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par Bertrand Hugonnard-Roche

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    Bibliomane, Bibliomanie. Ces deux mots expriment la fureur de posséder des livres, non pas tant pour s'instruire crue pour en repaitre sa vue et se féliciter de les avoir. Il y a des bibliomanes de plusieurs espèces : ceux qui achètent indistinctement tout ce qui leur vient sous la main, pour posséder beaucoup de livres ; puis ceux qui, pour se procurer des livres, s'attachent soit à une matière spéciale, soit à des conditions purement accidentelles, matérielles et nullement essentielles, telles que le luxe de l'édition, sa date, une faute d'impression qui constate sa rareté, les planches, les gravures, la reliure. On voit des bibliomanes rassembler à grands frais toutes les éditions d'un même ouvrage ; d'autres tout ce qui a été écrit sur la matière la plus futile. Un fou qui ne savait pas un mot d'astronomie avait conçu une passion extrême pour tous les livres de cette science. Feu de Guerle, littérateur aimable et très-instruit, avait passé sa vie à réunir les fabulistes de tous les pays ; c'était pour lui un chagrin réel de savoir qu'il n'aurait jamais sa collection complète. M. Peignot cite un prince allemand qui avait déjà réuni huit mille éditions différentes de la Bible, et à qui il en manquait encore deux mille. Les Anglais, si connus par leurs bizarreries, ne sont pas demeurés en reste sous le rapport de la bibliomanie. Le libraire Jeffery à Londres fit relier l'histoire de Jacques II, par Fox, en peau de renard (fox skin), pour faire allusion au nom de l'auteur, et le fameux bibliomane anglais Askew fit relier un livre avec de la peau humaine. La bibliothèque du duc de Roxburg, qui fut vendue à Londres en 1812, est, parmi toutes les ventes publiques, celle où se montra dans tout son jour l'extravagance des bibliomanes anglais. Tous les articles y montèrent à des prix incroyables. La première édition de Boccace, publiée en 1471 par Valdarf, y fut adjugée pour la somme énorme de 2,600 liv. sterl. (56,500 fr.) ; et à cette occasion fut fondé le Bibliomanio-Roxburg-Club, qui a pour président lord Spencer, et qui, tous les ans, se réunit dans la taverne de Saint-Albans, le 13 juillet, anniversaire de la vente du Boccace. L’Écosse a aussi son club de bibliomanes, appelé Ballantyne-Club. Walter Scott, qui a si bien retracé les innocents travers du bibliomane, fait souvent, dans ses préfaces, allusion à ces deux sociétés. Il passait pour un bibliomane, et tout porte à croire qu'il a voulu se peindre lui-même dans le personnage de l'Antiquaire. Au surplus les bibliomanes anglais ne rougissent point de s'avouer comme tels, et d'ériger en système les idées les plus bizarres ; et on peut le voir dans la Bibliomania, or Book Madness (London, 1811), et dans le Bibliographical Decameron, de Th. Frognal Dibdin (London, 1817 ; 5 vol. in-8). — Si le bibliomane ne connaît guère ses livres qu'en dehors, ils pourront, après sa mort, passer a des dépositaires moins passionnés sans doute, mais qui ne laisseront pas perdre ce trésor. « C'est une sorte d'avarice, je l'avoue, a dit quelque part le bibliophile Jacob, qui s'affiche au lieu de se cacher, et qui tient dans ses mains une sorte de propriété nationale des monuments intellectuels et typographiques, la plupart enlevés à l'oubli et à la destruction. Le bibliomane est le dragon du jardin des Hespérides. » — « Pour comprendre le bibliomane, dit encore M. Paul Lacroix, il faut avoir vu le vénérable Boulard longer les quais été comme hiver, gelée ou soleil, analyser d'un coup d'œil l'étalage d'un bouquiniste, et tirer la perle du fumier en homme qui sait la valeur de la perle ; puis, le soir, rentrer dans son vaste sérail de livres pour débarrasser ses poches gonflées de leur butin journalier. » Les libraires ne sont pas plus que les simples amateurs exempts de la passion de la bibliomanie, surtout dans leur vieillesse. On en a vu forcer le prix d'un livre ou refuser de le vendre pour conserver sur leurs rayons quelque rareté bibliographique. Cette passion a eu quelquefois de déplorables effets, s'il est vrai, comme on le raconte, qu'elle a poussé certains bibliomanes ou à dérober l'exemplaire rare qui faisait l'objet de leurs désirs ou à détruire tous les autres, pour posséder seuls l'exemplaire unique qui faisait envie. Les journaux français ont inséré, il y a quelques années, l'épouvantable confession d'un bibliomane espagnol, de riche et grande maison, qui avait commis plusieurs assassinats pour se procurer l'objet de sa passion. Feu le marquis de Chalabre est mort, dit-on, du chagrin qu'il conçut à la recherche infructueuse d'une Bible imaginaire. Heureusement ces exemples sont si rares qu'ils peuvent passer pour des exceptions. Rien de plus pacifique et de plus inoffensif en général que le caractère des hommes qui vivent au milieu des livres. On peut se demander en outre si le petit ridicule que se donnent les bibliomanes en formant des bibliothèques par vanité, par luxe et par ton, est plus à blâmer que la manie d'acheter des tableaux, des pendules, de la verroterie ou tout autre objet rie fantaisie. « Sans ces amateurs de beaux volumes ou de belles éditions, dotés de tout le luxe imaginable, dit un bibliographe, la librairie, l'imprimerie, la reliure seraient réduites à la fabrication très-médiocre des ouvrages d'un mérite et d'une utilité reconnus, qui seuls sont achetés par les savants et par les personnes qui litent les livres de leurs bibliothèques. C'est à l'amour du luxe, à la vanité, quelquefois au manque d'instruction que ce genre d'industrie doit son entretien, ses progrès, et rend les riches ses tributaires. Que l'on se contente donc de sourire de la satisfaction de ceux qui ne possèdent des livres que comme meubles de pure curiosité ; et si le propriétaire d'une belle bibliothèque ne l'a que par ostentation, ou ne peut même en faire aucun usage personnel, le ridicule est pour lui seul ; mais l'industrie n'a pas moins prospéré par l'acquisition qu'il en a faite, et le savant ou l'amateur éclairé, mais peu fortuné, en saura aussi profiter en y trouvant ce qu'il ne possède pas lui-même. » 

    Article signé des initiales C. D. R. R. 

    Encyclopédie catholique publiée sous la direction de l'abbé Glaire, Tome 3, Paris, Parent-Desbarres, 1841, p. 538

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    Page de titre des Nouvelles Méditations Poétiques de Lamartine
    éditées par Urbain Canel et Audin en 1823


    Tous ceux qui s'intéressent de près aux éditions de la période romantique 1820-1835 seront intéressés par l'article de Jean-Paul Fontaine publié sur son blog Histoire de la Bibliophilie consacré au libraire-éditeur Urbain Canel. Un destin intéressant à découvrir sans tarder en suivant ce lien :


    Bonne lecture !

    Bertrand Bibliomane moderne

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    A part quelques étudiants ou professeurs de littérature, qui connaît aujourd'hui Hyacinthe Azaïs ? Sans doute assez peu de monde. Et sa philosophie ? Encore moins sans doute. Pourtant cet homme eut son heure de gloire, qui dura plus d'une heure même ! Voici ce que nous dit Pierre Larousse à son sujet dans son Grand Dictionnaire Universel (*).

    Né à Sorèze (Tarn) en 1766, mort a Paris en 1845. Son père était professeur de musique au collège de Sorèze et c'est là qu'Azaïs fit des études moitié littéraires, scientifiques, jusqu'à l'âge de seize ans. Brusquement lancé dans le monde sans autre appui que celui de son père, marié en troisièmes noces et peu soucieux de son fils, Azaïs devint sombre, rêveur, mélancolique, se heurta de front aux premiers obstacles qu'il rencontra sur sa route, et, de dépit, résolut de s'enterrer dans un cloître. Quelques personnes bien avisées lui firent entendre raison, et obtinrent qu'avant de prononcer les vœux éternels, il entrât dans une congrégation religieuse où l'on pouvait ne s'engager que pour un an. Le jeune homme écouta ces conseils et se fit admettre, en 1783, dans la congrégation des doctrinaires, où il connut plusieurs hommes remarquables tels que Daunou, Laromiguière, etc. Cependant il reconnut bientôt qu'il avait pris une fantaisie de son imagination pour une véritable vocation, et il s'estima fort heureux d'être envoyé, après six mois de noviciat, au collège de Tarbes, comme régent de cinquième. Cette seconde situation lui déplut presque autant que la première et il saisit avec empressement l'occasion d'en sortir en acceptant la proposition que lui fit l'évêque d'Oléron de devenir son secrétaire. Mais Azaïs ne devait pas sitôt se fixer dans la vie. Les relations que son nouveau poste lui imposait avec les prêtres, vicaires, chanoines et autres ecclésiastiques de la cathédrale lui devinrent en peu de temps insupportables, d'autant mieux qu'on ne cessait de l'engager à prendre la soutane, et, un beau jour, il s'en revint à Toulouse, où son père était établi depuis peu ; tout était a recommencer. Il voulait entrer dans les ponts et chaussées ; son père désirait qu'il se fit avocat ; une place organiste se présenta, il obtint et alla en prendre possession à l'abbaye de Villemagne, près Béziers. Tout nouveau, tout beau. Ce fut d'abord un ravissement véritable, un enthousiasme sans bornes pour les splendeurs agrestes de la campagne dans laquelle il se trouvait enterré. Puis l'ennui survint ; un moyen se présenta de le secouer, et il se garda bien de le laisser échapper. Il devint précepteur des fils du comte du Bosc, riche propriétaire des Cévennes, et demeura chez lui jusqu'à la Révolution. D'abord partisan des idées nouvelles, Azaïs les répudia bientôt, ce qui fut l'occasion de son premier écrit, et, condamné pour ce fait à la déportation il fut obligé de chercher un refuge à l'hôpital des sœurs de la Charité de Tarbes, où il passa dix-huit mois. M. Guadet, l'auteur d'une notice très-complète sur Azaïs, et à qui nous empruntons les détails de cette biographie a raconté tout au long le séjour du philosophe dans cet asile de la charité où, parait-il, il jeta les premières bases de son système, qui tend à établir que tout se compense : la destruction et la recomposition dans le monde physique ; la douleur et le plaisir dans le monde moral. Nous ne suivrons pas Azaïs dans toutes ses pérégrinations à travers la France ; il nous a suffi de donner une idée de l'existence nomade qu'il mena pendant la plus grande partie de sa jeunesse. Il avait, dit M. Guadet, connu Mme Cottin à Bagnères, et un projet de mariage avait été formé ; mais les circonstances empêchèrent qu'il n'y fut donné suite. Revenu à Paris en 1808, il annonça la philosophie des Compensations par quelques opuscules qui eurent un succès de curiosité. Napoléon, on le sait, n'aimait pas les idéologues ; mais tout système qui tend inspirer la résignation au peuple est toujours bien accueilli des puissants, et loin d'empêcher Azaïs de publier ses idées philosophiques, le gouvernement impérial l'encouragea en lui donnant une place de professeur au prytanée de Saint-Cyr (c'est à Saint-Cyr qu'il connut et épousa Mme Berger, veuve d'un officier mort à Austerlitz). De retour une fois encore à Paris, après dix-huit mois de séjour au prytanée, qu'il quitta lors de la translation de cette école à La Flèche, Azaïs se décida à publier son livre des Compensations, qui, lui fournit rapidement une sorte de célébrité, mais peu d'argent, et il lui fallut de nouveau solliciter, du gouvernement la place d'inspecteur de la librairie à Avignon. Il l'obtint en 1811 et fut envoyé l'année suivante, avec le même titre, à Nancy, où il resta jusqu'à l'arrivée des alliés. En 1815, il écrivit un livre plein de zèle pour la cause de Napoléon, et dès lors il s'aliéna le plus grand nombre de ses protecteurs. Pendant plusieurs années il vécut à Paris, dans un état voisin de la détresse mais enfin grâce à de puissantes influences, il obtint de M. Decazes une pension de 6,ooo francs, et put dès lors se livrer à son aise à ses spéculations philosophiques. Il publia successivement une série de volumes, parmi lesquels les Inspirations religieuses, le Cours de philosophie religieuse, l'Explication universelle, etc., etc. ; et, non content de propager ses idées par les livres, il recourut à la parole, qu'il avait, paraît-il, éloquente et persuasive. « On a beaucoup parlé dit M. Guadet, des conférences tenues par Azaï au milieu de son jardin, dans les années 1827 et 1828. Deux fois par semaine, à la chute du jour, ce jardin vaste et tranquille se remplissait d'une société nombreuse ; un modeste amphithéâtre, ombragé de grands arbres, se couvrait d'hommes graves, de jeunes gens studieux, de dames élégantes ; Azaïs arrivait bientôt. Son âge, ses longs cheveux blancs, la simplicité de son maintien et de son costume, son air de bonté, tout disposait a une bienveillante attention. » Nous nous sommes étendus longuement, ailleurs (article Compensations), sur le système philosophique d'Azaïs et la valeur qui, suivant nous, doit lui être accordée ; nous nous contenterons de donner ici la liste de ses ouvrages, en dehors de celui qui sauvera peut-être son nom de l'oubli. Ce sont Système universel (1813) ; Manuel du philosophe (1816) ; Du sort de l'homme dans toutes les conditions (1820) ; Jugement impartial sur Napoléon (1820) ; Cours de philosophie générale (1824) ; Explication universelle (1826) ; De la Phrénologie ; du Magnétisme et de la Folie ; Explication du puits de Grenelle (l843).


