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par Bertrand Hugonnard-Roche

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    Une brève incursion au salon du livre rare et de l'autographe au Grand Palais à Paris, la semaine dernière, m’a permis de repérer un joli petit ouvrage en truie estampée contenant un certain nombre de traités d’astronomie grecque dans une édition baloise de 1547 ayant appartenu au fameux Joannes Sarrander. Il faut avoir du groin pour dénicher cette pépite au milieu des milliers d’ouvrages proposé aux chalands.



    Fig 1 Proclus De Sphera, reliure de l'époque en peau de truie
    estampée à froid

    L’imprimeur Heinrich Petri a réuni en un volume plusieurs ouvrages grecs relatifs à l’astronomie, avec des notes et la vie des auteurs, le tout en 600 pages. On y trouve le livre de la Sphère de Proclus, célèbre philosophe néoplatonicien de Byzance (412-485), qui possédait des connaissances étendues en mathématiques et en astronomie. Son traité de la sphère expose toutes les divisions de la sphère céleste avec autant de clarté que dans nos meilleurs traités d'astronomie. Quitte à  passer la nuit debout autant contempler la voûte céleste avec cet ouvrage en mains. Bien qu'attribué à Proclus depuis le XVe siècle, ce traité ne serait pas de lui mais d’un obscur auteur byzantin, qui avait compilé des passages extraits de Geminus, selon Paul Tannery. Le texte est en grec avec une traduction latine en regard par Giorgio Valla.



    Fig 2 Page de titre

    On y trouve aussi le poème des Phénomènes et des Apparencesd’Aratus de Solès, poète et astronome grec vivant vers 300 - 250 av. JC. Il mit en vers deux ouvrages d'Euxode de Cnide, Miroir et Phénomèneset en fit un seul poème qui emporta l'admiration des anciens. Ce poème serait le texte grec le plus ancien que la Grèce nous ait laissé. 'Toutes choses dépendent de Jupiter' nous dit Aratus au début de son poème auquel Saint Paul se référa à différentes reprises dans son discours aux Athéniens. Aratus a été traduit en latin par Ciceron Germanicus et Rufus Festus Aviénus. C'est Alde l'ancien qui publia Aratus pour la première fois à Venise en 1499.



    Fig 3 L'Espérance

    Entre ces deux classiques, maintes fois réédités au XVIème siècle (1), une œuvre confidentielle de Cléomède : du Monde ou théorie circulaire des corps sublimes, en deux livres.  Cléomède ne nous est pas autrement connu que par cet écrit qui est un exposé de cosmographie et de géographie astronomique situé dans un cadre philosophique destiné à des étudiants et par là-même simplifié. Cléomède, en reprenant des écrits plus anciens, nous donne ainsi des informations précieuses qui auraient été perdues autrement comme la connaissance des procédés utilisés par Eratosthène pour mesurer la circonférence de la terre.



    Fig 4 La justice

    Et pour finir Denys l’Africain (Denys le Périégète) nous propose sa Description des terres habitées, dont j’avais déjà la deuxième impression incunable de 1478.



    Fig 5 La foi

    Jean Sarrander, en 1551, a voulu couvrir son livre d’une reliure solide et durable qui pourrait faire de l’effet aussi bien sur ses voisins que dans le carré Vip du salon du SLAM, 450 ans plus tard. Il a choisi comme décor les vertus théologales et cardinales : Foi , Espérance, Charité et Justice. On remarquera tout particulièrement la Justice avec ses attributs, son glaive et sa forte poitrine, ou encore l’Espérance, bien accrochée à son ancre et cheveux aux vents. Par ailleurs il n’a pas hésité à rajouter des commentaires de son cru dans le texte, comme sur cette première page des Phénomènes : Hoc opus Arati est ecphrasis sphaera ! On n’aurait pas pu mieux dire…


    Bonne Journée

    Textor



    Fig 6 La charité


    (1) Pour le De Sphera Proclus, E.0. à Venise en 1498 pour la traduction latine de Valla, puis édition bilingue en grec et latin à Bâle en 1535 chez Johann 1er Herwagen, suivie d’une édition à Paris en 1543. Il faudra attendre la réédition de Petri en 1561 pour voir le traité agrémenté de cartes.



    Fig 7 Commentaires de Sarrander


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  • 05/10/16--05:34: Identifier un ex libris.

  • Merci de l'aide que vous voudrez bien apporter à un lecteur du Bibliomane moderne. Réponses en commentaire pour la culture de tous.

    Bonne journée,
    Bertrand


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    A l'heure du tout électronique et des e-books, le bon vieux bouquin d'occasion jauni à l'odeur inimitable et qui pourrait sans doute raconter autant d'histoires que son contenu a toujours des adeptes. Qui n'a jamais espionné du coin de l'œil une personne attirante à la bibliothèque ou dans une librairie indépendante, ou regardé à travers les étagères d'une librairie de livres d'occasion ? L'attrait des vieux volumes est indéniable. Et c'est justement ce que se sont dit une société américaine… pourquoi ne pas essayer de séduire votre bien-aimé(e) en sentant comme la chose qu'il ou elle aime tant ? Autrement dit, pourquoi ne pas vous envelopper dans l'odeur d'un livre, sentir comme lui ?

    L'« odeur de livres » est aujourd'hui devenue une réalité dans le monde du parfum, comme la vanille, le cuir ou le bois de santal. Au cours des dernières années, des dizaines de produits sont apparus sur le marché pour donner à votre maison –plus rarement à une personne- l'odeur terreuse et reconnaissable entre toutes d'une collection de livres rares. A présent, la société Sweet Tea Apothecaries vend un parfum baptisé « Dead Writers Perfume », qui promet d'évoquer l'arôme de livres assez vieux pour leurs auteurs aient rejoint la compagnie des grands écrivains au paradis. Il y a aussi la ligne de produits « In the Library » du parfumeur Christopher Brosius qui permet à votre maison et votre corps de sentir exactement comme ça. Le haut de gamme de cette gamme, le parfum « Paper Passion » prétend quant à lui capturer les « plaisirs olfactifs uniques du livre fraîchement imprimé », mais à environ 200 Dollars US le flacon, il est sans doute beaucoup moins cher d'acheter un livre fraîchement imprimé…

    Plus sérieusement, l'attrait de l'odeur des vieux livres a été étudié en profondeur. Le papier, fabriqué à partir de bois, contient de la lignine, une substance chimique étroitement liée à la vanilline, le composé qui donne son parfum à la vanille. Avec le vieillissement des pages, les composés se décomposent, et ils libèrent cette odeur unique. Selon la Ligue internationale de la librairie ancienne, un gestionnaire de livres rares expérimenté peut même dater un volume par sa seule odeur. En outre, nous savons tous aussi qu'un parfum est fortement lié à nos souvenirs. Tout comme le parfum de la crème solaire, d'un plat ou de l'herbe fraîchement coupée peut soudainement évoquer des souvenirs d'étés d'enfance, pour les fanas de livres qui se trouvent parmi nous, l'odeur de vieux manuscrits rappelle des plaisirs comme la lecture d'un vieux classique, ou les heures passées dans une bibliothèque ou une librairie d'occasion.

    Mais dans cette volonté de recréer ce parfum, y a aussi l'élément nostalgie. Le papier utilisé pour les livres d'aujourd'hui contient beaucoup moins de lignine que celui des anciens volumes. C'est pourquoi une réédition d'un roman d'Hemingway, par exemple, n'aura jamais l'odeur d'une première édition datant des années 40 ou 50, peu importe le temps qu'elle restera sur votre étagère. Un livre qui sent comme un livre est une relique de la façon dont nous avons passé du temps, toutes choses que ne pourront pas vous offrir une édition récente, sans parler d'un livre électronique. A moins que, d'ici quelques décennies, il soit possible de mettre en bouteille le parfum de vos « nuits seul sur le canapé avec l'ordinateur » ?

    Lu en ligne sur : http://french.peopledaily.com.cn/VieSociale/n3/2016/0516/c31360-9057981.html
    (le Quotidien du Peuple en ligne | 16.05.2016 08h26 - Rédacteurs :Guangqi CUI, Wei SHAN)

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    En voyant Julia Roberts et Georges Clooney, (What else ?), présenter leur dernier opus, je me suis dit qu’un autre Holywood, moins connu mais mieux représenté dans ma bibliothèque, a eu sa période de gloire, c’est John of Holywood, alias Sacrobosco en latin. Son œuvre majeure, le Tractatus de Sphera Mundi, contient plus d’étoiles que le trottoir de Sunset Boulevard.


    J’avais déjà eu l’occasion de vous présenter, (Mais c’était il y a quelques années et la génération Y ne s’en souvient plus) une des éditions incunables de ce traité de la Sphère, celle de Reiner de Heilbronn, 1478. Voici un autre exemplaire, de cent ans plus jeune, la première traduction en italien publiée chez les Giunti en 1572.


    Né au XIIIème siècle, étudiant d’Oxford, c’est à la Sorbonne que John of Holywood choisit d’enseigner l’arithmétique, l’astronomie et des matières annexes telles que la climatologie, les phénomènes célestes, l’astrologie qui servaient aux étudiants autant qu’aux voyageurs ou qu’aux médecins.  Son traité de la sphère couvre ces différents sujets de manière très synthétique puisque l’ouvrage ne fait pas plus de 68 pages.


    Cette édition florentine, bien imprimée et abondamment illustrée, a cela de particulier qu’elle est sortie des presses des Giunti de Florence en 1572  alors que Nicolas Copernic avait déjà fait paraître son De Revolutionibus (1543) qui rendait parfaitement caduc la cosmologie de Ptolémée. Mais il est vrai que Sacrobosco était encore enseigné en Allemagne, au Pays Bas et en France après la parution de l'Astronomia Nova de Johannes Kepler (1609) !


    Si la théorie de la terre au centre du monde est un peu périmée aujourd’hui (encore que pour ma part, j’ai toujours le sentiment que le soleil tourne autour de la terre, cela se vérifie surtout au bord de la mer), le Traité de la sphèrecontient encore quelques vérités indémodables comme celle-ci :


    ‘’Pour trouver que le Ciel soit rond, il y a trois raisons, similitude, commodité et nécessité.  Similitude, pour ce que le monde sensible est fait à la similitude du monde archétype. De là vient que vu que le monde contient toutes choses, nous disons que telle forme lui a été commode et convenable. Nécessité, car si le monde eût été d’autre forme que ronde, c’est à savoir de forme triangulaire, carrée ou de plusieurs côtés, il s’ensuivait deux choses impossibles : c’est à savoir, qu’il y aurait quelque lieu vide, et quelque corps sans lieu ; desquelles choses l’une et l’autre sont fausses.’’


    Ce qu’il fallait démontrer.


    Reste que la sphère est la plus harmonieuse des figures et qu’elle décore joliment ce traité pour la plus grande joie des bibliophiles.


    Bonne Journée

    Textor



    Fig 1



    Fig 2




    Fig 3




    Fig 4




    Fig 5

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    Fondation Félix Vallotton
    Escaliers du Grand-Pont 5
    1003 Lausanne
    Suisse
    T +41 21 312 96 66
    fvallotton@vtx.ch
    www.unil.ch/fvallotton/


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    Le Bibliomane se fait l'écho des bons articles et des bon sites !

    A découvrir en cliquant sur l'image ci-dessus la belle et longue histoire de la librairie Belin.

    Bonne journée,
    Bertrand Bibliomane moderne


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    Un soir, surfant sur internet – car que faire en son web à moins que l’on ne flâne ? - j’étais à la recherche d’informations improbables sur une reliure humaniste en peau de truie estampée à froid, issue d’un atelier Saxon du XVIe, et dont je ne parviens à percer le mystère.


    L’obscure et hasardeuse sagesse des algorithmes m’a conduit à alunir sur le blog du Bibliomane où Textor nous faisait part de son acquisition récente, lors du Salon du Livre Ancien et de l’Estampe (au Grand-Palais), de ce très bel ouvrage composite édité chez Henri Petri en 1547, et comprenant notamment l’important « Procli  De Sphaera Liber », essentiel traité d’astronomie.


    Dans ce même volume se trouvait également le texte de Denys l’Africain (Dionysos Periegetes (« le voyageur »), encore dit Denys l’Alexandrin)  intitulé « Description des terres habitées », et dont l’heureux Textor possède l’édition de Venise de 1478, une traduction latine d’Antoine Beccaria.




    Description des terres habitées, Venise, 1478

    (Glasgow Incunabula Project)


    L’édition princeps en grec de La Description des Terres Habitées fut d’abord donnée par Giovanni Mazzocchi à Ferrare en 1512, suivie un an après par Alde en 1513 qui l’inséra dans son édition de Pindare. Puis Robert Estienne l’édita à Paris en 1547, à partir d’un manuscrit de la Bibliothèque Royale, avec pour la première fois le commentaire d’Eustathe de Thessalonique.


    Ce poète géographe contemporain de l’empereur Hadrien écrit son texte en hexamètres grecs. Ecoutons-le dans sa traduction en français par l’humaniste bourguignon Bénigne Saumaise : « Je veux chanter l’enclos de la terre habitée, la mer au large sein…. Dîtes moi les chemins et obliques détours. Mignonnes, servez-moi de fanal et de guide ! ».


    Mais là je dis Grèce… ! Revenons donc de ces voyages exotiques en compagnie du periégète, pour nous intéresser à Proclus. Ce dernier, savant, philosophe, membre éminent de l’école néo-platonicienne d’Athènes au Vème siècle, était né à Byzance vers 412 de notre ère, étudia à Alexandrie, et vécut à Athènes. Il est célèbre entre autres pour ses commentaires sur le Timée de Platon, qui ont eu une importance considérable à la Renaissance.


    Comme le dit Textor, son traité sur les Sphères est en fait essentiellement une reprise des éléments de Geminos de Rhodes, astronome et mathématicien grec qui avait vécu plus de 400 ans auparavant, et c’est d‘ailleurs sous cette attribution que cet ouvrage est catalogué par la BnF. Le texte grec avec sa traduction latine fut donnée à Paris par Gilles de Gourmont en 1516.


    Ce texte eut un grand succès et fut republié par de nombreux éditeurs pendant la première partie du XVème siècle.


