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par Bertrand Hugonnard-Roche

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    La bibliothèque des ducs de Luynes aux enchères chez Sotheby's

    Un trésor provenant du château de Dampierre


    L'AFP a relayé l'annonce faite par Sotheby's, en date de vendredi dernier, de la prochaine mise en vente de l'une des plus importantes bibliothèques privées de France, celle des ducs de Luynes. Jusqu'alors conservée au sein du château de Dampierre, la collection exceptionnelle sera mise aux enchères dans les locaux parisiens de Sotheby's, à l'occasion de deux ventes : la première au cours du mois d'avril et la seconde courant automne. Avis aux amateurs de livres anciens et autres bibliophiles.


    Honoré Théodoric d'Albert de Luynes


    Près d'un millier de lots seront proposés au public, autant d'ouvrages témoignant de l'histoire et reliés aux armes de la famille d'Albert de Luynes, à laquelle le duché-pairie avait été octroyé par Louis XIII au cours du 17e siècle. Et pour l'expert Dominique Laucournet, cette vente constitue « un événement dans le monde des amateurs de livres anciens et de bibliophilie ».

    Selon lui : « Une telle bibliothèque ne s'est pas présentée sur le marché depuis la vente de la bibliothèque du château de La Roche-Guyon, succession de Gilbert de La Rochefoucauld, organisée par Sothebys en 1987. »

    On retrouve dans cette collection d'ouvrages, traitant de sujets aussi divers que l'histoire, la généalogie, la littérature, les voyages, la philosophie, la religion ou la musique, quelques pièces importantes. Parmi elles : un album unique des fêtes données à Paris pour le mariage du Dauphin, héritier de Louis XV avec l'infante d'Espagne en 1745, un livre-coffret relié, orné de 19 aquarelles originales et estimé entre 200.000 et 300.000 euros.

    La bibliothèque comprend également le recueil d'Androuet du Cerceau, traitant des Excellents Bastiments de France, 1576-1607, ouvrage recelant les planches du premier château de Dampierre. Ou encore une collection de partitions musicales imprimées et datant du 18e siècle, transcriptions d'oeuvres d'artistes comme Lullly, Glück, Rameau, Haydn...

    La première vente aura lieu au sein de la Galerie Charpentier, les 29 et 30 avril 2013, et sera consacrée aux ouvrages millésimés entre le temps de Louis XIII et celui de la Révolution. La seconde, automnale, sera consacrée à la bibliothèque archéologique et historique sur le bassin méditerranéen du 8e duc de Luynes, le dénommé Honoré Théodoric, archéologue et mécène (1802-1867).

    Source : http://www.actualitte.com/international/la-bibliotheque-des-ducs-de-luynes-aux-encheres-chez-sotheby-s-39890.htm (publié pour la première fois sur le site original Le lundi 28 janvier 2013 à 14:27:33 )

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    Je vous laisse apprécier ...

    Note : baissez le son si vous ne voulez pas réveiller la bibliolibido (bibliolibodo ! Ah ! il ne l'avait certes pas dans son Bibliolexique l'ami JP !) de votre voisine septuagénaire ...

    Hysterical Literature est un projet mené par le réalisateur Clayton Cubitt. Son idée est plutôt simple : Filmer des jeunes filles attablées en train de lire un livre. Jusque là, rien de bien passionnant. Cependant, sous la table, un vibromasseur en marche ! Au début tout semble être normal, mais au fur et à mesure que la vidéo avance, les voix deviennent tremblantes et la lecture se fait de plus en plus compliquée. Au final, le livre est abandonné au profit d’une explosion de plaisir ! Une façon efficace de nous redonner goût à la lecture !



    Hysterical Literature est un projet mené par le réalisateur Clayton Cubitt.
    Son idée est plutôt simple :
    Filmer des jeunes filles attablées en train de lire un livre. Jusque là, rien de bien passionnant. Cependant, sous la table, un vibromasseur en marche ! Au début tout semble être normal, mais au fur et à mesure que la vidéo avance, les voix deviennent tremblantes et la lecture se fait de plus en plus compliquée. Au final, le livre est abandonné au profit d’une explosion de plaisir !
    Une façon efficace de nous redonner goût à la lecture !

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    Peut intéresser les bibliophiles (jusqu'à 4 min 30 environ) ...

    Une franche introspection s'avère salutaire ...

    B.

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    Après le mytho-bibliophile (celui qui n'achète pas plus vite que son ombre mais qui sait compter les points), voici le cyber-bibliomane (assis dans son fauteuil devant son écran il ne clique pas de peur d'acheter) !

    On a beau dire, le progrès a du bon ! Vous allez voir que le bibliophile de demain n'aura plus de livres ... mais plein d'idées sur ceux qui en avaient ...

    Votre avis sur cet outil ? (si votre cerveau est suffisamment désenkysté pour pouvoir répondre à une question aussi indiscrète)

    Bonne soirée,
    Bertrand


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    Manuscrit datant de 1370


    Bonjour à toutes et à tous,

    J’ai un petit jeu de déchiffrement à proposer aux bibliophiles (et bibliofilles remises de leur émotion).

    Je bute sur ce texte, il est vrai un peu effacé, et je me dis que certains d’entre nous ont sans doute des talents de paléographes.

    Voilà ce que je lis : « Doux mille ans depardon côtient ceste orason aqui de… la di.. entre la levason du corps … … et dernier ag … que dôna et octroya le pape boneface lo VI a la persôn du roy phillipes. »

    C’est une allusion à la querelle entre Boniface VIII et Philipe le Bel, mais j’aimerais comprendre de quoi il retourne. l'ouvrage est de 1370, alors évidemment, l'orthographe est un peu olé olé, cela ne facilite pas ! 

    Amitiés bibliophiliques
    Textor

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    The Bay Psalm Book has not appeared in auction since 1947 when it broke the record for highest price paid for a printed book

    The first book printed in America is expected to fetch up to $30m (£20m) when it goes under the hammer in New York later this year.
    The Bay Psalm Book, which was printed in Massachusetts in 1640, is one of 11 remaining copies of a translated version of the Book of Psalms.
    The book has not appeared at auction since 1947, when it sold for a record breaking $151,000 (£98,990).
    In today's money, it would be the equivalent of $1.56m (£1.03m).
    At the time, it was the highest price paid for a printed book.
    John James Audubon's Birds of America, which sold for $11.5m (£7.6m) in December 2010, currently holds the world auction record for a printed book.
    The Bay Psalm Book was written by pilgrims 20 years after they established a colony in Plymouth, Massachusetts.
    Colonists John Cotton, Richard Mather and John Eliot, who wrote the book, wanted a version of the psalms which they believed was closer to the original Hebrew than the ones they had brought with them from England.
    "The Bay Psalm Book is a mythical rarity," said Sotheby's David Redden.
    "With it, New England declared its independence from the Church of England," he added.
    Funds for the printing press were raised in England.
    The 1640 edition of the Bay Psalm Book is the earliest surviving print from the press, and was adopted by nearly every congregation in the Massachusetts Bay area.
    There were 1,700 copies of the original Bay Psalm Book, of which 11 are now left in various degrees of completeness.
    The book comes from the collection of the Old South Church in Boston which has two copies of the edition.
    Senior minister of the church, Nancy Taylor, said the money from the sale would help to keep the historic building open and help to increase outreach programmes.
    The book will tour various cities in the US before the auction on 26 November.


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    Vous souvenez-vous ? Samedi 20 décembre 2008 : Un bouquiniste parisien : Le Père Lécureux (1795-1875) - article publié en son temps par le Bibliomane moderne alors tout à sa tâche de tâcheron bibliophile ! 5 ans ! 5 ans ont passé ! Diantre ! Que le temps passe vite en bonne compagnie ! Je n'ai pas vu passer ces cinq dernières années "bibliophiliques" et pourtant ... (j'ai bien peur qu'en 5 ans quelques bibliophiles qui nous lisaient ne soient déjà plus de ce monde ... et que d'autres n'étaient pas encore nés à la Bibliophilie - une pensée émue pour les premiers et un salut amical pour les seconds).

