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par Bertrand Hugonnard-Roche

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    Grosse vente pour un ancien livre chinois aux enchères

    le Quotidien du Peuple en ligne | 30.06.2017 15h18


    Une édition imprimée fin du XVIIIe siècle du roman chinois classique Le Rêve du Pavillon rouge a été adjugée aux enchères le 21 juin à Beijing pour 24,03 millions de yuans (3,53 millions de dollars).

    Un prix assez élevé pour les œuvres de la catégorie des livres anciens et rares en Chine.
    Ces dernières années, les copies anciennes ont connu une popularité croissante parmi les collectionneurs, et cette vente montre bien que l'appréciation se développe, a expliqué Song Hao, un haut responsable du département du livre rare de la China Guardian Auctions. La structure ayant présenté le livre lors de ses principales ventes au printemps.

    Le roman de Cao Xueqin, auteur de l'ère de la Dynastie Qing (1644-1911) vers le milieu du XVIIIe siècle, est considéré comme l'une des plus grandes œuvres de la littérature classique chinoise. L'histoire raconte la prospérité et le déclin de deux riches familles aristocratiques à travers lesquelles l'écrivain a révélé l'obscurité de la société chinoise de l'époque.

    La version vendue a été illustrée et imprimée sur gravure sur bois en 1791, comptant parmi les premières éditions du roman. Généralement connu sous le nom chinois de Cheng-Gao dans le domaine de la « Redologie », des études académiques de l'œuvre de Cao Xueqin.

    (Rédacteurs :Guangqi CUI, Wei SHAN)



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    Émile Causé dit Emil Causé, né en 1867 à Porrentruy (Jura bernois) et mort à une date inconnue, est un artiste franco-suisse, à la fois décorateur, dessinateur, affichiste, poète et conteur, marqué par le style art nouveau. Très peu d'éléments existent sur la vie d'Emil Causé — ainsi signait-il —, un artiste pluriel qui semble avoir été surtout actif entre 1890 et 1902, à Paris, dans des domaines à la fois liés aux arts décoratifs et à la littérature. Né en Suisse mais de parents français, il est élève à l'École nationale des arts décoratifs : ses travaux sont publiés dans L'Art pour tous : encyclopédie de l'art industriel et décoratif en 1891-1892. Il collabore entre 1890 et 1902 au St Nicolas, revue pour enfants éditée par Charles Delagrave, éditeur pour lequel il réalise quelques albums illustrés. Pour cette revue, il écrit également de nombreux contes. Il collabore à La Revue des arts décoratifs (1893-1899) pour Victor Champier, dont il fait la couverture et des vignettes (1897). On retrouve également son nom dans le Musée des familles (1894). Dans Le Livre et l'image (fin 1894), John Grand-Carteret signale qu'il sera l'auteur de la nouvelle couverture de la revue La Plumeà partir de janvier 1896 : après celle d'Eugène Grasset, et avant celle d'Alfons Mucha, il est possible que le projet de Causé n'ait été finalement pas adopté. Néanmoins, pour La Plume, il fournit quelques vignettes, des textes, et exécute l'affiche du salon des Cent de janvier 1898. En 1896 il est mentionné comme poète chansonnier, coutumier du Procope, au Quartier Latin, et hantant les cabarets du boul'Mich. En 1897, il est présent durant l'exposition internationale de Bruxelles, à la section française des arts décoratifs. En 1898, il est l'un des décorateurs choisis pour figurer dans le premier volume des Documents d'atelier, art décoratif moderne réunis par Victor Champier à la Librairie de l'Art ancien et moderne. On perd sa trace après 1912. Une importante collection de documents graphiques — une centaine dont des croquis de mobilier — signés Emil Causé est conservée au musée d'Orsay en partie visible ICI. Il a illustré au moins 4 livres : L'Imagier aux églantines, Paris, Charles Delagrave, 1891. Émile Blémont, Mariage pour rire, comédie en une acte et en vers, Paris, Bibliothèque artistique et littéraire de La Plume, 1898. Charles Perrault, La Belle au bois dormant, Paris, Charles Delagrave, 1899. Otto Friedrichs, La Question Louis XVII, portrait d'en tête, Paris, Société anonyme La Plume, 1900. Édouard Chanal, Les Merveilleuses Épreuves du paladin Huon de Bordeaux, adaptation de l'Obéron de Wieland à la clientèle écolière et familiale, Paris, Delagrave, 1900.  (notice Wikipédia).

    La suite de 47 bandeaux que nous vous proposons ci-dessous est extraite des Figures Contemporaines plus connues sous le nom d'Album Mariani. Sur un peu plus de 70 notices biographiques, Emil Causé donne au moins une cinquantaine de dessins pour les bandeaux (et quelques lettrines). Nous avons sélectionné ceux pour lesquels la signature était bien visible, certains ne portant pas de signature, sans doute d'Emil Causé si l'on s'en tient au style de l'artiste, n'ont pas été catalogués ici. Cet album a paru en 1904 à la librairie Henry Floury. Les dessins d'Emil Causé datent pour le moins de quelques mois à quelques années auparavant. Nous explorerons bientôt d'autres années des Album Mariani.

    Le style déployé ici par Emil Causé est homogène sans être répétitif. On s'aperçoit à la lecture de l'Album que l'artiste a su le plus souvent possible faire coïncider la profession de celui ou celle dont Joseph Uzanne fait la biographie avec le dessin du bandeau (un médecin aura droit aux attributs de la science, un écrivain ceux de la littérature et des livres, etc.). La collection de dessins originaux à l'encre de chine conservée au Musée d'Orsay nous montre certains bandeaux ayant servi à ces album Mariani. L'ensemble de ces dessins pour les album Mariani a du demander un temps de travail important à l'artiste.

    Admirons son travail quelques 113 ans plus tard. Tous les adorateurs de l'Art Nouveau éprouverons le même plaisir que j'ai eu à les détailler lors de la numérisation.

    Bertrand Hugonnard-Roche

     ________________________

    47 bandeaux choisis
    par Emil Causé
    pour l'Album Mariani
    pour l'année 1904


     Cliquez sur l'image pour l'agrandir
     














































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    En 1966, une grande librairie française spécialisée dans les livres rares et précieux, propose dans son catalogue papier n°59 l'ouvrage suivant :

    [début de la notice du libraire]. 188. MOLIÈRE. Les Œuvres de Monsieur de Molière. Reveues, corrigees et augmentees, enrichies de figures en Taille-douce, Paris, Thierry, Barbin, Trabouillet, 1682, 6 vol. in-12, mar. vert olive, doublé de mar. rouge, dos finem. orné au pointillé, triple fil. dor. sur les plats, dent. int. et sur les coupes, tr. dor. (rel. anc.) ... 125.000

    Première édition collective complète, donnée après la mort de Molière, d'après ses manuscrits, avec six pièces en édition originale : Don Garcie de Navarre, l'Impromptu de Versailles, Don Juan, Mélicerte, les Amants magnifiques, la Comtesse d'Escarbagnas. Egalement première édition illustrée, avec 30 figures de Brissart, précieuses pour les costumes, la mise en scène et le portrait de Molière dans ses rôles habituels.

    Exemplaire réglé et à toutes marges (haut. 160 mm), relié à l'époque par Boyet en maroquin doublé et orné d'une dentelle intérieure, condition sans doute unique.

    Unique aussi la présentation en 6 tomes, au lieu de 8, chaque volume se trouvant augmenté d'un fragment (une pièce entière ou plusieurs) du tome suivant. Il est bien entendu absolument complet, y compris les feuillets blancs et les privilèges, sauf les deux titres de tomaison (VII et VIII) devenus inutiles. [fin de la notice du libraire].

    Ce mirifique exemplaire était donc proposé à 125.000 francs de 1966 soit environ 160.500 euros (coef. INSEE 1,28401).

    Un prix réactualisé plus de 50 ans après ne donne qu'une vague idée de la valeur d'un ouvrage. Nous donnons ci-après une liste de prix pris dans le même catalogue pour faciliter la comparaison.

    - N°49. COLONNA. Hypnerotomachia Poliphili (Venise, Alde Manuce, 1499), in-fol. mar. rouge (rel. XIXe.). 28.000

    - N°79. DURER (Albert). De Symetria Partium Humanorum Corporum. Nuremberg, 1534, 1 vol. pet. in-fol. vélin vert (rel. anc.). 10.000

    - N°107. HEURES à l'usage de Rome. Paris, Jehannot, 1498. 35.000

    - N°116. HORACE. Quinti Horatii Flacci poemata. Elzévier, 1676, pet. in-12 (mar. doublé de Ruette). 11.000

    - N°122. LABORDE. Choix de Chansons. 1773, Paris, de Lormel, 4 vol. in-8. veau marbré (rel. anc.) 28.000

    - N°140. LA FONTAINE. Contes et Nouvelles. 1762. Edition dite des Fermiers Généraux. mar. rouge (rel. anc.) 9500

    - N°271. ALAIN-FOURNIER. Le Grand Meaulnes. E. Paul, 1913. 1 des 10 ex. sur Japon. Parfait. Rel. mar. bleu doublé signé P. L. Martin. 35.000

    - N°314. DERAIN (André). RABELAIS. Pantagruel. Paris, Skira, 1943. Maroquin décoré doublé de Legrain. Exemplaire de tête n°2. 24.000

    - N°388. MATISSE. Florilège des Amours de Ronsard. Paris, Skira, 1948. Maroquin doublé de Paul Bonet. Exemplaire de tête (1/20). 28.000

    Sur 462 numéros décrits, ce Molière de 1682 est l'ouvrage au prix le plus élevé si l'on excepte des HEURES DE LA VIERGE (n°106), superbe manuscrit enluminé de 1443 et qui est présenté sans prix marqué (on peut donc le supposer à un prix très élevé, supérieur à 135.000 francs).

    Si en 2017 on cherche quelques exemplaires de ce Molière de 1682 en reliure de Boyet on en trouve pas ... 

    On trouve un exemplaire en 8 volumes en maroquin du XIXe s. 15.000 euros de cette édition de 1682, un autre en maroquin du XIXe de Lortic à 30.000 et un exemplaire en maroquin d'époque aux armes de l'édition de 1697 à 59.000 euros.

    On ne trouve pas d'exemplaires équivalent à celui proposé en 1966 par cette prestigieuse librairie ... encore moins la trace de cet exemplaire unique !

    Cependant nous donnons ci-dessous une liste non exhaustive des plus beaux Molière de 1682 passés en vente aux enchères ces dernières années :

    - Doutrebente : 13/12/2011 - adjugé 4200€

    MOLIERE (JEAN-BAPTISTE POQUELIN DIT)
    Les Oeuvres de Monsieur Molière reveues corrigées et augmentées, enrichies de figures en taille-douce [Suivi de] Les Oeuvres posthumes... Paris, D. Thierry, C. Barbin et P. Trabouillet, 1682. Huit volumes in-12, maroquin rouge, dos ornés, triple filet doré en encadrement sur les plats, filet doré sur coupes, tranches dorées (Thibaron-Joly). 30 figures hors texte dessinées par Brissart et gravées par Sauvé, portrait-frontispice de Molière ajouté. Première édition collective complète comprenant six pièces en édition originale et première édition illustrée. Exemplaire fortement lavé et papier jauni. Exemplaire conforme à la collation de Le Petit. Brunet, III, 1796. Graesse, IV, 562. Le Petit, 326.

    - Binoche et Giquello 17/02/2010 - adjugé 4300€

    MOLIÈRE.
    Les OEuvres. Reveuës, corrigés & augmentées. Paris, Denys Thierry, Claude Barbin, Pierre Trabouillet, 1682. 8 volumes in-12, veau brun, triple filet, armoiries centrales, dos orné, pièce de titre rouge, roulette intérieure, tranches dorées sur marbrure (Reliure de l'époque). Guibert, II, pp. 609-650. PREMIÈRE ÉDITION COMPLÈTE, COMPRENANT 6 PIÈCES EN ÉDITION ORIGINALE, et PREMIÈRE ÉDITION ILLUSTRÉE, ornée de 30 figures gravées en taille-douce par J. Sauvé d'après Bissart, précieux témoignage des costumes, de la mise en scène et des arts décoratifs de l'époque. L'ensemble se divise en deux parties distinctes. Les six premiers volumes contiennent les pièces déjà imprimées du vivant de l'auteur, alors que les tomes VII et VIII comportent toutes les comédies jouées en public mais non publiées à la date de la mort de Molière. Ces pièces en ÉDITION ORIGINALE sont : Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Dom Juan, Melicerte, Les Amans magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. Les manuscrits de Molière furent revus après sa mort par ses amis les comédiens Vinot et La Grange, qui y introduisirent les jeux de scène. BEL EXEMPLAIRE, RÉGLÉ, AUX ARMES DE NICOLAS II LECLERC DE LESSEVILLE (1642-1737), conseiller au Châtelet en 1666, à la Cour des aides en 1672 et président en la cinquième Chambre des enquêtes du Parlement en 1677 (Olivier, pl. 1352). Guigard attribue ces armes à Charles-Nicolas Leclerc de Lesseville (1679-1749), successivement intendant de Limoges, de Pau et de Tours (II, p. 302). Exemplaire de second état, avec les passages cartonnés des tomes VII (Dom Juan) et VIII (La Comtesse d'Escarbagnas et Le Malade imaginaire), contenant 16 figures en premier état : Sganarelle, L'Escole des maris, Le Mariage forcé, L'Amour médecin, Le Misanthrope, Le Médecin malgré luy, Les Fourberies de Scapin, Psiché, Les Femmes sçavantes, Dom Garcie, L'Impromptu de Versailles, Dom Juan, Mélicerte, Les Amans magnifiques, La Comtesse d'Escarbagnas et Le Malade imaginaire. De la bibliothèque d'Ortigue (1862, n° 270). Exemplaire cité au Supplément de Brunet (col. 1050). Petit trou de vers à un feuillet du tome VI (pp. 57-58) avec perte de numéros. Petite déchirure dans la marge d'un feuillet du tome VIII (pp. 99-100) sans manque. Charnières et coiffes frottées. La reliure et les armes du tome III ont été refaites postérieurement. Au tome III, les feuillets Cv à Cviii (pp. 57-64) ont été intervertis avec les feuillets Dv à Dviii (pp. 81-88).