    En fait, bien que très respecté, voire même vénéré par ses contemporains pour l’étendue de son savoir, Proclus n’est ni un mathématicien génial ni un scientifique vraiment créatif, mais il a un talent extraordinaire de synthèse et de vulgarisation. Il fait le point de façon pertinente et intégrée sur l’état des sciences mathématiques à son époque, depuis les travaux de Thalès, près de 700 ans auparavant, jusqu’ à son époque. C’est un mathématicien honnête, mais il est en fait bien meilleur dans la philosophie et la poésie. Mais, excusez du peu, il est tout de même l’un des 300 mathématiciens au monde qui a un cratère à son nom sur notre satellite…


     

    Marque d’imprimeurs de Heinrich Petri

    (in : The printers of Basle in the XV and XVI centuries, Heckethorn, London 1897)



    L’édition de 1547 dénichée par Textor est très intéressante car elle regroupe un certain nombre de textes essentiels pour les humanistes de l’époque à la compréhension de l’univers, et ce n’est pas un hasard si cet ouvrage, publié dans cet important foyer de la Réforme qu’était Bâle y ait rencontré un grand succès. Pour se remettre dans le contexte de l’époque, il faut bien comprendre que, même si depuis déjà deux millénaires Pythagore avait postulé que la terre puisse être une sphère, ce n’est réellement qu’en 1522 que Magellan à l’origine de la première circumnavigation de l’histoire, sût en apporter la preuve définitive, au-delà de toute spéculation scientifique ou de toute croyance.


    Selon USTC, cet ouvrage est présent dans 8 bibliothèques en Allemagne et une en Hongrie, mais pas en France (mais ceci serait à vérifier).


    L’imprimeur Heinrich Petri, actif à Bâle de 1527 à 1579 a édité nombre d’importants textes scientifiques, dont ceux de Sebastien Münster, ou aussi en 1566 avec son fils la seconde édition de « De revolutionibus orbium celestium » de Copernic.




    Marques d’imprimeurs de Jean Walder

    (in : The printers of Basle in the XV and XVI centuries, Heckethorn, London 1897)



    Quelques années auparavant, en 1540, également à Bâle, Jean Walder, avait imprimé l’édition princeps en grec d’un autre ouvrage d’astronomie de Proclus, « Hypotyposis astronomiarum positionum », édité par Simon Grynaeus (in quarto). Jean Walder s’était déjà illustré par un magnifique coup éditorial en 1538 en publiant in-folio la version princeps de « L’Almageste » de Ptolémée, avec déjà Simon Grynaeus comme éditeur scientifique. L’Hypotyposis fut le dernier texte édité par Grynaeus publié de son vivant, car il périt à Bâle en 1541 pendant l’épidémie de peste.



    Simon Grynaeus, théologien humaniste réformé (1493-1541)



    Les rivalités commerciales et de prestige entre imprimeurs étant vives, on peut imaginer que c’est à la suite de ces importantes réalisations de son confrère, que Heinrich Petri avait souhaité se lancer dans un projet plus ambitieux, à savoir l’impression d’un ensemble cohérent de 4 titres scientifiques d’auteurs différents dans un même volume, celui donc qu’il produisit en 1547. Dans cette compétition acharnée entre imprimeurs les relations n’étaient pas toujours des plus cordiales, et d’ailleurs Jean Walder était en procès contre  Heinrich Petri et Isengrin, à propos d’un Lexicon Graeco-Latin qu’il avait publié en 1539.


    He bestowed great care on works printed in Greek by him ; they were distinguished for accuracy and elegance.


    L’Hypotyposis est une introduction à la théorie astronomique, basée notamment sur les travaux antérieurs d’Hipparque (pas celui du cirque de Tintin, mais bien l’inventeur de la trigonométrie !) et de Ptolémée. Y sont développées les notions d’épicycles et d’eccentriques, et, combinant géométrie et astronomie, Proclus synthétise une théorie cohérente. Dans cet ouvrage, il expose aussi comment l’horloge hydraulique (clepsydre) de Héron d’Alexandrie (10-75 de notre ère) peut être utilisée pour estimer le diamètre du soleil.




    Clepsydre grecque



    Mon exemplaire de l’Hypotyposis provient de la bibliothèque de Jacques-Auguste de Thou (1553-1617) et est relié à ses armes (avant son mariage). Filets d’encadrement dorés simples et doubles, joints en diagonales aux 4 coins. Dans la pièce centrale, une guirlande entoure l’écu aux 3 abeilles. Au sommet une tête de Chérubin ailé dans un halo. Au-dessous un bandeau inscrit « JAC. AUGUST THUANUS ». Au dos de la reliure le monogramme est répété 6 fois.



    La reliure est en maroquin rouge, et porte sur les premiers plats une inscription manuscrite en noir, qui est une côte de bibliothèque, «  J.f.19. »  Cette côte est reprise au contreplat sous la forme « Vest . 1ère J.f.19 ». D’une écriture à l’encre du 18ème siècle est inscrit « This book belonged to Thuanus », avec une signature non déchiffrée.

     

     



    Marque de bibliothèque sur L’Hypotyposis, Walder 1540



    Cette marque de bibliothèque est celle de Charles de Rohan-Soubise (1715-1787), comme ici sur le Ciceron (Turnèbe 1553) à l’Université de Pennsylvanie, provenant aussi de De Thou.





    En effet la bibliothèque de J. de Thou (près de 13 000 volumes) passa d’abord à son fils. Ce dernier, loin de perdre la tête devant un tel héritage, la perdit en revanche lorsqu’il fut décapité en 1642 à l’âge de 35 ans sur ordre de Richelieu, pour ne pas avoir dénoncé la conspiration du marquis de Cinq-Mars dont il avait pourtant connaissance.


    La bibliothèque Thuane fut acquise en 1679 par Jean-Jacques Charron, marquis de Ménars (1643-1718). Ce dernier, Président à Mortier au Parlement de Paris (et aussi beau-frère de Colbert qui avait épousé sa sœur), la vendit en 1706 (pour un prix de 40 000 livres) au Cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg (1674-1749).



    Le cardinal de Rohan (par Hyacinthe Rigaud)



    A la mort du Cardinal, son neveu, Charles de Rohan, prince de Soubise hérita de la bibliothèque, et elle resta dans la famille de Rohan-Soubise jusqu’en 1789, date à laquelle la bibliothèque fut finalement démantelée et vendue.



    Charles de Rohan-Soubise, Pair et Maréchal de France



    Holland House, vers 1770



    Sur le premier contre-plat figure également l’ex-libris gravé de la « Holland House » à Londres, représentant un renard. Holland House était une très aristocratique et spectaculaire propriété, bâtie à partir de 1604 sur ce qui est maintenant Holland Park dans le quartier de Kensington. Cette propriété fut acquise en 1767 par Henry Fox, 1st Baron Holland. Pour Holland à l’époque, son adversaire n’était pas la finance : trésorier payeur des armées, il semble qu’il en ait profité pour accaparer illégalement pendant ses 8 années en fonction une somme de 400 000£, une somme colossale pour l’époque.



    Armes de la famille Fox, Barons Holland

    (un renard siège sur un chapeau-hermine,

    tenant dans sa gueule une rose,

     sous une couronne de baron).



    Le 3ème Baron Holland, Henri Vassal-Fox (1773-1840), fut une important figure politique de l’époque, proche des «whigs ».  Libéral et cultivé, il visita Paris en 1791 où il rencontra Lafayette et Talleyrand, avant d’accomplir son «grand tour» en Italie jusqu’en 1793. On ne put exclure que ce soit lors de ce passage à Paris qu’il acquit ce volume pour sa propre bibliothèque, alors que les libraires liquidaient leurs stocks de livres au kilo en cette période révolutionnaire. C’est à cette époque où le livre quitta la France pour l’Angleterre qu’aurait pu être apposée la mention manuscrite « This book belonged to Thuanus ».

     

     



    Henry Vassal Fox, 3d Baron Holland (portrait at The National Gallery)



    Holland House resta un haut lieu de la vie culturelle, sociale et politique à Londres pendant tout le 19èmesiècle. Y furent reçus entre autres Lord Byron, Disraeli, Charles Dickens ou Walter Scott. Au début du 20ème siècle, Holland House avait encore le plus grand parc privé de Londres, plus grand que celui de Buckingham Palace. Même si la baronnie s’était éteinte, la propriété est restée dans la famille jusqu’après la deuxième guerre mondiale.


    Un certain nombre de ventes de livres de la librairie des Barons Holland eut lieu à différents moments. Dés 1775 la bibliothèque de Stephen, 2e Baron Holland fut vendue chez Christies (11 decembre). En 1813 une partie de la bibliothèque de Charles-James Fox fut vendue dans une vente anonyme (Jeffery, Pall Mall, 17 juillet 1813). Enfin une partie (principalement des doubles) de la bibliothèque de Henri Edward, 4e Baron et dernier de la lignée fut vendue chez Sothebys le 29 novembre 1847.


    Néanmoins, la bibliothèque fut pour l’essentiel préservée, et, comme le montre le cliché ci-dessous, avait encore belle allure en 1907.




    Il existe plusieurs ex-libris gravés pour la « Holland House library », réalisés à différentes époques, et tous s’inspirant bien sûr de la thématique du blason familial des Fox, le renard.

    La marque ci-dessous, par exemple, présentée sur le site du Musée des Beaux-Arts de San Francisco comporte la devise en latin (« vitam impendere vero » = consacrer sa vie à la vérité) et figure deux renards.



    Fine Arts Museum of San Francisco)

     (Achenbach Foundation for graphic arts,

    Accession # 1963.30.20880)




    Ex-Libris Henry Fox 1st Baron Holland



    Ces deux ex-libris sont très différents de celui apposé sur notre Hypotyposis. En revanche, les cotes de bibliothèque apposées au crayon bleu sur l’ex-libris ont les mêmes caractéristiques que celles retrouvées sur l’ex-libris de San-Francisco.




    Premier contreplat

    (Hypotyposis, Walder, Bale 1540)


     

     
    Le plus plausible est que cet ouvrage soit ensuite resté dans la bibliothèque de Holland House jusqu’à la deuxième guerre mondiale. En 1940, Londres est soumis aux bombardements allemands (le Blitz), et le 27 septembre, pendant un raid de la Luftwaffe qui dura une dizaine d’heures, plus de vingt bombes incendiaires atteignirent Holland House, détruisant l’essentiel de l’édifice. Par miracle, la bibliothèque fut relativement préservée et la plupart des volumes purent être sauvés des flammes et de l’eau (en fait il semble que les volumes les plus précieux avaient été déménagés ailleurs au début de la guerre).


    Le saisissant cliché ci-dessous montre des lecteurs, au lendemain du bombardement consultant des ouvrages dans la bibliothèque. Il s’agit en fait d’une image de propagande prise près d’un mois après le bombardement, et censée montrer un admirable exemple du flegme et de la résilience des londoniens pendant cette période. De fait, la tragédie de la destruction de Holland House ne fut reportée dans la presse que le 22 octobre, soit 4 semaines plus tard, censure oblige. Mais quelle que soient ses intentions, cette image est aussi une évocation absolument prodigieuse, hallucinante même, de ce qui pousse l’homme à dépasser les catastrophes et à résister, en cherchant au travers des livres et de la culture à donner du sens à son destin, aussi sombre puisse-t-il paraître.




     

    Holland House Library, après le blitz (1940)



    C’est aussi le cas pour cet autre cliché montrant une simple librairie de quartier atteinte par les bombes en 1940, avec un jeune homme lisant tranquillement dans les ruines « L’Histoire de Londres ».



    London bookshop after German bombing, 1940. Available from AP Images.

    Reading history and seeing it, too an amusing sidelight of the latest chapter in London’s history is this lad who, according to the British caption, sits mid the ruins of a London bookshop following an air raid on October 8, 1940 in London, reading the History of London.


     

     
    Après ces tristes évènements de 1940, Holland House resta à l’état de ruine jusqu’à ce que le dernier descendant de la famille le vendit en 1952 à la ville de Londres. Entre temps, il y eut encore en 1947 une dernière vente aux enchères des livres de la Holland House Library, à la maison de vente Hodgsons le 13 mai 1948.


    Le prochain possesseur connu de notre ouvrage est le bibliophile américain Robert Brodhead Honeyman. Cet homme né en 1897 collectionna livres et manuscrits sa vie durant, notamment dans le domaine des sciences (astronomie particulièrement), et fit construire un musée privé pour ses livres rares et œuvres d’art (principalement peintres impressionnistes et art de l’ouest américain) en Californie (San Juan Capistrano, Rancho Los Cerritos).


    En 1958, à l’occasion de l’Année Géophysique Internationale (AGI, du 1er juillet 57 au 31 décembre 58), il exposa une partie de sa collection en Californie puis en Pennsylvanie (Lehig University, son « Alma Mater »). C’est à l’occasion de l’AGI que le Spoutnik 1 a été lancé par l’URSS le 4 octobre 1957, événement majeur de la guerre froide qui se jouait alors.

     

     



    Sa collection comportait plusieurs milliers de livres de sciences. Un autre très grand bibliophile collectionneur d’ouvrages scientifiques, Haskell Norman, rapporte que Honeyman s’était fixé comme règle de ne jamais dépenser pour un seul livre, ou pour une seule journée d’acquisition plus de 4000 $. Si le livre qu’il souhaitait acquérir dépassait cette limite, alors il cédait en complément un ou plusieurs livres déjà en sa possession.


    En 1963 les œuvres d’art furent cédées à l’université de Berkeley (Bancroft Library). Quant à sa magnifique bibliothèque de livres scientifiques elle fut dispersée chez Sothebys au cours de plusieurs vacations entre 1978 et 1981. Honeyman lui-même décèdera en 1987.


    Je ne sais pas sous quel numéro nôtre exemplaire de l’Hypotyposis figurait dans le catalogue de ses ventes de 1978-81, ni qui l’avait acquis, ni à quel prix. Je sais qu’avant de rejoindre notre bibliothèque il y a une dizaine d’années, nôtre exemplaire avait été acquis à Londres chez Sothebys en 1986 par son précédent propriétaire.