    Bref, passons à autre chose, enfin presque. Cinq ans plus tard je mets la main sur un autographe qui fait écho au passé. Il s'agit d'une lettre envoyée par le bibliophile François Fertiault (l'auteur des Amoureux du Livre paru en 1877) à son ami poète et bibliophile Alexandre Piedagnel. Cette lettre fait partie d'une correspondance d'une bonne vingtaine de lettres acquises l'an passé un peu par hasard. Je ne sais pas encore si je vais conserver ces lettres ou bien les remettre en circulation pour en acquérir d'autres, mais dans l'intervalle, je souhaitais vous faire profiter de ces quelques lignes, qui je pense, intéresseront les lecteurs du Bibliomane moderne (un peu en perdition ces derniers temps je dois bien l'avouer ... au profit du blog Octave Uzanne qui occupe presque tout mon temps (et encore il m'en manque !).



    Voici la transcription de la lettre :

    Paris 10 février [18]86.

    Bien cher Poëte,

    De nous deux à vous deux bien cordial merci !
    J'allais juste vous écrire, car je viens de mettre la dernière main (du moins je le penseà au "Père Lécureux", que vous trouverez ci-joint. - Dans une note je dirai à qui je dois la matière de ce sonnet.
    De ce que vous avez bien voulu m'envoyer j'ai dégagé deux millésimes (naissance et mort) approximatifs. Je vous serais très reconnaissant de me les redresser s'ils ne sont pas justes.
    Je suis en plein dans la préparation de mon livre, qui ne paraîtra pourtant que vers la fin de l'année.
    Merci encore, et toutes mes sympathies, à vous et à Madame Piedagnel.

    F. Fertiault


    Voici le sonnet composé par François Fertiault en janvier 1886 :


    Le Père Lécureux
    (1796 - 1876)
    à Alexandre Piedagnel.


    C'est lui qui s'en allait recueillant les épaves,
    Les tomes orphelins, bien ou mal habillés.
    Des pertes il voulait guérir les douleurs graves
    En offrant au quêteur ses vieux dépareillés.

    Oh ! le bon ! Oh ! l'utile ! Oh ! le brave des braves !
    Il consolait toujours les pauvres dépouillés.
    Oeil sûr, en son dédale il n'avait point d'entraves ;
    Les acheteurs, munis, sortaient émerveillés.

    Et, durant soixante ans de bizarre abondance,
    Des textes incomplets il fut la providence. -
    Mais le sombre venait à l'active fourmi ;

    De sa vogue ébranlée on l'entendait se plaindre.
    Il est mort en voyant son cher métier s'éteindre ...
    Le bouquin secourable a perdu son ami !

    F. Fertiault (*)

    Voilà. Ce n'est pas grand chose, mais moi cela m'émeut de penser qu'à une certaine époque on pouvait rimer sur les bouquinistes et les libraires de son temps. Qui ferait cela aujourd'hui quand une bonne part s'exprime sans façon, sans style, platement et sans envergure. Il nous manque quelques Fertiault et quelques Cyrano dans ce XXIe siècle bibliophilique pourrissant sous l'égoïsme, l'argent et le venin des hommes de mal.

    Bonne soirée,
    Bertrand

    (*) nous avons retrouvé trace de ce poème publié dans la Revue du Siècle de 1899 (Volume 13, p. 328)

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    Le weekend de Pâques [NDLR : désolé pour le retard dans la publication] est traditionnellement jours de fête du livre à Bécherel, ce petit village de Haute-Bretagne où d’irréductibles libraires possèdent encore des boutiques en vrai.

    Il fait encore un peu frais au moment du déballage et, cette année, il faut déblayer la neige avant d’installer son stand mais l’arrivée massive des bibliophiles, dès le premier rayon de soleil, a vite mis de la bonne humeur. Le thème de l’événement est : « Merveilleux imaginaires… », et pour s’en convaincre des personnages venus des âges farouches, habillés de peau de peaux de bêtes, une épée à la main, cherchent à faire peur aux petits enfants. 



    Fig. 1 Premier feuillet, non signé, contenant la Préface.



    Fig. 2 Feuillet Aiii début de l’Hymnaire.


    Profitant de cette diversion, je fouillais tranquillement les cartons des bouquinistes. C’est dans un carton comme ceux-là que m’attendait le livre que je vous présente aujourd’hui. Sous ses aspects rebutants (Pas de page de titre, pas de gravure, pas de lettrine enluminée à la feuille d’or, pas d’annotation par un personnage historique), il aurait du logiquement retourner dans le carton d’où je l’avais tiré. Mais voilà, il avait pour lui une impression gothique en deux tailles de caractère qui m’avait paru jolie. Il faut toujours se fier à la joliesse des caractères quand la lecture du colophon se révèle insuffisante pour déterminer la date de l’ouvrage : "Impressum parisii per magister Anthonium Denidel ante collegii de Coqueret in intersigno cathedre commorante".


    Fig 3 Colophon d’Antoine Denidel, à l’enseigne de la Chaire.


    Seuls, peut-être, quelques conservateurs de la réserve des livres rares de la BNF auraient pu « tilter » sur l’adresse et en déduire automatiquement que le livre datait d’avant 1501 puisqu’Antoine Denidel, imprimeur-libraire parisien, n’aurait exercé que jusqu’au 20 octobre 1501, pendant une courte période d’à peine 7 ans. 

    Ce maître ès arts et bourgeois de Paris travailla d'abord en association avec Nicolas de La Barre, vers 1496, puis avec Robert de Gourmont, à partir de 1498. Sur les quelques soixante-dix éditions portant le nom de Denidel, seul ou en association avec un autre imprimeur, seules une petite quinzaine sont datées.

    Le catalogue de la BNF nous donne les adresses suivantes : Paris, 1495-1501. Au collège de Coqueret, rue Chartière. Au Mont Saint-Hilaire, auprès du collège de Coqueret. Presque en face des écoles de décret, rue Saint-Jean-de-Beauvais. Près du collège de Coqueret, rue du Mont-Saint-Hilaire. - Enseigne(s) : À l'enseigne de la Chaire. À la Corne de cerf.

    J’ignore si cette liste est donnée dans un ordre chronologique, mais si tel est le cas, la boutique à l’enseigne de la Chaire (Intersigno Cathedre), située près du collège de Coqueret, au Mont Saint Hilaire, (c'est-à-dire aujourd’hui dans les environs de la rue de Lanneau et de l’impasse Chartière) serait sa première adresse ce qui permet de dater l’ouvrage des années 1495-96.

    Un autre indice permet de conclure que cette impression est antérieure à 1498 : Il existe une autre édition sortie des presses d’Antoine Denidel, en 50 feuillets (en a8, b-h6) que le catalogue intégré de la British Library (ISTC) date de 1498 (4 exemplaires localisés). et qualifie ainsi : «Therefore, not HC 6781 in 48 ff », pour indiquer que cette version est différente des exemplaires en 48 feuillets, et très certainement postérieure. Selon l’ISTC, la mention Paris (Parisii) n’apparaitrait pas. Pourtant Marie Pellechet donne une description détaillée de cet exemplaire en 50 ff. et mentionne : « fnc 50 r° Table, car.moyens : equitur tabula hymnorù / Plus bas : le colophon : finit cöpendiosa hymnorù expositio que nedù difficilù ver / borù significata : verùmetià denidel / ante collegiù de Coqueret in intersgno cathedre cömorantem/ plus bas Laus deo ».

    Mon exemplaire contient 47 feuillets et devrait en contenir 48 puisque le second feuillet est signé aiii, bien que le premier, débutant par la préface, n’ait curieusement pas de signature. Il manquerait donc une page de titre à la marque de Denidel, ou alors cette version était destinée à recevoir un titre à l’enseigne d’un autre libraire qui n’a pas été inséré. Pour le reste, les cahiers sont complets et les signatures se suivent : a8 (-1), b6, c4, d-h6. 