    - Binoche et Giquello : 08/11/11 - adjugé 14500€

    MOLIÈRE
    LES OEUVRES, revues, corrigées et augmentées. 6 volumes. - OEuvres posthumes. 2 volumes. Paris, D. Thierry, Cl. Barbin, 1682. Ensemble 8 volumes in-12, maroquin rouge, triple filet doré sur les plats, dos à nerfs richement orné, doublure de maroquin bleu ornée d'une large dentelle dorée, tranches dorées (Cuzin-Maillard dor.). PREMIÈRE ÉDITION COMPLÈTE, ET LA PREMIÈRE ILLUSTRÉE. Elle a été établie après la mort de Molière d'après les manuscrits originaux par les comédiens de sa troupe, Vinot et Lagrange, qui introduisirent des jeux de scène. Réunies dans les deux volumes des OEuvres posthumes, six pièces sont ici en édition originale: Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Don Juan ou le Festin de Pierre, Mélicerte, Les Enfants Magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. Les 30 figures de Brissart gravées par Sauvé sont précieuses pour l'histoire du théâtre et de la mise en scène. Faites d'après nature, elles donnent certainement les portraits des comédiens de la troupe de Molière, dont le sien. BEL EXEMPLAIRE, EN RELIURE DOUBLÉE DE CUZIN, DORÉE PAR MAILLARD.

    - Denesle & Frémaux Lejeune : 10/03/2008 - adjugé 10500

    MOLIERE.
    Les OEuvres. Reveuës, corrigées & augmentées. Paris, Denys Thierry, Claude Barbin, Pierre Trabouillet, 1682. 8 vol. in-12, maroquin rouge, triple filet, dos finement orné, dentelle intérieure, tranches dorées sur marbrure (Masson- Debonnelle). PREMIÈRE ÉDITION COLLECTIVE COMPLÈTE, COMPRENANT 6 PIÈCES EN ÉDITION ORIGINALE, ET PREMIÈRE ÉDITION ILLUSTRÉE, ornée de 30 figures gravées en taille-douce par J. Sauvé d'après Bissart, précieux témoignage des costumes, de la mise en scène et des arts décoratifs de l'époque. L'ensemble se divise en deux parties distinctes. Les six premiers volumes contiennent les pièces déjà imprimées du vivant de l'auteur, alors que les tomes VII et VIII comportent toutes les comédies jouées en public mais non publiées à la date de la mort de Molière. Ces pièces en ÉDITION ORIGINALE sont : Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Dom Juan, Melicerte, Les Amans magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. Les manuscrits de Molière furent donnés après sa mort par ses amis les comédiens Vinot et La Grange, qui y introduisirent les jeux de scène. Exemplaire de second état, avec les passages cartonnés des tomes VII (Dom Juan) et VIII (La Comtesse d'Escarbagnas). TRÈS FINE RELIURE DE MASSON-DEBONNELLE, le successeur de Capé à partir de 1867. De la bibliothèque Louis Masurier, avec son ex-libris.

    - Alde : 21/03/12 10700€

    MOLIÈRE
    Les Oeuvres. - Les Oeuvres posthumes. Paris, Denys Thierry, Claude Barbin, Pierre Trabouillet, 1682. 8 volumes in-12, maroquin rouge, triple filet, dos finement orné, dentelle intérieure, tranches dorées sur marbrure (Thibaron-Joly). Guibert, II, 609-650. PREMIÈRE ÉDITION COMPLÈTE, COMPRENANT 6 PIÈCES EN ÉDITION ORIGINALE, ET PREMIÈRE ÉDITION ILLUSTRÉE, ornée de 30 figures hors texte gravées en taille-douce par J. Sauvé d'après P. Brissart, précieux témoignage des costumes, de la mise en scène et des arts décoratifs de l'époque. Les manuscrits de Molière furent donnés aux éditeurs après sa mort par ses amis les comédiens Vivot et La Grange, qui y introduisirent les jeux de scène, faisant de cette édition la plus complète du XVIIe siècle. Elle se divise en deux parties distinctes: les six premiers volumes contiennent les pièces déjà imprimées du vivant de l'auteur, alors que les tomes VII et VIII comportent toutes les comédies jouées en public qui n'avaient pas encore été publiées à la mort de Molière. Ces pièces en édition originale sont: Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Dom Juan, Melicerte, Les Amans magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. Exemplaire de second état, avec les passages cartonnés des tomes VII (Dom Juan) et VIII (Les Amans magnifique, La Comtesse d'Escarbagnas et Le Malade imaginaire). Les 30 gravures de l'exemplaire sont en premier état. Il a de plus été enrichi d'un portrait de Molière, relié en tête du premier volume. Très bel exemplaire.


    - Piasa 19/10/10 14000€

    MOLIÈRE
    Les Oeuvres. 6 volumes. - Les Oeuvres posthumes. 2 volumes. Paris, Thierry, Barbin, Trabouillet, 1682. Ensemble 8 volumes in-12, maroquin rouge, triple filet, dos à 5 nerfs joliment ornés, dentelle intérieure, tranches dorées (Capé). Importante édition collective en partie originale pour les Oeuvres posthumes qui contiennent Dom Gracie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Dom (sic) Juan, Mélicerte, Les Amants magnifiques, La Comtesse d'Escarbagnas et Le Malade imaginaire qui paraissent ici pour la première fois. C'est la première édition qui contient l'ensemble des pièces de Molière. Elle se termine par une pièce sur Molière : L'Ombre de Molière de Brécourt. Elle est par ailleurs illustrée de 30 gravures en taille-douce dessinées par Sauvé et gravées par Brissart qui, si elles sont dans le genre un peu naïf, présentent l'intérêt de montrer les personnages et les scènes tels qu'ils ont été représentés. L'une d'elles représente Molière et sa femme Armande Béjard. Très bel exemplaire joliment relié par Capé. Exemplaire lavé, minime trou au titre du tome II, une figure réenmargée.

    - Ader 10/11/15 10000€

    MOLIERE

    Les Oeuvres de monsieur de Molière. Reveuës, corrigées & augmentées. Enrichies de Figures en Taille-douce [tomes I à VI].
    Les Oeuvres posthumes de monsieur de Molière. Imprimées pour la première fois en 1682 [tomes VII et VIII].
    Paris: Denys Thierry, Claude Barbin, Pierre Trabouillet, 1682. — 8 volumes in-12, (12 ff.), 304 pp., (4 ff. 2 derniers blancs), 4 planches; 416 pp., (2 ff.), 5 planches; 308 pp., (2 ff.), 5 planches; 296 pp., (2 ff.), 3 planches; 335 pp. mal chiffrées 535, 3 planches; 93, 195 pp., (2 ff.), 1 planche; 261 pp., (1 f.); 312 pp. Maroquin rouge, triple filet doré en encadrement sur les plats, dos à nerfs orné, dentelle dorée intérieure, tranches dorées sur marbrure (Chambolle-Duru).

    - Rémy Le Fur 26/03/13 6000€

    MOLIERE
    Les Oeuvres. Reveuës, corrigées & augmentées. Paris, Denys Thierry, Claude Barbin et Pierre Trabouillet, 1682. 8 volumes in-12, maroquin rouge, double filet doré, dos orné, dentelle dorée intérieure, tranches dorées (Champs). Première édition collective complète, en partie originale. Elle a été établie d'après les manuscrits de l'auteur par les comédiens Vinot et La Grange, ses amis, qui y introduisirent les jeux de scène. Six pièces sont ici en édition originale: Don Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Don Juan ou le Festin de Pierre, Mélicerte, Les Amants magnifiques et La Comtesse d'Escarbagnas. C'est également la première édition illustrée, ornée de 30 jolies figures gravées sur cuivre par Sauvé d'après Brissart. Ces illustrations sont précieuses pour l'histoire du théâtre et de la mise en scène. On y voit notamment Molière représenté à plusieurs reprises dans ses divers rôles. BEL EXEMPLAIRE, PARFAITEMENT RELIÉ PAR VICTOR CHAMPS. Ex-libris manuscrit effacé avec tache brune sur le titre du tome V. Quelques légères rousseurs et mouillures à des feuillets


    - Alde 24/02/09 5700€

    MOLIÈRE
    Les OEuvres, reveuës, corrigées & augmentées. Paris, Denis Thierry, Claude Barbin et Pierre Trabouillet, 1682. 8 volumes in-12, maroquin bordeaux janséniste, armes au centre des plats, dentelle intérieure, tranches dorées (Hardy). Première édition collective complète, donnée après la mort de Molière d'après ses manuscrits par les comédiens Vivot et Lagrange, qui y introduisirent les jeux de scène. Elle contient 6 pièces en édition originale : Dom Garcie de Navarre, L'Impromptu de Versailles, Do Juan ou Le Festin de Pierre, Mélicerte, Les Amants magnifiques et La Comtesse d'Escarbarguas. Première édition illustrée, elle est ornée de 30 figures de Brossart gravées par Sauvé. Bel exemplaire aux armes du marquis Jacobé de Naurois, descendant de Racine.

    Vos contributions sont les bienvenues !

    Bonne journée,
    Bertrand Hugonnard-Roche pour le Bibliomane moderne

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    La Esmeralda,
    musique de Mademoiselle Louise Bertin,
    Paroles de M. Victor Hugo,
    Décors de MM. Philastre et Cambon,
    Réprésenté pour la première fois sur le théâtre de l'Académie royale de musique,
    le 14 novembre 1836.
    Paris, Maurice Schlesinger éditeur,
    chez Jonas, libraire de l'opéra,
    A Lyon chez Nourtier, 1836


    Petite histoire d'un échec en 4 actes ...

    Les documents historiques ne manquent pas au sujet de cet opéra. Nous allons essayer de tirer le meilleur des documents consultés au sujet de ce spectacle qui ne connut pas la gloire, loin s'en faut. Ce livret écrit par Victor Hugo est tiré de Notre-Dame de Paris (publié en 1831), il reprend sous le titre éponyme l'histoire de la belle gitane Esméralda, et ce pendant 4 actes. De ce que nous avons pu lire ici ou là, il apparaît que Victor Hugo n'avait guère envie de cette mise en musique de son oeuvre littéraire à succès. Il ne croyait pas que la musique put convenir à son texte.

    Louise Bertin est au centre de cette histoire. La vie du ténor Adolphe Nourrit nous apprend quelques détails très intéressants : "Son frère, Armand Bertin, gérant du Journal des Débats et membre de la Commission de surveillance auprès de l'Opéra, et M. Victor Hugo, l'auteur applaudi de Notre-Dame de Paris, aidèrent bien un peu à faire ouvrir une porte fermée à tant d'autres. M. Victor Hugo ne dédaigna pas, lui chef d'école, mais pour cette fois seulement, un genre où brillait un vaudevilliste. Quelle que dût être la fortune de sa pièce, l'auteur se montrait bien inspiré; il travaillait moins en vue de la postérité qu'en vue de son élévation. A cette époque même, la chose a été dite, M. Victor Hugo aspirait à l'Académie française et à la pairie. Or, pour atteindre ce double but, le Journal des Débats ne paraissait pas un appui à dédaigner, et le zèle du gérant pour un ami de la maison était préférable à une bienveillance banale. La Esméralda fut représentée pour la première fois le 14 novembre. La partition, qui se recommande par une facture habile, ne manque ni de mélodie, ni de vigueur. Plusieurs morceaux se firent distinguer, et particulièrement l'air des cloches, chanté par Quasimodo, et que Massol, doué d'une très-belle voix, disait avec beaucoup de verve. Halévy a mentionné honorablement cette partition, « où l'on remarqua, dit-il, une grande abondance d'idées, un coloris heureusement dessiné et souvent une rare puissance d'expression. » M. Victor Hugo, qui sent peu l'harmonie poétique, et qui, en cherchant les vers forts, ne trouve pas les vers coulants, M. Victor Hugo, avec son allure indépendante, ne mettait pas à l'aise sa collaboratrice, sans parler des acteurs qui furent chargés d'articuler des vers dignes de Chapelain [...] Un journal du temps osa critiquer ce système de poésie antimusicale. La Esméralda fut même sifflée. Mais, malgré la réunion des premiers talents, Nourrit, Levasseur, Massol, Mlle Falcon, la Esméralda n'eut qu'un succès très modeste. Il faut s'en prendre à la longueur d'une action dénuée d'intérêt, où figurait un monde sans noblesse. « Par malheur, disait un journal, le libretto n'a pas varié les situations; il est privé de l'animation sans laquelle la meilleure musique s'efface ; car, dans un opéra français, l'intérêt dramatique se compose des paroles que l'on dit et des airs que l'on chante. Si les premières sont froides, la musique, se donnant un mouvement inutile, a l'air d'une folle qui court toute seule dans un espace sans limites. Un mois après son apparition, la Esméralda eut à soutenir un rude assaut. Les amis eux-mêmes avaient reconnu la longueur de la pièce : en la soulageant d'un acte, on avait abrégé d'autant l'ennui des spectateurs, et un joli ballet, tel que la Fille du Danube, venait les dédommager. Après un certain nombre de représentations, Nourrit avait abandonné le rôle de Phœbus. Un soir, le public fit du tapage, et ne voulut pas entendre le dernier acte. Cet opéra fut encore joué quelquefois au commencement de 1837. Il n'est pas resté au répertoire."

