédécesseur, Prospero Parisio, dont il se contente de reprendre les travaux en remaniant le texte d’un livre intitulé Le cose maravigliose della città di Roma.


    Fig 5



    Fig 6


    Les origines des guides sur Rome remontent à la fin du XVe siècle et il serait fastidieux d’en faire la liste complète. Avant Prospero Parisio, on trouve l’ouvrage d’Andrea Palladio : Le cose meravigliose dell'alma citta di Roma, daté de 1565, lui-même issu d’un premier ouvrage du même Palladio, la Descritione de le chiese, stationi, indulgenze e reliquie de corpi sancti, che sonno in la citta de Roma ... novamente poste in luce - Roma, Vincentio Lucrino 1554. Alors, les guides sur Rome manquaient sérieusement d’images et c’est Parisio qui, le premier, agrémentera son édition de la figuration des églises. Les mêmes bois seront repris par Fellini. Il sera vite concurrencé par Pompilio Totti (Ritratto Di Roma Moderna, 1638) et tant d’autres. L’ouvrage de Fellini n’est donc ni rare, ni novateur mais il améliore néanmoins les travaux de ses prédécesseurs, puisant largement pour la section contemporaine, dans un ouvrage similaire, les Tesori nascosti nell'alma città di Roma d’Ottavio Panciroli, publié en l’an1600. La précision des descriptions de Pierre-Martyre nous est précieuse car il est témoin des transformations des églises dont beaucoup d’éléments décoratifs ont disparus aujourd’hui. Ainsi peut-on trouver un exposé sur la décoration contemporaine du transept de la basilique du Latran, un bref historique de la construction de Saint-Pierre et la description des retables les plus importants de cette basilique, etc.


    Fig 7


    Fig 8


    Une seconde partie distincte, à pagination continue dans l’édition de 1615, est réservée à la description de la Rome Antique et particulièrement aux ouvrages et statues dégagées récemment dans la ville grâce aux travaux lancés par les Papes Sixte V et Paul V, ce qui est aussi pour Fellini l’occasion de flatter la puissante famille Borghese, dont l’œuvre d’antiquaire a été si importante pour la conservation des richesses de Rome. Pour cette partie-là c’est une mise à jour des Antiquités de Palladio, avec des chapitres particuliers sur l'inondation du Tibre, sur le réseau d’aqueducs, sur les colonnes antiques et les obélisques, le tout illustré de plus de 300 bois assez pittoresques, comme vous pouvez en juger.


    Fig 9


    Bon, je préfère vous prévenir de suite, n’acheter pas ce livre en pensant y trouver l’ambiance du Satiricon. Tout oppose les deux Fellini dans leur description de Rome : Frederico a retenu le baroque et la décadence de l’ancienne Subure, là où Pierre Martyr ne voit que religiosité et pureté des formes. J’y vois pourtant un lien. Fellini disait du Satiricon de Pétrone : « Ce livre me fait penser aux colonnes, aux têtes, aux yeux qui manquent, aux nez brisés, à toute la scénographie nécrologique de l'Appia Antica, voire en général aux musées archéologiques. Des fragments épars, des lambeaux qui resurgissent de ce qui pouvait bien être tenu aussi pour un songe, en grande partie remué et oublié. Non point une époque historique, qu'il est possible de reconstituer philologiquement d'après les documents, qui est attestée de manière positive, mais une grande galaxie onirique, plongée dans l'obscurité, au milieu de l'étincellement d'éclats flottants qui sont parvenus jusqu'à nous.» C’’est un peu le sentiment qu’on éprouve en feuilletant le guide de Pierre-Martyre Fellini.

    Bonne journée
    Textor

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    E ... 

    Vous avez 4 lignes pour écrire ce que vous suggère cette scène qui ne laissera indifférent aucun bibliophile quelque peu empreint de sensibilité féminolâtre et bouquinière ... Laissez vaquer votre imagination et publiez en commentaire ces quelques lignes inspirées ... (il faut impérativement que le texte commence par la lettre E sinon ... disqualifié)

    Bonnes vacances de février à toutes et à tous,

    Amtiés,
    Bertrand


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