    Une troisième version imprimée par Denidel, datée celle-là, du 14 Novembre 1499, est en 52 feuillets. (2 exemplaires localisés au Mans et à Milan).

    Pour la petite histoire, le fameux exemplaire en 48 feuillets mentionné à l’ISTC et cité soi-disant par Hain-Copinger sous le numéro HC 6781, est bien difficile à localiser. Deux exemplaires seulement sont répertoriés par l’ISTC comme devant être des HC 6781, tous les autres étant des [Therefore not HC 6781 in 48 ff.], l’un à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, l’autre à Manchester. Or, quand on vérifie dans le catalogue de la BHVP lui-même, on découvre que l’exemplaire en question est en 50 feuillets, donc nullement le HC 6781 ! Quant à l’exemplaire de Manchester aucun détail n’est donné sur la collation. Enfin, le Hain-Copinger ne donne aucune collation pour le n° 6781 et nous ne savons pas quel exemplaire pu servir à établir qu’il était en 48 feuillets. Ces répertoires anciens sont souvent fautifs et leur compilation dans l’ISTC n’est pas un gage d’exactitude; Il faudrait revoir sérieusement l’inventaire de l’ISTC au sujet de l’Expositio Hymnorum.(1)

    Pour résumer, si vous me retrouvez la trace d’un exemplaire de l’Hymnaire imprimé par Denidel vers 1496 en 48 feuillets, je suis preneur de l’information, j’aimerais bien savoir quelle page de titre le décorait, si toutefois il y en avait une.



    Fig. 4 Le Veni Redemptor Gentium, attribué à Saint Ambroise



    Fig. 5 Feuillet c1 : Tu, Trinitátis Unitas, Orbem poténter quæ regis


    Pour revenir à notre imprimeur, je ne sais quelle infortune avait accablé Antoine Denidel au cours de sa vie pour qu’il prît comme devise cette formule « Déni d’Elle » (il est vrai assez bien adapté à son nom). Qui était donc ce personnage féminin qui l’avait si douloureusement renié ? Un amour de jeunesse ? Une voisine du Mont Saint Hilaire déjà engagée ? Une figure symbolique comme la fortune ou la gloire? Ou bien faut-il comprendre au contraire que notre imprimeur avait échappé à la Mort ? Difficile de le savoir. Renouard tente une explication bien compliquée : déni d’Elle, la Croix, sous prétexte qu’une de ses marques figurait un denier et la Croix. Une sorte de rébus qui ferait de Denidel un disciple de Judas, bizarre. Il est vrai qu’Erasme s’est plaint dans une de ses lettres du peu d'honnêteté de notre imprimeur qui ne lui aurait pas payé le produit d’une vente de livre, le traite ! Sur une autre de ses marques figure Saint Nicolas et Sainte Catherine portant un écusson avec les initiales AD, liées par une cordelette, tandis que deux anges tiennent un autre écusson à la fleur de lys. Cette marque est plus courante, nous n’avons pas vu celle au denier et à la Croix.



    Fig. 6 La table des hymnes



    Fig. 7 Ecce iam noctis tenuatur umbra


    Pour finir, un mot sur les hymnaires médiévaux, sinon vous allez encore dire que les bibliophiles ne lisent pas leurs livres.

    L’ouvrage débute par une préface identique à l’exemplaire imprimé par Pierre Levet en 1488 (numérisé sur Gallica) et sur laquelle notre exemplaire semble avoir été copié : « Liber iste dicitur liber hymnorum…. ». Suivent les noms de quatre auteurs des hymnes : Grégoire, Prudence, Ambroise et Sedulius (voir fig. 1 et 2) 

    Les hymnes médiévaux sont ces courtes poésies chantées qui servaient à embellir l’office de la messe ou rythmaient les offices monastiques quotidiens. Certaines hymnes ont été identifiés comme des chants profanes venus de l’antiquité grecque et romaine et qui on été christianisés (comme le Dies irae célébrant la Sybille (Je sens que Bertrand va s’intéresser aux hymnes tout d’un coup ! [NDLR : bof ... ça vaut pas la Vie Parisienne]) . C’est Saint Augustin qui en donne la meilleure définition : « Si vous louez Dieu sans chanter, ou si vous chantez sans louer Dieu, vous n’avez pas une hymne. ». La poésie en question doit donc être mesurée et rythmée.

    De savantes études les ont classées selon leur source et leur usage. (2)

    L’histoire de l'hymnographie médiévale commence avec certitude au IVe siècle lorsque Saint Grégoire de Nazianze et Saint Hilaire de Poitiers composèrent les premières hymnes latine de l’église, sans réussir toutefois à les rendre populaires, ce que parvint à faire Saint Ambroise, évêque de Milan, qui est véritablement le père de l’hymnodie latine. Ces auteurs jetèrent un pont entre les Églises d'Orient et d'Occident, car il se peut, qu’outre la tradition de la poésie latine, ils se soient inspirés de modèles orientaux. Saint Augustin en témoigne dans ses Confessions (IX, 7, 15), où il rapporte que, lors du siège des églises, pendant le carême 386, « pour empêcher que le peuple abattu ne séchât d'ennui, fut institué, à la mode orientale, le chant des hymnes et des cantiques. L'usage s'en est maintenu depuis ce temps jusqu'à aujourd'hui et il a été suivi en maints endroits, voire presque partout, imité de ton troupeau dans le reste du monde ».

    Les hymnes ambroisiennes sont louée depuis toujours pour leur simplicité. Elles comportent huit strophes de quatre lignes et jouent sur le rythme des syllabes, la légèreté de la versification (tétramère iambique) et sur de belles mélodies, que Saint Ambroise a composées lui-même. Ses Hymnes avaient tant de succès et étaient si faciles à comprendre que les croyants ne tardèrent pas à en composer à son exemple, ainsi qu'il le rapporte lui-même (Sermo contra Auxentium 34).

    On connait quatre hymnes attribuées avec certitude à Saint Ambroise car présentées comme telles par Saint Augustin ou Cassiodore. Les hymnes Aeterne rerum conditor pour les laudes du Dimanche, Deus creator omnium, pour les vêpres du Samedi, Veni Redemptor Gentium (qui figure en haut à droite de la figure 5) et Jam surgit hora tertia. Pour une dizaine d’autres les experts ne sont pas d’accord, mais il est sur que l’hymne ambroisienne Te Deum n’est pas d’Ambroise.

    Par la suite, et progressivement jusqu’au XIème siècle, la rime finit par remplacer l’assonance. Prudence a composé à la fin du IV siècle des hymnes destinées à la dévotion privée, d’un style plus éloquent et dramatique comme la Nox et Tenebra. Du poete Sedulius au milieu du Vème siècle, nous avons A solis ortu cardine et Hostis Herodes impie. D’autre ensuite comme Ennodius ou Venance poursuivrons la tradition jusqu’à écrire des hymnes en langue barbare (Pouah !) comme l’ont fait le cercle des poètes du Palais de Charlemagne.

    Outre la transmission liturgique à travers les bréviaires et les psautiers, les hymnes vont connaitre une grande diffusion à la fin du XVème et au début du XVIème siècle grâce à cet Expositio Hymnorum. C’est une sorte d’anthologie de 83 hymnes accompagnée des commentaires, rédigés vers le XIIème siècle, par un auteur inconnu nommé Hilaire (Qu’il ne faut pas confondre avec Saint Hilaire de Poitiers) (3). Le succès du recueil provient des commentaires originaux et du fait qu’il servit de manuel scolaire pour l’apprentissage de la grammaire latine. (D’ailleurs, certaines bibliothèques le classaient anciennement dans la rubrique « grammaire » et plusieurs éditions incunables comportent une gravure représentant un maitre entouré d’élèves).