    Dans Victor Hugo raconté par lui-même on lit : "Les répétitions de la Esmeralda se firent dans l'été de 1836. L'auteur des paroles n'y assista pas ; il voyageait en Bretagne. A son retour, il fut frappé de la mesquinerie de la mise en scène. Le vieux Paris prêtait aux décorations et aux costumes. Rien de riche ni de pittoresque ; les haillons de la Cour des Miracles, qui auraient pu avoir du caractère et de la nouveauté à l'Opéra, étaient en drap neuf ; de sorte que les seigneurs avaient l'air de pauvres et les truands de bourgeois. M. Victor Hugo avait donné une idée de décor qui aurait pu faire grand effet : c'était l'ascension de Quasimodo enlevant la Esmeralda d'étage en étage ; pour faire monter Quasimodo, il n'y avait qu'à faire descendre la cathédrale. En son absence, on avait déclaré la chose impossible. Ce décor, impossible à l'Opéra, a été fait depuis à l'Ambigu. L'opéra, chanté par MM. Nourrit, Levasseur, Massol, etc., et mademoiselle Falcon, fut applaudi par le public de la première représentation, laquelle fut assombrie par la nouvelle de la mort de Charles X. Les journaux furent d'une violence extrême contre la musique. L'esprit de parti s'en mêla et se vengea sur une femme du journal de son père. Alors, le public siffla. L'opposition augmenta de représentation en représentation, et à la huitième le rideau fut baissé avant la fin. Tout ce que put le directeur, M. Duponchel, qui devait son privilège à M. Bertin, ce fut de jouer de temps en temps, avant le ballet, un acte où l'auteur avait réuni les principaux morceaux des cinq. Le roman est fait sur le mot Ananké ; l'opéra finit par le mot fatalité. Ce fut une première fatalité que cet écrasement d'un ouvrage qui avait pour chanteurs M. Nourrit et mademoiselle Falcon, pour musicienne une femme d'un grand talent, pour librettiste M. Victor Hugo et pour sujet Notre-Dame de Paris. La fatalité s'attacha aux acteurs. Mademoiselle Falcon perdit sa voix ; M. Nourrit alla se tuer en Italie. — Un navire appelé Esmeralda, faisant la traversée d'Angleterre en Irlande, se perdit corps et biens. — Le duc d'Orléans avait nommé Esmeralda une jument de grand prix ; dans une course au clocher, elle se rencontra avec un cheval au galop, et eut la tête fracassée. 

    Dans la Phalange, Journal de la Science Sociale du 10 décembre 1836, on lit cette critique détaillée : "Nous sommes enfin en mesure d'offrir à nos lecteurs notre jugement sur cette pièce qui a suscité une si grande rumeur dans le monde critique, mais dont peu de journaux nous paraissent avoir rendu un compte dégagé de toute considération étrangère à la question d'art. Nous avons assisté lundi dernier à la représentation de cet ouvrage ; il nous est resté une fatigue extrême de l'attention avec laquelle nous avons écouté, et ce malaise résultant toujours de la longue attente d'une sensation qu'on espère et qui n'arrive pas. La musique de mademoiselle Bertin dénote une inexpérience complète, ou l'absence de conception musicale. Quelques lambeaux parsemés, quelques éclairs vraiment remarquables nous feraient plutôt pencher pour la première hypothèse, que légitimerait d'ailleurs l'existence casanière et vide de sensations que mène d'ordinaire une femme, et qui est tout-à-fait incompatible avec le développement des facultés artistiques. Les mélodies sont tellement vagues, que le plus souvent on ne les saisit point ; et nous nous sommes plus d'une fois demandé, dans le cours de l'ouvrage, comment les acteurs avaient pu fixer dans leur mémoire des successions de sons aussi incohérentes et aussi bizarres. Le rôle de Claude Frollo notamment, ne nous a pas paru renfermer une seule phrase saisissable ; il y avait pourtant moyen d'approprier des mélodies bien tranchées à ce sombre et passionné caractère. Tous les morceaux de passion des deux rôles, d'Esméralda et de Phoebus, sont entièrement manqués ; la mélodie en est nulle ou commune. Ce qu'il y a surtout de fatigant dans cette musique, c'est le décousu qui règne d'un bout à l'autre, à peine peut-on signaler un ou deux morceaux qui paraissent avoir été faits sur un plan quelconque ; dans les autres, tantôt la même mesure se répétera avec obstination douze ou quinze fois de suite, tantôt chaque mesure aura un caractère propre et tout-à-fait étranger au caractère de la mesure précédente et de la suivante ; monotonie fatigante ou variété extrême plus fatiguant encore Quelques fragments de chœurs et l'air de Quasimodo font exception. De temps à autre on entend des effets d'harmonie et d'orchestre qui font espérer quelque chose de remarquable, puis rien ; on retombe brusquement dans le chaos. Ainsi, la ritournelle de ce qui doit être probablement un grand air de Claude Frollo présente une combinaison de trombones, et de contrebasses et bassons qui est d'un effet très beau et en parfaite harmonie avec le caractère dramatique du personnage, mais tout se borne à cet annonc e; et ce qui suit n'est qu'un assemblage de sons dont la succession n'a aucune raison d'être. Sans pousser plus loin l'analyse détaillée, bornons-nous à dire qu'il ne fallait rien moins que l'influence de la famille de l'auteur pour déterminer la représentation d'une œuvre aussi incomplète, aussi médiocre que celle-là. Ce qu'il y a de fâcheux, c'est que la mise en scène de cet ouvrage aura retardé celle d'un autre probablement meilleur, et causé ainsi un double préjudice au public et au directeur. Du reste, si nous en jugeons par les sifflets qui ont accompagné les deux derniers actes, notamment le dernier, et par l'ennui marqué qui régnait dans toute la salle, l'existence de la Esmeralda est bien près de toucher à son terme.

    Nous pourrions encore citer de nombreuses critiques parues à l'époque dans la presse généraliste ou spécialisée, toutes sur le même ton.

    Ce fut la seule incursion de Victor Hugo dans le monde de la musique. Ce premier essai ne lui ayant laissé qu'un goût très amer. On sait la gloire du maître qui ne cessa de s'accroître au fil des années. Louise Bertin quant à elle, cette femme handicapée qui suite à une poliomyélite se déplace en béquilles et pour laquelle les critiques ne voient dans ses compositions des « consolations à ses infirmités physiques » (journal Le Siècle). Pourtant Berlioz qui dirigeait les répétitions à l'Opéra atteste dans sa correspondance des qualités musicales et des nouveautés harmoniques d'une œuvre qu'il qualifie de « virile, forte et neuve ». Qui croire ? Elle mourra en avril 1877 à l'âge de 72 ans.

    Internet nous permet d'écouter une interprétation moderne de l'Acte I, Scène 2. Vous pouvez l'écouter ICI. Ou encore 3 actes ICI (acte 1), ICI (acte 2),et ICI (acte 4).

    Qu'aurait pensé Victor Hugo et à fortiori Louise Bertin de la comédie musicale Notre-Dame de Paris créée par Luc Plamondon et Richard Cocciante et représentée pour la première fois le 16 septembre 1998, soit 162 ans plus tard ? Cette nouvelle version mêlant chant, danse et musique, et faisant la part belle à La Esméralda dont elle aurait pu conserver le titre, fut un énorme succès international.

    Bertrand Hugonnard-Roche pour le Bibliomane moderne

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    Copie d'écran - La Dépêche du Midi


    Une édition rarissime de « Du côté de chez Swann » de Marcel Proust a été vendue hier chez Sotheby's plus d'un demi-million d'euros, moins que la fourchette haute de l'estimation.

    « Le volume est parti pour 535 500 euros», a indiqué une porte-parole de Sotheby's. Son estimation se situait entre 400 000 et 600 000 euros. Trésor pour bibliophile, le livre mis à l'encan était l'un des cinq exemplaires numérotés de « Du côté de chez Swann» sur ce que d'aucuns considèrent comme le plus beau papier du monde : le « japon impérial » ou « washi ».

    Trois exemplaires de ces livres rares et précieux sont à l'abri chez leur propriétaire et un quatrième a disparu durant la Seconde Guerre mondiale sans jamais réapparaître.
    Le volume, acquis par un acheteur présent dans la salle de vente, n'était plus réapparu publiquement depuis 1942 lorsque la veuve de son propriétaire l'avait mis aux enchères chez Drouot. Il avait alors été acquis par Roland Saucier, directeur de la librairie Gallimard de Paris, et était resté depuis dans la famille du libraire décédé en 1994.

    Le volume (192 x 138 mm), portant le numéro 5 et relié en maroquin bleu nuit, avait été offert par Proust à Louis Brun, son éditeur chez Grasset. Grand bibliophile, Louis Brun avait ajouté à son exemplaire des documents manuscrits de Marcel Proust qu'il a fait relier en fin de volume.

    Ces documents, huit au total, révèlent un Marcel Proust inattendu. Pour défendre son livre, l'écrivain propose à des amis de la presse parisienne de faire publier dans leurs journaux respectifs des critiques élogieuses de son roman.
    Tous les moyens sont bons pour l'écrivain. Il propose de l'argent aux journaux, écrit lui-même les articles qu'il souhaite voir publiés.
    En même temps, le romancier prend garde à ne pas être découvert. Les échos qu'il rédige doivent rester anonymes, insiste-t-il.
    À la décharge de Proust, il faut rappeler qu'il dut batailler avec ardeur pour trouver un éditeur.

    Il essuya de nombreux refus avant que Bernard Grasset n'accepte de le publier, à frais d'auteur, en novembre 1913.
    Surpris par le succès du livre, Gaston Gallimard réussit à convaincre Proust de rejoindre sa maison. Ce sera avec la NRF de Gallimard que Proust obtiendra le Goncourt en 1919.

    La Dépêche du Midi (Publié en ligne le 31/10/2017)
    Source :  http://www.ladepeche.fr/article/2017/10/31/2676027-un-livre-rare-de-proust-vendu-535-500-e.html


    Photo Sotheby's / Liberal (en ligne)

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    Il a été vendu ces derniers jours sur ebay un rare exemplaire de Histoire de la sultane de Perse et des visirs. Contes turcs. publié chez la veuve de Claude Barbin en 1707.

    Claude Barbin et sa veuve sont connus, notamment, pour avoir imprimé de nombreux ouvrages de contes en tous genre. Pour rappel, Bertrand a fait un bel article sur le sujet il y a déjà 9 ans !!! [NDLR : ça rajeunit pas ....]. La veuve Barbin publie en particulier Les mille et une nuits et Les mille et un jours, respectivement d'Antoine Galland (1646-1717) et François Petis de la Croix (1653-1713).

    Ces deux écrivains se connaissaient bien et, quand, en 1709, la veuve Ricoeur inséra deux contes de Petis de la Croix dans un ouvrage de Galland, ce dernier sut tout de suite à qui s'en prendre.


    Le livre qui nous intéresse aujourd'hui a donc paru avant cette affaire, sans nom de traducteur. Imprimé chez la veuve d'Antoine Lambin en 1706, il ne sera donc publié que l'année suivante. L'approbation est du 6 octobre 1706 et le privilège royal du 14 novembre 1706. Il apparaît au Mercure dès janvier 1707.


    Quel est donc l'auteur, ou plutôt le traducteur, de cet ouvrage ? Nous serions bien incapable d'apporter une réponse définitive. En effet, voici les différentes versions que nous trouvons :
    • Préface de l'édition originale
      • "Ces Contes que les Musulmans appellent par dérision la malice des femmes ont été tirés de la bibliothèque de M. Pétis qui les a traduits autrefois"
    • Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. J.B. Denis Guyon. Paris, Barrois, 1759. n°1062
      • "par Ant. Galland"
    • Genève, Barde, 1787. Cabinet des fées, tome XVI
      • "traduit en françois par M. Galland"
    • Relation de Dourry Efendy. Paris, Ferra, 1810.
      • mentionne la préface de l'édition originale.
    • Antoine-Alexandre Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes. Editions de 1806, 1823
      • "par Galland"
    • Gay-Lemonnyer, II, 514. Edition définitive de 1897.
      • "par Galland et par Petis de la Croix"
    • Gustave Lanson, Manuel bibliographique de la littérature française moderne. Paris, Hachette, 1925. n°6031
      • "trad. par Galland (ou Petis de la Croix)"
    • Pierre M Conlon, Prélude au siècle des lumières en France. Genève, Droz, 1972. Tome 3, p.521.
      • "Traduction due à A. Galland"
    • Editions Champion, 2006
      • François Petis de la Croix
    • Vente Binoche et Giquello, 2015.
      • "Petis de la Croix (François)"
    • Base sudoc
      • "Pétis de la Croix, François (1653-1713). Traduction"
    Quoiqu'il en soit, il est aujourd'hui plutôt communément admis que c'est Petis de la Croix l'auteur mais la formulation de la préface demeure dans ce cas curieuse : "Ces Contes que les Musulmans appellent par dérision la malice des femmes ont été tirés de la bibliothèque de M. Pétis qui les a traduits autrefois"

    Le Berger d'Anatolie

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     Lisez l'article !