     

     



    Ainsi, pour résumer, le scénario probable pour  l’itinéraire de ce livre au cours de presque cinq siècles est le suivant :


    1540 : Livre publié à Bâle chez Jean Walder (édition princeps en grec)

    1541 : L’éditeur Simon Grynaeus meurt de la peste

    1580 : Bibl. De JA De Thou célibataire (date du mariage =1587)

    1617 : Mort JA de Thou

    1642 : Exécution de JA De Thou II

    1679 : Acquisition par le Marquis de Mesnard

    1706 : Acquisition par le Cardinal de Rohan

    1749 : Attribution par héritage à Charles de Rohan, Prince de Soubise

    1789 : Vente à Paris de la Thuana et Rohan-Soubise

    1791 : Acquisition à Paris par Henry Vassal Fox, 3d Baron Holland

    1793 : Henry Vassal Fox retourne en Angleterre

    1813 : Vente Charles-James Fox (il n’y figure pas)

    1847 : Vente 4th Baron Holland (n’y figure pas)

    1940 : 27 septembre, bombardement de Holland House: l’exemplaire n’est pas endommagé

    1947 : Vente finale de la Holland House Library

    1950-60 : Acquisition par Honeyman, date indéterminée

    1978-81 : Vente Honeyman

    1986 : Vente Sothebys à Londres

    2008 : Propriétaire actuel


    Il est émouvant de constater qu’au travers ces cinq siècles d’histoire, de guerres et de vicissitudes diverses, cet important ouvrage humaniste a été préservé dans les différentes bibliothèques qui l’ont accueilli, et par les générations de bibliophiles qui ont eu la chance d’en être le dépositaire à un moment ou à un autre de sa longue histoire, et qu’il se trouve aujourd’hui pratiquement dans le même état que lorsque le jeune Jacques-Auguste de Thou le fit relier vers 1580.



    Vale.


    S***

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    Une fois de temps à autre, le Bibliomane moderne se fait l'écho des recherches et trouvailles publiées sur www.octaveuzanne.com ... vu que le Bibliomane moderne et www.octaveuzanne.com, c'est moi dans les deux cas ! (sourires).
    J'ai pensé que ce petit sujet où le Bibliophile est au centre de l'intringue si je puis dire, aurait sont intérêt ici.
    Bonne lecture,

    Bertrand Bibliomane moderne


    *****
    ***
    *


    Eau-forte originale tirée en noir avec marges symphoniques en bistre,
    par Albert Robida. Tirée soit en 1890, soit en 1894,
    avec le portrait d'Octave Uzanne au centre qui remplace
    celui du bibliophile épouvanté.
    Cette eau-forte très rare a certainement été tirée à 25 exemplaires seulement ?


          Celles et ceux qui suivent d'un peu près l'actualité Uzannienne savent, parce que je l'ai déjà écrit ici ou là, qu'Octave Uzanne avait un point commun avec le cinéaste Alfred Hitchcock. Comme chacun sait, le réalisateur anglais aimait à se voir passer une fraction de seconde dans le champs de ses caméras au sein même de ses films. Coquetterie d'artiste ou bien ego surdimensionné ? Je laisse à chacun son opinion. Octave Uzanne avait cette même coquetterie. Le cinéma en étant à ses balbutiements, c'est donc dans les illustrations de ses livres qu'il faut le chercher.
          On sait déjà qu'Octave Uzanne aimait à se voir grimé en satire ou en faune pervers courant derrière gente damoiselle effarouchée (voir notre article à ce sujet). Mais c'est la découverte toute récente d'un document qui nous a mis sous les yeux cette nouvelle démonstration portraitisation sans équivoque.
          En 2012 je vous avais parlé d'une jolie estampe par Albert Robida et intitulée Cauchemar d'un Bibliophile. Elle avait été publiée dans le premier tome de la revue Le Livre Moderne (premier semestre 1890). Dans les exemplaires imprimés sur papier vergé de cette jolie revue artistique, on trouvait une belle eau-forte tirée dans les tons de bleu/vert/noir. Dans les exemplaires de luxe tirés sur Japon ou sur Whatman on trouvait la même estampe avec un état en plus : eau-forte non terminée (état de pointe sèche). Mais l'état que je vous pouvez admirer ci-dessus est déjà beaucoup plus difficile à trouver. D'ailleurs jusqu'à ce jour je ne l'avais pas trouvé, je ne savais même pas qu'il existait. J'aurais pourtant dû le savoir, mais j'avoue être passé à côté.
          L'eau-forte que vous pouvez admirer ci-dessus est tirée en noir avec ce qu'on appelle des marges symphoniques. Félix Buhot eut lui-même pour habitude de graver de telles marges entièrement ornées de petits sujets en rapport (plus ou moins) avec le dessin central (pour les Zigzags d'un Curieux du même Octave Uzanne, 1888). Albert Robida nous en donne ici un exemple similaire. Ici les marges symphoniques sont tirées en bistre, ce qui ajoute à l'esthétique de l'ensemble. D'où provient ce tirage de luxe sur un beau papier Japon ancien s'il ne provient pas des exemplaires de luxe du Livre Moderne ? C'est dans le catalogue de Quelques-uns des Livres contemporains d'un écrivain et bibliophile parisien (Octave Uzanne) qu'il faut aller chercher la réponse. Cette première vente Uzanne s'est déroulée à Paris les 2 et 3 mars 1894. Nous en avons longuement déjà parlé sur ce blog. C'est à la justification du tirage qu'il faut nous intéresser. Ce catalogue a été tiré à 1000 exemplaires distribués aux amateurs, 100 exemplaires tirés sur papier mauve vélin, filigrané de pervenches et numérotés avec un frontispice à l'eau-forte de Robida, et 25 exemplaires sur vieux Japon feutre très rare, avec signature d'Octave Uzanne, frontispice du Bibliophile, portrait ex-libris. Ces derniers 125 exemplaires, uniquement distribués en souscription sont rares. Il m'a été donné une seule fois la possibilité d'en acquérir 1 des 25 exemplaires sur Japon feutre aux enchères, mais je n'ai pu l'obtenir, et donc l'examiner.
          Quid ? D'après ce que nous avons trouvé dans les archives insondables de Google, il semblerait que le tirage ci-dessus (également sur Japon feutre ancien) corresponde au frontispice décrit dans le justificatif du catalogue de 1894, soit uniquement pour les 25 Japon feutre soit pour l'ensemble des 125 exemplaires en souscription. Quoi qu'il en soit le tirage a dû être très restreint, vraisemblablement 25 ou 125 exemplaires.
          Mais, ne remarquez vous rien en regardant l'état définitif publié dans Le Livre Moderne présenté ci-dessous ? Regardez bien ! Plus près ! ...
          Oui ! Voilà ! Vous avez trouvé ! Le Bibliophile épouvanté par son cauchemar, vieux bibliophile ébouriffé dans l'état définitif de la gravure, est remplacé dans l'épreuve de luxe avec marges symphoniques (ci-dessus) par ... Octave Uzanne lui-même ! On reconnaît sans mal sa coiffure frisée à la Richepin et sa barbe fournie. CQFD ! Uzanne, Hitchcock, même combat. Se voir représenté dans ses œuvres. Une manière en quelque sorte pour laisser une trace indélébile à ceux qui savent voir. Clin d’œil, coquetterie d'esthète. Albert Robida a été le complice certainement amusé de cette facétie d'auteur et d'artiste.


    Eau-forte ci-dessus, détail.
    Octave Uzanne faisant son cauchemar ...


          S'il s'agit sans aucun doute possible du même cuivre qui a été habilement retouché par Robida. Quand ? Est-ce en 1890 au moment de l'édition des premières livraisons du Livre Moderne ? ou bien est-ce seulement vers le début de 1894, soit 4 ans plus tard, à l'approche de la première vente Uzanne que l'artiste a décidé sur la directive du Bibliophile-Uzanne de faire cette retouche sur le cuivre ? Nous ne savons pas.
          Quoi qu'il en soit cet état, pour ne l'avoir jamais rencontré avant ce jour malgré toutes nos recherches, est des plus rares. Et le trouver sans le chercher fut une belle surprise. Parfois les rêves se transforment en cauchemar, parfois l'inverse.


    Eau-forte ci-dessous, détail.
    Le Bibliophile faisant un cauchemar ... ici ce n'est plus Octave Uzanne mais
    un vieux bonhomme à la barbe et aux cheveux hirsutes !


          A lire également notre article sur cette estampe publiée dans le Livre Moderne : L'incendie de la bibliothèque Osborne inspire Albert Robida (1890) pour la revue Le Livre Moderne fondée et dirigée par Octave Uzanne.

    Bertrand Hugonnard-Roche


    eau-forte par Albert Robida,
    état définitif paru dans Le Livre Moderne en 1890

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    La Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne vient de publier son dernier Bulletin N°151 - Année 2013-2015/1. Il contient aux pages 43 à 130 le texte corrigé et augmenté de la conférence que j'ai donnée à Auxerre au siège de la Société le dimanche 15 septembre 2013. Cette conférence s'intitulait : "Octave Uzanne enfant d'Auxerre, homme de lettres et bibliophile cosmopolite". Le titre est resté inchangé. De nouvelles découvertes ou précisions sont venues s'ajouter au texte initial pour former un corpus plus important et plus exact. Il n'a pas été fait (finalement) de tirage à part. Ce bulletin est distribué aux membres de la Société des Sciences de l'Yonne mais peut être acheté (dans la limite des stocks disponibles) en s'adressant au siège : 1, Rue Marie Noël, 89000 Auxerre. Personnellement je ne dispose, en tant qu'auteur, que de quelques exemplaires "grapillés" que je ne peux distribuer. Merci de votre compréhension. Je joins à cet article quelques photographies de la partie de ce Bulletin consacrée à Octave Uzanne. Si l'avenir est favorable, je mettrai en oeuvre l'impression d'un tiré à part dans les prochains mois.


    Voici le détail des chapitres abordés dans cette conférence :


    Présentation
    Octave Uzanne bibliogaphe, auteur de livres documentaires
    Octave Uzanne bibliophile
    Octave Uzanne directeur de revue
    Octave Uzanne voyageur
    Octave Uzanne journaliste chroniqueur
    Généalogie - Histoire familiale
    Octave Uzanne et Auxerre
    Quelques évocations auxerroises et icaunaises
    Correspondance des frères Uzanne
    La sépulture Uzanne-Chaulmet au cimetière Saint-Amâtre (Auxerre)
    Les adresses auxerroises
    Conclusion
    Annexe : L'Amour aux champs


    Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne. Tome 151. Année 2013-2015/1. Bertrand Hugonnard-Roche, Octave Uzanne (1851-1931). Enfant d'Auxerre, homme de lettres et bibliophile cosmopolite, pp. 43 à 130. Ce Bulletin contient trois autres textes fort intéressants : Pierre Glazal, "Bonnes fontaines" et folklore des eaux dans l'Yonne : méthodologie de l'inventaire (pp. 7 à 42) ; Camille Pellet, Le combat de Chastenay (Yonne) : 19 août 1944, pp. 131 à 180 ; Gérard Savéan, Espèces rares ou assez rares vue en 2013, pp. 181 à 190.










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    En 1789 commença la publication d'une très belle édition de la Bible (*), reprenant le texte de Lemaistre de Sacy, et illustrée de 300 figures et 1 carte. Cette édition était vendue en souscription en plusieurs versions : 

    • Format in-4
      • ordinaire
      • vélin
      • vélin avant la lettre
    • Format in-8
    Publiée en 12 volumes, avec les planches inégalement réparties (de 9 à 84 planches suivant les volumes) entre les 11 premiers volumes et un 12 volume de tables, elle fut souscrite à un assez grand nombre d'exemplaires. Si les bibliographies ne nous disent rien de particulier sur ce nombre, la liste des souscripteurs nous est en revanche bien donnée dans le dernier volume.

    Nous pouvons ainsi dire que le tirage souscrit est de 1025 exemplaires (auquel il faut ajouter l'exemplaire contenant les dessins originaux, avec un double tirage des gravures avant et après la lettre) :
    • 95 in-4 dont
      • 76 exemplaires ordinaires
      • 16 exemplaires sur vélin
      • 3 exemplaires sur vélin avant la lettre
    • 930 in-8


    Le liste des souscripteurs étant précise, nous avons donc un échantillonnage des bibliophiles de l'époque, issus principalement des milieux habituels pour l'époque : aristocratie (dont quelques princes), bourgeoisie établie (dont notaires, hauts fonctionnaires, militaires), ecclésiastiques (peu nombreux en proportion). Auxquels s'ajoutent les libraires. De manière anecdotique, nous remarquons un certain Ourdet, boulanger à Rouen. Toutes les professions n'étant pas indiquées, une étude purement sociologique est impossible. Nous nous proposons donc de faire une étude suivant les informations dont nous disposons sur les acheteurs : professionnel ou particulier, pays d'origine, un mix des deux, les français et les belges en particulier.
    Tous les chiffres ne seront pas détaillés, seulement les principaux. Les graphiques illustrent mieux cette petite étude.

    Qualité du souscripteur


    Tout d'abord, intéressons-nous à la répartition entre professionnels (librairies, marchands d'estampes) et particuliers. Nous comptons 432 souscripteurs, se répartissant ainsi :
    • 104 professionnels
    • 328 particuliers


    Sans surprise, si on regarde avec le nombre d'exemplaires souscrits, la proportion change radicalement puisque peu de particuliers commandaient plusieurs exemplaires alors que certains libraires en commandaient plusieurs (certains beaucoup même, mais nous y reviendrons un peu plus loin). On a ainsi :

    • 670 exemplaires souscrits par des professionnels.
    • 355 exemplaires souscrits par des particuliers.

    Nous pourrions faire aussi la distinction suivant la qualité des exemplaires, mais elle est globalement du même ordre, puisque nous avons :
    • Professionnels :
      • 71 in-4 dont 64 ordinaires et 7 vélins
      • 599 in-8
    • Particuliers :
      • 24 in-4 dont 12 ordinaires, 9 vélins et 3 vélins avant la lettre
      • 331 in-8
    Remarquons néanmoins que plus l'exemplaire est beau, plus le collectionneur a tendance à souscrire lui-même.