    La version primitive parait en France sous le titre Aurea Expositio chez A.Caillaut, 1480 puis 1492, rééditée notamment par P. Levet en 1485, 1486, 1488. Une version révisée, incluant sept hymnes supplémentaires provenant d’une édition allemande, parait chez D.Bocard, en 1496, sous le titre Expositio hymnorum per totum anni circulum, puis chez Macé à Rouen en 1500. Une nouvelle édition sort des presses de D.Rocé, diffusée par J.Bade en 1512, puis par E.de Marnef en 1515 ; elle reprend une version en 95 pièces issues de la tradition germanique (H.Quentell, 1492). Nous avons déjà dit que la nôtre est copiée de la dernière édition de Levet. L’ordre des hymnes peut varier selon les éditions, mais les commentaires ne diffèrent pas sensiblement entre la version de Bade et celle de Levet, elle-même directement issue de la tradition médiévale.


    Fig. 8 Préface (détail)


    L’importante préface, qui ouvre le recueil dans toutes les éditions, expose les objectifs de l’hymnaire : « Prima intentio fuit describere illos (hymnos) qui cantantur in prima ferie et sic deinceps secundum ordinem» (voir Fig. 8 ligne 7). L’intention première est de décrire les hymnes dans l’ordre normal de l’année liturgique. La seconde est de donner une connaissance de la nature de Dieu selon le rapport de l’Unité à la Trinité pour orienter le lecteur vers un savoir contemplatif. (« Cognitionem habemus unitatis et trinitatis supponitur theorice i(d est) divine contemplationi » - ligne 9). Suit une longue explication sur le rythme des fêtes solennelles calées sur les cycles de la nature et l’alternance des jours et des nuits, des ténèbres de l’ignorance opposé à la lumière de Dieu.

    Bref, vous l’avez compris, la matière de l’hymne est allégorique et suppose des explications, essentiellement paraphrastiques, que l’on trouve dans le commentaire. C.q.f.d. Achetez mon livre semble dire Hilaire. Ce que je fis illico. On savait faire la promo au XIIème siècle ! (5).

    Bonne Journée
    Textor

    (1) Pour preuve supplémentaire, L’ISTC relève un exemplaire prétendument imprimé par Denidel en 1488 que Pellechet aurait mentionné avec la fausse date du 8 décembre 1480, (M Quadragentesimo L XXX octo die mensis decembris). Il est indiqué qu’il ne peut être daté que postérieurement au Levet de 1488 sur lequel il est copié. Or c’est une grossière erreur que le catalogue de la BNF a rectifié, il s’agit d’une impression d’ Anthonium Calliaut et non d’Anthonium Denidel !! Il figure pourtant toujours dans l’ISTC parmi les éditions de Denidel.
    (2) Pour une histoire complète des Hymnes et leur analyse voir : Hymnes latines et Hymnaires par Dom Jules Baudot, Paris, Lib. Bloud et Gay 1914.
    (3) Peut-être le disciple d’Abélard, voir in Dictionnaire d’Histoire et de Géographie ecclésiastiques, Paris, Le Touzey et Ané, 1990, t.XXIV, col.457-458.
    (4) Voir la liste donnée par A. Moss, in “Latin liturgical hymns and their early printing history”, p. 116.
    (5) Pour une bibliographie détaillée de l’histoire des hymnes, voir l’article de Nicolas Lombart consacré à l’hymne « Christe qui lux es et dies » in Camenae n°5 – Nov 2008

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    Ceux qui voudront pourront me retrouver dans les allées du Grand Palais dès demain 17h et ce jusqu'à samedi après-midi.

    Ce sera en visiteur attentif que je ferai mon Grand Palais cette année encore. Encore tout ébouriffé de l'édition 2012 (mon porte-monnaie s'en souvient ...) c'est avec une nonchalance non feinte que je flânerai dans ce dédale livresque pour les petits et les grands (porte-monnaie bien sur).

    Quoi qu'il en soit, je vous souhaite de belles trouvailles, à la hauteur de vos espérances. D'ailleurs, les plus belles trouvailles ne sont-elles pas celles là même que l'on imaginait même pas dans ses rêves les plus fous ?

    Bonne fin de semaine à toutes et à tous !

    Amitiés bibliophiles
    Bertrand


    Une belle vitrine de l'édition 2012 !

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    Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé
    ne saurait être que fortuite et indépendante de ma volonté.


    Le Bibliomane moderne rentre juste du Salon du Livre Ancien au Grand Palais à Paris ... encore sous le choc ! Que de merveilles ! ... J'ai du rêver ... ;-)

    A demain pour un compte rendu impressionniste en images volées ici ou là.

    Important ! Le Salon du Livre ancien se poursuit encore jusqu'à demain dimanche 28 avril 20h. Je vous invite si ce n'est déjà fait à vous y rendre ne serait-ce que pour le plaisir des yeux. C'est un événement culturel qui vaut vraiment la peine qu'on se déplace et qu'on s'intéresse. Il reste encore des milliers de pièces exceptionnelles à découvrir, pour toutes les bourses, de 50 euros à plusieurs centaines de milliers d'euros. Dans tous les cas vous vous ferez plaisir et vous ferez plaisir à celles et ceux qui ont fait l'effort d'exposer leurs trésors pour vous.

    Passio impellit me est la devise que je retiendrai pour caractériser cet événement   Et je laisserai aux autres cette devise qui n'est finalement qu'une bien mauvaise traduction des instants magiques que j'ai vécu : Me pecuniam citantur 

    PS : Le Bibliomane moderne tient à remercier tous ceux et toutes celles (surtout) qui lui ont marqué quelque intérêt dans ce qu'il propose à lire dans ces colonnes bloguesques décousues mais néanmoins animées continuellement de la même et inaltérable passion bouquinière ! Merci à vous. Merci à eux.

    Bonne soirée,
    Bertrand

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    Le Salon du livre ancien au Grand Palais à Paris vient de fermer ses portes aux visiteurs. 4 jours intenses pour le plus grand bonheur des bibliophiles, des bibliomanes et des libraires.

    Pour ma part ce fut un grand cru ! De multiples trouvailles dans plusieurs thématiques qui me sont chères. Et vous ? Quelles sont vos impressions sur cette édition 2013 ?

    Votre avis nous intéresse ! Exprimez-vous dans les commentaires. C'est fait pour cela !

    Voici une petite sélection de photographies prises sur le vif. Il m'a semblé superflu de les légender. On y reconnaîtra pêle-mêle des manuscrits enluminés du XIVe et XVe siècle, des reliures de Knoderer, un grand libraire (au bas mot 1 m 90), une charmante ambassadrice d'Octave Uzanne à l'honneur cette année au Grand Palais, un Gautier d'Agoty rutilant, un stand parfaitement mis en valeur, une belle verrière, des poufs, une fausse reliure ancienne, un livre vendu dernièrement chez Binoche et Giquello, etc.






















    Vivement l'année prochaine !

    Bonne soirée,
    Bertrand

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    Bonjour,

    J’ai fait l’acquisition d’une sympathique gravure imprimée en sanguine sur papier de Chine représentant une dame ailée s’envolant vers les cieux.

    La signature semble être LC ou AC (le a étant renversé) ou ZC. Cela pourrait ressembler à du Félicien Rops mais en l’absence de sa signature … J’ai eu beau chercher mais je n’arrive pas à trouver d’informations concernant cette gravure.

    La légende indique : « imprimerie Houiste rue Hautefeuille 5 à Paris ».

    Le format de la feuille est : 175 x 240 mm. Le format de la gravure aux bords de la cuvette est : 110 x 170 mm.

    Je me permets donc de vous contacter en me disant que peut-être un des lecteurs érudits du « bibliomane moderne » ou vous-même auraient des informations.

    Par avance merci,

    Cordialement,
    D.

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    Aujourd'hui le Bibliomane moderne rase gratis !