    Allons voir ce qu'écrit Pierre Larousse à l'article COMPENSATIONS :

    "Dans ce livre qui parut en 1809, et qui a été inspiré par un véritable sentiment religieux et une philosophique appréciation des événements et des accidents dont se compose la vie, l'auteur pose en principe cette proposition : Le sort de l'homme, considéré dans son ensemble, est l'ouvrage de la nature entière, et tous les hommes sont égaux par leur sort. Or, dit plus loin Azaïs, « le sort de l'homme se compose de l'état de son corps, de l'état de son esprit et de l'état de sa fortune et il examine à ce triple point de vue toutes les positions, tous les états, tous les âges, en un mot, les aspects multiples sous lesquels se présente l'ensemble de la société ; il énumère les avantages et les inconvénients, les plaisirs et les peines, au point de vue physique comme au point de vue moral, attachés à toute fraction distincte de l'humanité, et il établit que chaque accident trouve sa compensation ou son correctif dans un accident contraire. Ainsi, dans l'individu isolé, les éléments de sa personnalité et de sa situation se compensent l'un par l'autre ; les qualités, les facultés, par des défauts qui dérivent de leur nature même ; les biens de la fortune, par les dangers auxquels ils exposent la satiété qu'ils produisent, les inquiétudes sans nombre qui en sont la suite inévitable. Au contraire, dans tout système de communauté, tel que le mariage, par exemple, ce sont les individus qui se compensent mutuellement. Dans cette revue générale des compensations qui s'attachent à la fortune, au mariage, à l'enfance, à l'adolescence, à la jeunesse, à l'âge mûr, au titre de père, au sort des femmes, à l'organisation individuelle, au séjour des villes et au séjour des campagnes, l'auteur fait entrer celles qui dépendent de certaines professions, et trace ainsi un tableau complet des joies et des misères de l'humanité. De ce système universel de compensations, Azaïs fait découler l'équilibre du monde moral, et la seule vraie égalité qui ne soit pas illusoire, la seule que l'homme ait le droit de revendiquer ; il en fait la condition indispensable, l'essence même du lien qui nous rattache les uns aux autres. Le système des compensations est tout entier résumé dans les lignes suivantes : « Oh ! quoi s'écrie Azaïs, le malheur ainsi que la destruction fait donc sans cesse le tour du monde ? Mais que peut être le malheur, si ce n'est le fruit de la destruction? Et si cette définition est vraie, ou même puisqu'elle est évidente, que peut être le bonheur si ce n'est l'oeuvre de la puissance qui compose, qui répare, qui construit ? Or, la destruction n'est-elle pas une puissance nécessaire ? N'est-ce pas toujours dans les débris d'anciens ouvrages que sont puisés les éléments de composition nouvelle ? Et la somme générale de destruction n'est-elle pas nécessairement et rigoureusement égale à la somme de composition, puisque l'univers se maintient et que ses lois sont invariables ? Ainsi il le faut, et l'observation le démontre, tous les êtres alternativement se forment et se décomposent. Les êtres sensibles sont soumis à cette loi, comme ceux qui ne sont pas sensibles. Mais ces derniers sont indifférents, et à la formation qui les élève et à la décomposition qui les détruit. Les êtres sensibles, au contraire, reçoivent un plaisir, une puissance, un bonheur, pendant toute la durée des opérations ou acquisitions qui les forment, les développent ; ils reçoivent une peine, une douleur, un malheur, pendant toute la durée des opérations qui leur enlevé ce qu'ils ont acquis. L'être qui, dès le premier moment de son existence a été environné du plus grand nombre de biens et d'avantages est celui qui a fait les acquisitions les plus nombreuses, qui a été formé avec le plus de perfection et d'étendue qui, pour cette raison, a eu le plus de bonheur et de plaisir ; sa destruction doit être la plus abondante en regrets et en souffrances. Les opérations de cette puissance cruelle sont en ceci, non-seulement plus multipliées, mais encore plus vivement senties. Ainsi le malheur, dans cet être privilégié, a deux causes d'intensité plus fortes, et ces deux causes sont exactement celles qui avaient rendu son bonheur plus étendu et plus parfait. Cette loi de succession, de retour, d'équilibre, embrasse nécessairement tout ce qui, n'étant pas éternel, s'accroît, s'arrête, se dégrade et se détruit. Ainsi, le sort des sociétés humaines, et plus généralement encore de toutes les institutions humaines, est figuré par le sort des individus. Pour l'observateur attentif et impartial, la loi des compensations est la loi de l'histoire. Le principe d'un balancement général dans les destinées humaines est celui que les moralistes et les philosophes de tous les siècles devaient d'abord apercevoir, car il n'en est pas de plus ancien, de plus constant, de plus vrai et de plus simple. C'est qu'en effet tous les hommes reconnaissent ce principe, et, sans y songer, l'appliquent sans cesse ; chez tous les peuples, quel que soit l'âge de leur civilisation, il est un ordre de vérités populaires ayant reçu le titre de proverbes qui forment, pour les hommes de toutes les classes, une sorte de philosophie usuelle et consacrée. L'explication la plus simple de ces vérités populaires, celle qui se présente le plus naturellement, les rattache presque toutes au principe d'un balancement exact entre les effets et les causes, entre toute action et la réaction qui lui succède, en un mot, au principe général des compensations. On le voit, cette doctrine des compensations est la justification de l'ordre établi par la Providence ; c'est la maxime célèbre de l'optimisme développée à l'appui d'une pensée religieuse, et transportée du domaine de la science dans celui de la morale. Il ne faut donc pas chercher dans ce livre des vues profondes et originales, mais on y rencontre des aperçus fins et ingénieux, des vérités exprimées avec justesse et sous un jour tout nouveau. On sent, de plus, que l'auteur est convaincu ; les idées qu'il expose doivent leur naissance à de profondes méditations et à une expérience qui semble agrandie par de douloureuses épreuves. Voilà pourquoi ce livre sera toujours lu avec plaisir par ceux qui ont souffert, et qui désespèrent de trouver un soulagement à des peines qu'ils croient sans compensations."
    (**)

    J'ai découvert ce livre un peu par hasard. Je dois dire que je n'avais jamais même entendu parler d'Azaïs avant. Si Dieu est un peu trop présent à mon goût on trouve dans les pages de ce livre des Compensations quelques belles pages bien écrites et assez faciles à comprendre, même pour un lecteur du XXIe siècle.

    Le Livre Sixième s'intitule : Des Compensations qui s'attachent à la fortune.

    En voici un extrait choisi :

    Les hommes qui possèdent les dons de la fortune ont rarement de vrais amis.

    Le sort de l'homme qui jouit des biens de la fortune excite l’envie ; c’est une des compensations attachées à ces biens mêmes. Celui qui excite l’envie n’est pas aimé. A la vérité, parmi les hommes favorisés de la fortune, il en est, et peut-être en assez grand nombre, qui sont bien aises qu’on leur porte envie, qui considèrent même cette envie, qu’ils excitent, comme la principale jouissance attachée à leur état de prospérité. Ces hommes sont ceux sur qui la fortune a produit presque tous ses effets funestes. Leur âme est insensible, puisqu'ils peuvent se faire un plaisir de la peine qu’ils occasionnent ; de plus, elle manque de grandeur et d’étendue, puisqu'un avantage, qui n'est rien moins qu’un mérite, satisfait leur vanité. Ces hommes sont environnés de flatteurs, de courtisans avides, qu’ils reconnaissent ordinairement pour tels, et à qui ils craignent de se confier, mais qui, par cela même, leur ont donné l’habitude de croire que les hommes sans fortune ne s’attachent que par cupidité ; que même les hommes qui ont de la fortune désirent en avoir davantage, et n'ont pas d’autres motifs de s'attacher. Ne sont-ils pas bien malheureux, mon ami, de ne pouvoir croire a l’affection désintéressée, de ne pouvoir se persuader que, jusque dans les rangs inférieurs, il existe des âmes généreuses ? Tous les hommes qui ont reçu les dons de la fortune sont loin d’être compris parmi ceux que je viens de désigner. Il en est qui ont un bon cœur, une âme étendue, et qui savent aimer. Ceux-là trouvent des âmes généreuses qui s’attachent à eux pour leurs qualités, et non pour leur fortune ; ils ont alors, sur les hommes généreux et sans fortune, l’avantage de pouvoir favoriser le bonheur de leurs vrais amis. (pp. 139-140, édition originale, 1809).

    Pour finir, quelques mots des différentes éditions des Compensations dans les destinées humaines :

    L'édition originale a été publiée à Paris, chez Garnery, Libraire et Leblanc, Imprimeur-Libraire, en 1809. Le volume sort des presses de Leblanc. Il s'agit d'un volume de format in-8 de 1 feuillet de titre, 1 feuillet d'épître à Madame Adèle Berger (qui deviendra son épouse), XVI pages de préface et table et 335 pages de texte.

    La deuxième édition date de 1810 (imprimée chez Leblanc également) et est en 3 volumes in-8. Elle comprend 2 volumes d'applications de la philosophie de l'auteur.

    La troisième édition date de 1818 (Paris, Ledoux et Tenré) également en 3 volumes in-8.

    La quatrième édition en 3 volumes in-12 date de 1825, avec portrait.

    Une cinquième édition posthume paraîtra chez Firmin Didot en 1846, revue avec soin sur un exemplaire annoté par l'auteur, précédée d'une notice sur sa vie et ses ouvrages et ornée de son portrait (1 volume petit in-8 de XLVIII-528 pages.

    Aujourd'hui ce texte est pour ainsi dire oublié. Azaïs ne tira pas 350 francs des deux premières éditions des Compensations.


    Bonne journée,
    Bertrand Bibliomane moderne

    (*) Pierre Larousse, Grand Dictionnaire Universel, Tome 1, p. 1105.
    (**) Pierre Larousse, Grand Dictionnaire Universel, Tome 4, p. 776.

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    LA BOITE VIDE

          Les deux vieux libraires, M. Quesnel et le père Martin qui se retrouvaient chaque soir dans ce petit café d'habitués y étaient venus un peu plus tôt que de coutume. La journée avait été sinistre. Une pluie glacée leur avait interdit la promenade qu'ils faisaient, après déjeuner, le long des quais naufragés, dont les boîtes étaient fermées comme d'énormes coquilles luisantes.
          Joseph, le garçon, leur apporta un café au lait et ils se mirent, bien entendu, à parler de la seule chose qu'ils aimaient sur terre, des bouquins du XVIIe siècle et des éditions originales du XIXe.
          - J'ai vendu, ce matin, dit le père Martin, les épreuves corrigées par Barbey d'Aurevilly, vous savez les épreuves de Ce qui ne meurt pas ... deux mille ... et je le regrette. C'était là une pièce rare. Je l'avais payée cher à la vente Laurentier ... Bellair, qui avait un client, avait poussé jusqu'à quinze cents, ce qui fait que je n'ai presque rien gagné là-dessus. Je lui revaudrai ça ...
          M. Quesnel but une gorgée de café-crème et essuya les verres de ses bésicles.
          - Barbey monte, fit-il. On chasse les bouquins du Connétable. Méconnu de son vivant, et n'ayant pas, défunt, la haute place qu'il mérite, la bibliophilie va lui donner le prestige qui le fuyait et Lamartine va avoir raison qui disait : "D'Aurevilly, vous êtes le duc de Guise de la littérature ; vous paraîtrez, mort, plus grand que vivant ..." C'est une belle phrase, prophétique et racée ...
          Le père Martin leva les bras.
          - Vous ne savez pas à quel point Bellair se moque du vieux Templier des Lettres et de l'opinion de Lamartine. Il vend des livres comme il vendrait des bicyclettes ... mais le voilà, ayons l'air de ne pas le voir. Sa conversation m'assomme ...
          Un gros homme qui entrait à ce moment alla s'asseoir au fond de la salle, à une table où l'on jouait aux cartes, et les deux amis se remirent à parler des vieux livres qu'ils semblaient avoir été désignés pour vendre et chérir, entre le boulevard Saint-Germain et le quai des Grands-Augustins, par décret nominatif de l’Éternel.

    * *
    *

          La température étant inhumaine au dehors, ils s'attardaient là, dans la chaleur du café, la fumée du tabac et l'odeur des spiritueux et de la bière. La caissière jouait à ranger des morceaux de sucre sur des soucoupes ; un habitué grognait près d'eux. On n'avait pas idée !... Il l'avait depuis trois-quarts d'heure !... Il l'apprenait par cœur !... Il pestait contre un consommateur qui détenait l'Illustration dont il avait envie.
          Bellair les salua de sa main qui tenait les cartes et ils feignirent de l'apercevoir seulement.
          - Il a l'air radieux, dit M. Quesnel. Il a peut-être fait le coup à l'Hôtel des Ventes ?...
          Sept heures sonnèrent. Ils demeuraient là. Personne ne les attendait et ils dînaient tous les deux chez le même marchand de vins, étant, le père Martin, célibataire, et M. Quesnel, veuf. Ils virent Bellair se lever avec ses amis. Il vint, leur serra la main.
          - Vous les avez vendues, hein ? dit-il.
          - Quoi ? demanda le libraire.
          - Mais les épreuves corrigées de Barbey que vous avez poussées contre moi.
          - C'est vrai, répondit le marchand, mais comment savez-vous ?... Mon client habite la province, et il est reparti tout de suite. Il avait un taxi à la porte ...
          - Votre client est tout simplement un libraire, dit Bellair, en souriant, il a revendu sans doute, avec bénéfice, le bouquin au jeune Dormeuil. J'ai vu tantôt l'étui qui le contenait dans sa vitrine. Malheureusement la boutique était fermée, mais je vais l'attendre, et cette fois, le livre est à moi. J'ai quelqu'un  qui en veut à n'importe quel prix et je vais attendre Dormeuil ; s'il le faut je coucherai à l'hôtel qui est en face ... au revoir ...
          Le père Martin éclata de rire lorsqu'il les eut quittés.
          - Mon client, dit-il à son ami, n'a pas voulu de l'étui qu'il ma laissé. J'ai soldé quelques bouquins au petit Dormeuil et comme il avait envie de cette boîte je la lui ai donnée. Il a dû la poser sur un rayon de sa vitrine et l'autre nigaud va coucher dehors pour acheter un carton vide ... je suis vengé ...
          Cela se passa exactement de la sorte.
    Bellair loua une chambre d'hôtel qui était de l'autre côté de la rue. Levé dès l'aube, il guetta l'arrivée du libraire et se précipita dès que ce dernier eut ouvert sa porte.
          - Combien ? dit-il.
    Le jeune marchand souriait.
          - Dites !... C'est vendu ?.... Pourquoi rigolez-vous ?
          - Non, je ris, parce qu'il n'y a rien dans cet étui ... je l'ai eu vide et je l'ai posé là, hier soir en rentrant ...
          Bellair sortit, furieux, et, depuis ce jour, il évite le père Martin et il a changé de café.