    Origine du souscripteur

    Nous trouvons des souscripteurs dans différentes pays, dont 735 exemplaires en France et 290 à l'étranger, répartis de la manière suivante :
    • France :
      • 64 in-4 dont :
        • 48 ordinaires
        • 13 vélins
        • 3 vélins avant la lettre
      • 682 in-8
    • Allemagne :
      • 12 in-4 dont :
        • 11 ordinaires
        • 1 vélin
      • 20 in-8
    • Angleterre :
      • 1 in-4 vélin
      • 1 in-8
    • Autriche :
      • 2 in-4 ordinaires
      • 1 in-8
    • Belgique :
      • 10 in-4 dont :
        • 9 ordinaires
        • 1 vélin
      • 201 in-8
    • Italie :
      • 1 in-4 ordinaire
      • 11 in-8
    • Pays-Bas :
      • 3 in-4 ordinaires
      • 15 in-8
    • Portugal : 
      • 4 in-8
    • Russie : 
      • 2 in-4 ordinaires
      • 13 in-8
    Répartition des exemplaires souscrits par pays.

    On remarquera bien entendu la très nette dominance française, logiquement, et belge aussi parmi les étrangers. Les souscripteurs étrangers étaient tous européens, ce qui n'est pas étonnant pour l'époque.

    Type d'acheteur et origine

    Des données présentées ci-dessus, nous pouvons maintenant regarder la proportion d'étrangers parmi les souscripteurs professionnels ou particuliers, ainsi que la proportion professionnels et particuliers en France et à l'étranger.

    Les souscripteurs professionnels

    Ils sont donc au nombre de 104 dont 82 français et 22 étrangers. Même s'il y a une très nette prédominance du nombre de souscripteurs professionnels belges, 12 en tout et 77 exemplaires, on remarque que c'est un peu plus de la moitié en nombre de souscripteurs et d'exemplaires alors que les exemplaires souscrits en Belgique sont les plus nombreux à l'étranger. Tous les pays étrangers sont représentés par au moins un libraire souscripteur.






    La proportions est sensiblement la même, les professionnels français ayant commandé en moyenne (en arrondissant légèrement) 6 exemplaires et les étrangers 7.

    Ils n'ont en revanche souscrit à aucun exemplaire sur vélin avant la lettre mais ont quand même souscrit une grande part des exemplaires in-4. La répartition donne ceci : 




    Les souscripteurs particuliers

    Ils sont au nombre de 328 dont 220 français et 108 étrangers. Parmi les étrangers, 96 sont belges et 12 des autres pays nommés précédemment sauf le Portugal. Cette proportion de belges parmi les souscripteurs particuliers s'explique par l'activité de deux personnes : Le Charlier (libraire à Bruxelles) et Vannakere ont obtenu de nombreuses souscriptions en Belgique (et un peu en France pour le second). Ils devaient être des représentants ou associés de l'éditeur et ont donc tenu à voir leur nom figurer à côté du nom de chaque souscripteur qu'ils ont obtenu.


    La proportion est quasi-identique si on s'intéresse à la destination des exemplaires souscrits, étant donné que très peu de souscripteurs ont commandé plusieurs exemplaires.
    La répartition suivant la qualité de l'exemplaire donne ceci :



    Les souscripteurs français

    Nous verrons plus en détail les souscripteurs français dans une partie suivante. Ici, nous ne regarderons que d'un point de vue général, la répartition professionnels/particuliers en nombre de souscripteur et en nombre de souscriptions ainsi que le choix des exemplaires.






    Les souscripteurs étrangers

    Comme dans la partie précédente, nous ne verrons pas en détail les souscripteurs étrangers mais apporterons une vision générale de la répartition professionnels/particuliers en nombre de souscripteur et en nombre de souscriptions ainsi que du choix des exemplaires. Une partie suivante traitera du cas particulier de la Belgique.






    Le cas de la France

    Pour rappel, les souscripteurs français, au nombre de 302 (82 professionnels et 220 particuliers) ont souscrits 746 exemplaires (64 in-4 et 682 in-8) dont 487 pour les professionnels (54 in-4 et 463 in-8) et 237 pour les particuliers (13 in-4 et 224 in-8). Nous allons ici abandonner la différence professionnel/particulier et se concentrer sur la géographie.

    Si on fait un découpage un peu arbitraire de la France (la carte après indique grossièrement les régions choisies), on obtient ceci :
    • Paris et sa région :
      • 35 in-4 ordinaires
      • 11 in-4 vélins
      • 2 in-4 vélins avant la lettre
      • 244 in-8
    • Nord :
      • 1 in-4 ordinaire
      • 53 in-8
    • Grand-Ouest :
      • 4 in-4 ordinaires
      • 181 in-8
    • Sud-Ouest :
      • 2 in-4 ordinaires
      • 25 in-8
    • Sud-Est (y compris Rhône-Alpes, Savoie) :
      • 3 in-4 ordinaires
      • 1 in-4 vélin
      • 53 in-8
    • Est :
      • 1 in-4 ordinaire
      • 1 in-4 vélin
      • 1 in-4 vélin avant la lettre
      • 91 in-8
    • Centre (Centre-Auvergne-Limousin) :
      • 2 in-4 ordinaires
      • 36 in-8


    Après avoir trié les données, nous pouvons remarquer ceci sur les souscripteurs français :

    • Paris et ses environs totalisent près de la moitié des exemplaires souscrits.
    • Le grand-ouest est une région particulièrement riche.
    • Le centre et le sud-ouest ont peu souscrit.
    • La Bourgogne et Metz sont les principales sources de souscription dans l'est (32 sur la région Bourgogne actuelle, donc l'unique exemplaire avant la lettre vendu en province et 31 pour Metz).
    • Les 31 exemplaires de Metz sont souscrits par le libraire Devilly.
    • Lille est la principale source de souscription dans le nord (32 à Lille même, 44 avec Dunkerque et Valenciennes).
    • Rouen en particulier est exceptionnellement riche avec 106 exemplaires souscrits dont 54 par les frères Vallée, libraires. Mais même sans ces frères, ce sont déjà 52 exemplaires pour cette seule ville, ce qui est énorme comparé aux autres. 
    • Rennes (23 exemplaires) et Nantes (20 exemplaires) sont aussi des villes ayant beaucoup souscrit.
    De manière anecdotique, signalons aussi les deux acheteurs de la région Auvergne :
    • Mademoiselle Marchand à Auzon (Haute-Loire) qui a pris 1 exemplaire in-8.
    • Le libraire Landriot à Riom (Puy-de-Dôme) qui a pris 6 exemplaires in-8. Riom était une petite ville riche à l'époque, comme le montre les hôtels particuliers du vieux Riom pour ceux qui connaissent.

    Le cas de la Belgique

    La Belgique est le plus gros souscripteur après la France, loin devant les autres pays étrangers puisque 211 exemplaires souscrits à l'étranger sur 290 le sont pour des belges. Certes, il est un peu anachronique de parler de Belgique à cette époque, mais l'importance de cette région de souscription nous pousse à le faire.

    Dans un premier temps, on peut remarquer que c'est surtout les Flandres et Bruxelles qui ont souscrit, la Wallonie ayant peu souscrit (même très peu... autour de 20% des souscripteurs belges étaient wallons). Mais à l'époque, les flamands connaissaient tous très bien le français et avaient même parfois tendance à parler en priorité en français. La proportion de souscripteurs flamands et bruxellois est dans le même ordre que la proportion de flamands et bruxellois en Belgique à l'époque. 

    Voici la liste des villes ayant le plus fourni de souscripteurs (sachant que pour certains, on ne sait pas le nom de la ville et qu'ils ne sont donc pas comptabilisés) :
    • Bruxelles : 55 exemplaires (4 in-4 et 51 in-8)
    • Gand : 50 exemplaires (1 in-4, 1 in-4 vélin et 48 in-8)
    • Liège : 19 exemplaires (2 in-4 et 17 in-8)
    • Anvers  : 8 exemplaires (2 in-4 et 6 in-8)
    On voit ici aussi la richesse de Gand qui a acheté quasiment autant d'exemplaires que Bruxelles!

    Conclusion et remarques

    Cette petite étude permet de mettre en lumière qui s'intéressait aux livres français à l'époque. Certes il s'agit d'un livre religieux, mais de grande qualité par son impression, même au format in-8 et par sa riche illustration. Il serait intéressant de faire la même étude pour un autre livre de l'époque pour voir si on retrouve le même genre de répartition.

    Quoiqu'il en soit, on s'aperçoit de plusieurs choses :
    • Les professionnels commandent en moyenne à peu près autant d'exemplaires, qu'ils soient français ou étrangers
    • Les étrangers sont plus souvent des particuliers
    • Plus l'exemplaire est beau, plus la proportion de particuliers est importante. C'est sûrement une conséquence du coût puisque la somme à investir est plus lourde. Ainsi, les in-4 souscrits par les particuliers sont à 50% sur vélin (avant ou après la lettre) contre 10% des exemplaires in-4 souscrits par les professionnels.
    • Paris, sans surprise, est l'origine principale des souscripteurs.
    • Certaines villes sont riches à l'époque : Rouen, Rennes, Nantes, Lille, Metz, Gand, Bruxelles.
    Notons enfin quelques limites dans cette étude. En effet, quelques petites erreurs se sont glissées, principalement dans les chiffres qui peuvent légèrement varier. Quoiqu'il en soit, le but de cet étude était principalement d'en tirer des grandes tendances, d'où le nombre de camemberts, et nous attendons que quelqu'un d'autre se propose pour une autre étude du genre afin de pouvoir comparer!

    W.

    (*) La Sainte Bible, contenant l'Ancien et le Nouveau Testament, traduite en françois sur la Vulgate, Par M. Le Maistre de Saci. Nouvelle édition, ornée de 300 figures, gravés d'après les dessins de M. Marillier. Paris, Defer de Maisonneuve, 1789-179. (tome 1 à 4), Paris, Bastien et Ponce, 179. (tome 5), Paris, Gay, Ponce et Belin, an VIII-an XII (1800-1804) (tome 6 à 12).

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    Le Téléphonoscope est édité par les amis d'Albert Robida depuis mai 1998 ... Paraissant une fois par an au format 21x29.7, réalisé en quadrichromie sur un papier glacé beige, par offset ou impression numérique, ce qui lui confère une qualité bibliophilique.
    Il contient de nombreux dessins souvent inédits et reproduits à partir des originaux mis à la disposition de l'Association par ses membres collectionneurs. Le Téléphonoscope regroupe des articles autour d'un sujet précis, ouvrage écrit et/ou illustré par Robida ou un des thèmes de son oeuvre.
    Actuellement, 22 numéros sont parus. Ils peuvent être acquis individuellement aux prix indiqués dans le BON DE COMMANDE, soit un prix unitaire de 12 euros pour les 11 premiers numéros, de 25 euros pour les n°12 (n°spécial) et 15 et de 20 euros pour les n°13, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 21 et 22. Pour toute commande, imprimez le bon de commande et faire un chèque à l'ordre de l'association des amis d'Albert Robida, à envoyer à Association des amis d’Albert Robida, Monsieur Eric Blanchegorge – 126, rue du général de Gaulle 10000 TROYES.

    Voici les couvertures des numéros de 1 à 22.
























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    Cliquez sur l'image ci-dessus pour l'agrandir ou l'imprimer


    Amis bibliophiles et curieux, vous trouverez ci-dessus la reproduction d'un ensemble de grands ornements utilisés dans une édition datée de 1727. Vous pouvez remarquer 7 fleurons et 3 bandeaux différents. La question est simple : Dans quels ouvrages publiés cette même année 1727 ou années approchantes (disons entre 1720 et 1735) aurez-vous la chance de retrouver ces mêmes ornements, l'un ou plusieurs d'entre eux ? Attention ! Souvent des ornements se ressemblent sans pour autant être identiques. Ayez l'oeil ! Les variantes sont parfois minimes mais indiquent des graveurs et des ateliers typographiques différents.

    A vos livres !

    Je suis très curieux de connaître vos découvertes.

    A bientôt !

    PS : ce travail servira à la rédaction d'une fiche bibliographique complète et détaillée d'une édition datée 1727. Cette étude sera publiée ici même prochainement.

    Bon dimanche
    Bertrand Bibliomane moderne

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    Etre bibliophile c'est aimer les livres. Etre bibliophile c'est avant tout lire des livres. Si possible des livres qui vous apprennent quelque chose d'important. Voici la Conclusion du Triomphe des Dames publié en 1751 et attribué à Madeleine de Puisieux (1720-1798). Cet ouvrage pré-féministe est me semble-t-il, nonobstant les autres éditions qui ont pu être faites de ce texte en 1749 et 1750 (texte identique), l'un des plus beaux textes de l'époque des lumières, en ce milieu du XVIIIe siècle bercé entre l'Encyclopédie naissante et le Matérialisme débridé professé par les différentes écoles de pensées. J'ai pensé que le texte de cette Conclusion pré-féministe plairait à beaucoup, bibliophiles, bibliomanes ou simples lecteurs-penseurs. Pour nous rappeler que rien ne date d'hier mais que tout a été long, que rien n'est achevé et qu'il reste encore beaucoup à faire ...

    Dédions aux gentes Dames réflichissantes (voire réfléchisseuses) ce billet plein de criantes vérités !