    Les plus attentifs à ce qui se passe dans et autour du Bibliomane moderne se rendront vite compte que j'ai décidé cet après-midi de supprimer le lien (colonne de gauche) vers un blog dont je faisais gracieusement la promotion depuis des mois. Pourquoi ce geste désinvolte digne du pire des anarchistes me direz-vous ? La chose est fort simple. Quand une personne se conduit comme un malotru, que ce soit au XIXe siècle ou au XXIe, il mérite pour le moins, une petite correction. Et comme au XXIe siècle il n'est plus de mise d'aller sur le pré (de toute façon je n'ai pas de chirurgien sous la main). J'ai tout simplement coupé les liens qui me rattachaient à cet éminent personnage non moins doué d'insignes mauvaises manières. Je n'en dirai pas plus. Chacun reconnaîtra ses petits et les agneaux seront bien gardés (encore réussira-t-on à les tondre ?).
    A noter tout de même qu'une fois encore, j'ai la déplorable sensation que Messieurs les ronds de cuir des lettres n'aiment guère que quelqu'un sorti de son champs (je suis un campagnard et je le revendique avec des bottes aux pieds chaque fois qu'il pleut) vienne brouter l'herbe sur le pré carré qu'ils se sont réservé (il faut dire qu'ils sont payés pour cela). Comme me disait encore dernièrement un ami bibliographe amateur de petits formats (amateur ... bouh quel vilain mot) : ces gens-là (ceux qui sont payés pour faire le travail que seule la passion nous commande, à nous, pauvres libres hères bibliographes d'occasion) n'aiment pas qu'on leur marche dessus et pardessus tout apprécient à l'aune de leur ego les fleurs, les couronnes et autres lauriers tressés par la marmaille du parterre qui s'esclaffe : "Ah qu'ils sont beaux ! Ah qu'ils sont intelligents ! ... mon dieu qu'ils sont bêtes !" Fermez la parenthèse (elle se rouvrira bien assez vite).
    Bref. L'affaire est enclose comme la rose à peine éclose dirait le poète, et si d'aventure l'ami hautement estudiantin qui se voit là privé d'une réclame fort négligeable, j'en conviens, pouvait se rendre compte à quel point je peux m'esbattre les jumelles de ces professionnels du métier qui me font m'esbailler doucement mais sûrement, alors ce serait une joie de lui en faire conférence, et peut-être même circonférence, bis in idem.

    PS : il me fallait bien choisir une illustration pour imager ce billet Hautement bibliophile et si peu discourtois, la voici en grand !

    Vale !

    Bonne soirée,
    Bertrand Bibliomane moderne

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    Voici un livre très connu des bibliophiles et des libraires. On le voit passer suffisamment rarement en belle condition pour qu'on le remarque ici dans cette fiche d'une librairie parisienne.

    Exemplaire de reliure demi-veau à coins de l'époque. 4 vol. in-12. 163 x 98 mm.

    Edition originale et seule édition de "l'un des ouvrages les plus rares de Restif de la Bretonne" (Rahir).

    Exemplaire censuré relié à l'époque, comme la quasi totalité de l'édition originale sans les feuillets 337 à 422 du tome IV.

    Explications :

    "La plupart des exemplaires ont subi des mutilations exigées par la Police. Restif a dû supprimer absolument les pages 337 à 422, c'est à dire cinq des diatribes qui suivaient celle intitulée l'Homme de nuit, la seule qui ait trouvé grâce devant la censure ... Quant aux feuillets supplémentaires du tome IV, c'est Restif qui les a soigneusement fait disparaître, pour des raisons personnelles ... Cet ouvrage, qui est un des plus rares de ceux de l'auteur, ne fut publié qu'en 1781, et sans doute après des lenteurs et des difficultés de la part de la censure et de la police." (P. L. Jacob, Bibliophile Jacob)


    La fiche se poursuit en citant d'autres bibliographes :

    "Cet ouvrage est l'un des plus bizarres de Restif et l'un des moins communs. Les récents progrès de l'aviation ont attiré l'attention des curieux sur ce livre que nous croyons devoir augmenter rapidement de prix." (Cohen)

    "Cet ouvrage, un des plus singuliers que Restif ait écrits, est fort recherché, non seulement par les rétiviens mais aussi par des collectionneurs de livres sur les utopies et l'aéronautique. "Il est vraiment remarquable, dit Lacroix, que Restif ait porté ses recherches sur la manière de voyager dans les airs, trois ans avant la découverte des frères Montgolfier, qui firent la première expérience des aérostats au mois de juin 1783. "Il est encore remarquable, quoique personne ne l'ait signalé, que Restif, dans cet ouvrage ait prévu un véhicule pouvant rouler sans chevaux. Dans l'intérêt de la paix, il propose une association des nations européennes. Chose encore plus curieuse, Restif, anticipant la société protectrice des animaux, demande qu'on soit juste envers les animaux." (Rive Childs).

    "La base du système physique développé dans cet ouvrage est qu'originairement il n'y eut qu'un seul animal et qu'un seul végétal sur notre globe. Ce sont les différences de sol et de température qui ont amené la variété des êtres et produit des animaux mixtes. La description de la machine inventée par Vicrtorin pour s'élever dans les airs, est faite pour intéresser beaucoup de personnes." (Monselet, Restif de la Bretonne, n°22)

    La fiche indique encore :

    La présente édition est ornée en premier tirage de 4 frontispices, dont 1 sur double-page et de 19 superbes figures fantastiques non signées qui représentent l'homme volant, mais aussi des hommes-singes, hommes-ours, hommes-cochons, hommes-taureaux, hommes-castors, hommes-chevaux, hommes-lions, hommes-grenouilles, etc.

    "Quelques-une des figures sont assez libres et expliquent que le livre ait été assez souvent détruit." (Rahir)

    En conclusion, le libraire :

    "Précieux exemplaire de cette originale recherchée par tous les rétiviens et les amateurs d'anticipation, conservé dans sa reliure uniforme de l'époque."

    Prix demandé : 9.500 euros

    Bonne journée
    Bertrand

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    Une bibliothèque qui en impose ...


    Ne vous êtes-vous jamais posé les questions suivantes : Pourquoi tout le monde sait quelle équipe de football a gagné la dernière coupe d'Europe ? Pourquoi tout le monde est au courant du moindre détail des frasques érotico-politiques de l'avant-dernier président du FMI ? Pourquoi lorsque la petite fille d'un célèbre groupe hôtelier sable à la hache des magnum de champagne à 50.000 dollars l'unité sur un yacht à St-Tropez même votre jardinier est au courant ? Pourquoi tout le monde sait que placer de l'argent sur un compte en Suisse c'est mal ? Bref, en un mot, qu'est-ce qui fait courir le monde ? Qu'est-ce qui fait courir l'information au fin fond des chaumières ?

    Car demandez autour de vous la date de l'édition originale des Fleurs du Mal de Baudelaire, ou la date de première impression française de Mein Kampf de celui qu'on ne nomme pas pour ne pas avoir d'ennuis avec la censure, et vous serez surpris du résultat !

    Il faut dire que depuis la nuit des temps (peut-être pas si loin en fait ...), bibliophilie et populisme ne font pas bon ménage. Parce que c'est bien de populisme culturel qu'il nous faut parler. Comment qualifier autrement les informations flash et trash dont on nous abreuve à longueur de journées ?

    Petit exemple pratique. Voici la liste des gros titres de Google actualités de ce jour, mercredi 8 mai 2013, dans leur ordre d'apparition (Google actualités France) :

    - Trois morts dans un accident dans le port de Gênes
    - Vague d'arrestations après le vol de diamants à l'aéroport de Bruxelles
    - Commémorations du 8 mai : Hollande envoie un message d'apaisement à l'Allemagne
    - 2 milliards d'euros: c'est ce que coûtent les jours fériés
    - Cleveland : les premiers détails de la vie des séquestrées
    - Manchester United: Qui pour remplacer Alex Ferguson ?
    - Un surfeur tué par un requin à la Réunion
    - L'auteur du massacre d'Aurora plaidera non coupable pour démence
    - Syrie: Israël ne compte pas intervenir (ministre).