    Léo Larguier, Petites Histoires pour bibliophiles. Editions Fournier, 1944.

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    3 nouvelles illustrations pour se faire une idée ...





    Voici l'illustration publiée le 19 janvier dernier 



    L'impatience des bibliophiles étant à son comble. Je repose la question : A quel artiste appartient ces compositions ? A quel ouvrage ? Publié à quelle date ?

    Un indice ? Un artiste auquel on ne s'attend pas ...

    La réponse sera donnée d'ici la fin de semaine ici même.

    Bonne journée,
    Bertrand Bibliomane moderne

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    En 1686 parait chez Jean-Baptiste Coignard un ouvrage du fameux Charles Perrault, de l'Académie Françoise ; Saint Paulin, Evesque de Nole, avec une Epistre chrestienne sur la Pénitence, et une Ode aux nouveaux Convertis*.
    Cet ouvrage, loin d'être un simple poëme héroïque, loin d'être une simple épître chrétienne, est à replacer dans son contexte et à ne pas négliger dans l'œuvre de Perrault. Bien au contraire, c'est un ouvrage passionnant, extraordinaire, important de l'œuvre de Perrault. J'en entends déjà se dire : "mais qu'est-ce qu'il nous emmerde avec un ouvrage religieux!". NON, continuez la lecture!


    Officiellement, selon la très sérieuse encyclopédie Wikipédia (j'en entends déjà se dire : "et maintenant, il nous parle de wikipedia!"), la querelle des anciens et des modernes débute le 27 janvier 1687 avec la publication par Perrault, chef de file des modernes, de son poème Le siècle de Louis le Grand. Cette querelle durera jusqu'au 30 août 1694, date de l'embrassade de Perrault et Boileau à l'Académie Française. De cette période, il faut bien entendu noter l'important ouvrage de Perrault, Parallèle des Anciens et des Modernes, 4 volumes parus entre 1688 et 1696, rendant d'ailleurs cet ouvrage très rare complet. Notons au passage que le très sérieux Tchémerzine fait ici une erreur puisqu'il indique 1697 pour le quatrième volume, mais il est loin d'être le seul, la plupart des références indiquent 1697...


    Saint Paulin se situe bien avant, dans les prémices de la querelle : le privilège est daté du 18 octobre 1685 et l'achevé d'imprimé du 20 novembre 1685. On se situe clairement en dehors de la querelle propre, et Saint Paulin est pour lui l'occasion d'expliquer et de mettre en pratique une idée qu'il considère comme essentielle : la nécessité pour la France d'élaborer un art de type nouveau, un art chrétien qui sera nécessairement supérieur à l'art barbare de la civilisation païenne.
    Il faut noter que la dévotion à Saint Paulin se développe un peu partout à partir des années 1665 et en particulier en France à partir de 1685 avec la venue des reliques du saint en France.

    Le texte se divise ainsi :
    • Épître à Jacques Bénigne Bossuet, évêque de Meaux. Cette dédicace à Bossuet n'est pas innocente. En effet, suite à la mort de Colbert qui le protégeait, en septembre 1683, Perrault perd sa charge et compose une Epître chrétienne sur la Pénitence, qui sera louée par Bossuet lui-même. C'est donc assez logiquement que Perrault le remercie en dédiant cet ouvrage, qui contient d'ailleurs une nouvelle publication de cette épître. Plus tard, en 1698, Perrault publiera aussi une traduction du portrait de Bossuet, un poème latin de l'abbé François Boutard, un proche de Bossuet.
    • Les six chants du poëme.
    • Épître chrétienne sur la Pénitence.
    • Ode aux nouveaux Convertis.
    L'ouvrage contient sept vignettes de Sébastien Leclerc (1637-1714). Il est encore intéressant de noter qu'outre le succès de Leclerc à l'époque auprès des libraires, il était lui aussi un protégé de Colbert, et donc que Perrault et Leclerc devaient bien se connaître.

    Cet ouvrage peut être qualifié de peu commun ou rare si on veut, mais il n'est pas rarissime. On en voit régulièrement des exemplaires en vente.

    • Récemment, un exemplaire a été proposé à un prix très correct, 200 euros, par la librairie Pottier à Paris (qui vient de fermer). Il porte l'ex-libris de la confrérie Saint-Paulin de Cahors sur la page de titre (image d'illustration).
    • Un exemplaire est actuellement proposé sur ebay à une somme nettement plus élevée : 700 euros. Malheureusement, cet exemplaire est bien triste, mouillé, sali.
    • Deux exemplaires sont passés aux enchères en 2010 et 2011 et ont été adjugés respectivement 1300 euros (exemplaire offert par Perrault selon une note ancienne - la fiche ne la dit pas autographe) et 1100 euros (ex-libris de l'abbaye de Notre-Dame de la Ferté)

    Bonne journée,
    Rintintin


    (*) Paris, Coignard, 1686. Petit in-8, (36) pp. 106 pp. 1 pp. Errata à la fin de la page 106. Page suivante : extrait du privilège et achevé d'imprimé. Sept vignettes gravées par Sébastien Leclerc, en tête de l'épître et de chaque chant.

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    Pour en savoir plus sur l'imprimeur lyonnais Aimé Delaroche cliquez ICI. Ce mémoire numérisé datant de 1982 n'est peut-être plus très à jour mais il permettra à chacun de se faire une idée sur l'activité de cette imprimerie.

    Les ornements présentés ci-dessus sont tirés des Statuts et Règlements des Hôpitaux de Lyon, publiés à Lyon chez Aimé Delaroche en 1757.

    Bonne journée,
    Bertrand Bibliomane moderne

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    EUGÈNE DEMOLDER, LA ROUTE D'ÉMERAUDE, PARIS, MERCURE DE FRANCE, 1899. EX. N°1/3 SUR JAPON IMPÉRIAL AVEC ENVOI DE L'AUTEUR À SON ÉPOUSE CLAIRE DEMOLDER (FILLE DE FÉLICIEN ROPS) (*)


    En 2009, le librairie Bertrand Hugonnard-Roche interrogeait les lecteurs de son blog "Le Bibliomane moderne" sur leur graal bibliophilique dans un article intitulé : "Pour vous, une bombe bibliophilique, c'est quoi?". Si l'occasion m'avait été donné de connaître le propriétaire de la librairie "L'Amour qui bouquine", à l'époque, j'aurais spontanément répondu à son enquête : "ma bombe bibliophilique ? un livre d'Eugène Demolder sur grand papier avec un envoi à sa muse, illustratrice et compagne Claire Duluc, fille de Félicien Rops". 
    12 ans après ma rencontre avec l'oeuvre d'Eugène Demolder, ressuscitée par l'universitaire Laurence Brogniez dans ses articles sur les rapports littérature-peinture dans la Belgique fin-de-siècle, et des milliers de patientes heures à courir les bibliothèques, archives et collections privées pour consulter, — parfois acheter —, les livres de l'auteur (jamais réédités), ses manuscrits, envois et correspondances afin de préparer l'édition de ses oeuvres complètes, j'ai enfin mis la main sur mon graal bibliophilique.  
    Eugène Demolder, "La Route d'émeraude", Paris, Mercure de France, 1899, 358 p.
    Eugène Demolder, "La Route d'émeraude", Paris, Mercure de France, 1899, 358 p.
    J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer le grand roman pictural d'Eugène Demolder, La Route d'émeraude, sur ce blog, dans un article consacré à un exemplaire sur papier courant avec envoi à Octave Mirbeau acquis auprès de la librairie Le Feu Follet (ICI), mais je ne résiste pas à la tentation de vous présenter le plus exceptionnel de tous, puisqu'il s'agit d'un tirage extrêmement limité sur grand papier offert par l'auteur à son épouse, enrichi d'une dédicace manuscrite des plus touchantes. 

    Eugène Demolder, La Route d'émeraude, Paris, Mercure de France, 1899. Ex. n°1/3 sur Japon Impérial avec envoi de l'auteur à son épouse Claire Demolder (fille de Félicien Rops)
    Outre le fait que mon exemplaire est le premier du tirage de tête sur papier Japon impérial, il est enrichi, sous la dédicace imprimée "A Madame Claire Demolder" commune à tous les exemplaires, d'un poignant hommage de l'auteur à celle qui fut sa compagne, sa collaboratrice et l'illustratrice de sept de ses ouvrages sous divers pseudonymes : 
    - Étienne Morannes pour La Légende d'Yperdamme (Paris, Mercure de France, 1896), Le Royaume authentique du grand saint Nicolas (Paris, Mercure de France, 1896), Quatuor (Paris, Mercure de France, 1897), Sous la robe (Paris, Mercure de France, 1897), La Mort aux berceaux (Paris, Mercure de France, 1899)
    - Haringus pour L'Agonie d'Albion (Paris, Mercure de France, 1901)
    - anonyme pour les ornementations des Trois Contemporains (Bruxelles, Edmond Deman,1901) 

    Eugène Demolder, La Route d'émeraude, Paris, Mercure de France, 1899. Ex. n°1/3 sur Japon Impérial avec envoi de l'auteur à son épouse Claire Demolder (fille de Félicien Rops)
    L'envoi, à l'encre noire, est des plus émouvants : 
    à ma petite compagne chérie 
    dont l'affection protège et réveille
    ma vie et mon art, 
    au Toto délicieux qui joue "au 
    ménage" avec moi, sans qu'on
    se dispute jamais
    de tout mon coeur
    Eugène Demolder

    J'avais déjà relevé ce surnom affectueux de "Toto" dans la correspondance entre Eugène et Claire (conservée dans une collection privée), mais aussi dans son exemplaire personnel du pamphlet L'Agonie d'Albion passé en vente publique chez Simonson, en Belgique, le 16 janvier 1988, avec un envoi de l'auteur qui ne laisse d'ailleurs planer aucun doute sur l'identité du caricaturiste de l'ouvrage, un certain Haringus : 
    au Petit Toto
    qui a travaillé avec tant de courage à la confection de ce livre
    au caricaturiste !
    à la belle petite fille chérie ! avec mille baisers E.D. 