    © Alain Jocard Source: AFP


    J'émet une hypothèse folle ...

    Ce qui serait assez amusant en fait ... c'est que le total produit par les futures ventes aux enchères atteigne un montant supérieur aux 850 millions d'euros estimés par les experts d'Aristophil ... ce qui viendrait apporter la preuve qu'il n'y avait pas d'arnaque. Scénario peut-être improbable ... quoi que ... mais saura-t-on vraiment (le grand public) tout ce qui passera en vente issu des stock d'Aristophil ? j'en doute. Il y aura les grandes ventes (Aguttes - ventes de prestige et marketing oblige) et puis les petites ventes en katimini (business oblige).

    Quel est votre avis sur la question ? Nous aurons ici tout loisir d'en gloser ...

    A suivre ... [nous posterons ici même la suite des événements]

    Bertrand Bibliomane moderne

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    "Aimer les livres, c'est bien. Aimer les hommes, c'est mieux.
    Mais la plupart des hommes sont si détestables que je préfère aimer les livres."


    Hubert De Saint

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    Paul Lacroix, dit le Bibliophile Jacob (1806-1884)
    Photographié par Nadar


    « votre exemple comme guide et votre mérite comme but »

      


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    Mesdames, Messieurs, bonjour et merci de votre présence à cette journée d’études Paul Lacroix.


    Je m’appelle Bertrand Hugonnard-Roche et je gère une librairie ancienne depuis maintenant 13 ans.


    J’ai fait la connaissance d’Octave Uzanne il y a de cela près de 20 ans. Depuis, par l’intermédiaire d’un site internet et quelques publications, j’essaye de faire revivre la mémoire de cet homme de lettres oublié du grand public.


    Dans un premier temps je vais vous présenter brièvement Octave Uzanne et son parcours.

    Dans un deuxième temps nous verrons les liens entre Octave Uzanne et Paul Lacroix, dit le Bibliophile Jacob.


    Octave Uzanne est né à Auxerre, en Bourgogne, en 1851. Issu, par sa mère d’une longue lignée de marchands de cette même région, et par son père, d’origine savoyarde, également d’importants marchands en gros établis dans cette ville depuis les premières années du XIXe siècle. Octave Uzanne est orphelin de père à l’âge de 15 ans (1866).


    Le jeune Octave Uzanne suit des études au collège d’Auxerre, fait un passage par un collège en Angleterre (1870), revient au collège Rollin à Paris. On sait qu’il suit des cours de droit et que ses études s’achèvent vers 1872. Pendant ces années de jeunesse Octave Uzanne mène une vie mêlée de bohême et d’études au cœur des quartiers de fête parisiens. C’est à ce moment là qu’il se dirige vers une carrière d’hommes de lettres. Ses premières publications datent de 1875, avec la réédition annotée des Poètes des Ruelles (Sarasin, Montreuil, Voiture, Benserade). Sa formation littéraire passe par la rencontre de plusieurs éminents lettrés : Paul Lacroix (ce que nous verrons plus en détail), mais également Jules Barbey d’Aurevilly, et bien d’autres. Il collabore à de jeunes revues bibliographiques et littéraires (Le Conseiller du Bibliophile– 1876 -1877 ; La Jeune France ; Les Miscellanées bibliographiques de Rouveyre (1878-1880).


    Très vite, le caractère très indépendant du jeune bibliophile-bibliographe s’affirme. Ayant tissé un réseau de relations suffisant, il fonde en 1880, aux côté du jeune imprimeur-gérant Albert Quantin, ce qui sera une revue bibliographique incontournable pendant 10 années : Le Livre. Cette revue sera le point de rendez-vous de très nombreuses connaissances dans le milieu des lettres : On y retrouve Paul Lacroix, Paul Bourget, Edouard Drumont, son collaborateur communard Bernard Henri Gausseron et une myriade de noms encore connus aujourd’hui. Cette revue formera 20 gros volumes in-4 truffés de très nombreuses reproductions de documents, illustrations, estampes, etc.

    Uzanne poursuit son aventure éditoriale avec 2 revues d’un format différent mais non moins luxueuse : Le Livre moderne (1890-1891) et L’art et l’idée (1892). Les collaborations se poursuivent. Uzanne y montre son amour de l’art qui se disperse vers d’autres domaines comme la céramique, la sculpture, la peinture, l’ameublement.


    Il faut tout de suite souligner que ces revues sont éditées alors qu’il publie quantité d’ouvrages à côté, en simultané : Depuis 1875 chaque année voit paraître un nouvel ouvrage : On citera Le Bric-à-Brac de l’amour (1878) préfacé par Barbey d’Aurevilly ; Les Surprises du Cœur ; Le Calendrier de Vénus. Trois productions personnelles aujourd’hui oubliées. En 1878 il publie les Caprices d’un Bibliophile. A partir de 1879 il publie les Conteurs du XVIIIe siècle (série de 12 volumes) avec notes et préface. Paraissent également en 1882 et 1883 les deux ouvrages qui feront sa renommée d’écrivain précieux : L’éventail et l’Ombrelle. Puis viennent les livres sur la femme : Son Altesse la Femme (1884) et La Française du Siècle (1885), puis bien d’autres que nous ne pouvons citer ici. Uzanne publiera sans relâche jusqu’aux premières années de 1900 sur la femme, la mode et la bibliophilie. Les bibliophiles connaissent ses ouvrages sur l’art de la décoration extérieure des livres (reliures et cartonnages), l’illustration, etc. Nous ne pouvons nous étendre ici sur le détail de toutes ces publications luxueuses et destinées avant tout à une élite (tirages numérotés).


    Parallèlement à tout ceci, Uzanne mène une vie agrémentée de nombreux voyages en Europe et dans le monde (USA, Japon). Progressivement, sa passion d’écrire le conduit à devenir de plus en plus journaliste ou plutôt chroniqueur. Il passe ainsi, dès les années 1893, du Figaro à l’Echo de Paris, puis à la Dépêche de Toulouse où il chroniquera pendant près de 30 ans, pratiquement jusqu’à sa mort en 1931.


    Octave Uzanne aujourd’hui oublié méritait de retrouver sa place dans le monde des lettres. Il a côtoyé les plus grands de son temps : hommes de lettres et artistes. Il a été l’ami de Félicien Rops, du céramiste Jean Carriès, de Barbey d’Aurevilly dans ses dernières années, etc.


    Nous allons voir maintenant ce que nous savons à ce jour de ses liens avec Paul Lacroix.


    Il faut tout d’abord insister sur les dates. Paul Lacroix est né en 1806. Lorsqu’Octave Uzanne finit ses études et s’oriente vers les lettres en 1872, c’est un jeune homme de 21 ans qu’il rencontre. Lacroix est alors âgé de 66 ans. Lacroix est conservateur à la bibliothèque de l’Arsenal depuis plus de 17 ans (1855). Lorsque Lacroix meurt en 1884, Uzanne dresse ce portrait de l’infatigable bibliographe :


    « Levé vers cinq heures, il se mettait à l’œuvre jusqu’à 8 heures du matin. Il consacrait une heure à son coiffeur qui, régulièrement, venait le friser, le raser, l’éveiller pour ainsi dire à la vie extérieure ; puis, jusqu’à l’heure du déjeuner, il reprenait son labeur. L’après-midi, lorsqu’il n’était pas de service aux manuscrits de l’Arsenal, il travaillait encore, il travaillait toujours, et souvent le soir il quittait le salon hospitalier de l’Arsenal, où tant d’anciens amis venaient égrener leurs souvenirs, pour aller s’enfermer jusqu’à minuit dans ce petit cabinet encombré et impraticable où il avait emmuré sa vie dans les livres depuis de si longues années. »


    C’est là que le jeune Octave Uzanne fit sa connaissance. Tous deux partagèrent bien des découvertes et des travaux en cours, pour l’un et pour l’autre. Le jeune Octave Uzanne se prit d’admiration pour ce modèle encore vivace ancré dans un siècle qui n’était déjà plus le sien. Uzanne s’en inspirera toute sa carrière.


    Voici ce qu’écrit Octave Uzanne en tête de sa réédition de la Guirlande de Julie (1875) :


    « Monsieur, Je viens, disciple fidèle, placer cette édition, de la Guirlande de Julie sous votre haute protection, rendre humblement hommage à votre vaste savoir, et atténuer, s'il est possible, ma dette de reconnaissance envers vous. C'est non-seulement au maître, au docte bibliophile, au grand lettré de ce siècle, que je dédie cette réimpression, c'est plus encore à l'homme bienveillant, au savant d'intimité, prodigue, comme les vraiment riches, de ses immenses trésors bibliographiques, de son expérience et de ses conseils. N'est-ce pas, en effet, sous l'influence de vos généreux encouragements que j'ai pu concevoir ma tâche, préparer et mûrir la réhabilitation des poètes de ruelles du XVIIe siècle ? Aux quelques beaux esprits que je me proposais d'exhumer, à Sarasin, Voiture, Colletet, Malleville, Brébeuf et Scudéry, n'avez-vous pas ajouté, avec l'enthousiasme juvénile de votre ardente érudition, les noms de Chapelle, Montreuil, Charleval, Lainez, Ferrand, et autres poètes, hélas ! oubliés, jadis oracles dans le temple du beau langage, talents originaux, précieusement étoffés de couleur locale, au milieu de la grandiose universalité littéraire du siècle de Louis le Grand ? Vous avez particulièrement daigné sourire à l'illustre galanterie du marquis de Montausier, éclose dans ce pays de la conversation, ou Julie d'Angennes était reine et idole, et j'ai eu l'inappréciable bonheur de contempler dans votre cabinet de travail, radieuse dans son auréole de fleurs, la ravissante Guirlandeuse, dont le portrait si recherché, et jusqu'alors ignoré, embellit, grâce à vous, cette nouvelle édition. Ne sont-ce pas là, monsieur, des titres à mon entier dévouement, et ne dois-je pas m'estimer fier et heureux d'avoir su rencontrer, au début du chemin, le guide sûr et charmant qui a bien voulu faire quelques pas sur ma route ? C'est donc sous votre inspiration que paraît aujourd'hui la Guirlande de Julie, et que renaîtront tour à tour tous ces rimeurs galants, favoris des Parnassides, troupe légère d'avant-garde des Corneille et des Molière, qui, en dépit de la verte férule du régent Boileau, sut si agréablement faire l'école buissonnière et butiner dans les sentiers de la double colline. Grâces vous soient rendues, monsieur, si je puis mener à bonne fin l'entreprise que je conçois, et offrir aux lettrés, dans une gracieuse rénovation, ces délicates victimes de l'oubli. Quoi qu'il en soit, heureux ou non dans l'avenir, ayant votre exemple comme guide et votre mérite comme but, je marcherai fièrement en avant, prenant la devise que les anciens, dans leur erreur, plaçaient sous le disque solaire : Fit cursu clarior. Avec l'assurance de ma plus vive reconnaissance et de ma sincère amitié, veuillez me croire, Monsieur, Le plus fervent et le plus dévoué de vos admirateurs. »

    Octave Uzanne est admiratif, Octave Uzanne est redevable à Paul Lacroix de tout ce qu’il sait ou presque. A son décès en 1884 ne fera que réitérer remerciements et marques d’admiration à l’égard du maitre.