    Bonne journée,
    Bertrand Bibliomane moderne


    Conclusion du
    Triomphe des Dames ou,
    Dissertation dans laquelle on prouve que
    La Femme n'est pas inférieure à l'Homme.
    (1751)

    "Dans tout ce que j'ai dit jusqu'à présent, je n'ai pas eu intention d'engager personne de mon sexe à se révolter contre les hommes, ni à changer l'ordre présent des choses par rapport au gouvernement et à l'autorité. Non, que les choses restent dans l'état où elles sont : je prétends seulement faire voir que mon sexe n'est pas aussi méprisable que les hommes voudraient le faire croire ; et que nous sommes capables d'autant de grandeur d'âme que les meilleurs sujets de ce sexe orgueilleux. Et je suis bien convaincue même qu'il serait avantageux pour les deux sexes de penser ainsi. Cette vérité se prouve par les mauvaises suites qui résultent de l'erreur contraire. En nous croyant incapables de perfectionner notre entendement, les hommes nous ont entièrement privées de tous les avantages de l'éducation, et par ce moyen ont contribué autant qu'il était en eux à nous rendre des créatures dénuées de sens, telles qu'ils s'étaient figuré que nous étions ; ainsi faute d'éducation, nous nous sommes livrées à toutes les extravagances que l'on méprise en nous ; nous avons attiré sur nous leurs mauvais traitements, par des fautes dont ils sont eux-mêmes les auteurs, et qu'ils nous ont ôté les moyens d'éviter. Quelle est la suite de ce traitement tyrannique qu'ils nous font éprouver ? Il retombe à la fin sur eux- mêmes. Le défaut de savoir et d'éducation qui entraîne les femmes à des actions que désapprouvent les hommes, les prive des vertus qui pourraient les soutenir contre les mauvais traitements que les hommes leur font souffrir à cause de leurs imprudences ; et faute de ces vertus, elles imaginent des moyens très condamnables pour se venger de leurs tyrans. D'où il arrive qu'en général les hommes et les femmes ont les uns pour les autres un souverain mépris, et qu'ils combattent à l'envi à qui se traitera le plus mal ; au lieu qu'ils devraient vivre heureux, si les deux sexes pouvaient se résoudre à prendre l'un pour l'autre les sentiments d'estime qu'ils se doivent réciproquement. Cependant s'il faut parler vrai, il est incontestable que le blâme retombe principalement et originairement sur les hommes ; car si l'on voulait seulement accorder aux femmes les avantages de l'éducation et du savoir , elles apprendraient à mépriser ces folies et ces bagatelles qui leur attirent à présent un injuste mépris : Elles seraient en état de donner aux hommes une meilleure opinion de la capacité de leur tête et de la disposition de leur cœur, et les hommes diminueraient & reformeraient par degrés leurs mauvais procédés à proportion de l'estime que nous leur inspirerions. Les femmes se feraient un point d'honneur de perfectionner leurs talents, et elles deviendraient meilleures en acquérant des connaissances. Elles s'occuperaient avec plaisir à entretenir les hommes sensément, et à ajouter la solidité a leurs charmes. Par ce moyen les deux Sexes vivraient heureux, et n'auraient aucun sujet de se blâmer les uns les autres ; mais tant que les hommes nous fermeront toute entrée aux Sciences , ils ne pourront sans faire retomber sur eux tout le blâme, nous reprocher les fautes de conduite que l'ignorance nous fait commettre, et nous taxerons toujours d'injustice et de cruauté les mépris et les mauvais procédés qu'ils ont avec nous pour des fautes qu'il n'était pas en notre pouvoir de rectifier. Il ne serait pas nécessaire d'en dire davantage sur ce sujet, si ce n'était pour répondre à certaines gens faibles, qui se persuadent mal-à-propos qu'il y a par rapport à la vertu des différences réelles entre nous et les hommes ; cependant rien n'est plus absurde, car il est incontestablement vrai qu'il y a eu, et qu'il y a encore beaucoup de bons et de mauvais sujets dans les deux Sexes ; et quand on supposerait que quelques femmes ont porté la scélératesse plus loin que les hommes, cela ne pourrait point déshonorer le Sexe en général. Les bons qui se gâtent deviennent toujours les plus méchants : et quand nous reconnaîtrions que quelques-unes de notre Sexe l'ont emporté sur les hommes par la qualité des vices, il faudrait nécessairement qu'on avouât que ceux-ci l'emportent pour le nombre. Je crois que personne ne contestera que parmi les méchants, il y a au moins mille hommes contre une femme, à estimer les choses sur le pied le plus favorable pour les hommes. Mais pour savoir si les uns sont naturellement plus vicieux que les autres, il faut remarquer qu'il n'y à que l’âme qui soit susceptible de vertu, et que la vertu consiste dans une résolution ferme de faire ce qu'on juge le plus conforme aux règles de la raison dans les différentes circonstances qui se rencontrent dans la vie. Or, l’âme des femmes n'est pas moins susceptible que celle des hommes de cette résolution ferme qui constitue la vertu, et elles savent aussi bien qu'eux les occasions de la mettre en pratique. Quelque faibles qu'on suppose les femmes en général, nous savons régler nos passions aussi bien que les hommes, et ne sommes pas plus enclines au vice qu'eux. Nous  pouvons même faire pencher en ceci la balance en notre faveur, sans blesser la justice et la vérité ; cependant après tout, supposé même qu'il y eût lieu de trouver les deux Sexes également en faute ; celui qui accuse les autres pêche contre l'équité naturelle. S'il y a plus de mal à reprendre dans les hommes qu'en nous, et qu'ils soient trop aveuglés pour l’apercevoir, ils sont coupables de témérité de trouver à redire dans notre Sexe : et s'ils aperçoivent nos fautes, et qu'ils cachent malicieusement les leurs, qui sont les plus considérables ; n'est-ce pas une bassesse à eux de nous en faire un crime, à nous qui en avons moins ? S'il y a plus de bien dans les femmes que dans les hommes, ne doit-on pas taxer les hommes d'ignorance ou de jalousie, pour ne vouloir pas en convenir ? Quand une femme à plus de vertus que de vices, les unes ne doivent-elles pas faire disparaître les autres ? cela est d'autant plus vrai, quand nos défauts sont insurmontables, et qu'on nous refuse les moyens de nous corriger. Voilà précisément le cas de presque toutes les fautes de notre Sexe, et elles méritent plus de compassion que de mépris. Enfin, si nos fautes ne sont telles qu'en apparence, ou qu'au moins elles soient par elles-mêmes très-légères, on ne peut s'y arrêter tant sans beaucoup d'imprudence et de méchanceté. Or il est très-facile de prouver que ce sont là la plus grande partie des fautes qu'on nous reproche, et qui sont communes à tout notre sexe, de manière ou d'autre. Je crois avoir suffisamment démontré que c'est a tort que les hommes nous accusent de manquer de cette solidité de jugement qu'ils s'attribuent à eux-mêmes avec tant de confiance ; nous avons le même droit qu'eux à tous les emplois publics : la nature nous a donné un génie aussi capable de les remplir que le leur et nos cœurs sont aussi susceptibles de vertu, que nos têtes le sont d'apprendre les Sciences : nous ne manquons d'esprit, de force ni de courage pour défendre un pays, ni de prudence pour le gouverner. Nous avons en général les organes plus délicats. Veut- on comparer la structure des corps pour décider du degré d'excellence des deux Sexes ? il n'y aura plus de contestation : je pense que les hommes eux-mêmes ne feront pas difficulté de nous céder à cet égard : ils ne peuvent pas disconvenir que nous n'ayons sur eux tout l'avantage pour le Mécanisme interne de nos corps. Puisque c'est en nous que se produit la plus belle et la plus surprenante de toutes les créatures ; combien n'avons-nous pas encore de supériorité sur eux pour la forme extérieure ? Quelles beautés , quel air , quelles grâces la nature n'a-t'elle pas attachées à nos corps, et dont les leurs sont privés ? Je rougirais seulement d'en parler, si je ne pensais que c'est une raison de plus pour croire que nos âmes sont aussi plus délicates. Car je ne puis m'empêcher de penser , que le sage Auteur de la nature a proportionné nos âmes aux corps qu'il nous a donnés : assurément donc la subtilité de nos esprits et la finesse de ce qui se passe dans l'intérieur de nos têtes doivent au moins nous rendre égales aux hommes, puisque notre extérieur manque rarement à nous en rendre les maîtresses absolues. Je ne voudrais pas cependant qu'aucune personne de mon Sexe appuyât son autorité sur un fondement si fragile. Non, le bon sens doit survivre à un beau visage, et l'ascendant que la raison donne sur les cœurs est durable. C'est pourquoi j'exhorte toutes les femmes à rejeter les vains amusements , et à s'appliquer à la culture de leurs âmes, afin de se rendre capables d'agir avec toute la dignité à laquelle la nature nous a destinées ; sans chercher à nous élever et à nous faire valoir, faisons voir que nous méritons des hommes, autant de part dans leur estime, qu'ils s'en arrogent à eux-mêmes au-dessus de nous. En un mot, apprenons-leur par le peu que nous faisons sans le secours de l'éducation, ce dont nous serions capables si on nous rendait justice : forçons-les à rougir d'eux-mêmes, s'il est possible, à la vue de tous les torts qu'il ont avec nous, et faisons les convenir que la moindre des femmes mérite un meilleur procédé de leur part, que celui qu'ils ont pour la plus digne."


    NDLR : Si vous avez lu jusqu'au bout c'est qu'il reste un espoir.

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    POMPILIO AZALI



    LIBER Pompilij Azali Placentini DE OMNIBUS REBUS NATURALIBUS quae continentur in mundo videlicet. Coelestibus et terrestribus necnon mathematicis. Et de angelis motoribus quae coelorum.


    Venetijs  apud Octauianum Scotum D. Amadei, 1544

    In-Folio, 2, 142, 1


    Numérotation par feuillet avec de nombreuses erreurs : omissions, décalages, redoublement mais sans aucun manque, le livre étant d'ailleurs dans un bel état de fraîcheur.

    La couvrure en plein vélin est probablement un emboîtage ultérieur.


    Rare traité de Cosmographie et Géographie d'un auteur de la Renaissance. Il décrit les quatre éléments, les parties du monde, les corps célestes, etc.

    Illustré de plus de 80 bois dont une carte du monde, sans localisation claire de l'Amérique


    ¶ Thorndyke (History of Magical and experimental science IV, 150-7) affirme que cet ouvrage doit être attribué à  Giovanni Fontana.




    GIOVANNI FONTANA est peu connu, bien que, né à Venise dans les années 1390 et médecin de formation, il se soit illustré dans des domaines très variés : la philosophie naturelle aristotélicienne, l’hydraulique, les machines de toute sorte et les appareillages militaires, la pyrotechnie, l'arpentage, la mesure des distances et des temps au moyen de sondes à fusées et d’horloges.

    Il étudia à l’université de Padoue et obtint son doctorat en médecine en 1421. Il séjourna longtemps à Udine comme médecin municipal. Il effectua des voyages hors d’Italie : en Europe du Nord, dans une région habitée par des Sarrasins, en Crète.

    Ses écrits n’ont pas connu une diffusion très importante. Le Liber de omnibus rebus naturalibus, n’est conservé que par cette édition de 1544 sous le nom d'un personnage nommé Pompilius Azalus et qui ne donne pas le nom du véritable auteur. Cet ouvrage présente certaines particularités qui ne sont pas sans rappeler la Margarita Philosophica de Gregorius Reisch.

    Fontana est un aristotélicien passionné par les secrets de la nature qu’il expose parfois de façon cryptée et son goût pour des travaux pouvant encourir l’accusation de magie dut  le desservir. Il raconte qu’il fabriqua une figure de diable remplie de poudre : placée dans un récipient plein d’eau, la figure s’agitait en lançant des cris et en laissant échapper des feux. Ces expériences sur des engins utilisant la poudre sont aussi décrites dans sonautre traité Liber bellicorum instrumentorum: elles se passaient dans sa cellule monacale... 

    Cependant, dans le Liber de omnibus rebus naturalibus, Fontana se défend d’être dans l’erreur selon les vues de la théologie. La publication sous un autre nom était peut-être une précaution  supplémentaire de  l'auteur pour éviter les foudres de l'Eglise.


    Les passages touchant l’image du monde et la cartographie se trouvent dans les Livres III  et IV.

    La méthode de Fontana, comme il le souligne, est fondée sur l’association de l’expérience et de la réflexion, ce qui l’oppose aux opinions des théologiens. Ainsi, il prouve le caractère tempéré et l’occupation effective de l’équateur terrestre, en se référant à des récits de voyageurs et aussi pour des raisons astronomiques. Il recourt fréquemment à ses propres observations, par exemple à propos des marées plus marquées à Venise après l’agrandissement de l’entrée du port.

    Pour lui, l’expérience est seule à même d'apporter la connaissance aux illettrés dépourvus de science, comme les bergers, les paysans, les pécheurs et les marins. Parmi les données qui suscitent son intérêt : la navigation et les choses de la mer, ce qui est naturel pour un citoyen de Venise.


    Fontana est un témoin de l'accueil fait à la Géographie de Ptolémée dans les milieux vénitiens et la représentation géographique est un des éléments intéressants du Liber.

    Il est rare que dans les ouvrages de philosophie naturelle la cartographie soit évoquée.  L'auteur distingue plusieurs pratiques : les cartes marines et les cartes régionales qui sont trop partielles ; d’autres montrent des choses superflues, telles que le purgatoire, le séjour des démons et le domaine des bêtes sauvages ; certaines se bornent à représenter les principales parties habitées, laissant de côté l’Extrême-Orient et la zone torride ; d’autres enfin ne donnent que des noms de lieux.

    La particularité de Ptolémée est d’approcher davantage la vérité mais Fontana ne lui reconnaît pas une supériorité réelle. Il le juge plus réaliste parce qu’il situe exactement les parties de la terre par rapport au ciel, mais les autres types de cartographie ne sont pas pour autant écartés.

    Fontana met aussi en œuvre des données provenant de cartes marines et de textes descriptifs, comme le récit de Marco Polo ou le livre de Jean de Mandeville. Il corrige et complète Ptolémée en niant la fermeture de l’océan Indien et en ajoutant cinq zones de climats vers le nord et vers le sud au-delà de l’équateur. Il suppose une extension de l’occupation de la terre,  justifiée par l'accroissement démographique ou par des événements telluriques et politiques.


    Fontanaconsidère les cartes comme des outils adaptés à leur fonction pratique. Il est conscient du caractère conventionnel des représentations à des fins spécifiques et qui ne sauraient prétendre à  une copie de la réalité.

    L’image du monde de Giovanni Fontana est composite, ses développements portent sur l’habitabilité de la terre, ses parties effectivement habitées, le paradis terrestre et les antipodes.

    Il se borne à présenter les zones climatiques. Les causes de l’inhabitabilité relèvent soit des conditions excessives de l’air en chaleur et froid, en humidité et sécheresse, soit d’obstacles : zones montagneuses ou infestées de bêtes sauvages et d’insectes. Il existe donc des lieux peu ou mal habités ou d’habitabilité variable - exemple la transhumance.