    Je m'arrête là car cela devient vite fastidieux et vomitatoire. J'ai envie de dire "à part ça tout va bien !".

    Les plus lucides d'entres nous me répondront : il n'y a là que ce que les gens veulent lire, veulent entendre ou veulent voir. Certes. Peut-être. Pourquoi pas. Encore que. Ne serait-ce pas le contraire ? Ne donne-t-on pas à voir, à lire et à entendre ce que l'on veut que nous voyions, que nous lisions et que nous entendions ? Mais alors, qui tire les ficelles ? Qui serait à la tête de ce Big Brother international de l'information ? Quel pouvoir suffisamment énorme permettrait d'arriver à ces fins ? En clair, à qui profite le crime ?
    Personnellement, je ne vois qu'une seule réponse possible : Money ! L'argent ! Seul l'argent peut justifier ces luttes de pouvoir à coup de marketing dispendieux pour asseoir une autorité globale suffisamment forte pour écraser tout le reste.

    On est loin de la bibliophilie me direz-vous ! Sans doute. On est toujours loin lorsqu'on n'arrive pas à s'approcher des choses assez près pour les sentir.

    Mais voici la bibliophilie qui arrive (ou plus exactement l'amour des livres). Je ne distingue pas ici le plaisir de la lecture, la soif d'apprendre au travers des livres et l'acte de bibliophilie à proprement parler "à l'ancienne" qui sous-entendrait une forme d'amour élitiste réservé à certains en raison de la taille proportionnelle de leur portefeuille. Je ne veux parler ici que d'amour des livres, de passion bouquinière, de soif d'apprendre par le texte et de plaisir des yeux par l'image et le support de l'écriture. Rien autre.

    L'amour des livres donc. Sa représentativité dans notre société donc. Deux choses bien éloignées des premières pages de Google actualités. Et pourtant ! en grattant un peu, on trouve vite tout ce que l'on veut dans ce domaine grâce à ... Google justement ! Ce ne serait donc pas un problème d'éludement mais un problème de priorité. En clair, l'amour des livres ne passionne pas les foules ! C'est exact, on s'en rend compte tous les jours, par métier et par passion.

    Si les matchs de football d'aujourd'hui sont les arènes et les spectacles des gladiateurs d'hier, alors le peuple a des jeux pour se divertir. Ne lui manque peut-être parfois que le pain pour manger, mais cela devient vite accessoire. Le divertissement fait oublier la faim. Et la faim justifie souvent les moyens. Bref, on serait, si l'on s'en tient à ce comparatif sillogistique aux abords d'une fin de civilisation. Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? Peu importe, Dieu-Money veille !

    Le problème du manque de notoriété de la bibliophilie vient de son déficit d'image, et cela ne date pas d'hier ! Il y aurait plus d'une chose à revoir pour changer cet état de fait qui nuit gravement à la culture ! Evidemment tout le monde ne souhaite pas savoir la date de l'édition originale des Fleurs du Mal, ni même savoir de quoi parle Des souris et des hommes de Steinbeck, et pourtant ! Je reste persuadé que bien des personnes s'intéresseraient à ces choses de plus près si plusieurs éléments déclencheurs venaient à leur être communiqués. Je vais essayer de donner quelques pistes tout à fait personnelles (d'ailleurs, ici, tout est très personnel).

    Tout d'abord ne rien interdire à personne. Je veux dire autoriser les accès aux savoirs. C'est à dire ne pas mettre des bâtons dans les roues à ceux qui auraient la curiosité, mais qui, mal nés, ou mal amenés dans le monde, n'ont pas accès ne serait-ce qu'à l'idée qu'ils peuvent savoir des choses que d'autres savent déjà. C'est plus une barrière psychologique qu'il faut abattre qu'autre chose, un mur de Berlin de la Nomenklatura es connaissances. Evidemment, vous me direz, tout le monde ne part pas au départ sur la même ligne. Darwin serait là pour nous rappeler combien la sélection naturelle est importante. Certes. Mais tout de même. Je ne peux pas m'empêcher de penser quand je discute avec un maçon ou un charpentier un peu curieux des choses, qu'il aurait fait, dans d'autres circonstances, poussés par d'autres inspirations, un excellent bibliographe (notez bien qu'il y a des bibliographes qui feraient sans aucun doute d'excellents maçons ... j'en connais !). L'accès au savoir, à l'envie de savoir, à la curiosité est à mon sens le plus important des facteurs de régression culturelle ambiante. Paradoxalement, à l'heure d'internet et de la communication à tout va, l'information n'a jamais été aussi redondante, prédigérée et orientée pour faire du peuple le bon mouton de la ferme d'Orwell.
    La confiscation des savoirs. Autre raison majeure de l'incurie généralisée qui se propage. On partage tout aujourd'hui ! Oui, sans doute, mais pas avec tout le monde ! Je vais éviter de revenir sur l'idée de Messieurs les Ronds de cuir et la notion de pré carré ... ça m'exaspère ! Mais l'idée est là et tout le monde la comprend. On ne mélange pas les torchons avec les soviets ! Si vous n'avez pas le cursus universitaire (ou social - ce dernier se substituant parfaitement au précédent à partir d'un certain niveau de compétence fiscale) bien comme il faut on vous fait vite sentir que vous n'avez pas accès à ce que d'autres ont naturellement, presque comme un droit d'aînesse, en libre service : Nomenklatura encore ! Parmi les réseaux (je déteste ce mot) qui grouillent sur la planète, vous n'en n'êtes pas. Faites-vous une raison. On vous y laisse mettre le doigt ; aussitôt on vous fait sentir que la frontière est franchie. Avez-vous un maître ? Avez-vous une référence ? Avez-vous un père spirituel labellisé ? Bref. Le ni Dieu ni Maître n'a pas sa place à la table des grands de l’establishment intellectuel que vous essayez de forcer.
    En clair, l'auto-censure et la confiscation des savoirs nuisent gravement à l'épanouissement de l'amour des livres. Je passerai sur les considérations vaguement vénales tels que le confort plus ou moins effectif des fauteuils de tels ou tels libraires sur salon ou en librairie. Je passerai aussi sur l'accueil frigide en librairie réservé à la jeune clientèle encore peu effarouchée et par l'auto-censure (la jeunesse est effrontée) et par la confiscation du savoir (la jeunesse est anarchiste). Je passerai encore sur les mic-mac ou tours de passe-passe qui permettent de comprendre que le milieu de la librairie (ancienne) finalement n'échappe pas au milieu tout court par bien des aspects. Mais il paraît que tout cela ne doit pas être remué car sinon gare aux odeurs. Tout ceci sent parfois assez mauvais, même vu d'assez loin. C'est dire si de près cela doit en avoir toutes les caractéristiques.
    Voyez que finalement la bibliophilie ou plus exactement "L'amour des livres" s'insère assez bien et se fond même parfaitement bien dans la société civile.
    En conclusion provisoire, que dire ? Que ce ramassis de gros traits, n'en déplaise à l'élite, à la Nomenklature sus-citée, à l’Intelligentsia environnante qui surveille, ne doit pas rebuter l'amoureux des livres, bien au contraire. L'amoureux des livres, des textes, du papier, des reliures, de l'art de faire du beau avec des mots, ne doit céder qu'à sa curiosité, son envie et sa passion pour le savoir. Rien ne s'achète en ce domaine, aucune porte ne se ferme devant l'enthousiasme forcené et aucune censure n'existe pour nuire à l'envie.
    C'est donc sur un constat optimiste qu'il faut refermer ce billet et dire le célèbre slogan de 68 : "Mort aux ... !"