    Une lettre de Claire Demolder au grand ami de la famille, Nadar, conservée à la BNF sous la cote NAF 24995 332, va aussi dans ce sens : "Permettez-moi de vous présenter mon mari en photographie et de vous envoyer un petit livre que nous venons de faire tous les deux, car oserais-je vous le dire ? Je suis « Monsieur Haringus lui-même »". 
    Je profite de cette petite digression pour reproduire ci-dessous l’envoi manuscrit d'Eugène Demolder à Nadar sur son exemplaire de L'Agonie d'Albion, puisqu’il nous a été permis de le consulter dans une collection privée. Nul doute que le photographe-caricaturiste français a dû apprécier les charges anglophobes de Claire Demolder, digne héritière de son père Félicien Rops.  
    Eugène Demolder, "L'Agonie d'Albion", Paris, Mercure de France, 1901. Envoi manuscrit de l'auteur à Nadar (collection privée)
    Eugène Demolder, "L'Agonie d'Albion", Paris, Mercure de France, 1901. Envoi manuscrit de l'auteur à Nadar (collection privée)
    Avant de rejoindre ma bibliothèque, cet exemplaire unique de La Route d'émeraude dédié à Claire Demolder a appartenu au grand collectionneur belge Carlo de Poortere dont je vous avais déjà parlé à propos du Quatuor d'Eugène Demolder avec un envoi à Lucien Guitry (ICI). 
    Connu dans le milieu des bibliophiles pour avoir entre autres possédé l’une des plus importantes collections d’œuvres du peintre-graveur belge Félicien Rops, ainsi que des manuscrits et éditions sur grands papiers de Maurice Maeterlinck, Émile Verhaeren, Georges Rodenbach et Michel de Ghelderode, Carlo de Poortere avait aussi fait l'acquisition de nombreuses oeuvres d'Eugène Demolder (dont 3 en ma possession à l'heure actuelle) et d’une dizaine de manuscrits/épreuves corrigées de l'auteur, dont un roman inédit (collection privée). 
    L’ex-libris du collectionneur est collé sur la garde du premier contreplat : c’est un macaron octogonal, en cuir rouge, avec l’inscription dorée "EX LIBRIS CARLO DE POORTERE", surmontée d’un dessin doré d’un métier à tisser, motif qui rappelle l’activité de la célèbre manufacture familiale dont il est l'héritier. 
    Ex-libris Carlo de Poortere
    Ex-libris Carlo de Poortere
    Quant à la reliure et l'étui, probablement confiés par le collectionneur au soin d'Émile Fryns, il s'agit d'un demi-maroquin vert à coins, avec filets dorés sur les plats, tranche supérieure dorée, dos lisse avec nom de l'auteur, titre et date de publication dorés. 1ère couverture, 4e couverture et dos ont été conservés. 
    Eugène Demolder, La Route d'émeraude, Paris, Mercure de France, 1899. Ex. n°1/3 sur Japon Impérial avec envoi de l'auteur à son épouse Claire Demolder (fille de Félicien Rops)
    Avant de paraître en volume, La Route d'émeraude a fait l'objet d'une prépublication dans la revue du Mercure de France, en quatre livraisons correspondant aux quatre parties du roman, de juin à septembre 1899. Pour les consulter gratuitement sur Gallica, cliquez ICI et ICI
    Claire Demolder a également donné au Mercure de France, cette année-là, cinq vignettes nouvelles pour la livraison du mois d'avril et trois pour la livraison de mai qui seront régulièrement réutilisées dans la revue jusqu'en 1904, notamment pour enluminer la table des matières et des textes de Remy de Gourmont, Hugues Rebell (à qui elle était promise avant que Félicien Rops ne lui préfère Eugène Demolder), André-Ferdinand Hérold, Walter Pater, Jules de Gaultier, Marcel Collière, Fernand Caussy, Jean Le Tinan, H.G. Wells, Charles-Henry Hirsch, ou encore ... Eugène Demolder. 
    Les vignettes sont toutes signées "CDR" - Claire Demolder Rops - même si la piètre qualité de la reproduction peut parfois laisser penser que certaines sont anonymes.  Quoi qu'il en soit, la table des matières de la revue ne laisse guère planer de doutes quant à leur auteur. 
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 5, pour le texte de  Remy de Gourmont « Du style ou de l’écriture » ; reprise notamment dans le n° 119, novembre 1899, p. 289 pour « La Bataille pour un mort » d'Hugues Rebell.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 5, pour le texte de Remy de Gourmont « Du style ou de l’écriture » ; reprise notamment dans le n° 119, novembre 1899, p. 289 pour « La Bataille pour un mort » d'Hugues Rebell.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 39, pour « Les Bacchantes » de A.-F. Hérold ; reprise notamment dans le n° 117, septembre 1899, p. 606, pour « Léonard de Vinci » de Walter Pater ; reprise également dans la table alphabétique, p. 864.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 39, pour « Les Bacchantes » de A.-F. Hérold ; reprise notamment dans le n° 117, septembre 1899, p. 606, pour « Léonard de Vinci » de Walter Pater ; reprise également dans la table alphabétique, p. 864.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 113, pour « D’un hiver tiède » de Fernand Caussy ; reprise notamment dans le n° 119, novembre 1899, p. 342 pour « La Bataille pour un mort » d'Hugues Rebell.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 113, pour « D’un hiver tiède » de Fernand Caussy ; reprise notamment dans le n° 119, novembre 1899, p. 342 pour « La Bataille pour un mort » d'Hugues Rebell.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 113, mai 1899, p. 289, pour « L’Homme qui pouvait accomplir des miracles » de H.G. Wells.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 113, mai 1899, p. 289, pour « L’Homme qui pouvait accomplir des miracles » de H.G. Wells.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 113, mai 1899, p. 315, pour « L’Homme qui pouvait accomplir des miracles » de H.G. Wells.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 113, mai 1899, p. 315, pour « L’Homme qui pouvait accomplir des miracles » de H.G. Wells.
    Deux de ces vignettes représentent Eugène Demolder. 
    La première figure l'écrivain dans un habit monastique, encapuchonné, absorbé par la lecture d'un lourd livre à fermoirs qu'il tient, les mains jointes, dans une posture qui rappelle celle de la prière. 
    La deuxième figure la tête de l'écrivain, coiffé du casque ailé de Mercure, les yeux clos. Cette image n'est d'ailleurs pas sans rappeler la devise du couple Demolder "Duo capita, una mens", probablement dessinée par Armand Rassenfosse. Cf. la reproduction ci-dessous. 
    Claire Demolder, vignette représentant Eugène Demolder lisant, pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 165, pour « Aimienne » de Jean le Tinan ; reprise notamment dans le n° 115, juillet 1899, p.169, pour « La Route d’émeraude » d'Eugène Demolder ; reprise également dans la « table des matières », p. 860.
    Claire Demolder, vignette représentant Eugène Demolder lisant, pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 165, pour « Aimienne » de Jean le Tinan ; reprise notamment dans le n° 115, juillet 1899, p.169, pour « La Route d’émeraude » d'Eugène Demolder ; reprise également dans la « table des matières », p. 860.
    Claire Demolder, vignette représentant Eugène Demolder lisant, pour la revue "Le Mercure de France", n° 113, mai 1899, p. 346, pour « Six petits poèmes » de Charles-Henry Hirsch.
    Claire Demolder, vignette représentant Eugène Demolder lisant, pour la revue "Le Mercure de France", n° 113, mai 1899, p. 346, pour « Six petits poèmes » de Charles-Henry Hirsch.
    Devise des époux Demolder "Duo capita, una mens", problablement dessinée par Armand Rassenfosse
    Devise des époux Demolder "Duo capita, una mens", problablement dessinée par Armand Rassenfosse
    Pour terminer, Claire a réalisé l'une des vignettes les plus reproduites dans la revue et qui va devenir la marque historique du Mercure de France
    Elle figure deux des principaux attributs principaux du dieu Mercure à savoir le pétase, ou casque rond ailé, et le caducée, baguette de bois de laurier ou d'olivier surmonté de deux ailes et entouré de deux serpents entrelacés. 
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 105, pour « L’Instinct vital » de Jules de Gaultier ; reprise notamment dans le n° 119, novembre 1899, p. 386 pour « Le Poison rouge » de Marcel Collière ; reprise également dans la « table des matières », p. 859.
    Claire Demolder, vignette pour la revue "Le Mercure de France", n° 112, avril 1899, p. 105, pour « L’Instinct vital » de Jules de Gaultier ; reprise notamment dans le n° 119, novembre 1899, p. 386 pour « Le Poison rouge » de Marcel Collière ; reprise également dans la « table des matières », p. 859.
    Merci d'avoir lu jusqu'ici ! 
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    À bientôt !


    (*) Adresse d'origine (publié sur le Bibliomane moderne avec l'autorisation de l'auteur : http://www.belgicana.com/eugene_demolder_claire_duluc_rops_route_emeraude_japon.html

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    La complainte un peu bêtasse du bibliophile malin.

    Je suis un bibliophile tout malin,
    Qui gentiment du soir au matin,
    M'en va chercher des beaux livres,
    Maladie ! J'en ai besoin pour vivre.

    Je suis un bibliophile tout malin,
    Qui gentiment du soir au matin,
    Va causer chez son ami libraire
    Sans être pour autant son actionnaire.

    Je suis un bibliophile tout malin,
    Qui gentiment du soir au matin,
    Achète à la salle des ventes
    Parce qu'elle est émouvante.

    Je suis un bibliophile tout malin,
    Qui gentiment du soir au matin,
    N'achète pas moins cher le soir
    Et se lève pourtant tôt le matin.

    Un bibliophile pas bien malin






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    L'arrivée récente d'une série de volumes sur mes rayonnages m'a forcé à m'intéresser à un libraire du XVIIe siècle que je n'avais finalement pas ou peu croisé depuis une vingtaine d'années. C'était donc l'occasion de m'y intéresser de plus près.

    Il s'agit d'Hélie Josset. Le site data.bnf.fr qui regroupe bon nombre de biographies concernant libraires et imprimeurs des siècles passés nous fournit quelques précieuses informations :

    En mai 1646 il entre en apprentissage pour 5 ans chez le libraire parisien Jean Pillé puis passe chez Nicolas Portier en février 1650. Il est reçu libraire le 11 mars 1660 et imprimeur en 1686. Il est âgé de 65 ans lors de l'enquête de novembre-décembre 1701. Il serait mort avant mai 1711, date à laquelle son gendre Louis Josse et Charles I Robustel rachètent son fonds de librairie à sa veuve Jeanne Pulliot. Des éditions paraissent encore à l'adresse : "De la boutique de feu M. Josset... chez Louis Josse... et Charles (I) Robustel (ou : chez Guillaume (III) Cavelier)" jusqu'en 1719 au moins. La mention "Du fonds de feu M. Josset" figure encore sur les publications de Jean-François Josse et Charles-Jean-Baptiste Delespine, repreneurs de ce fonds, jusqu'en 1740 au moins. L'activité de sa Veuve est attestée de 1712 à 1725 environ.

    Seconde marque du libraire Hélie Josset

    Sa devise, comme nous pouvons le voir sur sa marque reproduite ci-dessus est : CANDOR ET ODOR. C'est à dire, de manière littérale, éclat ou blancheur ou luminosité et senteur, parfum, odeur. Étrange devise à vrai dire.

    Quel était le métier d'Hélie Josset ? Quelles étaient ses spécialités ? Libraire puis imprimeur comme nous l'indique le site de la Bnf. Ses spécialités étaient avant tout les livres de piété. La religion était à vrai dire tout son fond de commerce.

    Nous avons sous les yeux les volumes de l'Année Chrétienne du Père Le Tourneux ou Letourneux publiés entre 1685 et 1694 (pour ce qui concerne les volumes que nous avons). Tous les volumes ont été publiés par Hélie Josset.  Tous portent la même marque. Josset possède le privilège pour cette Année Chrétienne depuis 1682. Le premier volume de la série que nous avons porte la mention de troisième édition. A ce que nous avons pu constater, rien que cette série l'Année Chrétienne a été imprimé de très nombreuses fois dès la parution du premier volume et ce jusqu'aux derniers parus dans les premières années du XVIIIe siècle et encore publiés par Hélie Josset. Etant libraire depuis seulement 1686 on peut supposer que ce n'est pas lui a imprimé les premiers volumes de l'Année Chrétienne. Les volumes ne portent d'ailleurs aucun mention d'imprimeur.


    Première marque du libraire Hélie Josset


    Parmi les autres ouvrages publiés par Hélie Josset citons : Le Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France, parmi les honnêtes gens (1671), par Antoine de Courtin, ouvrage qui connut un grand succès et un grand nombre de réimpressions (probablement de nombreuses chez Josset lui-même) ; du même auteur, un Traité de la jalousie ou moyen d'entretenir la paix dans le mariage (1674) ; un Traité de l'Oraison divisé en 7 livres (1680 et 1684) ; des Instructions Chrétiennes sur les Sacrements et sur les Cérémonies, avec lesquelles l'Eglise les administre (1686) ; Le Pseautier de David, traduit en françois : Avec des notes courtes, tirées de S. Augustin des autres Pères. Septième édition. Corrigée augmentée des cantiques de l'Eglise, avec des notes tirées des Saints Pères (1689).

    Dans le tome VII de l'Année Chrétienne (seconde édition, 1694) on trouve la fin du volume le catalogue des livres publiés par le sieur Hélie Josset. Nous le reproduisons ci-dessous :







    Livres qui se vendent chez Hélie Josset,
    Libraire rue Saint-Jacques, à la Fleur de Lys d'Or, à Paris.


    On note outre les ouvrages de Courtin déjà cités L'Art de bien employer le temps en toutes sortes de conditions. Différents Catéchismes, des Homélies, des Conduites Chrétiennes, un Traité de la Messe. Il publie les ouvrages de Monsieur Nicole (théologien janséniste), ceux d'un certain M. D. B. F. (je n'ai pas trouvé de qui il s'agit) et ceux de Monsieur Le Tourneux comme nous avons dit, en très grand nombre. Monsieur Le Tourneux était également un janséniste prosélyte. On trouve également au catalogue d'Hélie Josset les traductions françaises par Pierre Le Petit. Soit plus d'une quarantaine d'ouvrages de religions, tous ou presque fortement teintés de jansénisme. On sait qu'il publia également les livres jansénistes du Père Pasquier Quesnel, notamment La souveraineté des rois défendue contre l'Histoire Latine de Melchior Leydecker Calviniste, par lui appelée Histoire du Jansénisme (1704).

    Après la mort du libraire Hélie Josset


    Sachant que la plupart de ces ouvrages furent de véritables succès de librairie, totalement dans l'air du temps et touchant le plus grand nombre des dévots et autres, nul doute que le Sieur Hélie Josset fut financièrement très confortablement installé tout au long de sa carrière.

    Il faut noter également que la fameuse Année Chrétienne de Le Tourneux fut mise à l'index par Rome ! Un livre d'église pourtant mais qui ne devait pas faire l'unanimité, notamment les Explications des Évangiles ou l'Abrégé de la vie des Saints qu'elle contient. A moins que ce ne soit la Messe qui n'était pas du goût des censeurs apostoliques et romains. D'autres avance qu'elle a été mise à l'Index (en 1695) parce qu'elle se trouvait en beaucoup trop de mains ! En clair, il fallait arrêter de laisser se répandre les idées jansénistes dans tout le Royaume de France et au-delà. Quoi qu'il en soit cela ne semble pas avoir posé de problème à Hélie Josset qui continua à l'éditer.

    La succession d'Hélie Josset semble dater des années 1712, moment où les pages de titres changent d'adresse. On lit par exemple En la boutique d'Elie Josset chez Guillaume Cavelier fils, sur une page de titre datée de 1712. On peut penser qu'il restait tant de livres (en nombre d'exemplaires) dans le fonds d'Hélie Josset, que plusieurs libraires achetèrent le fonds et se le partagèrent pour l'écouler sur des années durant.

    Il faudrait retrouver les minutes notariales et l'inventaire après décès du libraire pour savoir à quel point celui-ci avait ou non fait fortune avec l'aide de Dieu et des Jansénistes.

    Mais plaie d'argent n'est pas mortelle, surtout quand il s'agit de guérir les plaies du Seigneur. Gageons seulement que Josset, moins connu que Claude Barbin (libraire contemporain) qui édita les plus grands noms de la littérature française, fut plus heureux en affaires (voir notre article Barbin publié en 2008 ... cela ne rajeunit pas).