    Quant au paradis terrestre, la Genèse le situe sur terre à l’orient, rendu inaccessible par un chérubin armé d’un glaive de feu. Son inaccessibilité était justifiée au Moyen Âge par sa très grande altitude atteignant le cercle de la lune et par une situation insulaire. Ce que nie Fontana : le ciel à proximité de la lune, épais et chauffé par la partie supérieure de l’air, empêche la vie ; nos premiers parents sont arrivés par terre,  non volando, non natando, non per navem, nec per pontem, sed propriis pedibus. Il cite Pierre Comestor, Pierre Lombard, Saint Augustin et Jean de Mandeville qui a aurait eu le privilège d’approcher au plus près du paradis.

    Sur le point de savoir s’il existe dans la partie méridionale de l’hémisphère oriental une terre ferme habitée comme dans la partie septentrionale de notre hémisphère, il fait preuve d’une grande prudence en assurant que, s’il se trompe, il se soumettra à la vérité : contredire les textes bibliques n'était pas sans risque !






    Parmi les nombreuses gravures xylographiques illustrant le texte, on trouve des représentations cosmologiques, des descriptions mathématiques de la sphère et de ces divers éléments.


    Le modèle du monde est toujours géocentrique : nous sommes en 1544, un an après la mort de Copernic et vingt ans avant la naissance de Galilée !



    On trouve des interprétations imagées mais très correctes des éclipses de lune et de soleil ; par contre le modèle simpliste du mouvement d'une planète sur son épicycle est fort approximatif.



    La gravure la plus remarquable est une représentation cartographique du monde connu ; bien que les voyages de Christophe Colombremontent déjà à plus de cinquante années, il faut beaucoup d'imagination pour voir dans la ligne située à l'extrême gauche, une représentation du nouveau continent. La circumnavigation de l'expédition de Magellan ne s'est cependant achevée qu'en 1522 et le récit de ce voyage par un des membres de l'expédition - Antonio Pigafetta - n'a été publié pour la première fois qu'en 1800...

    Dans le texte l'auteur ne fait qu'une brève allusion à l'existence de régions habitées dans l'extrême ouest de l'océan au-delà des Canaries et qu'on supposait être les antipodes.

    "D'autre part, en occident aux extrémités de la terre, le plus à l'ouest qu'il soit , au-delà des îles Fortunées, Canaria ou Casperia, des navigateurs qui ont atteint la plus grande longitude dans cet  océan, rapportent qu'il est possible que des hommes y existent et qu'il s'agisse des antipodes, ce qui paraît juste."   


    Le planisphère de Waldseemüller (1507) était déjà beaucoup plus explicite :on y lit le mot AMERICA (de Amerigo Vespucci) sur la représentation de l'Amérique du sud.

    Internet n'existait pas à l'époque et les connaissances se propageaient bien plus lentement qu'aujourd'hui ; le Père Mersenne et Fabri de Peiresc ne sont nés que 40 ans plus tard.


    Ce livre mériterait sans doute une étude plus approfondie mais je n'ai pas le courage ni surtout les connaissances pour entreprendre un tel travail.               



    René de BLC


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    Description de l'édition :



    Tome I : LES // LETTRES // DE MESSIRE // ROGER DE RABUTIN // COMTE DE BUSSY, // LIEUTENANT GENERAL DES ARMÉES // DU ROY, ET MESTRE DE CAMP // GENERAL DE LA CAVALERIE // FRANÇOISE ET ETRANGERE. // Nouvelle Edition. // PREMIERE PARTIE. // [fleuron] // Sur l'Imprimé // A PARIS, // Chez FLORENTIN DELAULNE, rüe // S. Jacques, à l'Empereur. // [filet mince mal imprimé resté blanc au centre de la page] // M. DCCXXVII. // AVEC PRIVILEGE DE SA MAJESTE'. 1 page de titre ; 2 pp. d'Avertissement (bandeau, lettrine et fleuron) ; 374 pp. (fleuron au bas de la page 374) ; 2 pp. de Table des Lettres de la première partie. (fleuron au bas de la dernière page). Il est indiqué à la fin du dernier feuillet : "On trouvera le Privilège tout au long au quatrième Volume de ces Lettres. A noter les erreurs de pagination suivantes : 230 pour 330. Signatures : (*)2-A8-B4-C9-D3-E8-F4-G8-H4-I8-K4-L8-M4-N8-O4-P8-Q4-R8-S4-T8-V4-X8-Y4-Z8-Aa4-Bb8-Cc4-Dd8-Ee4-Ff8-Gg4-Hh8




    Tome II : LES // LETTRES // DE MESSIRE // ROGER DE RABUTIN // COMTE DE BUSSY, // LIEUTENANT GENERAL DES ARMÉES // DU ROY, ET MESTRE DE CAMP // GENERAL DE LA CAVALERIE // FRANÇOISE ET ETRANGERE. // Nouvelle Edition. // SECONDE PARTIE. // [fleuron] // Sur l'Imprimé // A PARIS, // Chez FLORENTIN DELAULNE, rüe // S. Jacques, à l'Empereur. // [filet mince] // M. DCCXXVII. // AVEC PRIVILEGE DE SA MAJESTE'. 1 page de titre ; 2 pp. de Table des Lettres de la II. partie. (fleuron au bas de la deuxième page). ; 295 pp. A noter les erreurs de pagination suivantes : 46 pour 64 ; 125 pour 152. Signatures : a2-A8-B4-C8-D4-E8-F4-G8-H4-I8-K4-L8-M4-N8-O4-P8-Q4-R8-S4-T8-V4-X8-Y4-Z8-Aa4-Bb4





    Tome III : LES // LETTRES // DE MESSIRE // ROGER DE RABUTIN // COMTE DE BUSSY, // LIEUTENANT GENERAL DES ARMÉES // DU ROY, ET MESTRE DE CAMP // GENERAL DE LA CAVALERIE // FRANÇOISE ET ETRANGERE. // Nouvelle Edition. // TROISIEME PARTIE. // [fleuron différent de celui des deux premiers tomes] // Sur l'Imprimé // A PARIS, // Chez FLORENTIN DELAULNE, rüe // S. Jacques, à l'Empereur. // [filet mince] // M. DCCXXVII. // AVEC PRIVILEGE DE SA MAJESTE'. 1 page de titre ; 4 pp. de Table des Lettres de la III. partie. ; 550 pp. A noter les erreurs de pagination suivantes : 3 pour 31 ; 214 pour 114 ; 282 pour 182 ; 137 pour 237 ; 348 pour 448. Signatures : a3-A8-B4-C8-D4-E8-F4-G8-H4-I8-K4-L8-M4-N8-O4-P8-Q4-R8-S4-T8-V4-X8-Y4-Z8-Aa4-Bb8-Cc4-Dd8-Ee4-Ff8-Gg4-Hh8-Ii4-Kk8-Ll4-Mm8-Nn4-Oo8-Pp4-Qq8-Rr4-Ss8-Tt4-Vv8-Xx4-Yy8-Zz3





    Tome IV : LES // LETTRES // DE MESSIRE // ROGER DE RABUTIN // COMTE DE BUSSY, // LIEUTENANT GENERAL DES ARMÉES // DU ROY, ET MESTRE DE CAMP // GENERAL DE LA CAVALERIE // FRANÇOISE ET ETRANGERE. // Nouvelle Edition. // QUATRIEME PARTIE. // [fleuron identique à celui des deux premiers tomes] // Sur l'Imprimé // A PARIS, // Chez FLORENTIN DELAULNE, rüe // S. Jacques, à l'Empereur. // [filet mince] // M. DCCXXVII. // AVEC PRIVILEGE DE SA MAJESTE'. 1 page de titre ; 6 pp. de Table des Lettres de la IV. partie. (fleuron en bas de la dernière page) ; 491 pp. et 4 pp. n. ch. pour le privilège du roi. A noter les erreurs de pagination suivantes : 269 pour 209 ; . Signatures : a4-A8-B4-C8-D4-E8-F4-G8-H4-I8-K4-L8-M4-N8-O4-P8-Q4-R8-S4-T8-V4-X8-Y4-Z8-Aa4-Bb8-Cc4-Dd8-Ee4-Ff8-Gg4-Hh8-Ii4-Kk8-Ll4-Mm8-Nn4-Oo8-Pp4-Qq8-Rr4-Ss8





    Tome V : NOUVELLES // LETTRES // DE MESSIRE // ROGER DE RABUTIN // COMTE DE BUSSY, // LIEUTENANT GENERAL DES ARMÉES // DU ROY, ET MESTRE DE CAMP // GENERAL DE LA CAVALERIE // FRANÇOISE ET ETRANGERE. // Avec les Réponses. // CINQUIEME TOME. // [fleuron identique à celui du tome III] // Sur l'Imprimé // A PARIS, // Chez FLORENTIN DELAULNE, rüe // S. Jacques, à l'Empereur. // [filet mince] // M. DCCXXVII. // AVEC PRIVILEGE DE SA MAJESTE'. 1 page de titre ; 3 pp. d'Avertissement, 5 pp. de Table des Nouvelles Lettres cinquième volume ; 448 pp. A noter les erreurs de pagination suivantes : 06 pour 206 ; 342 pour 242 ; 151 pour 251. Signatures : a4-A8-B4-C8-D4-E8-F4-G8-H4-I8-K4-L8-M4-N8-O4-P8-Q4-R8-S4-T8-V4-X8-Y4-Z8-Aa4-Bb8-Cc4-Dd8-Ee4-Ff8-Gg4-Hh8-Ii4-Kk8-Ll4-Mm8-Nn4-Oo8





    Tome VI : NOUVELLES // LETTRES // DE MESSIRE // ROGER DE RABUTIN // COMTE DE BUSSY, // LIEUTENANT GENERAL DES ARMÉES // DU ROY, ET MESTRE DE CAMP // GENERAL DE LA CAVALERIE // FRANÇOISE ET ETRANGERE. // Avec les Réponses. // SIXIEME TOME. // [fleuron identique à celui des deux premiers volumes] // Sur l'Imprimé // A PARIS, // Chez FLORENTIN DELAULNE, rüe // S. Jacques, à l'Empereur. // [filet mince] // M. DCCXXVII. // AVEC PRIVILEGE DE SA MAJESTE'. 1 page de titre ; 5 pp. de Table des Nouvelles Lettres sixième volume ; 1 p. d'Approbation ; 386 pp. A noter les erreurs de pagination suivantes : 54 pour 55. Signatures : R4-A8-B4-C8-D4-E8-F4-G8-H4-I8-K4-L8-M4-N8-O4-P8-Q4-R8-S4-T8-V4-X8-Y4-Z8-Aa4-Bb8-Cc4-Dd8-Ee4-Ff8-Gg4-Hh8-Ii4-R1






    Tome VII : NOUVELLES // LETTRES // DE MESSIRE // ROGER DE RABUTIN // COMTE DE BUSSY, // LIEUTENANT GENERAL DES ARMÉES // DU ROY, ET MESTRE DE CAMP // GENERAL DE LA CAVALERIE // FRANÇOISE ET ETRANGERE. // Avec les Réponses. // SEPTIEME TOME. // [fleuron identique à celui des deux premiers volumes] // Sur l'Imprimé // A PARIS, // Chez FLORENTIN DELAULNE, rüe // S. Jacques, à l'Empereur. // [filet mince] // M. DCCXXVII. // AVEC PRIVILEGE DE SA MAJESTE'. 1 page de titre ; 3 pp. de Table des Nouvelles Lettres septième volume ; 384 pp. A noter les erreurs de pagination suivantes : 6 pou 9 ; 14 pour 41 ; 50 pour 350. Signatures : (*)2-A8-B4-C8-D4-E8-F4-G8-H4-I8-K4-L8-M4-N8-O4-P8-Q4-R8-S4-T8-V4-X8-Y4-Z8-Aa4-Bb8-Cc4-Dd8-Ee4-Ff8-Gg4-Hh8-Ii4





     Ce que contiennent les volumes :

    Tome I : Outre un Avertissement, ce volume contient les lettres I à CXLIV. Soit 144 lettres.

    Tome II : Ce volume contient les lettres I à CXI. Soit 111 lettres.

    Tome III : Ce volume contient les lettres I à CCCXXXIII. Soit 333 lettres.

    Tome IV : Ce volume contient les lettres I à CCCLXXI. Soit 371 lettres.

    Tome V : Outre un Avertissement, ce volume contient les lettres I à CCCXXV. Soit 325 lettres.

    Tome VI : Ce volume contient les lettres I à CCLXX. Soit 270 lettres.

    Tome VII : Ce volume contient les lettres I à CCXIX. Soit 219 lettres.

    Sur l'ensemble des 7 volumes ce sont donc 1773 lettres écrites par le comte de Bussy-Rabutin ou adressées à lui qui sont rassemblées dans cette édition.

    Quelques remarques sur cette édition :

    A noter qu'on ne trouve de réclame qu'en fin de cahiers de 4 ou 8 feuillets, ce qui contrairement à la pratique dans les Pays-Bas (Amsterdam ou La Haye) où tous les feuillets comportent habituellement une réclame pour le feuillet suivant, indiquerait ici une impression française. La mention "sur l'imprimé" présente sur les titres indique de façon claire une contrefaçon de l'impression de Paris chez Florentin Delaulne. D'ailleurs en 1727 Florentin Delaulne est décédé et la véritable édition de Paris, 1727 porte l'adresse : Veuve Delaulne. L'ensemble des 7 volumes est parsemé d'ornements gravés (fleurons, bandeaux, culs-de-lampe) ou typographiques que nous donnons à la suite, leur étude s’avérera primordiale pour déterminer de quelle ville et de quel atelier typographique sortent ces volumes. Une comparaison avec la véritable édition Delaulne de 1720 indique un texte identique avec de faibles différences dans la justification de quelques lignes. La pagination est identique.


    Quelques pages supplémentaires :






    Quelques autres pages avec ornements :



    Privilège placé à la fin du tome quatrième et qui est évidemment un faux qui reproduit un ancien privilège :

    A suivre ...