    Au début je me suis demandé si j'allais oser publier ce petit pamphlet un peu rude, et puis l'évidence vient d'elle-même : pourquoi garder pour soi ce qu'on a pensé dire aux autres ? Alors je partage !

    PS : Pour tout vous dire, ce genre de petit billet me sert de pense-bête, alors plutôt que de la garder pour moi sous Word, je vous en fais profiter. J'en ai d'autres sous le coude ...

    Bonne soirée
    B.

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    Que pensez-vous qu'il faudrait pour améliorer le déficit d'image de la bibliophilie
    (et par ricochet de la librairie ancienne) ?


    La réponse en image dès demain.

    Bonne soirée,
    Bertrand Bibliomane moderne

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    Chers lecteurs, je fais appel à vous pour identifier ce sceau qui est dans un de mes anciens dictionnaires. Le dictionnaire qui porte ce sceau (*) a été imprimé à Paris, en 1539, chez Robert Estienne. Je devine, en haut, un animal, qui ressemble à un chien, debout, deux pattes portées vers l'avant. À gauche, deux lettres, probablement un F et un H. À droite, une lettre, sans doute un V. Dans la moitié inférieure du sceau on voit blason qui a la forme d'une lyre avec en haut un signe en forme de V. Pourriez-vous m'aider?

    Ajout du mercredi 8 mai. Une piste !

    Une recherche que j'ai faite pour trouver des personnages de renom de la France du XVIe siècle dont le prénom commence par un F et le nom par un H me mène à une hypothèse. Le sceau est peut-être celui de Francois Hotman, célèbre jurisconsulte, né à Paris en 1524 et mort à Bâle en 1589. J'ai vu qu'il a publié, en 1554, chez Robert Estienne justement, un Commentariorum in Orationes Ciceronis. Et, tenez-vous bien, François Hotman a publié, en 1560, un pamphlet, "Épistre envoyée au Tigre de la France", où il dénonçait les excès du cardinal de Lorraine. Ce n'est peut-être pas un chien mais plutôt un "tigre" rétif et encaqué qu'on voit sur le sceau. Si cette piste devait s'avérer, l'exemplaire de cet ancien dictionnaire du XVIe siècle, que je vous présenterai sous peu, aurait donc une provenance exceptionnelle.

    Vous pouvez laisser un commentaire ici ou vous pouvez m'écrire directement à : pierrebouillon1@gmail.com

    (*) Je présenterai ce dictionnaire dans un prochain article.

    Transmi avec l'accord de Pierre Bouillon, notre ami de l'ancienne France, son blog : http://www.pierrebouillon.com/

    Merci d'avance pour lui

    Bonne journée,
    Bertrand

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    Je viens d'acquérir une petite pépite comme j'aime. Il s'agit d'une estampe (eau-forte ? pointe sèche ?) d'après le dessin de Louis Morin. Gravée par ? Je ne sais pas.
    Cette estampe a été tirée sur papier Japonépais (feuille de 29 x 23 cm) et le dessin mesure 19,5 x 14,5 cm environ. Au bas de la gravure on peut lire, écrit à la mine de plomb : "essai pour M. L. Morin // qui n'a jamais paru"

    Mystère et boule de gomme ! D'où peut bien sortir cette épreuve, peut-être préparée pour un livre, qui n'a jamais paru ?

    Si quelqu'un a une idée, je suis preneur, et sans doute aussi tous les lecteurs du Bibliomane moderne.

    Octave Uzanne a consacré une belle étude à Louis Morin dans l'Art et l'Idée (1892). CQFD.

    Bonne journée,
    Bertrand

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    Bonne soirée,
    Bertrand