    Dans l’article qu’il publie dans sa revue Le Livrequelques semaines après le décès du Bibliophile Jacob, Octave Uzanne nous donne quelques intéressants détails sur les soirées de l’Arsenal auxquelles celui-ci a assisté à plusieurs reprises :


    « [...] Chaque vendredi soir, c'était fête à l'Arsenal ; le bibliophile groupait quelques amis autour de la table ; c'était tout une Renaissance délicieuse à étudier pour les jeunes admis au cénacle. Là, venaient le vieux baron Taylor, Paul de Saint-Victor, Henri Martin, Maquet, Monselet, Jules Lacroix, Faber, l'auteur de l'Histoire du théâtre en Belgique, Mme de Montmerqué, autrefois la belle Mme de Saint-Surin, et nombre d'aimables survivants de la génération de 1830. Paul Lacroix, à ces réunions, se montrait un causeur intarissable, spirituel, délicat, un narrateur exquis, qui savait faire revivre ses souvenirs avec une précision et un charme de jeunesse inoubliables. C'est peut-être le dernier salon de conversation qu'il m'aura été donné d'entrevoir, la dernière maison qui eût conservé, dans l'urbanité de la causerie, comme un malicieux reflet des bureaux d'esprit du XVIIIe siècle ; on n'y fumait point, on y causait doucement, en savourant un café spécial dont Balzac avait fourni la recette ; on y lisait, on y inventoriait les pièces curieuses, les bibelots des étagères, et, en particulier, cette fameuse canne de l'auteur de la Comédie humaine, dont la pomme en argent réprésentait trois singes ciselés que le charmant bibliophile affirmait n'être autres que Lautour-Mézeray, Emile de Girardin et ...nescio quem. - On n'y parlait que littérature ancienne et moderne, beaux-arts et bibliographie ; on y projetait des volumes, on y échangeait des idées sur les morts et les vivants, on renversait des bibliothèques sur le tapis, on admirait la superbe galerie de tableaux de l'aimable et accueillante hôtesse, on y vivait double par l'esprit ... enfin, à dix heures on se retirait. »

    Octave Uzanne poursuit :


    « Pourrais-je oublier ces soirées de l'Arsenal où pour moi défilait la tradition orale de tout un passé, où le regretté bibliophile m'apprenait paternellement à distinguer les souvenirs écrits des souvenirs parlés. »

    Uzanne dresse ensuite un portrait du vénérable bibliophile :


    « [...] Paul Lacroix devint l'homme-livre par excellence, bien que rien en lui ne trahit le rat de bibliothèque grincheux et étriqué d'idées. Il avait l'esprit aussi large que son cœur était ouvert à toutes les miséricordes [...] Paul Lacroix joignait à une extrême facilité de conception et d'exécution une infatigable persévérance dans ses entreprises. Dans le logis qui lui était réservé à la bibliothèque de l'Arsenal, le cabinet était situé derrière la porte d'entrée. Lorsqu'on y pénétrait pour la première fois, on ne distinguait qu'une agglomération de livres, de journaux et de brochures, une sorte d'arrière-boutique de bouquiniste, où il semblait impossible à un écrivain, ami du confort moderne, qu'un homme pût vivre, penser et travailler à loisir. On cherchait avec peine un siège pour s'asseoir, et tout à coup d'un amas de paperasses la tête souriante du vieux bibliophile surgissait. Assis devant une petite table d'acajou recouverte de papier goudron, l'historien du moyen âge et de la Renaissance, penché comme un myope sur sa copie, écrivait fébrilement, d'une écriture menue, microscopique, presque indéchiffrable pour les compositeurs. La croisée, sanas autres rideaux qu'un store pour les heures de soleil, s'ouvrait sur l'entrepôt ; dans le lointain brumeux, au-dessus du Jardin des Plantes, le Panthéon et le Val-de-Grâce s'étageaient sur les hauteurs de la Montagne Sainte-Geneviève. Sur la cheminée, le buste de Paul Lacroix romantique de 1830 par Jehan Duseigneur ; dans l'âtre, à terre sur les sièges, des cartons, des papiers, des livres dans le plus incroyable désordre ; - appendus au mur, des tableaux de maîtres, un Greuze : une femme vue de dos tressant sa chevelure, un Jordaens, un Ribeira, quelques portraits de famille et une grande toile anonyme du XVIIe siècle représentant le Temps coupant les ailes de l'Amour. Au milieu de ce capharnaüm dont il avait fait sa thébaïde, l'érudit conservateur vivait à l'aise, accueillant pour tous, conteur et causeur inépuisable et exquis pour ses amis, conseiller précieux, guide empressé, vous mettant sur la piste de toutes les recherches. Dans ce fouillis, il ne s'égarait jamais, et s'il s'agissait d'obtenir des renseignements sur un poète du XVIIe siècle, tout en causant, sa main ramassait à terre un tome in-folio de la bibliothèque du roi, qu'il ouvrait juste à point donné, ou bien le volume voulu du père Niceron ou de l'abbé Gouget, qu'il feuilletait vivement pour y lire à haute voix les références littéraires qu'il y trouvait. Les heures s'écoulaient vite en compagnie de ce charmeur, qui pensait que c'est rester jeune que de savoir vieillir. [...]. »

    Uzanne conclut :


    « Paul Lacroix fut un collaborateur assidu du Livre ; il rêvait d'y publier une longue série de notices bibliographiques sur des écrivains inconnus du grand siècle, pour en former en quelque sorte un Quérard des livres français imprimés au XVIIe siècle ; il projetait de nombreuses études sur les Romantiques avortés ; il avait également ébauché pour cette revue une intéressante Histoire des livres doubles dans les bibliothèques publiques, ainsi qu'une collection physiologique des Voleurs et destructeurs de livres. »

    Personne, hélas ! ne saurait reprendre ces projets ni les traiter avec la science, l'humour, l'élégante concision, la conscience littéraire et surtout la prodigieuse mémoire qu'il y eût apportés.


    La bibliothèque particulière du bibliophile Jacob restera probablement la propriété de l'Arsenal, selon les vœux du défunt. - Je ne saurais dire ce que deviendront ses manuscrits.


    Le temps qui nous est imparti ne nous permet pas hélas ! d’aller plus loin.


    Il nous faudrait pourtant, pour être complet, parler de bien d’autres choses qui réunirent pendant quelques années les deux hommes férus de curiosités en tous genres.


    Il nous faudrait parler de cet ex libris dessiné par Marius Perret sur les indications d’Octave Uzanne pour le Bibliophile Jacob. Ex libris qui était destiné à orné les volumes de la bibliothèque de sa bibliothèque de romans. Mais Lacroix meurt trop tôt.


    Il nous faudrait parler des nombreux compte-rendus d’ouvrages de Paul  Lacroix publiés dans la revue Le Livre entre 1880 et 1884.


    Il nous faudrait parler de l’excellent article signé Bernard Henri Gausseron (bras droit d’Octave Uzanne à la revue Le Livre) intitulé : Cabinets de travail et bibliothèques : M. Paul Lacroix (1884).

    Il nous faudrait parler également de leur avis convergeant sur les Femmes bibliophiles. Lacroix aurait confié à Uzanne :


    « Les femmes n’aiment pas les livres et n’y entendent rien : elles font à elles seules l’Enfer des bibliophiles : Amours de femmes et de bouquin ne se chantent pas au même lutrin. »

    Octave Uzanne tout à la fois féminolâtre et gynécophile, un brin mysogine pour certains, devait apprécier au plus haut point ces propos.


    Il nous faudrait parler des nombreuses anecdotes rapportées par le Bibliophile Jacob au jeune Octave Uzanne. Notamment celle du fameux parasol nommé Pépin de Henri IV, conservé pendant longtemps à l’Arsenal, ancien hôtel de Sully. Il nous faudrait également parler de ses anecdotes sur les bouquinistes parisiens qu’a longtemps fréquenté Paul Lacroix (pendant plus de 60 ans !).


    Mais nous manquons de temps.


    Ainsi, nous conclurons :


    Octave Uzanne paraît aujourd’hui, à la plupart des lecteurs, un écrivain mineur, au style précieux. On l’accuse d’avoir épuisé des sujets jusqu’à lasser son public : La femme, la mode, les mœurs féminines, mais aussi la bibliophilie. C’est ne pas connaître son œuvre qui comprend plus de 50 ouvrages et plusieurs milliers d’articles dispersés dans de très nombreux journaux.


    Je crois d’ailleurs pouvoir dire que les plus virulents à le critiquer sur son style ou sur se choix littéraires sont ceux là même qui ne l’ont pas lu, ou si peu.


    Ses années de formation sont à mettre sous la direction de deux maîtres : Paul Lacroix et Jules Barbey d’Aurevilly. Deux personnages de l’ancienne France, plus ancrés dans la première moitié du XIXe siècle que dans le XXe siècle qui s’annonce. De Paul Lacroix, Octave Uzanne retiendra une force de travail impressionnante et une curiosité démesurée pour toutes choses. De Barbey d’Aurevilly il retiendra un style d’écriture, reconnu et adoubé par le Connétable des lettres lui-même.

    Arrivé à maturité, formé par ces « anciens », Octave Uzanne s’orientera de lui-même vers la nouveauté, le moderne. Sa devise bibliophilique n’était-elle pas « Tout aux modernes ! » ? Son esprit indépendant, travailleur, insensible à la gloire littéraire et aux lauriers tressés, feront de lui un personnage incontournable pendant plus de 25 ans (1875-1900). Son côté misanthrope dès l’aube de sa vieillesse, feront de lui un chroniqueur paradoxal, mal compris, y compris de ses contemporains. Oublié avant même sa mort par ses contemporains alors qu’il était à la tête d’une œuvre littéraire et critique méritante, il nous a semblé juste de remettre à l’honneur, et son travail, et sa personnalité tout à la fois attachante et complexe.


    C’est le but du site internet qui,  à travers déjà plus de 750 articles, donne un panorama des plus complet de son œuvre et de son caractère.


    Mesdames, Messieurs, Merci de votre attention,


    Bertrand Hugonnard-Roche (*)




    *
    * *

    (*) Ce texte a été lu lors de la Journée Paul Lacroix, l'homme-livre du XIXe siècle qui s'est déroulée à la bibliothèque de l'Arsenal le 20 mars 2015. Notre intervention a eu lieu à 11h15 : Bertrand HUGONNARD-ROCHE (libraire et chercheur) – Paul Lacroix et Octave Uzanne, apprentissages d’un jeune homme de lettres : votre exemple comme guide et votre mérite comme but. Durée : 20-30 min. Le programme entier de cette journée se trouve ICI. Nous avons refusé de nous plier au diktat des règles et snobismes universitaires qui consistait en une refonte complète de notre texte avec ajouts de notes et mise en forme "militaire". Ce refus nous a valu de ne pas retrouver ce texte parmi les actes de cette journée (normalement publiés à ce jour). Peu importe le flacon, nous voulons l'ivresse, et par dessus tout la connaissance. Ni Octave Uzanne, ni Paul Lacroix n'auront à souffrir de mon abjection pour les conventions qui ne servent à rien. Voici donc mon texte, en pleine propriété de mes mots, je le livre ici tel qu'il a été lu devant quelque dizaines de personnes tout au plus à l'Arsenal. Espérons qu'il trouve en ce lieu virtuel un lectorat plus ample et non moins passionné.


    Nous vaincrons !


    Bertrand Hugonnard-Roche, le 25 janvier 2018

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    Coll. Bertrand Hugonnard-Roche


    Voici une petite anecdote qui vaut bien des heures d'enseignements à l'école de la librairie ancienne en pays de Bibliopolis !

    Il y a de cela quelques mois, j'achète à un autre libraire un exemplaire de La Société mourante et l'Anarchie de Jean Grave avec une préface d'Octave Mirbeau. Edition originale de 1893 publiée chez Tresse et Stock. Le vendeur précise dans sa notice : "Tiré à part, un des 10 exemplaires sur papier de Hollande (n°10). Broché. Mon sang ne fait qu'un tour. Commande est passée. Le prix demandé est assez bas. Trop bas sans doute ... Je reçois le volume. Broché assez frais, le dos et la couverture rouge sont en très bon état. J'ouvre le volume. Surprise ! Mais ce n'est pas du Hollande ! Le papier est un papier ordinaire, assez teinté, limite cassant, comme pour tous les tirages ordinaires de la maison Stock à cette époque. Le volume sort de l'imprimerie d'Emile Colin à Lagny. Je continue à tourner les première pages : faux-titre, titre. Au verso du titre : la justification (voir photo ci-dessus - celle de gauche). Il est bien indiqué qu'il a été tiré à part de cet ouvrage sur papier de Hollande, dix exemplaires numérotés à la presse. L'exemplaire porte bien, numéroté à la presse, le n°10. Mais ce n'est pas un papier de Hollande. Quid ? Me voilà très interloqué. Je suis en présence d'un exemplaire numéroté à la presse (un examen à la loupe de la numérotation indique bien qu'il ne s'agit pas d'un numéro apposé plus tard sur l'exemplaire, mais bien d'une numérotation au moment de l'impression. Me voilà bien embêté ! Que faire ? Renvoyer l'exemplaire au libraire qui m'a vendu un exemplaire ordinaire pour un exemplaire sur Hollande ? Pourtant la numérotation est bien là. Je décide de conserver l'exemplaire. Pour étude. Me voilà comme la fosse.
    Je n'aime pas rester dans le doute de la sorte. Je décide donc de partir à la chasse à La Société mourante et l'Anarchie de Jean Grave avec une préface d'Octave Mirbeau, dition originale de 1893, publiée par Stock. Le hasard fait que j'en déniche un autre chez un autre libraire. Même édition, même condition (broché), même tirage : un des 10 exemplaires sur Hollande !!! Non, décidément, y'a un truc ! Je commande l'ouvrage. Je le reçois. J'ouvre le volume : je découvre la même chose. Exemplaire portant le n°10 ! soit disant tiré à part sur Hollande. En réalité sur papier ordinaire (voir photo ci-dessus - celle de droite). Quid ? Me voilà interloqué (bis).
    Que conclure ?
    Qu'il ne fait aucun doute qu'il y a supercherie ! A quel niveau se situe-t-elle ? Est-ce l'imprimeur qui a numéroté par erreur au moins deux exemplaires "n°10" sur "Hollande" (qui ne sont que des exemplaires ordinaires) ? Cela a-t-il été fait sciemment ou par erreur ?
    Si j'ai pu dénicher 2 exemplaires identiques présentant les mêmes caractéristiques trompeuses, il doit en exister d'autres, c'est plus que probable.
    Un des 10 exemplaires sur Hollande ! Cela aurait été trop beau ... mais nettement moins instructif. En Bibliopolis on apprend de ses erreurs, mais également de celles des autres. A moins qu'il y ait eu un margoulin typographe chez l'imprimeur Emile Colin à Lagny .... voire deux !