    Encore un détail. La série de l'Année Chrétienne que nous avons en mains est superbement reliée à la Duseuil (Du Seuil), à l'époque. Par qui ? Les exemplaires de l'Année Chrétienne vendus par Josset étaient prisés 36 livres les 12 volumes à son catalogue. Brochés ? Reliés ? Très certainement brochés ou alors en reliure simple de basane. Mais en maroquin à la Duseuil ? C'est une autre histoire. Josset avait-il un relieur attitré pour ces volumes qui sortaient par milliers de son officine. Encore une question qui restera sans doute longtemps sans réponse.

    Amen.

    Bonne soirée,
    Bertrand Bibliomane moderne


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    En 1654 parait chez Augustin Courbé un recueil des échanges entre Voiture et son grand défenseur Costar, surnommé parfois l'ombre de Voiture : Les entretiens de Monsieur de Voiture et de Monsieur Costar*.


    Tout d'abord quelques mots, qui ne seront qu'un rappel, sur les deux personnages. Voiture et Costar ne fait pas référence à un quelconque député dans sa voiture de fonction (avec ou sans son attachée parlementaire) mais plutôt à Vincent Voiture et son adepte Pierre Costar.

    Vincent Voiture (et non de Voiture ! Voiture rime bien évidemment avec roture) (1597-1648) est un écrivain précieux, fin, spirituel, incontournable de son époque et qui a finalement peu publié de son vivant. C'est donc logiquement que ses œuvres furent publiées après sa mort, en 1650. Il est à l'origine d'une querelle littéraire comme le XVIIe siècle les aimait : la querelle des jobelins et des uranistes. Elle est issue de la publication du Sonnet de Job par Benserade et du Sonnet d'Uranie par Voiture. La cour était partagée entre les deux. De manière générale, les femmes soutenaient Voiture : la duchesse de Longueville, les marquises de Montausier et de Sablé, et même sa sœur !

    Pierre Costar (1603-1660) est un petit homme de lettres ayant surtout vécu dans l'ombre des grands de son époque : Ménage, Balzac et surtout Voiture. Quand les œuvres paraissent en 1650, Paul Thomas de Girac attaque l'édition, due à Etienne Martin de Pinchesne, neveu de Voiture. Costar prend bien entendu la défense de l'édition et cela lui vaut l'estime de Pinchesne. Il faut d'ailleurs noter dans l'ouvrage présenté ici le Sonnet du neveu de Mr de Voiture à Monsieur Costar.

    Vraisemblablement, Costar prit une Voiture pour Le Mans rapidement après la mort de celui-ci, ce qui ne l'empêcha pas de se faire tailler un Costar lors de la querelle. Il envoyait des chapons et des gélinottes à Pinchesne qui faisait ainsi de bons repas à Paris. Tout cela est très bien raconté dans un ouvrage de 1907 : Poètes et goinfres du XVIIe siècle. La chronique des chapons et gélinottes du Mans. 

    Venons en rapidement à l'ouvrage. Il est constitué de deux parties, après l'épître et le sonnet : les entretiens (jusqu'à la page 445) puis les billets. Tout cela donne un ensemble cohérent et révélateur des rapports Voiture/Costar (maître/disciple).

    L'exemplaire que nous présentons ici est intéressant à plusieurs niveaux. Tout d'abord les propriétaires successifs connus : 
    • Claude Blondeau (mort en 1680), avocat du Mans. Dédicace de l'auteur à Blondeau et ex-libris autographe sous le frontispice. Il existe toujours une rue Blondeau au Mans.
    • L'Oratoire du Mans. Ex-dono de Blondeau à l'Oratoire. L'ordre s'installe au Mans en 1599, y ouvre un collège, qui deviendra très réputé, et disparaît en 1792. On peut légitimement penser que le livre y est resté jusqu'à cette date. Aujourd'hui, les bâtiments sont occupés par le lycée Montesquieu.
    • Edme Hermitte, bibliophile du début du XXe siècle. Ex-libris sur le contreplat. On le connaît aussi sous le nom Edme-Pierre Hermitte et il a publié quelques petits ouvrages. Il était directeur de la Banque Nationale pour le Commerce et l'Industrie (BNCI) et habitait place Miremont à Vienne (38 Isère), selon une note en garde.
    • Rantanplan, bibliophile du début du XXIe siècle.



    L'ouvrage comporte donc cette dédicace sur la garde :

    Pour Monsieur
    BLONDEAU
    Par son très humble 
    Serviteur Costar


    L'ouvrage est parsemé de croix à l'encre et au crayon, anciennes. Rantanplan se plait à penser que ce sont là des notes de lectures de Blondeau qui a voulu mettre en valeur quelques phrases qui lui ont paru plus intéressantes. Etant donné que le seul propriétaire particulier avant la révolution est Blondeau, cela semble logique.



    Voici quelques phrases qui ont donc plu à Blondeau, avec l'orthographe actuelle : 
    • Voiture citant Tertulien sur la robe du paon : "elle n'est jamais la même, mais elle est toujours différente, quoi qu'elle soit toujours la même, quand elle parait différente ; etc.,  en un mot, il semble que le paon change de queue toutes les fois qu'il la remue."**
    • Costar à Voiture : "Et certes, MONSIEUR, votre raison fait si vite tout ce qu'elle doit faire, que la mienne viendrait trop tard à son secours."
    • id., avant de citer Pline : "Je pourrais finir bien à propos en cet endroit, etc., tomber dans le serviteur très-humble, d'une chute aussi juste que l'est celle de vos merveilleux Rondeaux."
    • id., sur les Grâces et les Muses : "Avec les autres, elles sont fantasques comme des mules ; etc., la plupart du temps, ceux qui les recherchent davantage, ce sont ceux qu'elles fuient le plus."
    • id., en répondant à Voiture qui lui a envoyé des vers où l'on fait rimer Voiture et roture : "il y a des noblesses de plus d'une sorte : La noblesse du sang est du dernier ordre; celles de l'esprit etc., du cœur sont au dessus d'elle."
    Bonne journée, 
    Rantanplan

    Paris, Courbé, 1654. In-4, frontispice (26)pp 567pp 1bl. (10)pp. Frontispice par François Chauveau, gravé par Nicolas Regnesson. Chauveau est surtout connu pour ses vignettes de la première édition des fables de La Fontaine et fait partie des 4 graveurs parmi les hommes illustre de Perrault.

    ** Non, vous êtes toujours sur le Bibliomane moderne, vous n'êtes pas passé sur Librairie-Curiosa !!

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    Copyright Musée Félicien Rops

     © Musée Félicien Rops
     © Musée Félicien Rops
     © Musée Félicien RopsLe Musée Félicien Rops accueille dans ses collections une nouvelle pièce d'exception: "La Sphinge". Cette oeuvre fut réalisée par Rops à la demande de l'éditeur Lemerre à Paris.

    C’est une pièce exceptionnelle pour sa rareté, ses qualités techniques et son contenu symbolique (satanique) qui, avec "La Sphinge" (ou "Le sphinx"), vient d’intégrer le déjà riche patrimoine du Musée Félicien Rops à Namur. Une acquisition rendue possible grâce à l’intervention de la Fondation Roi Baudouin. En décembre dernier, un collectionneur privé faisait savoir au musée qu’il souhaitait se défaire d’un dessin de l’artiste namurois. Une œuvre – "La Sphinge"– bien connue des conservateurs de l’œuvre de Rops puisque souvent prêtée pour des expositions tant en Belgique qu’à l’étranger. Pour acquérir cette gouache avec aquarelle et crayon de couleurs, dont on ne connaît à ce jour qu’un seul et unique exemplaire, l’appui de la Fondation Roi Baudouin était essentiel.

    En effet, si le collectionneur belge avait clairement souhaité que cette œuvre, datée de 1882, rejoigne les collections du Musée Rops, encore fallait-il satisfaire à ses exigences financières. Une transaction d’un montant de 95.000 euros fut rapidement conclue avec la Fondation "permettant ainsi de conserver cette gouache en Belgique, sous la forme d’un dépôt long terme, dans les collections du musée namurois", se félicitait hier Dominique Allard, directeur de la Fondation.

    Cette œuvre, dont le Musée d’Orsay détient une copie mais en noir et blanc, fut réalisée par Rops à la demande de l’éditeur Lemerre à Paris pour illustrer la réédition des neuf nouvelles des "Diaboliques" de Jules Barbey d’Aurevilly, écrivain dandy et décadent, bien dans l’esprit de cet art fin-de-siècle.

    La sphinge, créature mi-femme, mi-animal, est très souvent représentée dans l’imaginaire de cette époque. On notera d’ailleurs que Rops a utilisé à plusieurs reprises la Sphinge dans ses dessins, notamment pour la "Dame au pantin", autre œuvre acquise également via la Fondation par le musée namurois, ou encore sur l’emblème de la Société internationale des Aquafortistes qu’il fonda en 1869.

    Source: L'Echo

    Adresse d'origine : http://www.lecho.be/culture/marche-de-l-art/La-Sphinge-rejoint-le-patrimoine-du-Musee-Rops/9871032?ckc=1&ts=1489756832 consulté le 17 mars 2017

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    LA TROUVAILLE

          Depuis plus de trente ans, M. Honoré Larivière (*) cherchait des bouquins dans les boîtes des quais et, lorsqu'il ne pleuvait pas, on était sûr de le rencontrer entre le pont Royal et le pont Sully. Il habitait rue Jacob et, depuis longtemps, il ne connaissait de la rive droite que le quai de la Mégisserie et celui de l'Hôtel-de-Ville, parce qu'on y trouvait des bouquinistes. Je le connaissais un peu. Il était assez sauvage mais de bonne compagnie, et nous échangions parfois quelques propos. Je savais qu'il entassait des milliers de volumes dans trois petites pièces sous les toits.
          Tous ses trésors étaient à l'abandon et parmi ces milliers de livres il eût été impossible de trouver, si l'on en avait eu besoin, le commode dictionnaire qui vous eût donné l'orthographe du mot chaos.
          D'autres hommes aiment le vin, les tableaux, les femmes, les honneurs ; lui ne chérissait que le papier imprimé, le vélin et le cuir plus doux que la soie de la plus belle épaule à sa main fine et toujours sale. Si l'on eût parlé devant lui d'une coiffe déchirée, il eût imaginé tout de suite, non pas un arrangement de dentelles et de rubans en mauvais état, mais la coiffe d'un antique tome. Il n'était pas bibliophile, mais bibliomane. Le bibliophile est en effet l'ami des livres, de quelques espèces de livres, pour bien dire ...
          M. Honoré Larivière aimait tous les bouquins, des plus éminents aux plus humbles, quand ils étaient vieux et vêtus de cuir pelé ou de vélin. Il n'accordait pas un regard aux modernes.
          Pourtant, cette après-midi d'avril déjà tiède, il découvrit dans une boîte une brochure en mauvais état qu'il acheta sans marchander, et, au grand étonnement du bouquiniste, au lieu de continuer sa promenade, il traversa la chaussée et alla s'installer à la terrasse d'un restaurant où l'on donnait aussi à boire.
          Il se fit servir un bock et, d'un doigt qui tremblait, il feuilletait le volume.
          Sur la couverture, dont il manquait un morceau, on lisait : Honoré Larivi..., et au-dessous, le titre en caractères fanés : Roses et Soucis.
          M. Larivière mit précieusement ce petit livre dans sa poche. Jamais il n'avait fait pareille trouvaille. Il avait publié cela, à ses frais, vers sa vingt-cinquième année. L'éditeur avait disparu et le vieil amateur de bouquins avait depuis longtemps égaré l'exemplaire qu'il possédait. Emu, il rejeta derrière son oreille une mèche de cheveux blancs que le vent ébouriffait et il demeura là jusqu'au crépuscule. Lorsqu'il se leva, le garçon du petit café le regarda avec quelque ironie, parce qu'il laissait cinq francs de pourboire et qu'il n'avait pas touché à son verre.


    Léo Larguier, Petites Histoires pour bibliophiles. Editions Fournier, 1944.


    (*) Pour la petite histoire, une simple recherche dans le catalogue collectif de France (bibliothèques en ligne) ne donne aucun résultat sur cet auteur bibliomane qui a dû être inventé par Léo Larguier, sans doute en partant d'une historiette réelle comme il le faisait souvent.

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    Voici ce qu'on appelle un éphémère (pas de ceux que je traque pour mettre dans ma boîte à mouches naturelles afin de tromper miss fario les jours de grand soleil de mai), non, éphémère papier ou encore ephemera, du genre de papier qu'on ne conserve pas, du genre de papiers qu'on jette une fois lus. Il faut en effet beaucoup de chance et de hasard pour tomber sur ce genre de document insignifiant du point de vue du nombre de pages et du volume, si importants du point de vue de la bibliographie et de l'étude des vieilles publications. Voici donc un spécimen extra ordinaire (de extra = super et de ordinaire = pas commun) donc super pas commun.

    Mais qu'est-ce donc ? En voici le titre : LA TABLE PARLANTE JOURNAL DES FAITS MERVEILLEUX. Prospectus pour ce petit journal annoncé mensuel et composé d'un cahier de 32 pages grand in-8°, avec couverture imprimée. Ce période paraissait à la fin de chaque mois et état vendu par abonnement au prix de 6 francs par an pour la France et 7 francs pour l'étranger. On s'abonnait à Paris au Bureau de La Table Tournante, Rue Garancière, 8.