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    *
    * *

    Un esprit très aiguisé et à la fois très bienveillant, — ce qui se rencontre, par aventure, — s'étonnait, l'an dernier, en parlant du volume de la Vie à Paris, que nous eussions pu citer tant de noms, en ces pages, sans soulever ni protestations ni colères. Le fait est qu'il semble très difficile, pour ne pas dire impossible, de parler des gens sans les blesser. Et pourtant quoi de plus aisé ? Il suffit tout simplement d'être poli. La politesse en littérature passe, il est vrai, souvent pour une certaine faiblesse. De même que, pour les femmes, un homme qui tire l'épée est nécessairement un brave, et un homme qui joue de la guitare ou du piano est nécessairement un poète, pour les hommes un écrivain poli, bienveillant ou dédaigneux, — car la bienveillance est aussi une des formes du dédain, — est fatalement un être désarmé. J'en causais hier avec un des plus affinés parmi les plus célèbres de ce temps. Il était tenté d'écrire un Essai sur la Politesse Littéraire. Mais quoi ! L'essai est chose usée et démodée, aussi passée de mode que la politesse elle-même ! Je sais cependant bien des gens, et non des moindres, qui ne renonceraient pas facilement à se montrer polis, dussent-ils être taxés de faiblesse par les goujats. On n'est point faible inévitablement parce qu'on est bien élevé et qu'on croit plus digne de faire son chemin en allant tout droit, qu'en marchant lourdement sur les pieds des autres. Je n'ignore pas non plus que, lorsqu'on écrase quelques cors, on fait retourner les gens et on court la chance heureuse de devenir le centre d'un attroupement qui fait accourir les badauds. Mais tout être un peu fier doit, je pense, mesurer à sa juste valeur le bruit produit par la badauderie. Un rustaud qui déchirerait le tapis en entrant dans un salon se ferait sûrement remarquer. Mieux vaut n'être point remarqué et ne pas déchirer le tapis. Faire du bruit est, au temps présent, le divertissement le plus facile que je connaisse. Il suffit de se promener avec un gong et d'en assourdir les passants. Celui qui, du jour au lendemain, voudra devenir célèbre n'a qu'à user de ce moyen, qui n'est pas fort cher. Je m'étonne, en vérité, qu'avec cette boulimie de renseignements que le public éprouve lorsque surgit, du soir au matin, une personnalité, — « champignon poussé en une nuit », disait le marquis de Mirabeau, — quelque affamé de gloire un peu pressé ne se donne point cette volupté de se dévêtir, un soir de première représentation, devant « tout Paris », comme on dit. Le lendemain, il sera célèbre et, pour peu que le garde municipal le pousse devant lui, en l'arrêtant, il sera populaire. On a vu, sous bien des régimes, des ministres avoir un passé moins glorieux à leur actif. Eh bien, en dépit de cet amour forcené du bruit, du tapage, de la réclame, du scandale, de tout ce qui est la maladie endémique de notre pays, je connais nombre de gens qui aiment encore le calme, la probité littéraire, la politesse et le goût. Ce sont tout simplement des esprits français demeurés très français au milieu de l'envahisse- ment yankee et de la Courtille étrangère qui nous assourdit de son internationalisme. C'est pour ceux-là que j'écris et rien ne m'est plus doux, je l'avoue, que l'envoi d'une lettre de ces lecteurs du Temps qui me disent : « Je vous ai compris. » Cela console un peu des basses injures de quelques malotrus ou, parfois — car tout homme a des ennemis inconnus — des lettres anonymes de lâches. Je n'ai jamais oublié les recommandations que me fit, voilà vingt ans, un écrivain des plus remarquables, qui vit toujours et me rencontra, en ce temps-là, dans un bureau de journal où je portais timidement mes premiers manuscrits. « — Ne soyez pas timide, me dit-il. Dans un temps livré aux audacieux et aux farceurs la timidité n'est plus une vertu. Si vous ne vous sentez point le courage, qui est grand, de braver, après les déboires du début, les épreuves du succès, restez au coin de votre feu parmi vos livres ou faites le métier de votre père et n'écrivez que pour vous- même. C'est le plus rude des états que celui d'écrivain et le plus calomnié par ceux-là mêmes qui le devraient honorer et qui l'avilissent. Si vous n'êtes pas disposé à harasser votre corps et à torturer votre esprit à la recherche d'une idée, d'une phrase, d'un roman, d'une comédie, d'un article même — car il y a souvent tout un livre dans un article de journal ; — si vous n'avez pas autour de votre poitrine le « triple airain » dont parle Horace ; si vous ne savez pas que la vie littéraire est une lutte d'Indiens Pawnies, une bataille autour d'un peu de gloire ou d'un peu de pain, une poussée farouche où l'on s'entre-déchire comme des cannibales et où le vert laurier de tout vainqueur est rouge des gouttelettes du sang des vaincus ; si vous  ne vous imaginez pas que l'existence de l'homme de lettres est celle du manœuvre penché sur son papier comme le carrier sur son bloc de grès ; si vous croyez que la vie de Paris est pour le littérateur, composée de visites au foyer de la danse et de lippées joyeuses après les premières à tapage, ne vous donnez point la tristesse d'une désillusion et renoncez à ce collier de misère. Mais s'il vous plaît de braver courageusement, avec le gai sourire de notre race, les jours difficiles, les travaux qui courbent l'épine dorsale et font couler la cervelle jusqu'au bout du bec de plume ; si vous vous sentez assez fort pour narguer la niaiserie des sots, la rage des envieux, la calomnie des rivaux, alors en route et haut votre cœur ! « Cherchez, luttez, étudiez, voyez, vivez, travaillez. Puis, après des années et des années de labeur, lorsque votre existence sans compromissions vous donnera le droit de parler de votre loyauté littéraire ; quand vous aurez dépensé votre  jeunesse à plaider la cause du droit, à parler de pitié aux égoïstes d'en haut et de devoir aux révoltés d'en bas ; quand vous pourrez vous rendre cette justice que, dans votre œuvre, il n'est rien qui puisse avoir corrompu une âme et jeté un corps au mal ; quand vous aurez consacré vingt ans de votre vie à faire aimer ce qui est beau et à célébrer ce qui est bien, — l'art, la bonté, le courage, l'honnêteté, la patrie, — alors attendez-vous à rencontrer les moustiques et les maringouins dont parle Beaumarchais, les ennemis qui vous connaissent et les imbéciles qui vous méconnaissent, les jaloux qui supputent la somme de vos labeurs, et les paresseux qui regardent comme une part à eux volée le travail qui vous plaît et qui est, avec votre joie, votre pain du jour. Attendez-vous à entendre calomnier chaque action de votre existence et chaque page de votre œuvre. Produisez-vous peu ? C'est impuissance. Beau-coup ? C'est incontinence. Vous outragez, en tra-vaillant, tout ce qui ne travaille pas. Toute œuvre qu'achève un homme a contre elle tous ceux qui ne l'ont pas faite. Vous criez au pessimisme ? Il n'y a pas de pessimisme ici, il y a la constatation pure et simple d'un fait. Et habituez-vous de bonne heure aux piqûres des frelons et au venin des vipériaux. Prenez le poison chaque matin, comme Mithridate. Quand on y est fait, l'arsenic, dit-on, n'est plus redoutable. Faites-vous d'ailleurs ce raisonnement qu'on n'insulte que ce qui s'élève et que toute insulte ne part que de très bas. La calomnie est une des preuves du succès. « Quand « on me dit, » — a raconté Victor Hugo : « Vous « êtes « éreinté aujourd'hui dans tel journal ! » je réponds (c'est Victor Hugo qui parle) : « Laissez-moi « croire, pour mon orgueil personnel, que je suis « insulté et éreinté, comme vous dites, dans plus a d'un journal à la fois ! » Il est des gens qui font ce métier-là. Métier facile. Ne le faites pas. Il est peu lucratif d'abord, et la bave ne nourrit point son homme. Et puis il est vilain, des plus vilains. Surtout ne répondez jamais à ces hurleurs : ils n'en valent point la peine. Ce sont des déclassés ou des ratés, des jouisseurs impatients ou des bohèmes vieillis. On aperçoit leur vanité et leur envie à travers les trous de leurs chaussures ou les boutonnières de leurs gants, car quelques-uns ont des gants. Vireloque a pour compère l'Arétin. Tels sont mes conseils à vous qui débutez. Pour moi, je me suis imposé une règle fixe en prenant la plume. On peut parler de moi librement puisque je prends le droit de librement parler des autres. Je ne reconnais à aucun insulteur la possibilité de m'atteindre. Qui calomnie grandit le calomnié ; qui outrage se salit. Le journalisme est le plus vil des métiers quand il n'en est pas le plus honorable ; mais je remarque qu'ailleurs qu'il ne pourrait pas plus défaire la réputation d'un honnête homme qu'il ne saurait, même après des années de tentatives, assurer quelque estime à un gredin. Le public, en fin de compte, n'est pas si niais qu'il prenne longtemps au sérieux les marchands d'injures et les crieurs de calomnies. « Je vous le répète donc ; n'ayant causé aucun préjudice à personne, ma vie appartient à tout le monde après avoir été consacrée à rendre plus d'un service à quelques-uns. Ce qu'on dit de moi m'importe peu ; je ne m'inquiète que de ce que je dis des autres. Sur ce point, encore une fois, je m'efforce de ne point blesser, trouvant odieuses les personnalités haineuses, et basses les petites allusions perfides. Que mes ennemis (à lire certains parleurs, je pourrais avoir la fatuité de croire que j'en ai), oui, que mes ennemis sachent en quel complet mépris je tiens leurs insultes. Je ne dis pas que je m'en honore : cela est tout simple. Je dis que je les dédaigne. La réputation d'un homme ne dépend nullement, je le répète, de ce que disent de lui trois ou quatre grimauds, mais tout simplement de ce qu'en pensent les honnêtes gens. Et si, dédaignant les attaques, je puis avoir atteint quelqu'un, je serai toujours à sa disposition pour effacer le coup de plume si j'ai blessé involontairement, ou pour souligner le mot d'un coup d'épée s'il a été écrit avec intention. Je trouve du reste parfaitement inutiles et souvent absurdes les duels littéraires. Mais s'il est permis de mépriser qui outrage, c'est à la condition seule qu'on appartiendra à celui qu'on aura blessé. Au total, voici ma profession de foi : je n'appartiens pas à qui parle de moi, mais j'appartiens à celui dont j'ai parlé. C'est une simple règle de courtoisie et je ne sais rien de plus galant et de plus français qu'un homme qui se pique d'être courtois, surtout au moment où presque tous les gens ne le sont plus. » J'ai souvent pensé à cette mercuriale de mon vieil ami. Je n'en ai oublié aucun trait et, maintenant que j'ai presque l'âge qu'il avait alors, je la répéterais volontiers à tout débutant qui me viendrait demander conseil. « Bien faire, laisser dire et ne rien dire qu'on ne soit prêt à soutenir jusqu'au bout. Etre poli, respecter les gens qui ont du talent, aider ceux qui en auront peut-être et mépriser ceux qui, en injuriant et grossissant la voix, croient en faire montre. Laisser parfois le papier blanc pour endosser la veste d'escrime et quitter la plume pour le fleuret, qui est un excellent instrument de gymnastique et peut, au besoin, tenir lieu d'un ami. Ne blesser personne volontairement et rire des blessures qu'on essaye de vous faire. » C'est la règle de conduite hygiénique et morale que me dictait mon ami d'il y a vingt ans. Elle m'a constamment tenu en haleine et, — malgré bien des tristesses, — en bonne humeur, après tout, et comme en jeunesse. C'est pourquoi je la crois excellente, je la recommande aux autres et continuerai à la pratiquer pour moi-même. Un proverbe danois dit avec raison : « L'homme d'honneur ne s'embarrasse ni des louanges ni des injures ! » Que l'école du scandale se le tienne pour dit. Ici l'on s'amuse, ici l'on juge les hommes, on feuillette les livres, on étudie la vie de Paris, on en saisit, au passage, les folies ou les ridicules : - ici l'on raille ; mais ici l'on n'insulte pas.

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    La réponse demain si personne n'a trouvé.

    Bonne journée,
    Bertrand

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