    Bonne journée,
    Bertrand Bibliomane moderne

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    Couverture imprimée en vert
    de l'édition Liseux de 1883
    [A propos de Restif de la Bretonne et de ses œuvres, par Octave Uzanne.]

          C'est lamentable à proclamer, mais ce sont les meilleures et les plus curieuses tentatives de librairie qui échouent le plus souvent. Voici, par exemple, sur ma table un ouvrage sans égal en son genre, et digne de passionner une génération moins ahurie par la fièvre des jouissances hâtives que la nôtre. Je veux parler de Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé, mémoires intimes de ce Restif de la Bretonne dont tant de gens parlent au hasard et que si peu connaissent.
          Un éditeur qui est, à mon sentiment, l'honnête homme le plus désintéressé de l'heure actuelle, et qui eût reçu des témoignages publics d'estime à Sparte pour son érudition profonde et la philosophie de son existence ; un extravagant de sagesse qui aurait dû vivre au temps des Saumaise, des Beyle et des Ménage, M. Isidore Liseux a songé à réimprimer Monsieur Nicolas (1)sur l'édition unique et rarissime publiée par Restif même en 1796. Cet ouvrage original en 16 volumes se vendit dernièrement jusqu'à cinquante louis, mais sa cherté provenait d'autre source que de sa rareté. Restif dans ces volumes a écrit la confession la plus admirablement cynique que l'on puisse rêver ; c'est un Diogène bourguignon qui a roulé son tonneau dans tous les milieux du XVIIIe siècle et qui s'y montre le plus terrible vivant que l'on puisse concevoir. L'international aventurier Casanova disperse bien davantage l'intérêt dans ses mémoires que monsieur Nicolas, imprimeur-auteur, lequel fixe l'attention principale sur la vie parisienne d'il y a cent ans.
          On pouvait croire que la réimpression d'un tel ouvrage ferait un bruit immense dans le Landerneau, des bibliophiles, et même il était sensé de penser que le vulgum pecus enlèverait avec une passion furtive de collégien l'édition sur papier ordinaire à 3 fr. 5o le volume. Il n'est aucun de nous qui n'eût escompté ce succès ; l'édition est remarquablement imprimée, d'une correction rare aujourd'hui, où les correcteurs se recrutent on ne sait comment, et où les publications de luxe sont plus émaillées de coquilles qu'une plage bretonne. (- Cette revue, hélas ! n'en est pas plus exempte que les autres. - ) Des notes concises éclaircissent le texte, l'orthographe fantaisiste de Restif est remise sur le chemin académique ; rien n'y boite et la lecture y est attrayante au possible ; il était donc permis de croire à un succès considérable ; cependant l'éditeur ne constate qu'un froid succès d'estime. Ce fait est absolument typique, aucun journal n'a parlé de Monsieur Nicolas et cette inépuisable matière à chroniquer n'a tenté aucun chroniqueur. Les Illuminés n'offrent plus d'intérêt, parait-il, pour les écrivains philologues du jour : Gérard de Nerval n'a point laissé de successeurs.
          Quelle superbe étude il y aurait à écrire cependant au point de vue psychologique sur Restif raconté par lui-même ! Un admirateur du docteur Charcot y retrouverait une expression de la névropathie au XVIIIe siècle dans une intensité bien supérieure à celle de tous les cas décrits jusqu'alors, car Monsieur Nicolas est un sujet hors ligne, un visionnaire comme on en voit peu, un exalté de satyriasis, un fou génial et délicieusement excentrique.
          Sait-on que Restif lui-même a pressenti le sort réservé à ses Mémoires ? Au tome VI, p. 36oo de l'édition originale, il dit « Où trouvera-t-on le cœur humain aussi bien, aussi véritablement peint que dans cette histoire Ah ! l'abbé Delille avait raison ! c'est un chef- d'œuvre mais c'est la nature et non l'auteur qui l'a fait !... Je puis dire comme Ovide : Exegi monumentum, et ce monument étonnera quelque jour. »
          Certes, il étonne, il renverse même, ce prodigieux monument ! - A le regarder dans son ensemble et dans ses détails il semble impossible qu'un homme l'ait échafaudé de sa propre existence. En dépit des figures extraordinaires que le siècle dernier a pu fournir à notre admiration ou à notre surprise, il n'en est pas de plus curieuse, de plus complexe, de plus vivante ; il ne s'en trouve pas d'aussi largement humaine que celle de Restif de la Bretonne.
          Je serais heureux de voir M. Liseux publier, en appendice dans le quatorzième et dernier volume (qui ne paraîtra guère avant quelques mois), une suite de notes sur les singuliers et spirituels néologismes de Restif, sur le nombre de ses bâtards, et même nous fournir un index alphabétique de toutes les femmes et filles mentionnées dans ces confessions uniques.
          Pour ma part, j'ai relevé plus de cent néologismes et surtout cent trente-cinq bâtards, dont seize garçons, quatre-vingt-quinze filles et vingt-quatre enfants de sexe non indiqué. Si l'on faisait un calcul d'économiste ou de statisticien, on arriverait assurément presque à prouver que les descendances de Restif furent assez nombreuses pour former tout un bataillon du premier Empire.
        
           J'aurai à revenir sur l'auteur des Nuits de Paris, car il est de ceux qui ne se laissent point oublier et qui ont trop semé leur vie dans leurs œuvres pour qu'un de leurs lecteurs aussi fervents que je le suis ne les retrouve pas très fréquemment au cours de la sienne. (*)

    (1) Monsieur Nicolas ou le cœur humain dévoilé, Mémoires intimes de Restif de la Bretonne. Paris, Isidore Liseux, 23, avenue d'Orléans. 14 volumes sur vélin à 3 fr. 5o. Sur papier Hollande, la collection 112 fr. Les dix premiers volumes sont en vente.

    (*) Vieux airs, Jeunes paroles, chronique par Octave Uzanne, article extrait de la revue Le Livre, Bibliographie moderne, livraison du 10 février 1884, pp. 68-69.

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    L'édition originale (in-12) et les éditions qui suivirent de l'Introduction à la Vie dévote sont très nombreuses. En l'espace de 11 ans, il y eut plus de 40 éditions en français. Un véritable best-seller religieux du début du XVIIème siècle. Néanmoins, beaucoup de ces éditions, pour ne pas dire toutes, sont devenues rares voire rarissimes.  L'ouvrage connut aussi de très nombreuses éditions après 1665 et la canonisation du saint.

    Tout d'abord, si on s'intéresse à l'édition originale [Lyon, Pierre Rigaud, 1609], on ne connaît que deux exemplaires : 
    • exemplaire de la Visitation d'Annecy
    • exemplaire de la Österreichische Nationalbibliothek, Vienne, Autriche.
    Cela explique donc que cet important ouvrage manque à toutes les collections autour de Saint François de Sales ! Rochebilière lui-même n'avait ainsi "que" des exemplaires de la seconde édition (1610), de Douai (1610), de Paris (1615), de Douai (1616) et une de Lyon (non datée) [voir Rochebilière, 21 à 25].

    Edition originale
    Exemplaire Visitation d'Annecy


    La collation précise de l'édition originale nous est inconnue. Perrin donne, en 1895, [24]-479-[11]p pour l'exemplaire de Vienne. L'exemplaire d'Annecy serait plutôt [24]-466-[12]. Il convient de noter que la pagination est fautive à partir de la page 432.

    Brunet ne mentionne que l'édition de l'Imprimerie Royale en 1641 (in-folio, la plus belle des éditions anciennes) et signale tout juste la première en 1608. L'édition originale est en effet imprimée en 1608 et mise en vente en décembre 1608 avec la date de 1609.

    1609A - Exemplaire Michel R.


    Dès 1609, une seconde édition [Lyon, Pierre Rigaud, 1609 ou 1610] est imprimée semble-t-il à trois reprises avant le 16 septembre 1609 puisqu'il en envoie un exemplaire au duc de Savoie (on connaît la lettre du 16 septembre 1609). Fabius Henrion les nomme 1609A, 1609B et 1610 deuxième. Cette édition est lacunaire car quatre chapitres de la première édition furent oubliés. Elle contient en revanche de nouveaux chapitres :
    • 1609A : Ce tirage possède sur sa page de titre la même gravure que l'édition originale
    • 1609B : La gravure du titre est changée.
    • 1610 deuxième : Même tirage que le précédent mais postdaté 1610. Rochebilière (21) possédait ce tirage qui était selon lui imprimé en 1609. Son exemplaire portait un ex-libris manuscrit daté de janvier 1610. Henrion dit le tirage assez défectueux. L'exemplaire que nous possédons permet d'éclairer cette affirmation. En effet, bien qu'imprimée sur un joli papier vergé, donc a priori édition soignée, certains feuillets sont mal imprimés.
    La collation de cette édition est connue : in-12, [24]-646-[14]p.

    1609B - Exemplaire Visitation d'Annecy

    1610 deuxième - Exemplaire Berger savoyard


    Le CCfr ne nous donne que 2 exemplaires pour 1609-1610 : 
    • Tolbiac, D-17433 (1610, troisième édition).
    • Tolbiac, Res P-D-39 (Arras, 1610, mention de seconde édition, édition qui semble copiée sur le seconde de Lyon avec une collation très similaire).

    Les exemplaires connus des toutes premières éditions sont donc (liste mise à jour au fur et à mesure des découvertes) : 
    • 1609 (1608)
      • Visitation d'Annecy
      • Österreichische Nationalbibliothek, Vienne, Autriche.
    • 1609A
      • Michel R. (Salomon Phélipeaux des Landes (1574-1655) avec sa signature ; Carmes déchaussés de Charenton, avec un ex-dono des Lendes (sic!) ; Raoul Baguenault de Puchesse ; Alde, 25 novembre 2015).
      • Bibliothèque de l'Université de Paris [1609A ou 1609B?]
      • British Library, Londres [1609A ou 1609B?]
      • Auguste Damex [1609A ou 1609B?]. Devait être présenté à une exposition en 1966 mais Damex est décédé cette année-là.
    • 1609B
      • Bibliothèque de l'Université de Paris [1609A ou 1609B?]
      • Visitation d'Annecy (exemplaire offert par Saint François de Sales au duc de Savoie)
      • British Library, Londres [1609A ou 1609B?]
      • Auguste Damex [1609A ou 1609B?]. Devait être présenté à une exposition en 1966 mais Damex est décédé cette année-là.
    • 1610 deuxième 
      • famille Furet, de Salins, en 1893 puis famille de Villard en 1935. Seul exemplaire connu selon Henrion, avec corrections de la main de Saint François de Sales. Il ne connaissait pas le catalogue Rochebilière.
      • Rochebilière, 21.
      • Berger savoyard. Contient quelques petites corrections (p.233, 385, 455, 464, 478, 594) mais qui ne semblent pas de la main du Saint. Une inscription latine d'époque sur la page de titre "Pro Capuciinis Aureliaens (?)" (pour les Capucins d'Orléans). Elle ne semble pas de la main du Saint non plus.
    • 1610 troisième 
      • Tolbiac, D-17433
      • Prince Chigi, Italie, en 1893. Exemplaire avec une inscription autographe.
    • 1611 troisième
      • ? présenté en 1966 et 1967 à une exposition à Thonon. Un seul exemplaire ou deux exemplaires distincts ?
    • 1610 Arras
      • Tolbiac, Res P-D-39
    • 1610 Douai
      • Rochebilière, 22
      • Montgermont, bibliothèque (médiathèque aujourd'hui ?).
      • ? présenté à une exposition à Thonon en 1967. Peut-être celui de Montgermont qui y fut présenté en 1966


    Nous sommes bien entendu preneur de toute information complémentaire sur le sujet, notamment les exemplaires qui nous sont inconnus.

    Le Berger savoyard


    Sources : 
    • Fabius Henrion, Introduction de Introduction à la Vie dévote. Paris, Mame & Droz, 1935.
    • Rochebilière, Catalogue de vente de sa bibliothèque, première partie. Paris, Claudin, 1882. n°21 à 25.
    • Saint François de Sales, Oeuvres. Annecy, imprimerie J. Niérat, 1893. Tome III.

    Remerciements :
    Michel R., bibliophile savoyard, propriétaire d'un exemplaire 1609A et qui a fourni l'essentiel des informations présentées ici.


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    Taille réelle : largeur 48 mm

    La question est assez simple, basique, simple, basique : je cherche à identifier de quel atelier typographique sort cet ornement et par là-même tout livre qui le contient. Ce cul-de-lampe fort "coquet" est suffisamment caractéristique pour ne pas passer à côté sans le repérer. Il se trouve ici dans une impression non située de 1781.

    Si vous le croisez, pensez à moi !

    Merci d'avance de votre collaboration.

    Bonne journée,
    Bertrand Bibliomane moderne

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    Copie d'écran DROUOT DIGITAL. 15 mars 2018.

    Lot 64. HISTOIRE DES QUATRE FILS AYMON très nobles et très vaillans chevaliers. Introduction et notes de Charles Marcilly. Paris, Launette, 1883. In-4, maroquin noir, encastrée dans le premier plat grande plaque d'or à émaux cloisonnés d'après une composition d'Eugène Grasset, dos à quatre doubles nerfs à l'imitation des reliures gothiques, large encadrement intérieur mosaïqué en bordeaux et décoré d'éléments dans l'esprit de l'illustration de Grasset, doublure et gardes de soie brochée bordeaux sur fond bleu, tranches dorées, double couverture et dos, boîte de maroquin brun en forme de livre, doublé de soie lie-de-vin (Ch. Meunier).