    Le prospectus que nous avons sous les yeux est de format in-8° (22,5 x 14 cm) en 4 pages. Il sort des presses de Plon frères à Paris, rue Garancière, 8. Intéressant de constater que les abonnements se font à la même adresse que l'imprimeur Plon Frères. Nous avons trouvé ce prospectus placé en tête (volant) du volume de même format intitulé : Des Tables Tournantes et du Panthéisme par E. Bénézet. Volume publié à Paris chez Sagnier et Bray, libraires-éditeurs, Rue des S. Pères, 64, en 1854. Volume entièrement consacré aux mystères des Tables Tournantes et autres phénomènes de Spiritisme alors très en vogue. Le volume a quant à lui été imprimé à Toulouse sur les presses d'Augustin Manavit.

    Que savons-nous de ce périodique "La Table Parlante, Journal des Faits Merveilleux" ? La bibliothèque de Dieppe possède un exemplaire du premier volume de ce journal publié chez Plon. Le titre de la fiche de cette bibliothèque indique : Tables tournantes et parlantes, esprits frappeurs, apparitions, spectres, fantômes, mesmérisme, somnambulisme magnétique, trembleurs des Cévennes, ... La bibliothèque de Nevers quant à elle ne possède, elle aussi, que le premier volume. Cette revue a été visiblement publiée sans date. Mais une autre fiche indique la date de 1854/1855. Google Books en possède un exemplaire numérisé. Ce journal est paginé de 1 à 368. Il semble manquer la fin. Une autre notice bibliographique nous apprend, comme nous le pensions, que seule la première année a paru formant un seul volume. On trouve d'ailleurs l'ouvrage référencé par Robert Yve-Plessis dans sa Bibliographie de la Sorcellerie sous le n°341.

    Nous sommes donc ici en présence d'un double éphémère. Prospectus rare devenu introuvable pour une revue qui ne dura qu'une seule année, toute aussi éphémère. Caillet dans son Manuel Bibliographique des Sciences Occultes donne un peu plus de détails encore : Il annonce 319 pages (quid de la page 368 numérisée par Google Books ??). Il donne la liste des collaborateurs de cette revue : MM. B. du Vernet (rédacteur en chef). Henri de Courcy. Gougenot des Mousseaux. Salgues. Caillet ajoute ce commentaire : Ce journal est destiné à étudier les phénomènes des tables etc ... au point de vue du catholicisme. Il contient quelques documents historiques, entre autres les mandements des évêques et de grands détails sur les évènements de Cideville en 1850 : bruits, déplacements d'objets, etc. En lisant ce journal on se croit en plein moyen-âge. Il faut une foi bien robuste pour ne pas douter de tout ce qu'il raconte (note de M. Dureau).


    Ce prospectus est si rare que nous pensons utiles aux curieux de le publier in extenso ici. Le voici.

    LA TABLE PARLANTE,
    JOURNAL
    DES FAITS MERVEILLEUX.

    Depuis un an les esprits sont vivement préoccupés en France de certains phénomènes qui paraissent étrangers aux lois connues de la nature : des personnes réunies autour d'une table qu'elles touchent avec leurs doigts en même temps qu'elles font une chaîne avec leurs mains communiquent bientôt à ce meuble un mouvement de rotation lent ou rapide, sans qu'on puisse l'attribuer à aucune impulsion volontaire donnée par les assistants. Ces tables tournent parfois avec une grande vitesse ; quelques-unes sont d'un tel poids, qu'il serait impossible aux auteurs de l'expérience de les mouvoir par le seul contact des doigts qu'ils emploient pour produire le phénomène.
    Pendant plusieurs mois, on s'est borné à faire tourner des tables ; ce mouvement, quoique inexplicable jusqu'ici par les lois de la physique et de la physiologie, était cependant un phénomène naturel dont on pouvait espérer rendre compte par de nouvelles recherches. Mais on est bientôt sorti de cet ordre de faits : à l'imitation de ce qui se pratiquait depuis plusieurs années aux Etats-Unis, on s'est mis à interroger les tables, et, chose merveilleuse ! les tables ont répondu. Ces tables, questionnées par les assistants, ont levé un pied et frappé deux coups en nombre égal à l'ordre numérique qu'occupe la lettre qu'elles voulaient désigner, de manière à former des mots et des phrases ; d'autres fois leur langage a été plus prompt encore et plus évident : elles ont écrit elles-mêmes les réponses aux questions à l'aide d'un crayon enfoncé dans un panier d'osier qu'on avait placé sur une table couverte d'une feuille de papier blanc.
    Quoique tous les essais pour produire ces phénomènes n'aient pas réussi, les faits des tables parlantes ont été vus cependant par un si grand nombre de personnes de tous les rangs de la société éclairée qu'il serait impossible d'en nier la réalité, et l'on peut assurer que rien n'empêchera désormais l'esprit de curiosité de tenter sans cesse de nouvelles expériences de la même nature.
    Ces phénomènes, ridicules en apparence, sont si sérieux, que le P. Ventura les regarde comme un des plus grands évènements de notre siècle, et que le P. Lacordaire les appelle un demi-jour effrayant sur le monde invisible. Parmi les innombrables témoins de ces merveilles figurent des médecins marquants, des membres de l'Institut, des professeurs de Facultés, des ecclésiastiques du plus grand mérite ; car tout le monde, en France et en Europe, cherche à faire tourner et parler les tables ; les journaux politiques de toutes les nuances entretiennent le public ; les livres et les brochures sur ce sujet les multiplient tous les jours. Cette espèce d'épidémie morale, si répandue en France, est bien pire aux Etats-Unis : dix ou douze énormes journaux quotidiens y sont consacrés au récit de ces faits ; plus de cinq cent mille sectateurs s'y livrent habituellement à ce pratiques, auxquelles ils ont une aptitude spéciale ; toutes les villes de l'Union ont aujourd'hui leurs cercles magiques. On le voit, cet esprit de curiosité ne saurait être arrêté dans sa marche, quoique tout tende à prouver qu'il n'est pas dépourvu de danger ; en effet, l'on cite déjà les aliénations mentales et les suicides qui en ont été la suite. Il pourrait donc être utile, en satisfaisant cette curiosité par le récit des phénomènes, d'en prévenir le danger en dévoilant leur cause, leurs caractères et leurs effets. Tel est le but de ce journal.
    Ces prodiges, car on peut leur donner ce nom, seraient-ils l'effet de certaines propriétés jusqu'alors ignorées des agents impondérables ? ou bien les réponses des tables parlantes ne seraient-elles que le reflet de la pensée des personnes qui les interrogent, comme l'ont assuré quelques membres de l'Académie des sciences réunis dernièrement chez l'un d'eux pour faire des expériences ? Ces solutions sont peu satisfaisantes. Comment admettre qu'un fluide, quel qu'il soit, puisse donner à un corps inerte une intelligence qu'il ne possède pas lui-même, ou qu'une réponse conçue par un spectateur puisse se détacher de lui et se transmettre au dehors par des coups frappés par une table ?Ne semble-t-il pas, au contraire, qu'un être intelligent, immatériel et invisible, un esprit, enfin, répond aux questions des assistants, et que la table n'est que le moyen de communication et l'instrument matériel dont cet être se sert pour manifester sa présence et sa pensée ? Mais alors on est jeté dans l'ordre surnaturel, dans le monde des esprits. Peut-on admettre la réalité de pareilles évocations ? ou bien y aurait-il une manière naturelle d'expliquer les faits ?
    Toutes ces questions seront traitées avec soin dans ce journal, en mettant à contribution les lumières que peuvent fournir les sciences modernes.
    Les faits des tables parlantes seront rapprochés, dans ce recueil, d'autres phénomènes prodigieux qui ont avec eux la plus grande analogie, et, suivant nous, la même origine ; tels sont ceux du somnambulisme magnétique, des convulsionnaires du cimetière de Saint-Médard, des possédés, etc. Ainsi sera justifié son titre de Journal des faits merveilleux.
    Mais, dira-t-on, quelle utilité peut-il y avoir à recueillir ces faits, à leur donner une nouvelle publicité ? Nous l'avons dit, ce journal sera un remède contre le danger d'expériences qu'il est impossible d'empêcher. Il critiquera les faits ; il fera la part de l'ignorance, de la crédulité, de la jonglerie lorsqu'il en découvrira ; il ramènera autant que possible les faits bien observés à des causes naturelles, et s'il y en a, comme il est impossible de le nier, qui soient d'ordre surnaturel, la Table parlante fera tous ses efforts pour éclairer ses lecteurs sur la voie dangereuse des expérimentateurs. Les faits de cet ordre lui fourniront une arme puissante contre la classe si nombreuse des matérialistes. En effet, si les démons et les âmes des morts peuvent se mettre en communication avec les vivants, ils existent donc ; il y a donc un autre monde, le monde des esprits, et une vie future.
    Ce journal sera donc un récit fidèle et un examen critique des événements merveilleux qui préoccupent aujourd'hui tous les esprits, ou qui se sont passés autrefois : Tables tournantes et parlantes. - Esprits frappeurs. - Apparitions. - Fantômes. - Mesmérisme. - Somnambulisme magnétique. - Trembleurs des Cévennes. - Convulsionnaires de Saint-Médard. - Possession des ursulines de Loudun. - Evénement du presbytère de Cideville. - Femme électrique. - Oracles anciens. - Pythonisses. - Possessions. - Obsessions. - Magie. - Nécromancie. - Sorcellerie. - Revenants, etc.
    Les faits dont il est question doivent surtout appeler l'attention des médecins, profession la plus éclairée de la société, et naturellement consultée sur tous les phénomènes étonnants de l'organisme vivant, dans l'état de santé ou de maladie. Nulle classe de savants ne saurait comme eux jeter sur ces questions la lumière qu'elles attendent. Obligés de connaître le physique et le moral de l'homme, et tout ce que certains états pathologiques peuvent présenter d'insolite, d'extraordinaire et de merveilleux ; fréquemment appelés à éclairer la justice sur la culpabilité des prévenus cités devant les tribunaux, les médecins doivent se tenir au courant de tous les phénomènes nouveaux, qu'ils soient organiques, vitaux ou moraux. A la manière dont marchent les événements, nous revenons au moyen âge, et le temps n'est pas éloigné où les médecins seront, comme à cette époque, consultés sur des cas de sorcellerie, de magie, d'obsession, etc. Ils trouveront dans la Table parlante tous les documents propres à les éclairer sur ces questions et sur une foule d'autres qui sont essentiellement du domaine médical.

    Bonne journée,
    Bertrand Bibliomane moderne

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    Bibliographie des ouvrages érotico-pornographiques
    dont le titre contient un prénom de femme :
    Monique, Diana, Virginie, Cécile, Fabienne, Claire, Patricia, Justine, Julie, Madeleine, Thérèse, Colette, Daisy, Isabelle, Sylvie, Lydia, etc.

    par Bertrand Hugonnard-Roche et ses ami(e)s

    Travail en cours ... votre participation est la bienvenue !


    # COLETTE

    SPADDY [JOHANNES GROS] [PAUL-ÉMILE BECAT, illustrateur]. COLETTE OU LES AMUSEMENTS DE BON TON. Roman inédit. A Saint-Cloud, Au Temple de Cythère, s.d. [Maurice Duflou, Paris]. 1 volume in-8 (22,5 x 15,3 cm), broché, 152 pages. 12 illustrations (héliogravures) hors-texte en couleurs.

    # DAISY

    Mary JOLY. DAISY ET ISABELLE, JOUISSEUSES EFFRÉNÉES. Blue Star, Paris, 1986. 1 volume in-8 (21 x 15 cm), broché, dos carré collé, 154 pages. Premier plat de couverture illustré en rouge, imprimé en noir. Beau papier blanc.


    # DIANA


    René-Michel DESERGY. DIANA GANTÉE. Orné de 16 héliogravures. Paris, Collection des Orties Blanches,79, rue de Vaugirard [Paris, Jean Fort, décembre 1932]. 1 volume in-8 (21,5 x 13,5 cm), broché, 264-(2) pages. 16 héliogravures hors-texte imprimées en noir. Couverture imprimée en rouge et noir.


    # FABIENNE

    Roland GERMONT. FABIENNE. Collection "SANTANDER", s. d. (vers 1965), s. n. (Georges Roques). 1 volume in-8 (19 x 14 cm), broché, 153 pages, couverture en papier beige imprimée en noir avec filet d'encadrement. Imprimé sur beau papier blanc.

    # FÉLICIA

    André-Robert ANDRÉA DE NERCIAT. FÉLICIA OU MES FREDAINES. La faute est aux Dieux qui me firent si folle. A Londres, s.n., 1775 [i.e. 1785 ? 1795 ?]. 4 parties en 2 volumes in-16 (13,5 x 9 cm) de (4)-230 et (4)-225 pages.

    ANDREA DE NERCIAT (André Robert) - [André COLLOT, illustrateur]. FÉLICIA OU MES FREDAINES. Orné de vingt eaux-fortes coloriées à la main par l'artiste. Paris. 1928. 1 volume in-4 (25,5 x 20 cm), de 238-(1) pages. 20 eaux-fortes dans le texte (à mi-page) coloriées à la main au crayon de couleurs par l'artiste.

    # ISABELLE


    Mary JOLY. DAISY ET ISABELLE, JOUISSEUSES EFFRÉNÉES. Blue Star, Paris, 1986. 1 volume in-8 (21 x 15 cm), broché, dos carré collé, 154 pages. Premier plat de couverture illustré en rouge, imprimé en noir. Beau papier blanc.


    # JULIETTE

    Marquis de SADE / Philippe CLAVELL et Francis LEROI. JULIETTE DE SADE [adapté d'après l'oeuvre du marquis de Sade]. Editions Dominique Leroy, Paris, [3e trimestre 1979]. 1 volume in-plano (41,5 x 32 cm), 115 pages, bande dessinée, illustrations en noir et en rouge (pour les derniers feuillets). Cartonnage bradel toile rouge avec titre doré sur le premier plat (reliure éditeur). Papier vergé blanc. Planche originale sur Arches signée et numérotée par Philippe Clavell.