    Bonne semaine !
    Bertrand Bibliomane moderne

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    EUGÈNE DEMOLDER, LE ROYAUME AUTHENTIQUE DU GRAND SAINT NICOLAS (1896), EO AVEC ENVOI À ANDRÉ FONTAINAS


    Dans un précédent article, je vous faisais part de l'acquisition d'une édition originale du Quatuor  d'Eugène Demolder sur papier Japon, dans une très belle reliure, et avec un envoi manuscrit de l'auteur au comédien français Lucien Guitry : l'occasion de revenir sur l'amitié entre les deux artistes et de mettre en lumière quelques aspects des secrets de fabrication de cet ouvrage composé à la villa de la Demi-Lune, à Corbeil-Essonnes, par le trio Félicien Rops - Étienne Morannes (pseudonyme de Claire Demolder-Rops) - Eugène Demolder. 

    Il sera encore question d'Eugène Demolder dans cet article et d'histoires d'amitié entre l'auteur, le peintre James Ensor et le poète André Fontainas, mais aussi par extension entre Adrienne Fontainas et moi-même, à travers la description du livre "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" (Paris, Mercure de France, 1896) qui narre les aventures extraordinaires, sur fond de récits autobiographiques, de Saint Nicolas (Eugène Demolder) et de son compagnon de fortune Saint Fridolin (James Ensor) au royaume d'Hélimonde. 
    Couverture de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" (Paris, Mercure de France, 1896) d'Eugène Demolder
    Couverture de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" (Paris, Mercure de France, 1896) d'Eugène Demolder
    L'exemplaire que je possède est exceptionnel à plus d'un titre et ravive de merveilleux souvenirs : il m'a été offert par ma chère et regrettée amie Adrienne Fontainas (1929-2010), nièce par alliance du poète belge André Fontainas (1865-1948), alors que je séjournais chez elle, à Bruxelles, en février 2008, pour faire l'inventaire des livres d'Eugène Demolder offerts aux Fontainas (16 au total, majoritairement avec envois manuscrits) et de la correspondance d'Eugène et Claire Demolder aux Fontainas (297 pièces envoyées entre 1895-1946). Il m'aura fallu 15 jours de travail acharné pour en venir à bout et peu d'heures de sommeil au compteur. 
    Ce fonds extraordinaire a été conservé toute sa vie durant par Anne-Romaine Fontainas (1918-2007), la fille du poète, à Paris, dans l'appartement familial, puis au décès de cette dernière par Adrienne Fontainas qui, par l'entremise du libraire-expert Pascal de Sadeleer, en a fait don par la suite à la Réserve précieuse de l'Université Libre de Bruxelles selon les dispositions testamentaires d'Anne-Romaine Fontainas. (Pour plus d'informations au sujet du cabinet de travail et de la bibliothèque d'André Fontainas, cliquez ICI). 
    Connaissant mon intérêt scientifique et bibliophilique pour l'Œuvre d'Eugène Demolder, Adrienne a eu la gentillesse de m'inviter à consulter ce fonds chez elle avant qu'il ne soit légué à l'ULB et que le cabinet de travail de l'auteur ne soit reconstitué à la Réserve précieuse. Adrienne était ainsi, généreuse et disponible pour les chercheurs venus du monde entier en quête de souvenirs des XIXe et XXe siècles, comme en témoigne les nombreux hommages internationaux réunis dans l'ouvrage Homage to Adrienne FontainasPassionate pilgrim for the Arts (Peter Lang, 2013). 
    À l'issue de ce séjour inoubliable, je l'entends encore me dire : "Il faudra que tu choisisses un livre avant de partir". Un livre ? Mais quel livre, me disais-je? Devinant ma gêne, elle ajoute : "Un livre de Demolder, celui qui te plait le plus". Et ainsi commença ma collection... 
    Après mûre réflexion, je repartis ému et comblé avec un exemplaire singulier du "Royaume authentique du grand saint Nicolas". Pourquoi singulier ? C'est ce que nous allons découvrir. 
    Page de titre du "Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Page de titre du "Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Le Royaume authentique du grand Saint Nicolas a été publié à Paris, aux éditions du Mercure de France, en décembre 1896. C'est un grand in-8° (28x19,5, 214p), illustré d’une couverture, d’un frontispice, de 31 croquis de Félicien Rops (et non 30 comme indiqué sur la page de titre) et de 5 dessins hors texte d'Étienne Morannes, pseudonyme de Claire Demolder-Rops, épouse de l'écrivain et fille de l'artiste-graveur. Si l'on en croit la correspondance d'Eugène Demolder à Edmond Deman, "quarante croquis inédits de Rops" et "6 dessins hors texte de Morannes, un élève de Rops" étaient initialement prévus. 
    Il forme un diptyque d'un point de vue formel, livresque et éditorial avec un autre livre du trio, La Légende d'Yperdamme, qui parait au même moment et que nous évoquerons dans un prochain article. C'est un grand livre d'étrennes dont le format, la polychromie de la couverture, les dates d'éditions et les représentations de Noël constituent un produit d'appel pour un jeune public, mais aussi pour les bibliophiles et collectionneurs d'art à la recherche de dessins et gravures originales Félicien Rops. Il est d'ailleurs explicitement conçu "pour les petits et les grands enfants" et dédié aux petites nièces de Demolder, les filles du docteur Jules Loin (ce grand gynécologue, immortalisé par un portrait d'Henry de Groux, avait épousé la soeur d'Eugène Demolder) : "A mes chères nièces / Jeanne et Marguerite Loin". 
    Il a été tiré de cet ouvrage 15 exemplaires sur papier de Hollande, 10 exemplaires du papier impérial du Japon et 5 exemplaires sur papier de Chine. Dans la correspondance d'Eugène Demolder à Edmond Deman, il annonçait : "20 Hollande, 3 Chine et 10 Japon". 
    Demolder a tout fait imprimer à ses frais chez Édouard Crété, à Corbeil-Essonnes, qui possède alors quatre presses rotatives traitant la couleur et un atelier de brochage et de photogravure. La chose a toute son importance pour Demolder qui a préparé ses livres en vue d’une publication de circonstance et comme devant paraître à un moment particulier de l’année. Malheureusement, la correspondance entre l'auteur et l'éditeur Edmond Deman révèle les failles et les déceptions à la réception du produit fini qui paraîtra avec du retard. 
    "Ces livres ont paru, hélas ! trop tard cette année. Mais pensez-vous, étant donnés leur prix et ce qu’ils sont, qu’ils sont vendables, soit à toute saison, soit aux époques de St Nicolas, de Noël et d’étrennes ? Un avis de connaisseur sur ce point, s.v.p. ?"

    Eugène Demolder, Lettre à Edmond Deman, aut.s., Demi-Lune, 23 janvier 1897. E. Demolder Letters, Mount Holyoke College, Archives and Special Collections, South Hadley, Mass.
        
    "J’aurais tort de ne pas être très content de votre avis si franc sur mes livres. Ce n’est pas un banal compliment que je demandais. Et puis, ce n’est pas moi, en somme, c’est l’imprimeur qui écope. Quant à moi, j’ai beaucoup appris et vous verrez qu’au prochain volume vous serez plus content. On n’est pas maître d’emblée dans la confection d’un livre. Il faut faire des écoles. J’avais, pour le St Nicolas, douze croquis importants que j’ai retirés à la dernière minute. Cela faisait lourd et opaque. Et d’ailleurs ces deux volumes ont été fabriqués trop vite, bâclés presque, sous le coup des étrennes. Et malgré cela, ils sont arrivés trop tard !"

    Eugène Demolder, Lettre à Edmond Deman, aut.s., Demi-Lune, 28 janvier 1897. E. Demolder Letters, Mount Holyoke College, Archives and Special Collections, South Hadley, Mass.
    Affiche de librairie pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" par Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops)
    Affiche de librairie pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" par Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops)
    Notre exemplaire est celui d'André Fontainas avec un envoi manuscrit de l'auteur : « A André Fontainas / vieux souvenir / Eugène Demolder »
    Autre particularité et originalité de ce livre, il est agrémenté d'un deuxième envoi manuscrit d'André Fontainas à sa fille Anne-Romaine, à qui il offrit l'ouvrage pour ses 30 ans, et qui porte le  témoignage poignant de l'amitié qui lia les deux familles pendant plus de 50 ans : « Ce beau livre, ma toute chère Anne-Romaine, / t’est donné, pour fêter / ton anniversaire, / et pour te faire songer parfois à nos grands amis disparus, / Eugène Demolder, de qui tu dois bien peu te souvenir, / et Etienne Morannes(pseudonyme de notre très chère Clairette / Demolder, fille radieuse de Félicien Rops) / de tout cœur, André Fontainas / Paris, 31 janvier 1946 ».
    Anne-Romaine n'avait que 3 ans lorsqu'Eugène Demolder disparut, en 1919, mais 28 ans à la mort de Claire Demolder en 1944. Les archives Fontainas, aujourd'hui à l'ULB, conservent un exemplaire de La Route d'émerauded'Eugène Demolder avec un envoi de Claire à Anne-Romaine : "A ma chère jeune et grande amie Anne-Romaine en souvenir de la fraternelle amitié de l'auteur pour son papa et de ma tendre affection pour elle. Claire Demolder-Rops".  
    Envois manuscrits d'Eugène Demolder à André Fontainas et d'André Fontainas à Anne-Romaine Fontainas
    Envois manuscrits d'Eugène Demolder à André Fontainas et d'André Fontainas à Anne-Romaine Fontainas
    La reliure est d'époque : c'est un plein papier marbré à la cuve avec pièce de titre dorée. 
    Reliure de l'exemplaire personnel d'André Fontainas
    Reliure de l'exemplaire personnel d'André Fontainas
    La couverture à l’aquarelle de Rops est dans un très bel état de conservation : elle représente Saint Nicolas auréolé, tenant sa crosse d'archevêque d'Hélimonde, et Saint Fridolin en costume de Matamore vert, tenant un énorme livre sur lequel est inscrit "Eugène Demolder". 
    Couverture de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" (Paris, Mercure de France, 1896) d'Eugène Demolder
    Couverture de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" (Paris, Mercure de France, 1896) d'Eugène Demolder
    C’est un écho amusant au célèbre dessin à la plume d’Ensor représentant Fridolin et Gragapança d’Yperdamme, soit James Ensor et Eugène Demolder, que le peintre réalisa au cours d’une randonnée en Hollande avec l’auteur et dont on connaît plusieurs versions, épreuves et états. Cette joyeuse excursion est d'ailleurs transposée dans le conte, au chapitre IX, "Saint Fridolin" : 
    "Les villes de Zélande se rappelleront toujours la visite que leur firent Saint Fridolin et le comte d'Yperdamme, son plus fidèle ami et le compagnon de ses vagabondages à travers les beaux pays. Ils erraient dans cette superbe région, magnifiquement vêtus comme d'ordinaire, le coeur plein de douce fainéantise, l'âme éparse parmi les arbres et les clochers. Rêveurs convaincus, ils interrompaient leurs contemplations pour s'arrêter aux auberges des routes, où ils donnaient des aubades aux cabaretières. Ils avaient bonne mine ; on les écoutait volontiers ; et lorsqu'ils entraient dans les villes, tandis que le comte, oubliant la morgue à laquelle ses titres lui donnaient droit, dansait devant les Zélandais émerveillés, Fridolin, grave comme un juge qui va rendre une sentence ou bien moqueur comme un satyre, jouait des airs de danse. Un soir, pour prix de leurs joyeux ébats, on leur servit dans une hôtellerie un couple de poulets dodus et rôtis à point qu'ils engloutirent dans leurs estomacs en vidant force chopines. La patronne et ses filles les contemplèrent longtemps avec admiration, tandis que la nuit tombait et que la lune, rouge comme un bouclier de cuivre, se montrait au coin de la fenêtre, jalouse des voyageurs, elle qui n'avait que les brouillards à se mettre sous la dent". 
    Eugène Demolder, Le Royaume authentique du grand saint Nicolas, ch. IX, extrait, p. 68-69.
    Fridolin et Gragapança d'Yperdamme par James Ensor (1895)
    Fridolin et Gragapança d'Yperdamme par James Ensor (1895)
    Le frontispice de Rops, sous serpente non légendée, représente saint Nicolas de dos, allant sur les chemins, courbé sous le poids des jouets qu'il laisse choir sur le sol derrière lui, avec au loin, un paysage de campagne avec moulin et un âne chargé de cadeaux. Ce cliché bistre sur papier couché fut réalisé, comme les autres qui composent l'édition, par l'imprimerie Crété à Corbeil. Il réduit un peu le dessin et dégrade les valeurs graphiques. 
    Frontispice de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas"
    Frontispice de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas"
    Les 31 croquis de Rops n'ont pas tous été créés originellement pour le volume et n'illustrent pas nécessairement, dans le sens de mettre en lumière, le texte ou le titre de chapitre auquel ils se rapportent. Les illustrations sont souvent allusives, contrairement aux dessins hors-texte de Morannes. 
    Les 5 premiers croquis représentent :
    - Une vieille femme dans un intérieur flamand sur la page de titre (croquis 1)
    - Un putto pour le titre du chapitre I, "Naissance de saint Nicolas" (croquis 2)
    - Un paysage pour le titre du chapitre II, "L'enfance de saint Nicolas" (croquis 3)
    - Saint Nicolas enfant à la fin du chapitre II (croquis 4)
    - Un paysage pour le titre du chapitre III, "Adolescence de saint Nicolas" (croquis 5)  
    Croquis 1 à 5 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Croquis 1 à 5 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Les croquis 6 à 10 représentent : 
    - Un portrait de profil d'une jeune fille (sauvé par saint Nicolas ?) pour le titre du chapitre IV, "Les trois pommes d'or" (croquis 6)  
    - Une tête de saint Nicolas auréolé pour le titre du chapitre V "Saint Nicolas sacré archevêque d'Hélimonde" (croquis 7) 
    - Un conteur avec casquette pour le titre du chapitre VI "Histoire des trois petits enfants" (croquis 8)
    - Un paysage fluvial avec bateau pour le titre du chapitre VII "La mort de saint Nicolas" (croquis 9). Il s’agit en fait d’un fjord norvégien dessiné par Rops au cours de son voyage en Suède et Norvège avec les Hagemans en 1874 (Voir le commentaire de Pascal de Sadeleer dans le catalogue de la Librairie Simonson,Félicien Rops, Vente publique du 26 septembre 1987, Bruxelles, lot 44 ; et Pascal de Sadeleer, « L’Art et l’idée ». Un Centenaire fin de siècle. 1ère partie, Vente publique du 26 octobre 1992 organisée par la librairie Pascal de Sadeleer au Palais des beaux-arts à Bruxelles, lot 93). 
    - Un paysage fluvial avec barque et église pour le titre du chapitre VIII "Les cloches de Rome" (croquis 10). Il s’agit d’une église suédoise dessinée par Rops au cours du même voyage en Suède que nous mentionnons précédemment. 
    Croquis 6 à 10 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Croquis 6 à 10 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Les croquis 11 à 15 représentent : 
    - Fridolin assis sur une chaise (?) pour le titre du chapitre IX "Saint Fridolin" (croquis 11)
    - Saint Fridolin de dos (?) pour le titre du chapitre X "L'île rouge" (croquis 12) 
    - Un paysage fluvial pour le titre du chapitre XI "Le Rivage enchanté" (croquis 13) 
    - Un paysage fluvial avec maisons de pêcheurs pour le titre du chapitre XII "La légende du pêcheur" (croquis 14). Comme mentionné précédemment, il s’agit en fait de maisons de pêcheurs que Rops composent en 1874 lors de son voyage en Suède et en Norvège.
    - Un enfant tenant un masque à grelots pour le titre du chapitre XIII "Une kermesse au ciel" (croquis 15) 
    Croquis 11 à 15 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Croquis 11 à 15 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Les croquis 16 à 21 représentent : 
    - Deux animaux pour le titre du chapitre XIV "La ménagerie" (croquis 16)
    - Un chien pour la 1ère page du chapitre XIV (croquis 17)
    - Un putto ou innocent pour le titre du chapitre XV "Les Innocents" (croquis 18)
    - Un paysage avec église pour le titre du chapitre XVI "Le château de saint Nicolas" (croquis 19). Une autre église suédoise dessinée par Rops lors de son voyage en Suède et en Norvège en 1874. 
    - Une tête de femme ou poupée zélandaise pour le titre du chapitre XVII "Le royaume des poupées" (croquis 20)
    - Une nature morte avec tasse pour le titre du chapitre XVIII "Les cuisines en plein parc" (croquis 21) 
    Croquis 16 à 21 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Croquis 16 à 21 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Les croquis 22 à 26 représentent : 
    - Un oiseau pour le titre du chapitre XIX "La nuit de Noël" (croquis 22)
    - Une main tenant un soulier pour le titre du chapitre XX "Le bonhomme de Noël" (croquis 23)
    - Une tête de vieil homme pour le titre du chapitre XXI "Au pays des pantins" (croquis 24)
    - Un cavalier et sa monture en train de se faire lacer ses chaussures pour le titre du chapitre XXII "La fabrique de jouets" (croquis 25) 
    - Un verre à pied, un scarabée et un oiseau pour le titre du chapitre XXIII "Les masques de Fridolin" (croquis 26) 