    Spectaculaire édition illustrée par Eugène Grasset des Quatre fils Aymon, version en prose d'une chanson versifiée du XIIIe siècle ayant pour titre Renaut de Montauban, et appartenant à la geste carolingienne. Imprimé pour la première fois à Lyon vers 1483-1485, le texte fut diffusé durant tout le XVIe siècle avant d'être repris, très modifié, au siècle suivant, devenant, et ce jusqu'au XIXe siècle, l'un des romans de chevalerie les plus populaires de la bibliothèque bleue, à l'inverse de Lancelot du Lac, par exemple, qui disparaîtra après l'édition de 1533.

    L'illustration d'Eugène Grasset, oeuvre immense de plus de 250 aquarelles qui le mobilisera plus de deux années, révélera les qualités de l'illustrateur, alors que ses dons d'ensemblier s'étaient déjà manifestés quelques années auparavant lorsqu'il créa des meubles et objets de décoration pour la maison de Charles Gillot, l'imprimeur du présent livre. Révolutionnaire par sa mise en page dans laquelle texte et illustration s'interpénètrent, l'édition l'est aussi par la technique de phototypogravure mise au point par Charles Gillot, et employée ici pour la première fois. Cette technique photographique (gillotage) permettait l'impression des gravures en couleurs et du texte en même temps. La complexité de la conception du livre, qui voulait que les pages soient toutes imprimées dans des couleurs différentes, nécessita plus de 900 planches.

    Célébré à sa parution pour son esthétique, sa mise en page et son procédé industriel, Les Quatre fils Aymon de Grasset fut classé parmi les plus beaux livres du siècle par le critique, éditeur et bibliophile Octave Uzanne et immédiatement adopté par les bibliophiles. Nombre d'exemplaires de luxe furent alors confiés aux deux grands maîtres relieurs de l'époque, Charles Meunier et Marius Michel, qui rivalisèrent d'imagination pour créer des reliures utilisant la technique du cuir incisé, laquelle, issue du XVe siècle, leur sembla particulièrement convenir à cet ouvrage célébrant le Moyen Âge.

    On peut citer aussi à ce propos l'étonnante reliure de Marius Michel ornée d'une plaque en étain repoussé, qui reproduit la composition de Grasset pour la couverture du livre, commandée par Henri Beraldi (IV, 1935, n°88) pour son exemplaire; celui-ci réapparut dans la bibliothèque Henri M. Petiet (IV, 1993, n°67). Tirage à grand nombre d'exemplaires sur papier ordinaire, munis le plus souvent d'un cartonnage d'éditeur illustré (tirage qui fut en grande partie détruit) et à 200 exemplaires de luxe, sur chine et sur japon. Celui-ci est un des 100 exemplaires sur japon (n° 7).

    Prestigieux exemplaire du grand bijoutier Henri Vever, orné d'une merveilleuse plaque d'or à émaux cloisonnés, exécutée dans ses ateliers par le maître émailleur Étienne Tourrette, d'après une aquarelle d'Eugène Grasset. Des bibliothèques Henri Vever et Henri Bonnasse (1980, n° 35). Premier exemple de collaboration entre Vever et Grasset, cette plaque de grand format (230 x 166 mm), signée Vever et portant les monogrammes d'Étienne Tourrette et d'Eugène Grasset, chef-d'oeuvre de l'émaillerie française de la fin du siècle, fut réalisée de 1892 à 1894 et présentée à l'Exposition du Champ-de-Mars en 1894 et à l'Exposition universelle de 1900. Elle est digne de tous les superlatifs. Elle est reproduite en couleurs dans Art et Décoration de janvier 1903, dans un article consacré à Grasset. 

    L'EXEMPLAIRE VEVER DES QUATRE FILS AYMON né de la rencontre de quatre personnalités qui marqueront l'histoire de l'Art nouveau. Henri VEVER (1854-1942), joaillier, directeur avec son frère Paul de la maison créée par leur père et devenue l'un des phares de la rue de la Paix. Bibliophile et grand collectionneur de tableaux, il participa dès 1892 aux dîners des Amis de l'art japonais de Siegfried Bing. Et c'est à partir de la vente, à la galerie Petit, de sa collection de peintures modernes et impressionnistes en 1897 qu'il se consacra pleinement à sa passion pour l'art japonais dont la vogue battait alors son plein. Praticien et marchand, Henri Vever fut aussi l'auteur de l'ouvrage de référence: La Bijouterie française au XIXe siècle, 1906-1908, 3 volumes in-4. En 1924, il fera don au musée des Arts décoratifs de sa collection, plus de 350 bijoux français du XIXe siècle, dont une soixantaine provenant de la maison Vever.

    Charles GILLOT (1853-1903), imprimeur et graveur-lithographe. Perfectionnant une invention de son père Firmin Gillot, il mit au point en 1876 le procédé de photogravure connu sous le nom de «gillotage» dont il déposa le brevet en 1877. Grand admirateur d'Eugène Grasset, il lui confia l'ameublement et la décoration d'une partie de son hôtel particulier dans les années 1880. C'est lui qui présenta Grasset à Vever dont il était l'ami et le guide pour ses acquisitions d'objets d'art japonais. Lui-même collectionneur, Charles Gillot avait surtout réuni un ensemble d'art japonais qui faisait l'admiration des connaisseurs, notamment celle d'Edmond de Goncourt: [la] collection japonaise la plus parfaite, la plus raffinée [...], c'est la collection de Gillot. Offerte pour partie au musée du Louvre, elle enrichit aujourd'hui le musée Guimet. Le reste de ses collections fut dispersé aux enchères en 1904, l'expert de la vente en était Siegfried Bing.

    Eugène GRASSET (1845-1917), décorateur et illustrateur, son style particulier allait marquer le Livre et l'Affiche. L'Histoire des quatre fils Aymon est sa première illustration importante. Sa rencontre avec Henri Vever s'avéra déterminante, ce dernier appréciant son vaste répertoire iconographique et ses compositions fortement influencées par l'art japonais. Il lui commanda la création d'une vingtaine de bijoux qui firent sensation à l'Exposition universelle de 1900, et restent aujourd'hui aussi fameux que ceux de René Lalique (1860-1945) qui créait depuis 1880 pour Vever des bijoux et des objets d'art. On rappellera à ce propos que l'un des alter ego de Vever rue de la Paix, Georges Fouquet, faisait lui appel au talent d'Alphonse Mucha. Une passion commune de l'art japonais unissait ces trois hommes. Sous la tutelle des deux marchands d'art Tadamasa Hayashi et Siegfried Bing (l'éditeur du Japon artistique), ils furent des collectionneurs passionnés d'objets d'art et d'estampes de la période Edo (1603-1868), particulièrement des oeuvres de Hokusai et Hiroshige. Ils se firent les hérauts du japonisme avec Philippe Burty (qui créa le mot en 1872), et, pour ne citer que les plus grands, Félix Bracquemond, les frères Goncourt, Théodore Duret et Claude Monet.

    Étienne TOURRETTE (1858-1924), maître émailleur parmi les plus grands. Possédant toutes les nombreuses techniques de l'émail (cloisonné, translucide, basses tailles, peint), il réutilisa celle de l'émail dit de résille d'or, technique très ancienne qui consistait en l'inclusion de feuille d'or entre les couches de l'émail pour lui donner un scintillement particulier. Étienne Tourrette fut l'un des grands artistes qui permirent aux bijoux Art nouveau d'exister, ces fantastiques «bijoux de peintre» ainsi dénommés pour rappeler la technique de la pose de l'émail, appliqué couche par couche au pinceau. Paul Richet, professeur à l'École des Arts appliqués, dans son article Les Émailleurs modernes au XIXe et XXe siècle (Revue Céramique, verre, émaillerie, mai 1936), a rapporté l'histoire et les vicissitudes de la fabrication de la plaque d'or de Vever pour laquelle Tourrette employa plusieurs techniques de l'émail. En effet, après plus de deux années de travail, celle-ci faillit se détruire en raison de la dilatation du métal, contrariée par le cloisonnement. Sa présence devant nous aujourd'hui n'est due qu'à l'art et à la ténacité de l'émailleur. Les destins croisés de ces quatre personnalités aboutirent ainsi à la création de cette oeuvre unique, pièce de qualité muséale. On a relié dans le volume divers documents: - L'aquarelle originale de Grasset pour la plaque de la reliure, ainsi que diverses gravures et photos de cette plaque. (reproduite page 45) - L'aquarelle originale de Grasset de la page 79. - Le menu illustré du dîner offert par ses amis à Eugène Grasset à l'occasion de sa promotion au grade d'officier de la Légion d'Honneur. - Deux lettres autographes signées d'Eugène GRASSET à Henri VEVER, datées du 1er octobre 93 et du 26 mars 94, dont l'une contient cet éloge: C'est avec la plus grande admiration que j'ai constaté la miraculeuse exactitude avec laquelle mon aquarelle a été reproduite et dont vous avez su faire une véritable oeuvre d'art à l'épreuve des siècles. - Une carte autographe signée d'Henri Vever. - Le prospectus illustré.

    On joint TROIS ESSAIS D'ÉMAIL: - Une plaque sur cuivre (77 x 57 mm), partie du décor de Grasset, Renaut de Montauban à cheval sur Bayard, sans la tête du cheval ni le pied du cavalier. - Deux plaques sur or à émail translucide (42 x 35 mm chacune), portant les titres Souvenirs et Heures.

    Estimation : 200 000 / 250 000 euros

    Nous donnerons ici le résultat de l'enchère.

    Etudes Binoche et Giquello.
    Vente du 29 mars à Drouot, Paris.

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    La famille Phélypeaux fut une importante famille de la noblesse dont les origines connues sont Jean Le Picard, cité en 1297. Phélypeaux était un surnom, devenu patronymique au XVe siècle. (Pour se rendre compte de l'importance de la famille, il suffit de se rendre sur la page Wikipedia consacré à la Maison Phélypeaux).

    Nous allons donc ici nous intéresser à un membre mal connu de cet famille, mort sans descendance : Salomon Phélypeaux (1574-1655), seigneur des Landes.

    Signature de Salomon Phélipeaux (livre de 1586)

    Signature de Salomon Phélipeaux (livre de 1609)


    Tout d'abord pour le situer la généalogie familiale, Raymond Phélypeaux d'Herbault et Paul Phélypeaux de Pontchartrain, tous deux secrétaires d'Etat, étaient ses frères. Ce furent d'ailleurs les deux premiers de la famille à avoir des places importantes, la famille étant encore à Blois dans les générations précédentes.

    Sur Salomon Phélypeaux en particulier, nous ne  connaissons que très peu de choses. Le site des archives nationales ne mentionne que peu de choses à son sujet. On trouve un document (Y//184-Y//187 - fol. 475) qui le dit conseiller du Roi aux conseils d'Etat et privé, demeurant à Paris rue Girard Bocquet (Beautreillis), paroisse Saint-Paul. Il s'agit d'une donation au profit de son neveu Paul Ardier, fils de Paul Ardier et de sa soeur Suzanne (décédée en 1651). Ce document a malgré tout un intérêt dans notre enquête sur Salomon : la donation concerne des biens à Charenton.

    Un autre document serait probablement très intéressant à consulter : son testament conservé dans les minutes du notaire Benjamin Moufle. A défaut de pouvoir le consulter - pour le moment -, on en devine en partie le contenu. 

    Introduction à la Vie dévote

     
    Diego de Stella


    En effet, nous avons déjà su identifier trois exemplaires provenant de sa bibliothèque : 
    • Saint François de Sales, Introduction à la Vie dévote. Lyon, Pierre Rigaud, 1609. (Bernard Brochier, vente Alde, 25 novembre 2015, n°8 ; Michel R. depuis).
    • Saint Jean Chrysostome, Homélies. Traduictes en françois, par François Joulet. Paris, Abel L'Angelier, 1608. (Frédéric de Janzé ; Edouard Rahir ; Henri Béraldi ; Michel Wittock, 6ème partie, vente Alde, 12 novembre 2015, n°22).
    • Diego de Stella, Méditations très-dévotes, de l'Amour de Dieu. Paris, Guillaume Chaudière, 1586. (Le Barbet depuis 2012). Cet exemplaire fut présenté lors de l'Exposition Universelle de Paris en 1878.
    Saint Jean Chrysostome


    Ces trois ouvrages ont plusieurs points communs :
    • reliure en maroquin olive à décor de feuillages, exemplaire réglé.
    • reliure typiquement parisienne attribuée à l'atelier de Clovis Eve (le travail est particulièrement typique de Clovis Eve. Certaines fiches n'indiquent que "Atelier parisien", d'autres mentionnent clairement Eve - voyez l'ouvrage de la vente PBA, 14 février 2018, n°18).
    • sujet religieux.
    • inscriptions sur la page de titre.
    • traces de fermoirs en tissu fixés par perforation dans les plats (la photo ci-dessous vient d'un exemplaire dont nous ne pouvons affirmer la provenance vu que les pages de titre sont absentes).
    • un décor très proche des bords.
    Notre hypothèse est que tous les exemplaires correspondant à cette description ont été reliés par Clovis Eve pour Salomon Phélipeaux, probablement entre 1610 et 1620, et qu'ils furent ensuite légués par testament aux Carmes déchaussés de Charenton. Sur les huit exemplaires que nous avons identifiés, au moment de la rédaction de cet article, nous n'avons pu savoir une provenance ancienne que pour les trois exemplaires cités précédemment et qui confirment notre hypothèse, ou plutôt ne l'infirment pas.