    # JUSTINE

    RESTIF DE LA BRETONNE (Rétif de La Bretonne, Nicolas-Edme). L'ANTI-JUSTINE OU LES DÉLICES DE L'AMOUR. Nouvelle édition entièrement revue et corrigée, établie pour la première fois sur le texte original de 1798. Précédée d'une notice bibliographique par Helpey, bibliographe poitevin [Louis Perceau]. Ile Saint-Louis, De l'imprimerie de Monsieur Nicolas, s.d. [Paris, Maurice Duflou, 1929]. 1 volume in-4 (24 x 16,5 cm), de 243 pages, 12 aquatintes libres mises en couleurs signées Le Loup.

    SADE (Donatien Alphonse François de Sade, marquis de) - DUBOUT Albert, illustrateur. JUSTINE OU LES MALHEURS DE LA VERTU. Illustrations de Dubout. Editions Michèle Trinckvel, s.d. (1976). 1 volume in-4 (27,5 x 21,5 cm) de 323-(1) pages. Illustrations en couleurs dans le texte et hors-texte. Reliure plein simili-maroquin noir, fer doré signé Dubout sur le premier plat, auteur, titre et petit cupidon dorés au dos, tête dorée (reliure éditeur). Achevé d'imprimer en septembre 1976 sur les presses de Fournier à Montrouge. Reliure réalisée par la SRID à Dreux.

    D. A. F. DE SADE, MARQUIS DE SADE. LA NOUVELLE JUSTINE. Illustrations de G. Garnon. Préface de A. Robbe-Grillet. Editions Borderie, 1979. 1 volume in-folio (24,5 x 25,5 cm), 101 pages. Illustrations à toutes les pages / Bande dessinée. Cartonnage pleine toile noire de l'éditeur avec vignette imprimée contrecollée sur le premier plat. Imprimé sur beau papier vergé crème.

    MARQUIS DE SADE - GUIDO CREPAX illustrateur. JUSTINE par Crépax d'après D. A. F. DE SADE. Préface de Pierre-Jean Remy. Le Square / Albin Michel, s.d. (1980) [achevé d'imprimer en août 1980]. 1 volume in-4 (31 x 24 cm) de 164 pages. Bande dessinée adulte en noir et blanc. Cartonnage illustré de l'éditeur en papier rose pelliculé.

    # LYDIA

    H. BOSC-ARYS. LYDIA - PERVERSE LYDIA. Paris, Editions Stella, 1958 [Toulouse, Francis Flores]. 1 volume in-8 (19 x 14 cm), broché, 201-(2) pages + 12 illustrations anonymes en noir sur papier teinté.

    # MONIQUE

    CLERO. MONIQUE VAN P... Ciel de Paris, 1956 [vers 1955] 1 volume in-8 (19 x 14 cm), broché, de 222 pages et 1 feuillet, couverture de papier rose imprimée en noir. Papier ordinaire.


    ANONYME. LES IMPRUDENCES DE MONIQUE. Sans lieu, sans nom, sans date [vers 1955-1960] 1 volume in-8 (18 x 12 cm), broché, 130 pages. 5 illustrations hors-texte (photogravures de peintures originales non signées). Couverture en papier crème imprimée en marron.


    # SYLVIE

    Françoise MOSETT MA NIECE, SYLVIE ... Collection "BRANDONS", Anvers, s. d. (vers 1965), s. n. (Georges Roques). 1 volume in-8 (19 x 12 cm), broché, 158 pages, couverture en papier jaune imprimée en noir avec filet d'encadrement. Etat neuf, non coupé (jamais lu). Imprimé sur papier de bois.

    # VIRGINIE

    MARIE DANJOU LES VICES DE VIRGINIE. [Eric Losfeld] Barcelonnette, s.d. (vers 1959) 1 volume grand in-8 (26 x 19 cm), broché, 136 pages et 2 feuillets d'illustration, couverture en papier bleu clair imprimé en noir. Imprimé sur beau papier vélin épais des papeteries d'Annecy (filigrane).


    travail en cours ...

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    Lucie Badoud dite Youki (1903-1963) est une femme d'exception du XXe siècle. Elle est connue pour avoir été la femme de Tsugouharu Foujita puis Robert Desnos puis Henri Espinouze. Trois grands artistes du XXe siècle. Le surnom Youki, qu'elle garda toute sa vie, lui vient de Foujita.


    Type II

    De Foujita lui vient aussi un tatouage qu'elle se plaisait à montrer à qui voulait le voir : une sirène sur la cuisse droite que lui avait donc tatoué le grand artiste d'origine japonaise. Une photo de Robert Doisneau (enregistrée ici depuis pinterest)


    Cette sirène, devenue le symbole de Youki, est tout à fait dans le style du Foujita des années 1925, du Foujita qui illustra par exemple Les Aventures du Roi Pausole de Pierre Louÿs. Dans l'image ci-dessous, tirée du livre, une des femmes ressemble d'ailleurs beaucoup à la sirène.


    La composition reprend donc ainsi le dessin de Foujita, et à part l'ex-libris du docteur Morisot, daté de 1939, il ne semble pas exister d'autre ex-libris d'après Foujita.


    Venons-en au second ex-libris connu de Foujita. On le connait par des ouvrages provenant de la bibliothèque de Youki Desnos et parfois de Robert Desnos. Il y a actuellement 5 ou 6 ouvrages dont on peut suivre la trace sur internet (Raymond Roussel, Paul Eluard, Louis Aragon et Robert Desnos notamment). Une vente récente de souvenirs de Youki a permis de savoir plusieurs choses concernant cet ex-libris, ou plutôt les différentes versions de cet ex-libris (*) :
    • I : Un tirage à 100 exemplaires sur un "papier pur chiffon Montval" mesurant environ 14.5 x 9 cm, d'après la note conservée avec l'ex-libris. La sirène est imprimée en bleu. (source : vente Youki).
    • II : Un tirage à 100 exemplaires sur papier japon, plus petit, mesurant environ 10 x 7.5 cm. Ce second tirage était alors conservé dans sa boîte d'origine, permettant d'affirmer que le tirage était de 100 exemplaires (la boîte ne pouvant en contenir plus). (source : vente Youki).
    • Des tirages d'essais différents? Ainsi
      • III : un tirage de la grande sirène sur un papier, gris, plus épais que le pur chiffon, vergé, semble avoir été fait à quelques exemplaires, imprimé en bleu. (source : vente Youki).
      • IV : un tirage de la grande sirène sur vergé blanc, imprimé en bleu toujours. (source : collection privée).
      • V : un autre tirage de la petite sirène a aussi été fait sur pur chiffon, imprimé en gris. (source : collection privée).

    Type I


    Type III



    Type IV



    Type V

    D'après les ouvrages portant cet ex-libris, seul deux montrent la photo et il semble que ce soit dans les deux cas le tirage sur japon qui ait été utilisé par Youki. Quoiqu'il en soit, cette vente aura permis de connaître un peu plus les différentes versions d'un des deux seuls ex-libris dû à Foujita, qui comme l'autre est d'une grande rareté. 

    Minou Premier (**)

    (*) Quand il est indiqué "source : vente Youki", c'est en étant sur place que les choses ont été observées, le catalogue indiquait juste "ensemble d'ex-libris". Quand il est indiqué "source : collection privée", ce sont des ex-libris appartenant à un collectionneur.

    (**) Nous abandonnons provisoirement la série des articles de chien afin de faire un article de chat étant donné la prédisposition de Foujita pour les chats.

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    Habitué du salon du Grand-Palais, cette année j’ai pu acquérir une rare reliure en pleine peau humaine (Religatum de Pelle Humana).


    Cette peau humaine recouvre un livre érotique de 1909 : le Livre des Beaux de Fazyl Bey. C’est un des cinquante exemplaires sur papier Japon Impérial (viennent ensuite trois cent sur papier vergé de Hollande).




    La fiche du libraire signalait de belles provenances :


    Serge Golifman, amateur de « cochoncetés » et autres facéties anticléricales. Sans un de ses ex-libris, mais attesté par la présence de cet ouvrage dans le catalogue de sa vente de septembre 1985 chez Simonson « Cabinet d’un amateur » (numéro 148). Adjugé 35000 FB au prix marteau, soit 42850 FB avec déjà des frais de 21% ; soit 1060 euros d’aujourd’hui. Le prix de réserve avait été fixé à 30000 FB soit 745 euros.


    Catalogue l’Absolution, vente S. Golifman

    Et celle de Gérard Nordmann, avec sa délicate vignette ailée contrecollée au dos du premier plat (https://fr.wikipedia.org/wiki/Maus_Frères_Holding).



    Une note au crayon de bois sur la première garde blanche indique qu’il s’agit d’une reliure en peau d’homme.



    D’après les liens internet visités, il est dit que la peau du ventre est la plus épaisse (https://laporteouverte.me/2012/09/15/les-reliures-en-peau-humaine-1/), comme trois feuilles de papier (https://www.actualitte.com/article/zone-51/ces-livres-qui-n-ont-que-la-peau-sur-les-mots/31516), et que celle de la femme est la plus fragile (Montgaillard, Histoire de France, 3e édition, T.7, p. 64 en note (http://www.heresie.com/livre_en_peau_humaine.php), et que ce type de reliure ne nécessite aucun soin particulier ; on évitera donc les cires habituelles.

    J’ai acquis ce livre auprès du librairie genevois Alexandre Illi (http://illibrairie.ch/) qui proposait aussi sur ce salon la rare EO de 1785 de : « Le passe-tems du boudoir ou recueil nouveau de contes en vers » relié en plein maroquin rouge (il m’a fallu faire un choix).



    Histoire de ce livre


    Serge Golifman, a acheté le Livre des Beaux en 1969 (avec d’autres tirages de tête) ; chez le collectionneur, et ancien agent de change liègeois Serge Marcotti.

    S. Marcotti, souhaitait se débarrasser de quelques ouvrages « embarrassants » acheté à des prix d’avant-guerre ; et ceci afin que ses petits enfants ne les voient pas. A cette époque, la note manuscrite qui signale « relié en peau d’homme » était déjà présente.

    Serge Golifman, était alors âgé d’une vingtaine d’années. Le Livre des Beaux est resté en sa possession jusqu’en septembre 1985, date à laquelle il décide de le passer en salle des ventes chez Simonson (expert Degreef).

    On peut donc raisonnablement penser que le Livre des Beaux a été acheté lors de cette vente de 1985 par Gérard Nordmann (1930-1992).

    On cherchera en vain le Livre des Beaux dans le somptueux catalogue Eros invaincu, publié à l’occasion de l’exposition à la fondation Martin Bodmer de novembre 2004 à mai 2005 : (http://fondationbodmer.ch/expositions-temporaires/expo2004/). Il ne figure pas non plus dans les deux catalogues de la vente chez Christie’s à Paris, avril et décembre 2006 : (www.christies.com/salelanding/index.aspx?intSaleID=20695)  et (www.christies.com/salelanding/index.aspx?intSaleID=20800) et : http://www.christies.com/presscenter/pdf/12152006/141030.pdf
    Il semble donc que la société de vente Christie’s n’ai pas souhaité prendre le risque de créer une polémique en proposant cet ouvrage dans ces ventes, mais peut-être aussi au vu des origines juives de G. Nordmann (?).




    Le Livre des Beaux a été réédité en 1996 chez Fata Morgana, avec dix gravures de Cyrille Bartolini.


    A propos de Fazyl Bey, l’introduction de l’ouvrage nous signale qu’il est l’auteur de : « Le livres des femmes et du Livre des Beaux et qu’il fut un contemporain de Louis XVI, de La Révolution Française et de Napoléon Ier ». Fazyl Bey naquit en Palestine, on ignore en quelle année. Il accomplit une brillante carrière de bureaucrate ottoman, le voilà successivement chargé des affaires relatives aux questions pieuses à Rhodes, directeur des finances à Alep, intendant des mines, ... Puis (invariablement) l’heure de la disgrâce finit pas sonner, on l’exile en 1799 à la suite de certaine plaintes portées contre lui. En exil sous le soleil de Rhodes : dans une île d’amour et des ruses où il s’est beaucoup amusé jadis. L’exilé tombe malade, il ne relèvera pas et décède le 6 février 1810.
    Fazyl Bey était un bon vivant, il avait un cuisinier arménien, qui apprêtait les aubergines de quatre cents manières différentes ! Il adorait les banquets philosophiques, littéraires et … voluptueux. Assis en rond, sur de profonds divans de pourpre, autour d’un vaste guéridon d’ébène, incrusté de gemmes, ses gracieux disciples et lui, le Maître, appuyait le coude gauche à un coussin de brocart d’or, et mangeait avec les doigts de la main droite : la fourchette est un ustensile impur , puisque Mahomet n’en avait pas. Tout le monde buvait, à plein verres, les vins de Kirk, de Bordeaux, de Bourgogne ; avant le dessert, tous les mignons, debout, buvaient une rasade solennelle à la santé du Maître. Puis on attaquait les melons de Smyrne, les pommes, les raisins : Fazyl Bey lançait à son favori des grains. Son Livre des femmes est encyclopédique. Les Européennes n’y sont point oubliés. Fazyl se pique d’avoir connu les Polonaises, les Françaises, les Allemandes, les Anglaises, et il raconte, à leur sujet, toutes sortes d’extravagances. Abdul-Halim Memdouh avait terminé, quelques semaines avant sa mort subite, une traduction littérale en français du Livre des Beaux d’après l’exemplaire de l’édition typographique des Œuvres de Fazyl Bey qui se trouve à la Bibliothèque de notre Ecole des Langues Orientales Vivantes. Le volume qui a paru à Constantinople (en avril 1869), contient Le Livre des Beaux, Le Livre des femmes, Le carnet de l’Amoureux, Le Livre de Gaité, et un autre ouvrage d’un autre écrivain. Malheureusement, le manuscrit de Memdouh forme un grimoire enchevêtré, qui n’était intelligible que pour son auteur : jamais personne ne déchiffrera, ni ne débrouillera tout cela. … Heureusement pour nos lecteurs, nous avons eu la bonne fortune d’entrer en relations avec un érudit ottoman, qui semblait prédestiné à fournir aux honnêtes gens des contrées occidentales La meilleure adaptation possible du Livres des Beaux. Notre imminent collaborateur est Pacha à Trois queues, c’est-à-dire qu’il a le droit de faire porter devant lui trois queues de cheval, comme marque de dignité. Nul ne s’étonnera que des considérations de haute politique intérieure obligent un pareil personnage à garder l’anonyme.