    Croquis 22 à 26 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Croquis 22 à 26 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Les croquis 27 à 31 représentent : 
    - Deux chats pour le titre du chapitre XXIV "La cheminée des voeux" (croquis 27)
    - Un putto diabolique dansant pour le titre du chapitre XXV "Le compte de la mi-carême" (croquis 28) 
    - Une femme de profil pour le titre du chapitre XXVI "Le départ pour la terre" (croquis 29)
    - Un personnage de profil avec bonnet phrygien pour le titre du chapitre XXVII "La nuit du six décembre" (croquis 30)
    - Claire Demolder-Rops la tête plongée dans le livre de son époux Eugène Demolder représenté sous elle en putto écrivant pour la dernière page (croquis 31). 

    Croquis 27 à 31 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Croquis 27 à 31 de Félicien Rops pour "Le Royaume authentique du grand saint Nicolas" d'Eugène Demolder
    Contrairement à La Légende d'Yperdamme, le deuxième illustrateur du livre, Étienne Morannes (pseudonyme de Claire Demolder-Rops) n'est pas mentionné sur la couverture. Ses cinq dessins hors texte sous serpente légendée précèdent systématiquement, comme dans La Légende d’Yperdamme, le conte qu’ils illustrent. 
    Le 1er, pour le chapitre I, « Naissance de Saint Nicolas », représente une scène d’intérieur flamand dans un hôtel d’Hélimonde où se tiennent Saint Nicolas endormi au bras de la maîtresse de maison près du foyer de la cheminée, une servante debout devant le feu ardant, l’ange porteur de l’enfant pelant une pomme du brabant, avec berceau, vaisselle et tableau de maître hollandais au trumeau de la cheminée. 
    Premier dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre I "Naissance de Saint Nicolas"
    Premier dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre I "Naissance de Saint Nicolas"
    Le 2e dessin hors texte pour le chapitre XIII, « Une kermesse au ciel » représente une scène de kermesse où l’on devine de dos Fridolin avec son sceptre et Saint Nicolas devant un carrousel rempli d’anges chevauchant des montures de bois à selles d’or, de nombreux anges dans le ciel et des oriflammes. Au premier plan une femme assise par terre tire les cartes tandis qu’un ange se tient de dos devant une corbeille de fleurs. 
    Deuxième dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre XIII "Une kermesse au ciel"
    Deuxième dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre XIII "Une kermesse au ciel"
    Le 3e dessin hors texte, pour le chapitre XVI, « Le Château de Saint Nicolas », représente des anges plumant des oies de Noël. 
    Troisième dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre XVI "Le château de saint Nicolas"
    Troisième dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre XVI "Le château de saint Nicolas"
    Le 4e dessin hors texte, pour le chapitre XIX, « La nuit de Noël », représente, dans un paysage de neige nocturne avec étoile du berger, Fridolin et Saint Nicolas se faisant indiquer la route qui mène à la cité d’or Bethléem, illuminée dans le fond et encerclée d’une foule immense.  
    Quatrième dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre XIX,"La nuit de Noël"
    Quatrième dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre XIX,"La nuit de Noël"
    Le dernier dessin hors texte, pour le chapitre XXII, « La fabrique de jouets », représente  des anges dans un atelier en train de fabriquer des jouets. C'est cette illustration qui a servi à l'affiche de librairie présentée plus haut et dont nous présentons une épreuve avant la lettre ci-dessous. 
    Cinquième et dernier dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre XXII, "La fabrique de jouets"
    Cinquième et dernier dessin hors texte d'Étienne Morannes (Claire Demolder-Rops) en tête du chapitre XXII, "La fabrique de jouets"
    Affiche de librairie avant la lettre
    Affiche de librairie avant la lettre
    Chez Claire Demolder-Rops, l’image fonctionne donc comme une mise en lumière du texte. Ses dessins soulignent certains passages de la fiction tout en ménageant une pause dans la lecture. Ses images entretiennent un rapport d’analogie étroit avec le texte et l’insertion de serpentes légendées vient le renforcer. Un fin papier transparent protège l’illustration afin d’éviter le maculage et légende l’image avec une citation prise dans le texte, créant ainsi un mouvement de va-et-vient incessant où le lecteur est invité dans un premier temps à lire la légende, puis à soulever la serpente pour découvrir l’image, puis à aller retrouver dans le texte le moment qui a servi l’illustration, puis à revenir à l’image, etc. Éveil des sens où la vue et le toucher sont à l’honneur par le jeu qui se crée dans le maniement des pages et dans l’exploration labyrinthique du livre. La portée de l’oeuvre de Claire peut donc être perçue comme didactique et pédagogique dans ce sens, même si les images qu’elles proposent ne remplissent aucune fonction de désambiguïsation d’un texte qui serait équivoque, bien au contraire, car la prose de Demolder, descriptive et précise au plus haut point, est, pour filer la métaphore qui revient sous la plume des critiques à son égard, très visuelle et très picturale. L’image intervient donc pour renforcer la picturalité du texte et éveiller l’acuité visuelle du lecteur. 
    On ne peut pas en dire autant des illustrations de Rops qui semblent fonctionner comme des oeuvres autonomes, à part entière et qui ne sont pas du tout subordonnées au texte ou à ce qu’il raconte. Elles fonctionnent de leur propre chef pour des raisons essentiellement artistiques et personnelles à l’illustrateur. Ce sont bien les croquis de Rops qui tendent à faire basculer le livre illustré pour enfant en livre d’artiste.
    Ainsi père et fille traduisent en leur art la double tension qui habite non seulement l’objet livresque mais aussi le contenu de la prose de Demolder.

    Jonathan Devaux

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    Vous possédez dans votre bibliothèque un ouvrage dont la page de titre porte la même adresse que ci-dessus :

    Chez Charles Le Clerc, Quay
    des Augustins, du côté du pont Saint
    Michel, à la Toison d'or.

    envoyez-moi une photographie (nette) de la page de titre du ou des ouvrages concernés
    je vous en dirai plus sur le projet à venir !

    A bientôt, et belles vacances d'été à toutes et à tous,
    Bertrand, Bibliomane moderne 

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    détail de la reliure signée J. Wright, 1859

    Petite énigme bibliophilique. Fine reliure d'époque plein maroquin bleu nuit signée John Whright (Angleterre). Ouvrage publié à Paris en 1859. Initiales ex libris E. J. dorées en queue du dos. Exemplaire offert par l'auteur à E.J. On trouve relié en tête un billet autographe de la main de l'auteur avec la mention :"De la part de l'auteur". L'exemplaire a vraisemblablement été offert relié de la sorte pour un ami de l'auteur. Exemplaire de présent donc. Mais qui est E.J. ? ... Avez-vous une idée ? Je vous dirai de quel ouvrage il s'agit ... après !

    Bonne journée,
    Bertrand Bibliomane moderne

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    A suivre ...

    Bonne journée d'été 2016 !
    Bertrand Bibliomane moderne


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          Les bibliophiles connaissent désormais l'excellent travail du libraire Jean-Etienne Huret sur les cartonnages éditeurs décorés dits "à plats historiés". Le libraire érudit en donne une définition simple et concise : "Un plat historié est un livre dont l'illustration de la couverture résume le sujet du livre. Ce décor ne concerne qu'un seul titre (qu'il ait un ou plusieurs volumes)."écrit-il sur son site internet, tout à fait complet sur le sujet. Je suis personnellement convaincu que M. Huret a donné ses lettres de noblesse à cet important ensemble de livres qui, réunis en une seule bibliothèque, sélectionnés en excellent état (et cela n'est pas une mince affaire - ces livres étant par nature le plus souvent destinés à la vulgarisation et à une manipulation à outrance, y compris et surtout par des enfants), feront la joie des bibliophiles de demain. M. huret a créé un Centre de Documentation des Livres à Plat Historié. La documentation d'ores et déjà réunie est gigantesque ! Son travail, je n'en doute pas, se poursuivra.
          Le hasard m'a mis en présence d'un "plat historié" un peu spécial. Je ne sais pas si M. Huret en a fait une description, mais je pense que ce type "assez rare" mérite qu'on s'y attarde. Je veux parler des reliures à plat historié "publicitaire". Sont-elles nombreuses ? Quels en sont les incunables ? Autant de réponses auxquelles il faudra répondre.
          Qu'est-ce qu'une reliure à plat historié publicitaire ? Tout comme une reliure à plat historié standard, il s'agit d'une plaque poussée or, argent ou polychrome ou en noir, formant décor historié, mais ici à destination publicitaire, faisant donc la promotion d'une marque commerciale.


    Second plat historié publicitaire pour le
    Champagne Jules Mumm à Reims
    (fin 1893)
    Plaque argentée sur :

    Vingt jours dans le Nouveau Monde de Paris à Chicago
    par Octave Uzanne 


          Un exemple (le seul que j'aie à vous proposer actuellement) valant mieux qu'un long discours, voici une photographie d'une plaque publicitaire historiée poussée au second plat d'un volume publié fin 1893. Il s'agit d'une publicité pour le Champagne Jules Mumm & C. à Reims. Elle est poussée en argent et occupe l'intégralité du plat (21 x 13 cm). On y voit, outre la marque en grosses lettres, une élégante portant une coupe de champagne à la bouche, ainsi que de nombreuses vrilles de la vigne qui courent dans la composition. Au bas on y lit en grosses lettres le nom de la ville de Reims. On y lit également dans un cartouche la liste des agences à Paris, en province et à l'étranger, avec le nom et l'adresse des agents. Le dessin de la plaque n'est pas signé mais on devrait pouvoir trouver quel artiste a composé cette efficace publicité.
          Il faut indiquer que cette plaque publicitaire ne se trouve pas sur tous les exemplaires du livre "Vingt jours dans le Nouveau Monde de Paris à Chicago" par Octave Uzanne. La plupart des exemplaires rencontrés de ce livre n'ont rien d'imprimé sur ce second plat. Nous n'avons d'ailleurs jamais rencontré d'autre publicité que celle-ci. Il devait s'agir d'un partenariat commercial établit entre l'éditeur de l'ouvrage (May et Motteroz, librairies-Imprimeries réunies, anciennement la maison Albert Quantin, 7, rue Saint-Benoît à Paris) et la maison rémoise de champagne Mumm. L'exemplaire que nous avons numérisé pour vous à l'avantage d'être en parfait état de conservation (aucun frottement) ce qui est notablement rare pour cet ouvrage relié pleine toile rouge et assez fragile.
          Avez-vous déjà croisé d'autres plats historiés publicitaires ? Je suis curieux de vos trouvailles. La bibliophilie du futur c'est aussi cela et même surtout cela : s'intéresser à des domaines si restreints (et si peu défrichés) que la passion commune (voire vulgaire) fait des La Fontaine et des Molière en maroquin des dinosaures de la place Vendôme ...
          A vous de prospecter maintenant ! Si vous en dénichez, partagez avec nous. La bibliophilie c'est avant tout le partage. Ceux qui n'ont pas compris cela meurent étouffés sous l'or de leurs riches reliures.

    Bonne fin d'été,
    Bertrand Bibliomane moderne

    PS : Je précise que la libraire Jean-Etienne Huret ne m'a rien demandé et qu'il n'y aucun partenariat commercial d'aucune sorte entre le Bibliomane moderne et ladite librairie.

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