    Exemplaire avec les fermoirs tissus conservés - BM Angers, Rés ST 0738



    Venons-en à ces inscriptions qui sont au nombre de deux : 
    • SPhélipeaux, signature que nous pensons autographe de Salomon Phélypeaux. Le S et le P sont l'un sur l'autre.
    • Ex lib. Conven. Charenton Carm. Discalce. Ex dono Dnj des lendes (sic!) 1655.

    Pour les deux exemplaires passés à la vente Alde, il ne fut pas remarqué ce qu'il était écrit sur ces exemplaires.
    En effet, pour l'exemplaire de Wittock, on attribuait bizarrement la signature à Louis Phélypeaux (1599-1684) qui se serait séparé de l'exemplaire avant sa mort puisque la fiche indiquait bien que l'exemplaire fut donné par Deslendes en 1655 (en indiquant que c'était aux Carmes de Charentes (sic!)).
    L'exemplaire de Brochier indiquait uniquement [....]eaux et des Tendes (resic!) 1645. Sur cet exemplaire, effectivement, le 1655 est mal écrit et peut laisser penser à 1645. La partie mentionnant les Carmes déchaussés est biffée (voir photo ci-dessous).

    Ex-dono sur Diego de Stella.

    Ex-dono en partie biffé sur l'Introduction à la Vie dévote.


    Notre interprétation évidente est que Salomon Phélypeaux fit don de sa bibliothèque aux Carmes déchaussés de Charenton par testament. La lecture de celui-ci devrait confirmer cette quasi-certitude.

    Par ailleurs, notons que d'autres exemplaires ont des reliures particulièrement proches, notamment dans la vente Bernard Brochier :

    • Saint Augustin, [La Cité de Dieu] - [Le Livre de sainct Augustin de l'Unité de l'Eglise contre Pétilian,... fait françois par Jacques Tigeou, angevin,... avec une épître de 1566]. Paris, J du Carroy, 1601. 2 volumes, sans les pages de titre (BM Angers, Rés. ST 0738).
    • Saint Augustin, Les Confessions. Paris, Michel Sonnius, 1598. (Alde, 25 novembre 2015, n°6)
    • Saint François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu. Lyon, Pierre Rigaud, 1617. (Alde, 25 novembre 2015, n°9)
    • Saint Bonaventure, L'Aiguillon de l'Amour divin. Paris, Abel l'Angelier, 1588. (voir H.W. Davies, Early French Books in the Library of C. Fairfax-Murray, I, p.46, n°55).
    • Saint Ambroise, Trois livres des offices. Paris, Chaudière, 1588. (voir catalogue Burton, New-York, 22 april 1994, n°77)

    Malheureusement, il nous semble difficile de savoir si ces exemplaires possédaient les mêmes particularités ou non sans les avoir vu ou sans information sur les pages de titres. Nous essayerons de compléter la liste des exemplaires connus avec cette provenance et nous sommes d'ailleurs preneur de toute information sur d'autres exemplaires ou sur les exemplaires particulièrement proches ci-dessus.

    Alde, 25 novembre 2015, n°6 - Confessions de Saint-Augustin

    Alde, 25 novembre 2015, n°9 - Traité de l'Amour de Dieu

    BM Angers, Rés ST 0738 - La Cité de Dieu

    PBA, 14 février 2018, n°18

    Cet exemplaire ne correspond pas aux caractéristiques des exemplaires S.Phélipeaux, nous ne le mettons ici que pour montrer un autre exemple de reliure proche provenant de l'atelier de Clovis Eve.


    Le Barbet




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    BIBLIOTH.

    ..........., fils


    J'essaye de retrouver le possesseur de cette étiquette ex libris apposée dans un livre publié en 1825. Votre aide peut être précieuse. Si vous l'avez croisé ...

    Merci d'avance,

    Bertrand Bibliomane moderne


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    En 2009, j’eus en main environ 75 ouvrages provenant de cette bibliothèque ; 70 ont donné lieu à un « Mini-Catalogue », d’où est issue la petite statistique ci-dessous :

    Tous les volumes ne sont pas en reliure du XIX° : certains ouvrages des  XVI°-XVIII° siècles sont en reliure d’époque (veau, basane, vélin) ; enfin il y a des exemplaires brochés. 20 titres ne possèdent pas d’ex-libris ; l’ex-libris que vous montrez (voir le billet du Bibliomane moderne du 10 septembre 2009) est absolument identique au mien… sauf un, sorte de négatif, tiré en blanc sur fond noir, collé sur un petit Elsevier (photo P000074).  [NDLR : j'ai eu également un exemplaire avec cet ex libris sur fond noir, inversé par rapport à l'autre].

    Quelques exemplaires possèdent un découpage collé  issu du catalogue de la Librairie Claudin, daté à la plume (1893) ; en particulier, on le trouve sur les  Pensées de Simon Morin  (1647), relié par Niédrée (photos P000075 et 76).  Précieux indice qui  montre  qu’il y eut successivement deux marquis de Gaillon :


    Isidore de VION de GAILLON(1843-1892), d’abord vicomte de Gaillon, puis, très certainement, marquis de Gaillon après le décès de son père, Anne-Charles de VION de GAILLON (1783- 1858), transmettra à son fils  Pierre de VION de GAILLON (1865-1848) sa passion pour les livres ; celui-ci  deviendra marquis de Gaillon en 1892.

    Cette vieille famille du Vexin français était originaire de Bourgogne ; parmi leurs lointains cousins, se trouve le poète Charles VION DALIBRAY(1600-1654), dont le bisaïeul Pierre de Vion, seigneur d’Oinville aurait été « Prestre Curé » … et aurait légitimé ses quatre enfants en 1552 ; ce Pierre était fils cadet de Jean 1 de Vion, ancêtre direct des Vion de Gaillon (*).

    La sœur de Pierre, le bibliophile, épousa Martial de ROFFIGNAC, famille originaire du Limousin, apparentée aux Saint-Exupéry (**).

    Les armes de la famille portent « trois aiglettes en vol », ou, mieux  « de gueules à trois aigles d’azur aux ailes éployées posées 2 et 1 et regardant à dextre » (***)


    (*) Geneanet
    (**) Dans la bibliothèque familiale, se trouvait la rare et anonyme  Notice généalogique sur la famille de Saint-Exupéry (P., Jouaust, 1878), exemplaire, enrichi de nombreuses annotations et corrections manuscrites (de l’auteur ? du marquis ?) qui nous montre deux mariages, l’un au XIV° siècle, l’autre en 1578,  entre Roffignac et Saint-Exupéry.
    (***) www.montferre.com

    Photos :



    P1000074 - ex-libris anthracite sur  MICANZIO ( Frère  Fulgence ) : La  vie  du  Père  Paul  de  L’ Ordre  des Serviteurs de la Vierge et Théologien de la Serenissime Republique de Venise. Traduitte de l’Italien par F.G.C.A.P.D.B. [François GRAVEROL Conseiller au Parlement de Bordeaux]. Leyde, Chez Jean Elzevier, 1661. Petit in-12, sans faux-titre, (12) ff.[ dont le titre]-391-(3)[catalogue]pp., basane racinée fauve,  dos  à  nerfs orné de caissons dorés, pièce  de  titre  bordeaux ,  tranches rouges (reliure  un peu postérieure ;  restauration à un mors; épidermures teintées sur les plats; travail de vers , en « coup d’épingle », dans un coin , au début , rares taches, une déchirure  sans  manque ;  néanmoins  assez  bel exemplaire). Edition  originale  de  la  traduction française de la  Vita del Padre Paolo… (Leida, [ Vander Marse ],1646 ) de  Fra  Fulgencio , traduite  par  François GRAVEROL ( Nîmes ,1644 - ?, 1694 )  selon Quérard  (Supercheries littéraires, II, 37) : il semble, d’après Willems, que Graverol ne fut jamais Conseiller au Parlement de Bordeaux ; si c’est bien ce Nîmois , il  était bien jeune en 1661. Michaud conteste la paternité de cette traduction. Paolo  SARPI , dit  le  Père  Paul  ( Venise, 1552 -1623) fut un théologien de grand renom, histo-rien du Concile de Trente, ami de Galilée, versé dans les disciplines  scientifiques : certains ont affirmé qu’il avait  découvert  la circulation  du  sang ; Stendhal louera  ses  qualités.  Son  bio-graphe,  Fulgence MICANZIO (1570-1654)  fut son collaborateur et son ami ; il lui succèdera comme conseiller spirituel près  la  Sérénissime  République. Voir  la  longue description  de  Willems  (876) qui montre comment ce petit livre est une curiosité typographique : il  est sorti  de  deux  imprimeries  différentes ,  celle  de Philippe de Croy et celle de Jean Elzevier (pour une petite partie) ; cette édition est plus belle que celle de 1663.




    P100075 et 76– collage et reliure sur  le rarissime ouvrage de MORIN  ( Simon ) :    Pensées  (…)  Sans lieu ni nom d’Editeur, 1647.  Très petit in-4, sans faux-titre, 175pp. [pour 176,  détail  qui  a  échappé  à  pas  mal de monde : la  p. 174  est  redoublée…, titre compris  dans  la pagination ], demi veau glacé ocre, dos  à  nerfs ornés au  pointillé doré, encadrés de doubles filets dorés que l’ on retrouve en tête  et en pied , pièce de titre noire  ( Niédrée )  (  sobre et élégante reliure  de  la  fin  du XIX°  siècle ;  petits manques aux mors ). Imprimé sur un papier vergé de mauvaise qualité,  avec les  particularités  suivantes   : on  compte 33 lignes  par  page pleine,  à l’exception  du  dernier cahier, « Y » (pp. 169 et suivantes ) : 37 lignes par page, et même  44  pour  la  dernière ( Errata,  imprimé  en caractères très petits : soixante fautes répertoriées, et pour les autres fautes et ponctuations le Lecteur les suppléra s’il lui plaist );  dans cet exemplaire, elles ne sont pas corrigées. Par ailleurs, outre une qualité d’impression assez mauvaise, défauts  au cahier « I »: en tête des pp. 65 et 72   (titre courant et une ou deux lignes) ne sont pas imprimés ; en bas des pages 68 et 69, perte de quelques mots. Erreurs de numérotation de pages,  surtout  pp. 175 (174) et 176 (175) … A la suite : Arrest de la Cour du Parlement. Rendu à l’encontre de Simon Morin (…)portant condam-nation (…)  d’estre brulé vif (…) ensemble la condamnation de ses complices. Paris, Louis Barbote, 1663. Sans faux-titre,  7[ dont le titre]- (1) pp.

    R.G.


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    Si tu n'aimes pas les beaux livres finement reliés,
    Confie-les à l'ignoble Mondrac, dit le Massacreur,
    Donne lui ton édition en tirage de tête, bon rognée,
    Il en fera une affreuseté bien détestable, quel malheur !

    Si tu n'aimes pas les beaux livres finement décorés,
    Confie-les à l'ignoble Mondrac, dit le Trespasseur,
    Donne-lui un cuivre, une aquarelle originale signée,
    Il en fera une affreuseté bien détestable, quel malheur !



    Et si par hasard les couleurs tu aimes,
    Si les vifs coloris, le maroquin mal coupé,
    Tu aimes aussi, confie-lui des peaux,
    Il les coupera, taillera, rognera,
    Sans art ni précision.

    Il y a des artisans condamnables à perpétuité
    Pour les forfaits qu'ils commettent
    Mondrac est de ces assassins à châtier.
    Pendons-le haut et court et souhaitons-lui
    Que la postérité ne retienne pas même son nom.

    Signé Le Petit-fils de Trautz (*)


    (*) Nous avons pu examiner de près les reliures signées R. et A. Mondrac. Il faut se faire à l'idée que vues de près (de nos yeux vues) ces reliures sont bien plus détestables encore. Mondrac a dû relier plusieurs centaines de volumes, probablement dans les années 50 ou 60 ? La plupart des volumes que nous avons pu examinés étaient des grands formats in-4 ou grands in-8, tous massacrés sans exception. Les tentatives répétées de mosaïques sont les pires cauchemars qu'un bibliophile puisse imaginer. Ah oui ! Certes Mondrac ne manquait pas d'imagination dans ses décors ! Certes ! Seulement du point de vue réalisation technique c'est à peu près aussi réussi que si ces reliures avaient été confiées à un primate (encore ... un primate n'oserait pas cela !). Des centaines de tirages de tête (Mondrac ne pratiquait visiblement son crime que sur les tirages de tête, Japon et autres, avec dessins originaux et cuivres) ont ainsi été à jamais détruits. Dans le meilleur des cas il faudra pour les bibliophiles du futur qui auront en main Une Mondrac ... se précipiter pour la faire retirer illico. Car tout bradel papier uni non titré vaudra mieux que ces cochonneries honteuses pour l'histoire de la reliure d'art.

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