    Derrière le Pacha à Trois queues se cacherait Edmond Fazy, connu aussi sous le nom italianisé de Edmondo Fazio (1870-1910) : journaliste et homme de lettre nous dit la BnF (http://data.bnf.fr/12728993/edmond_fazy/). Edmond Fazy, a collaboré à La Plume, La Revue Blanche, et au Festin d’Esope alors dirigé par Guillaume Apollinaire (Pia, col.484).
    Né, en 1870, dans une petite ville berrichonne du Cher, Edmond Fazy est mort à Paris, aux derniers jours d'octobre 1910, subitement, d'une embolie. Fazy, wagnérien passionné et prosateur décadent. Edmond Fazy avait publié un poème en prose, du sentiment le plus tendre et le plus délicat, dans une petite revue d'alors : cela s'appelait Mourir jeune. (http://pataplatform.blogspot.fr/2008/03/edmond-fazy.html). Edm. Fazy, nous laisse dans la collection Erotica Selecta de Sansot, Les facéties érotiques de Bebelius (1908, sous le nom de Edmondo Fazio) ; une Anthologie de l’amour turc publié en 1905, un roman en 1901 et Louis II et Richard Wagner, paru en 1893. Le Livre des Beaux a été publié sans nom d’éditeur, mais avec une adresse qui n’est pas fantaisiste au 7 rue de l’Eperon. Une recherche dans Pia (col. 484) nous renseigne que c’est l’éditeur E. Sansot et Cie qui était alors à cette adresse parisienne. Sansot a édité environ 500 titres (https://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Sansot) et (http://tybalt.pagesperso-orange.fr/LesGendelettres/biographies/SansotE.htm).
    Pascal Pia (col. 818) ; nous dit que ce titre « traduit, par un Pacha à Trois queues pourrait bien être Edmond Fazy », la traduction a aussi été attribué à André Gide, Pierre Loti et à quelques autres…



    Le Livre des Beaux en librairies, salle des ventes, … liste forcément incomplète


    Maison de vente chez Degreef : vente Serge Golifman, septembre 1985, lot 148 ; vendu 1060 euros avec les frais (Paris, Bibliothèque international d'édition, 1909, in-16, pleine peau humaine brune, roulette intérieure dorée, doublures et gardes de soie verte dos à 5 nerfs, tête dorée, non rogné, couvertures et dos conservé, étui. Tirage limité à 350 ex. numérotés. 1/50 ex. de tête sur Japon impérial numéroté à la main).

    Pierre Bergé : vente J.-P. Faur / Em. Pierrat (c’était surtout des ouvrages de la collection de Jean-Pierre Faur), décembre 2007, lot 104. Vendu 7871 euros frais inclus (in-16, broché, couverture rempliée imprimée en rouge et or. Un des 300 sur hollande van Gelder. « Cette gloire helvétique manquait à la collection du genevois Gérard Nordmann ».


    Un libraire d’outre-Atlantique, le proposait en 2008 à 350$ en broché, et en 2009 à 450$, relié en demi maroquin. (ce n’est pas spécifié, mais les ouvrages proposés devaient être sur vergé).


    Vente chez Prado-Falques/Marseille, juin 2010, vendu 216 euros, 06/10 (exemplaire broché, un des 300 sur Hollande. Non justifié, mais mention imprimée sur le dos : « Exemplaire sur Hollande ». Feuillet de faux-titre bruni, fort rares et minuscules rousseurs. Sinon très bon exemplaire, fort rare. Estimation : 200/300 euros)


    Un exemplaire sur eBay, en février 2011, proposé à 599 euros (exemplaire broché, en mauvais état) ; un autre en juillet 2014, toujours sur eBay, mais à 1000 euros (aussi broché, un des 300 sur Hollande Van Gelder Zoonen. Couverture rempliée légèrement salie avec une fente en bas du plat)


    Christian Galantaris, indique que le moyen de différencier la peau de truie de celle de l’homme est la forme des pores. De Triangulaires chez le cochon, elle est quadrangulaire chez l’homme.


    Ne possédant pas d’ouvrage en peau de truie, je me suis rapproché de l’article d’Éric, publié en mars 2011 (https://le-bibliomane.blogspot.fr/2011/03/reliure-en-peau-humaine-ou-en-peau-de.html)


    Peau de truie, pores en triangle



    Le cuir du Livre des Beaux, on remarque les pores en forme de losange



    Et la peau du rédacteur de ce billet



    On notera que la surface corporelle d’un homme, est d’environ 1.90 m2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Surface_corporelle



    Juan Valverde-vivae imagines partium corporis.
    Plantin, Anvers, 1566


    Histoire

    Pour cette section, il y a pléthore de sites et de blogs, qui finissent tous par répéter les mêmes informations, il y énormément de sites de langue anglaise qui renferment vraiment beaucoup d’informations et que j’ai tenté ici d’extraire.


    Bibliopégie anthropodermiqueest le terme technique qui désigne un ouvrage relié en peau humaine ; anthropodermic bibliopegy pour les anglo-saxons.


    Du côté des anglo-saxons, le mot bibliopegy est un synonyme rare pour reliure, quand à anthropodermic, il semble que ce mot ne soit pas utilisé dans un autre contexte que celui d’une reliure en peau humaine.

    La pratique de la reliure, relié avec la peau de l’auteur est appelé : autoanthropodermic bibliopegy (http://www.theinfolist.com/php/SummaryGet.php?FindGo=Anthropodermic bibliopegy)

    Il semblerait que le premier signalement d’une telle reliure, soit sur une bible en français datant du XIIIe siècle. Malgré la rareté des reliures en peau humaine, la plupart des sites et documentation s’accordent à dire que la Bibliopégie Anthropodermique, a été très courante aux XVIe et XVIIe siècles.


    On verra dans un prochain billet que les salles de vente en France comme à l’étranger, en proposent de temps en temps. Et que selon l’opérateur de vente, et/ou la publicité lié à une vente prestigieuse ; la presse, l’état, ou les associations s’en émeuvent.


    Merci à Bertrand Hugonnard-Roche qui a accepté d’héberger ce modeste billet, à la librairie d’Alexandre Illi, et à Serge Golifman qui m’a aimablement communiquée l’histoire de cette reliure. Qu’ils en soient ici tous chaleureusement remerciés.


    Liens internet vérifiés en juin 2017.




    Juin 2017. A 70 lieues de la Bastille
    Haroun El Poussah


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    Si tout collectionneur s'intéressant aux années 1900 (et à Uzanne en particulier) et tout libraire connaît Les Figures Contemporaines de Mariani, peu ont déjà eu l'occasion de voir une série complète. La longue période de publication des 14 volumes, sur 33 années (1894 à 1926) explique déjà cette difficulté. Notons d'ailleurs que le volume 12 parait en 1911, le volume 13 en 1913 et que c'est donc surtout le volume 14 qui a tardé, le rythme habituel étant un volume tous les deux ans à peu près. 


    Un ancien confrère, âgé de 80 ans, m'a dit un jour avec fierté : "Je connais un collectionneur qui a la série complète sur papier courant". Cet article ne présente pas cette série.


    Nous vous invitons à relire notre article de 2013 sur les Albums Mariani.

    Tout d'abord, voici les tirages annoncés des volumes : 
    • Volumes 1 à 5
      • 50 exemplaires sur Japon avec suite.
      • 50 exemplaires sur vélin d'Arches avec suite..
      • 400 exemplaires sur vélin teinté d'Arches.
      • tirage courant.
    • Volumes 6 à 13
      • 25 exemplaires sur Japon avec suite.
      • 25 exemplaires sur vélin d'Arches avec suite.
      • 150 exemplaires sur vélin teinté d'Arches.
      • tirage courant.
    • Volume 14 
      • pas de grand papier.
    Aujourd'hui, il devient peu aisé de trouver, même séparément, chacun des volumes, même en tirage courant. Il n'y a ainsi qu'une vingtaine de volumes, tout confondu, en vente actuellement en ligne et seuls deux volumes sont en grand papier. Il est plus aisé de trouver une biographie démontée d'un volume qu'un volume lui-même bien souvent.

    Quel pourrait être l'exemplaire le plus désirable de cet imposant ouvrage ? Celui enrichi des originaux. Ne rêvons pas ! Si vous avez relu l'article de 2013, ce passage vous aura sauté aux yeux : 
    Je ne pouvais me soustraire au souvenir de ce pari, dont l'album les Figures Contemporaines avait été l'arbitre, lorsque j'appris que M. Angelo Mariani venait de faire don à la Bibliothèque Nationale de la collection reliée des notices et gravures des Douze volumes de son Recueil panthéonesque, avec adjonction des lettres, dessins, aquarelles, autographes, originaux de toutes les personnalités qui s'y pressent.

    Ne rêvons donc pas ! Mais rêvons de l'exemplaire de Mariani, et gageons qu'il est très beau.

    Un exemplaire exceptionnel est passé en vente aux enchères en octobre 2007. Il y avait 6 volumes, reliés en plein maroquin bleu, dans les premiers tomes. Ces volumes faisaient partie du tirage sur japon, et parmi eux, trois avec une particularité intéressante : les plats intérieurs était ornés de gouaches originales de Robida, Avril et Kastor. Un exemplaire de choix donc.


    Une gouache de Robida de l'exemplaire de 2007

    Cet exemplaire était-il celui de Mariani ? Nous ne pensons pas.

    Voici donc l'exemplaire qu'un gentil correspondant nous permet de présenter partiellement ici (merci à lui!) et que nous supposons être celui de Mariani :

    • 14 volumes plein maroquin lie de vin
      • les 12 premiers tranches dorées, avec aquarelles, gouaches ou cuirs ciselés ou modelés sur les plats intérieurs
      • les 2 derniers têtes dorées, sans rien sur les plats intérieurs (et de qualité médiocre, imitant les autres volume).
    • 13 volumes sur grand vélin d'Arches (pas de grand papier pour le dernier).
    • 10 artistes différents pour les 12 volumes enrichis sur les plats intérieurs. Un seul artiste par volume, deux artistes ayant fait deux volumes.
      • Henrique Atalaya
      • Paul Avril
      • Boutet
      • Delaspre
      • Louis Dezé (spécialiste des cuirs modelés)
      • Paul Guignebault
      • Léon Lebègue
      • Charles Meunier (cuirs incisés)
      • Robida
      • Tofani
    Dans cette liste d'artistes, on retrouve les artistes tournant autour d'Octave Uzanne : Avril, Boutet, Delaspre, Lebègue et Robida par exemple, qui ont fait des cartes de vœux pour lui. Ou encore Atalaya qui illustra un des Huit contes à Mariani, ouvrage dans lequel Uzanne a aussi écrit un conte. Ou encore Louis Dezé qui connaissait Joseph et Octave Uzanne (voyez notre article sur Dezé). Nous ne ferons pas l'affront aux lecteurs d'indiquer les liens entre Charles Meunier, les frères Uzanne et Mariani ici, liens qui leur sont certainement connus.



    Puisqu'on mentionne Meunier, précisons une chose : seules deux reliures sont signées, les deux reliures ayant des cuirs incisés de Meunier. Elles sont signées dans le cuir incisé mais aussi en bas des plats intérieurs. Pour qui connait le travail de Meunier, il n'y a pas de doute : les 12 premiers volumes sont l'oeuvre de Charles Meunier.


    Un cuir incisé par Charles Meunier


    Une aquarelle de Paul Avril

    Quels sont donc les arguments en faveur de la provenance ?
    1. Si on s'arrête à la qualité générale - qualité des reliures et truffes, artiste en présence -, il est évident que c'est un très proche d'Angélo Mariani et d'Octave Uzanne qui possédait cet exemplaire à l'origine.
    2. Seuls 12 volumes ont cette qualité : les plats intérieurs truffés.
      Si vous avez lu la citation de l'article de 2013, Mariani a donné les 12 premiers volumes à la BnF. On peut supposer qu'il sentait la fin arriver, la fin du travail ou la fin de sa vie ! Il a certainement fait relier un des exemplaires de grand luxe, au fur et à mesure, par Meunier à ce moment-là. On voit que les ouvrages ont été reliés un peu à la fois grâce au décor de filet en bordure des plats intérieurs : il diffère légèrement suivant les volumes. Les deux volumes signés sont aussi datés. Les deux derniers volumes seront arrivés plus tard.
    3. Les truffes des exemplaires font toutes référence au vin Mariani ou aux feuilles de coca. Cela ressemble fortement à l'esprit de l'Album où chaque participant envoyait un texte en rapport avec le vin Mariani. Ici chaque participant, chaque artiste donc, envoyait une oeuvre en rapport avec le vin Mariani.
    Voilà donc une série fabuleuse, certainement la plus belle possible (après celle de la BnF) qu'il me tarde de pouvoir admirer par moi-même dès que l'occasion se présentera !

    Bertrand Hugonnard-Roche


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